Maria Sol Escobar connue sous le nom de Marisol Escobar ou parfois simplement Marisol (née le , à Paris et morte le à New York) est une artiste et sculptrice franco-vénézuélo-américaine, liée au mouvement pop art.

Biographie Jeunesse et formation Maria Sol Escobar naît le dans le , de parents vénézuéliens. Son père Gustavo Hernandez Escobar, et sa mère Josefina, sont issus d'une famille aisée aux revenus issus des secteurs de l'immobilier et du pétrole. Leurs affaires les amènent à voyager au Venezuela, en Europe et aux États-Unis ; au cours de ces déplacements, ils initient leur fille à la fréquentation des musées. À cette époque, Maria Sol choisit alors le prénom Marisol, un surnom espagnol répandu. Puis, dans les années 1960, elle abandonne son nom de famille Escobar afin de s'écarter d'une identité et d'une tradition patrilinéaire, et choisit d'être appelée simplement « Marisol » Escobar, Marisol, The Hutchinson Encyclopedia, 22 septembre 2003..

Elle a onze ans lorsque sa mère Josefina Escobar se suicide en 1941. Son père l'envoie en internat à Long Island à New York, pendant un an. À la suite de cette disparition, Marisol arrête de parler, excepté pour répondre à l'école ou à des moments indispensables ; elle parle peu en public avant l'âge de . Elle commence le dessin et se met également à la broderie. Marisol Escobar est une chrétienne pratiquante Jean Westmacott, Marisol Escobar, Pop Art, New York, W. W. Norton & Company, 1989, ..

La famille s'installe à Los Angeles en 1946. Marisol Escobar suit ses études à Marymount School for Girls, puis Westlake School for Girls en 1948. Elle prend des cours du soir en 1946 à l'Otis Art Institute et à l'Institut d'art Jepson à Los Angeles. Elle suit les cours d'Howard Warshaw et Rico Lebrun.

En 1949, elle suit les cours de l'École des Beaux-Arts de Paris., puis elle s'inscrit à l'Art Students League of New York, et à la New School for Social Research. Elle suit notamment l'enseignement d'Hans Hofmann.

Pratique artistique Marisol Escobar fait partie du mouvement pop art des années 1960. Elle sculpte des portraits tridimensionnels, inspirés « des photographies trouvées ou glanées et de ses propres souvenirs ».

Dans la période de l'après-guerre, un retour aux valeurs traditionnelles s'observe dans les rôles sociaux, les races et les genres, notamment dans la sphère publique. Les œuvres sculpturales de Marisol se jouent des rôles sociaux prescrits et des contraintes imposées aux femmes par la représentation de la complexité de la féminité comme une vérité sensible(en) Williams, Holly. "Name One Female Pop Artist..... Go." The Independent (2015). La pratique de Marisol Escobar est une combinaison dynamique d'art populaire, de dadaïsme et de surréalisme, qui montre une analyse psychologique de la vie contemporaine(en) Diehl, Carol. "Eye Of The Heart." Art In America 96.3 (2008): 159. En affichant les aspects essentiels de la féminité dans un assemblage improvisé, Marisol Escobar commente la construction sociale de « la femme » en tant qu'entité instable.

Par l'utilisation de matériaux bruts et un assemblage de plâtres, de bois, de dessins, de photographies, de peintures et de vêtements contemporains, Marisol Escobar symbolise le rejet de l'idée d'une existence uniforme de l'« essence féminine ».

Selon Cécile Whiting, professeure d'histoire de l'art à Stanford, spécialiste du pop art, cette « essence féminine » est une identité construite à partir de représentations; elle est le plus souvent déterminée par le spectateur masculin, qui voit la femme uniquement dans un rôle de mère, séductrice ou épouse. En utilisant une technique féministe, Marisol Escobar perturbe les valeurs patriarcales de la société par des imitations. Elle imite et exagère les comportements du public. Avec ses parodies des femmes, de la mode et de la télévision, elle cherche à provoquer des changements sociaux.

