Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande (également connu comme Jérôme Lalande, et orthographié « De La Lande », parfois « Le Français de la Lande »), né à Bourg-en-Bresse le et mort à Paris (Seine) le , est un astronome français.
Biographie vignette|gauche|Quart de cercle employé par Jérôme de Lalande pour la première détermination précise de la distance Terre-Lune en 1751. vignette|Tombe au cimetière du Père-Lachaise.
Il est le fils de Pierre Le François, bourgeois de Bourg-en-Bresse, et de Marie Anne Gabrielle MonchinetNotice de l'Académie Stanislas.
Les parents de Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande l’envoient étudier au collège jésuite de la Trinité à Lyon, où il se passionne pour l'astronomie auprès du père Laurent Béraud., puis à Paris pour y étudier le droit. Il loge dans la capitale à l’Hôtel de Cluny, où Joseph-Nicolas Delisle (1688-1768) a installé un observatoire. Lalande devient alors un élève zélé et favori de Delisle ainsi que de Pierre Charles Le Monnier (1715-1799).
Après la fin de ses études, il retourne à Bourg-en-Bresse pour exercer le métier d’avocat. Le Monnier obtient la permission d'envoyer Lalande à Berlin pour y observer la parallaxe lunaire ; simultanément, l’abbé Nicolas-Louis de Lacaille (1713-1762) fait de même au Cap, ce qui permet de déterminer la distance de la Terre à la Lune. Le succès de sa mission le fait entrer à l’Académie des sciences de Berlin à 21 ans. Il obtient un poste d’assistant à Paris et il est élu membre de l’Académie des sciences en 1753. Il fonde une société littéraire dans sa ville natale en 1755 qui devient ensuite la Société d'émulation en et il est élu membre de l’Académie de Rouen le .
S’étant consacré à l’étude des planètes du système solaire, il publie en 1759 une édition corrigée des tables d’Edmond Halley (1656-1742), à laquelle il ajoute une histoire de la comète de Halley, observable cette année-là. Alexis Clairaut forme avec lui et Nicole-Reine Lepaute une équipe pour faire les calculs de la date de retour et des éléments orbitaux.
En 1759, l'Académie royale des sciences lui confie la rédaction des éphémérides astronomiques, de la Connaissance des temps. Il fait de ces tables astronomiques un ouvrage attendu et recherché en le complétant de notices scientifiques, toujours au fait des nouveautés, appelée la « grosse gazette » par Pierre Charles Le Monnier. La Connaissance des temps devient sous son influence, Connaissance des temps et des mouvements célestes à l'usage des astronomes et des navigateurs, titre qui perdure avec de légères variations, jusqu'en 1970.
En 1762, Delisle démissionne de sa chaire d’astronomie au Collège de France en faveur de Lalande après avoir occupé cette fonction depuis . La maison de Lalande devient une école d’astronomie et ses élèves atteindront la notoriété : Jean-Baptiste Joseph Delambre (1749–1822), Giuseppe Piazzi (1746–1826), Pierre Méchain (1744–1804) et son propre neveu Michel Lefrançois de Lalande (1766–1839). Il utilise nombre d’amateurs pour calculer ses éphémérides plus rapidement. Sa renommée vient de son travail sur l’orbite de Vénus en 1769, mais son caractère difficile lui vaut de nombreuses inimitiés.
Il est initié en franc-maçonnerie à Bourg-en-Bresse, vers 1769, il fonde avec Helvetius la loge des Sciences. du Grand Orient de France..
En 1773 il rédige près de 250 articles sur l’astronomie, les mesures et la franc-maçonnerie pour le Supplément à l'EncyclopédieKathleen Hardesty, The Supplément to the Encyclopédie, La Haye, Martinus Nijhoff, 1977, p. 139..
Lalande est l’un des rédacteurs du Nécrologe des hommes célèbres de France, fondé en 1767 par Charles Palissot de Montenoy et publié annuellement jusqu'en 1782 En 1776 il fonde à Paris la loge des Neuf Sœurs (dont il sera vénérable jusqu'en 1779), où sera initié Voltaire.
En 1778, délaissant momentanément les étoiles pour l’hydrologie, il rédige Des canaux de navigation, et spécialement du canal de Languedoc, une somme sur la navigation intérieure en tout temps et sur tous les continents qui fait encore autorité, consacrant un tiers de l’ouvrage au canal du Midi, déjà présenté comme une réalisation exemplaire. Un Hommage à Lalande est chanté le , en la Loge des Neuf Sœurs, à l'occasion de la Saint-Jérôme, et reste célèbre.
