La bataille de Camerone, ou combat de Camerone, est le baroud d'honneur d'une compagnie de la Légion étrangère contre les troupes mexicaines, le lors de l'expédition du Mexique.

Soixante-deux soldats de la Légion (soixante-cinq, selon le récit) sont assiégés dans une hacienda du petit village de Camarón de Tejeda (« Camerone » en français). Ils résistent durant une journée à l'assaut de et cavaliers mexicains. À , à court de munitions, les trois légionnaires encore en état de combattre s’apprêtent à charger à la baïonnette jusqu'à une mort certaine. Commandés par le caporal Philippe Maine, ils se rendent à l'ennemi à condition de garder leurs armes et de pouvoir soigner leurs blessés, notamment leur sous-lieutenant (Clément Maudet) blessé peu de temps auparavant.

La bataille de Camerone est célébrée le de chaque année comme un haut fait de la Légion étrangère dans toutes ses unités.

Préambule En 1863, pendant l'expédition du Mexique, le corps expéditionnaire français assiège Puebla. Le régiment étranger est alors chargé d'escorter les convois entre Veracruz et Puebla, disséminant ses compagnies le long des de l'itinéraire. Le colonel Pierre Joseph Jeanningros, commandant du régiment étranger, est installé à Chiquihuite, au milieu du dispositif..

Le , un convoi français part du port de Veracruz avec des vivres, du matériel de siège, des médicaments, des munitions, quatre millions de francs en pièces d'or et de nombreuses pièces d'artilleries vitales pour la bataille de Puebla. Renseigné par une éclaireuse amérindienne de l'attaque possible du convoi, le colonel Jeanningros envoie une compagnie aux devants de celui-ci. Les deux compagnies d'intervention étant déjà engagées dans des escortes, c'est la compagnie qui reçoit la mission d'explorer les abords de Palo Verde avant l'arrivée du convoi.

La compagnie ne dispose pas d'officier pour être commandée. Les officiers sont tous atteints du « », le « vomi noir » c’est-à-dire la fièvre jaune, comme nombre de membres du corps expéditionnaire. Le capitaine Jean Danjou, adjudant-major du régiment, se porte volontaire pour la commander. Le sous-lieutenant Jean Vilain (trésorier payeur par intérim du régiment) et le sous-lieutenant Clément Maudet (porte-drapeau) demandent à l'accompagner.

Le régiment étranger envoie ainsi le au matin les soixante-cinq fantassins valides qu'il reste de la , encadrés par trois officiers, éclairer la progression du convoi.

Le colonel mexicain Francisco de Paula Milán, commandant une force de répartis en trois bataillons, dont un de miliciens, ainsi que de réguliers appuyés par 300 irréguliers bandideros à cheval, est alerté de leur passage. Il envoie aussitôt les irréguliers dont il dispose en reconnaissance afin de se renseigner sur l'unité française. Un historien amateur aurait retrouvé dans les archives mexicaines le courrier de compte rendu fait par ce colonel très expérimenté de l'armée insurgée, écrit le soir même du , au général Ignacio Comonfort, commandant en chef de l'armée républicaine. Sa version des combats de Camerone souligne le courage hors pair des légionnaires. Philippe Maine fait un compte rendu exhaustif de ce combat dès le mois de dans un journal du Périgord (L'écho de Vesone). Le compte rendu officiel établi par le chef de bataillon Régnault, commandant le régiment étranger par intérim en , n'est rendu public que après les faits.

Déroulement

Partie de Chiquihuite vers du matin, la compagnie passe devant le poste de Paso del Macho (le passage du mâle), commandé par le capitaine Félix Gustave Saussier et poursuit sa route. Après avoir dépassé le groupe de maisons appelé Camarón de Tejeda ( à l'ouest de Veracruz), elle arrive à Palo Verde vers du matin, après avoir parcouru à marche forcée les vingt-quatre kilomètres qui la séparent de sa garnison de départ. Les légionnaires s'arrêtent alors pour faire le café.

thumb|upright|Le capitaine Jean Danjou. C'est alors qu'ils repèrent les Mexicains. Le capitaine Jean Danjou se replie dans le village. À peine sont-ils arrivés sur les lieux qu'un coup de feu claque, blessant un légionnaire. La colonne dépasse alors le groupe de maisons. C'est à ce moment que les irréguliers du colonel Milán chargent la troupe qui adopte une formation en carré. La première salve, tirée par deux des côtés du carré, brise la charge et met en fuite les Mexicains.

La compagnie se déplace alors derrière une haie de cactus, en haut d'un talus, position estimée plus propice par Danjou à la défense. Après y avoir repoussé une seconde charge de la cavalerie irrégulière mexicaine, le capitaine Danjou et ses hommes se réfugient dans l'hacienda (la ferme). Le capitaine espère pouvoir tenir suffisamment longtemps dans le couvert offert par cette ruine, face aux troupes du colonel Milán. Il souhaite y attendre l'éventuel renfort d'autres troupes françaises, notamment de la compagnie de grenadiers du capitaine Saussier, en garnison au poste de Paso del Macho. Au cours du repli vers le bâtiment, les deux mules qui transportent les vivres et les munitions, effrayées par le bruit, échappent à leur contrôle et s'enfuient, suivant les chevaux des cavaliers mexicains.

Une fois dans l'hacienda, les légionnaires s'empressent de barricader l'enceinte du mieux qu'ils peuvent, à l'aide des débris trouvés sur place. Le sergent, Vicente Morzycki, se poste sur le toit du bâtiment principal pour observer les mouvements de l'ennemi. Les Mexicains occupent rapidement l'étage de ce bâtiment et une partie du rez-de-chaussée à l'exception d'une pièce. Ils repoussent par la suite les légionnaires qui occupent cette dernière, par leurs tirs provenant des chambres de l'étage. Ils sont alors maîtres du corps de ferme. Il est déjà dix heures du matin et les hommes du capitaine Danjou, qui n'ont rien mangé depuis la veille commencent à souffrir de la soif et de la chaleur. Un officier mexicain, le capitaine Ramon Laisné somme les Français de se rendre, ce à quoi le capitaine Danjou fait répondre : « Nous avons des cartouches et ne nous rendrons pas ! ». Il fait alors jurer à ses hommes de lutter jusqu'au bout.

Les Mexicains mettent le feu au bâtiment principal de l’hacienda et tentent, sans y parvenir, de pénétrer dans la cour du bâtiment par les ouvertures existant dans le mur d'enceinte : les deux entrées principales ainsi qu'une brèche. Le capitaine Danjou est frappé d'une balle en plein cœur à la mi-journée et c’est au sous-lieutenant Jean Vilain que revient le commandement.

Vers , c’est au tour du sous-lieutenant Jean Vilain de tomber, frappé en plein front. Le sous-lieutenant Clément Maudet prend alors le commandement.

À , il ne reste plus que douze hommes en état de combattre. C'est à ce moment-là que le colonel mexicain rassemble ses hommes et leur dit de quelle honte ils vont se couvrir s’ils n’arrivent pas à abattre les soldats français restants.

vignette|redresse|gauche|Le caporal Philippe Maine.

Neuf heures durant, les légionnaires affrontent les troupes mexicaines sans boire, accablés par la chaleur des Hautes-Plaines, étouffés par la fumée des incendies. En fin d'après-midi, il ne reste en état de combattre que le sous-lieutenant Maudet, le caporal Philippe Maine, les légionnaires Catteau, Wensel, Constantin (Belge d’origine) et Leonhard (d’origine belge également). Au signal de l'officier, ils déchargent leurs fusils et chargent à la baïonnette. Victor Catteau, légionnaire d'origine belge, meurt, criblé de 19 balles en protégeant le sous-lieutenant de son corps ; celui-ci est lui-même blessé à deux reprises. Sous les ordres du colonel Angel Lucido Cambas, un officier mexicain d'origine française, le lieutenant Ramon Laisné somme alors les survivants de se rendre. Maine répond : , répond alors l'officier mexicain. Il ajoute ensuite :

Les rescapés sont présentés au colonel Milán, qui s'écrie : (en ).