En 1795, il participe à la création du Bureau des longitudes avec l’abbé Grégoire. Apprécié par les révolutionnaires, il est nommé cette année-là directeur de l'observatoire de Paris, fonction qu'il occupe jusqu'à sa mort.
Lalande a participé à la création du calendrier républicain.
Lalande contribue grandement à populariser l’astronomie. Il fait paraître de 1789 à 1798 son Histoire céleste française, où il décrit . Il est également l’auteur d’une chronique des sciences de son époque (deux volumes, Bibliographie astronomique, 1804). Il créa, en 1799, une constellation Chat. Il fonde, en 1802, un prix destiné à récompenser l’œuvre d’astronomes, le prix Lalande.
Jérôme de Lalande est le premier à référencer une étoile parmi d'autres sous le nom VY CMa de magnitude 7 dans son catalogue de 1801. Aujourd'hui VY Canis Majoris est célèbre pour être la plus gigantesque étoile jamais observée (magnitude de 7,9) juste avant la découverte d'UY Scuti.
Il est enterré au cimetière de Sainte-Catherine, qui disparait en 1824. Ses restes sont alors transférés au cimetière du Père-Lachaise ( division)..
Idéologies Lalande, dans son ouvrage Astronomie des dames, prend nettement parti pour que l'astronomie ne soit pas un domaine masculin ; il mentionne de nombreuses femmes astronomes. Source : Mathématiques et mathématiciens, , 228. En 1789, Lalande est monarchiste.. En 1792, au plus fort de la Terreur, Lalande, quoique républicain et très médiocre paroissien, cacha à l'observatoire du collège Mazarin plusieurs prêtres réfractaires menacés de mort : « Je vous ferai passer pour des élèves astronomes : car, vous et moi, nous nous occupons du CielAlphonse Rebière, Mathématiques et mathématiciens, (), Paris, 1893, . ». En 1805, Lalande fut interdit de plume par Napoléon pour son athéisme ; il disait en effet : « On ne sait rien. On croit aux miracles, aux sorciers, aux revenants ; on a peur du tonnerre, des araignées, des souris et à plus forte raison on croit en Dieu. ». Lalande était qualifié par ses amis de .
Principaux travaux
Exposition du calcul astronomique (1762).
vignette| Voyage d'un françois en Italie, fait dans les années 1765 et 1766. Tome premier, 1769. Traité d’astronomie (deux volumes, 1764, trois volumes en 1771 auquel est adjoint un quatrième volume sur le flux et reflux de la mer en 1781, une troisième édition en trois volumes, 1792). Astronomie des dames, ou sur Gallica (1785). Abrégé de navigation (1793). Histoire céleste française (1801).
Il présente plus de 150 articles devant l’Académie des sciences.
Un récit de voyage : Voyage d’un François en Italie en 1765 et 1766, Paris, Desaint, 1769 et diverses rééditions, 3 vol. Autre : Art de faire le papier: Nouvelle édition, augmentée de tout ce qui a été écrit de mieux sur ces matières par J.-E. Bertrand, Paris : chez J. Moronval, 1820 (sur Gallica) Tables de logarithmes, par Jérôme de La Lande ; étendues à sept décimales par F.-C.-M. Marie, précédée d'un Instruction dans laquelle on fait connaître les limites des erreurs qui peuvent résulter de l'emploi des logarithmes des nombres et des lignes trigonométriques par le baron Reynaud, Bachelier imprimeur-libraire, Paris, 1829, édition 1841 (lire en ligne)
Publications :
Correspondance Une partie de la correspondance du Baron Franz Xaver von Zach avec Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande, son homologue français, entre 1792 et 1804, est conservée à l'Observatoire de Paris. La provenance de ces lettres est mentionnée dans le Rapport annuel sur l’état de l’Observatoire de Paris pour l’année 1897, : « Mme veuve Laugier a fait don à l’Observatoire de divers manuscrits de son mari, M. E. Laugier, membre de l’Institut et du Bureau des longitudes ; d’une série de manuscrits de Delambre et d’une liasse de lettres écrites par le baron de Zach à Jérôme Lalande dans les années 1792 à 1804.» Lettres du baron de Franz Xaver von Zach à Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande 1792-1806 (lire en ligne) Joseph Jérôme Le Français de Lalande letters to Mme. Dupiery, MSS 530 at L. Tom Perry Special Collections, Brigham Young University