Lorsque les renforts arrivent sur les lieux, dans les ruines calcinées, il ne reste que les cadavres français et mexicains. Aux alentours, le tambour de la compagnie (Casimir Laï, de nationalité italienne, et né à Cagliari en Sardaigne), seul rescapé libre, est retrouvé par un éclaireur de la colonne de secours. Laissé pour mort sur le terrain (il avait été blessé de sept coups de lance et de deux balles), il a été dépouillé de ses vêtements, jeté dans le fossé bordant la route avant d’être mis en fosse commune. Sa volonté de vivre lui permet de faire plusieurs kilomètres en direction de Chiquihuite dans les broussailles. Il raconte la bataille et ses explications servent au premier compte rendu de la bataille. Il est ensuite décoré de la croix de chevalier de la Légion d’honneur, le .

Ordre de bataille de la

Cet ordre de bataille ne coïncide pas avec celui de la du régiment étranger ayant participé à l'intervention au Mexique, mais à celui de la compagnie de marche formée pour la mission d'escorte de convoiKépi blanc, , avril 2013., notamment en ce qui concerne les officiers, ayant rejoint volontairement cette unité . Officiers : capitaine Jean Danjou, sous-lieutenant Clément Maudet et sous-lieutenant Jean Vilain Sous-officiers : sergent-major Henri Tonel, sergents Jean Germeys, Louis Morzycki, Alfred PalmaertAlfred Palmaert est né le . Il s'engage dans la Légion Étrangère à l'âge de dix sept ans en mentant à propos de sa date de naissance. Blessé lors de la bataille de Camerone, et fait prisonnier, il est échangé contre un colonel mexicain le à Coscomatepec. Il est décoré de la Médaille militaire pour son héroïsme pendant le combat. et Charles SchaffnerCharles Schaffner est né le à Berne en Suisse. Sa grande taille le fait affecter aux grenadiers de la Légion Étrangère lorsqu'il s'engage. Il participe à la campagne d'Italie puis à celle du Mexique. Il est blessé lors de la bataille de Camerone et il est fait chevalier de la Légion d'honneur après le combat. Caporaux : Évariste Berg, Adolphe Del Caretto, Amé Favas, Charles Magnin, Philippe Maine et André Pinzinger Tambour : Casimir Laï Légionnaires : Jean Baas, Aloyse Bernardo, Gustave Bertolotto, Claude Billod, Antoine Bogucki, Félix Brunswick, Nicolas Burgiser, Georges Cathenhusen, Victor Catteau, Laurent Constantin, Constant Dael, François Daglincks, Hartog De Vries, Pierre Dicken, Charles Dubois, Frédéric Friedrich, Frédéric Fritz, Georges Fursbaz, Aloïse Gaertner, Léon Gorski, Louis Groux, Hiller, Emile Hipp, Adolphe Jeannin, Ulrich Konrad, Hippolyte Kuwasseg, Jean Kurz, Félix Langmeier, Frédéric Lemmer, Jean-Baptiste Leonhard, Louis Lernoud, Edouard Merlet, Joseph Rerbers, Jean-Guillaume Reuss, Louis Rohr, Hernann Schifer, Joseph Schreiblich, Jean Seffrin, Daniel Seiler, Joseph Sergers, Louis Stoller, Jean-Louis Timmermans, Pharaon Van Del Bulke, Jacques Van Der Meersche, Luitpog Van Opstal, Henricus Vandesavel, Jean-Baptiste Verjus, Geoffroy Wensel, Karl Wittgens et Nicolas Zey.

Armes utilisées Les deux camps utilisent lors du combat des armements différents.

Armes françaises Les légionnaires sont équipés de fusils à un coup à chargement par la bouche : la carabine MiniéArmes utilisées à Camerone.. Le canon est rayé, ce qui augmente la précision. Les dégâts faits par la balle Minié sont généralement dévastateurs. Chaque légionnaire dispose de munitions pour 60 coups. thumb|Un blessé par une balle Minié : amputation et gangrène. thumb|Fémur touché par une balle Minié reconstitué.

Armes mexicaines Les Mexicains disposent d'armes vétustes, comprenant essentiellement des fusils à silex. Des carabines à répétition, livrées par l'Armée de l'Union semblent également avoir été utilisées, en nombre limité ; seul l'un des trois bataillons mexicains d'infanterie participant au combat en dispose.

Bilan thumb|right|L'hacienda où s'est déroulée la bataille.

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