Postérité
Consommation d'araignées D'après différents auteurs, Lalande aimait manger des araignées vivantes : Charles Fourier l'évoque brièvement dans ce passage de son Le nouveau monde amoureux (1816) : . En somme, en Harmonie (son utopie), il considère qu'aucun goût n'est banni du moment qu'il a le pouvoir d'apparier les individus, du plus innocent au plus lubrique. Parmi les exemples qu'il cite sont les manies gastronomiques (comme celle de Lalande), qu'il qualifie de « mange-vilenies »Pascal Bruckner, Fourier, Paris, écrivains de toujours / édition du Seuil, 1975, p. 40.. Jean-Louis Marie du Gas de Bois Saint-Just raconte cette anecdote dans son Paris, Versailles et les provinces, au dix huitième siècleJean-Louis Marie du Gas de Bois Saint-Just, Paris, Versailles et les provinces, au dix huitième siècle, Tome II, p. 231-232 1817 (lire en ligne). (1817) : . Émile Raunié cite ce passage dans son Chansonnier historique du XVIIIe siècle (1884)Émile Raunié, Chansonnier historique du XVIIIe siècle, Tome IX, p. 176-177, 1884 (lire en ligne).. François-René de Chateaubriand. en parle brièvement dans ses Mémoires d'outre-tombe (écrites entre 1809 et 1841), où il cite l'astronome : . Enfin, Roland BarthesRoland Barthes, Sade, Fourier, Loyola, 1971, p. 81-82, Fourrier, chap. 1 Départs. Aussi disponible in Œuvres complètes, T. 3, Paris, Seuil, 2002, . en parle dans Sade, Fourier, Loyola (1971), dans la partie consacrée à Charles Fourier, lorsqu'il tire les conclusions d'une anecdote personnelle sur une invitation à manger du couscous au beurre rance qui l'a écœuré, déclarant ainsi .
Portrait Le peintre Jean-Honoré Fragonard a fait son portrait, Jérôme de La Lande.vignette|180px|Statue de Lalande parmi les Hommes illustres.
Fin du monde
Notes et références
Annexes Hommages Son nom est inscrit sur la tour Eiffel, façade Trocadéro. À Bourg-en-Bresse, le lycée Lalande porte son nom, une de ses citations : est aussi l'emblème de ce lycée. Une rue du arrondissement de Paris porte son nom. Lalande a sa statue parmi les Hommes illustres (Louvre). En 1935, l'Union astronomique internationale donne le nom de Lalande à un cratère lunaire.
Bibliographie
Guy Boistel, Jérôme Lamy et Colette Le Lay (dir.), Jérôme Lalande (1732-1807). Une trajectoire scientifique, Presses universitaires de Rennes, 2010 Guy Boistel, « Jérôme Lalande, premier astronome médiatique », dans Les Génies de la science, , août-, . Guy Boistel, 2022, «Pour la Gloire de M. de la Lande ». Une histoire matérielle, scientifique, institutionnelle et humaine de la Connaissance des temps, 1679-1920, Paris, IMCCE/Observatoire de Paris/PSL ; 692 pp.; 45 en couleurs). e-Book PDF téléchargeable : Pour la Gloire de M. de la Lande (G. Boistel) - PDF ; Sur le site de l'IMCCE "Ouvrages pour tous" - Ouvrage de référence, comportant une vaste bibliographies, des annexes. Simone Dumont, Un astronome des Lumières, Jérôme Lalande, Vuibert et Observatoire de Paris, 2007, . Gilles Bertrand, « Le laboratoire montagnard de l’astronome Lalande. Du Voyage en Italie à ses comptes rendus dans le Journal des savants (1769-1789) », dans Sophie Linon-Chipon et Daniela Vaj, dir., Relations savantes, voyages et discours scientifiques, Paris, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne (PUPS), Collection « Imago Mundi », 2006, p. 299-325. .
Articles connexes Connaissance des temps Lalande 21185 Lycée Lalande Prix Lalande
Liens externes
Ouvrages de La Lande numérisés par le SCD de l'Université de Strasbourg
, 1803, .