Jouer avec la mimesis pour une action féministe Marisol Escobar exprime le rôle de la féminité dans son groupe de sculptures Women and Dog, créé entre 1963 et 1964. Trois femmes, une petite fille et un chien sont présentés comme des objets en exposition, savourant leur statut social avec assurance devant le public. Les femmes, sculptées en bois, sont debout et représentées dans des attitudes maniérées et « civilisées ». Des détails viennent rompre cette impression sophistiquée : il manque des chaussures, un chapeau, des fessiers sont en plâtre avec des ajouts. Avec leurs multiples visages elle se surveillent elles-mêmes et leur entourage. Pour la critique Pascale Debert, cette œuvre est une réponse critique et satirique aux normes de la féminité, construite en assumant le rôle de « féminité » afin de changer son caractère oppressif.

Le critique New-yorkais Douglas Dreishpoon, à propos d'une rétrospective du travail de Marisol Escobar (1961-1989), souligne que la pratique sculpturale de Marisol Escobar marque une distance entre elle et son sujet, tout en introduisant sa propre présence à travers des autoportraits dans chaque sculpture. Marisol Escobar se met en scène et participe du regard critique qu'elle produit. Elle utilise son corps comme référence pour une gamme de dessins, de peintures, de photographies et de modèles. Cette stratégie est employée comme une autocritique, mais cela correspond également à Marisol Escobar en tant que femme confrontée à des préjugés de la société. Comme Luce Irigaray l'a noté dans son livre Ce sexe qui n'en est pas un, (en) Irigaray, Luce. This Sex Which Is Not One. 76.

Selon Alexander Potts, professeur émérite britannique d'histoire de l'art, Marisol Escobar, comme beaucoup d'artistes du pop art, recadre, agrandit, réduit et reproduit son sujet inspiré de la vie contemporaine afin de mettre l'accent sur les discontinuités. Mettant le focus sur des aspects spécifiques d'une image ou des idées en dehors de leur contexte d'origine rend le message clair et met au jour le sens profond de ces messages. Grâce à son approche mimétique, la notion de « femme » est divisée en signifiants individuels puis réassemblée pour représenter visuellement les différences. En produisant ces symboles à travers des matériaux contradictoires, elle dissocie la « femme » en tant qu'entité évidente et sa représentation d'une construction faite d'une série de parties symboliques.

Marisol Escobar déconstruit à nouveau l'idée de la « vraie féminité » dans son groupe sculptural, The Party réalisé entre 1965 et 1966. Ce groupe présente un grand nombre de figures ornées d'objets trouvés et à la dernière mode. Bien que les robes, les chaussures, les gants et les bijoux semblent être authentiques de prime abord, ce sont des imitations peu coûteuses de biens de consommation prétendument précieux. Les costumes des personnages sont ornés d'objets divers, de peintures et de photographies publicitaires qui suggèrent un sentiment de vérité fabriquée. Cela dissocie l'idée que la féminité est authentique, de l'idée que la féminité est un concept résultant d'une accumulation d'idées fictives.

Whiting note que grâce à l'imitation théâtrale et satirique de Marisol Escobar, les signifiants communs de « féminité » sont expliqués comme une logique patriarcale établie par la répétition de la représentation dans les médias. En s'incorporant elle-même dans l’œuvre comme la face « féminine » sous observation, Marisol Escobar propose un sujet « féminin » capable de prendre le contrôle de sa propre représentation.

Whiting poursuit en soulignant que Marisol Escobar imite la construction imaginaire de ce que signifie être une femme, et aussi le rôle de « l'artiste ». Elle accomplit cela en combinant les caractéristiques de l'action painting et du pop art. Elle utilise l'expression du geste spontané de l'action avec les intentions artistiques d'accumulation du pop art. Les sculptures de Marisol Escobar mettent en doute l'authenticité du soi construit, ce qui suggère que des parties de représentation ont été conçues. L'art est utilisé non pas comme une plate-forme d'expression personnelle, mais comme une opportunité de s'exposer soi-même dans une création imaginaire. En juxtaposant différents signifiants de la féminité, Marisol Escobar explique comment la « féminité » est produite culturellement. Mais, en incorporant l'empreinte de ses propres mains et des marques caractéristiques dans ses œuvres, elle ajoute les symboles de l'identité de l'artiste célébrée tout au long de l'histoire de l'art. Cette approche a déstabilisé l'idée de la vertu de l'artiste comme une construction rhétorique de la logique masculine. Par conséquent, .

Peg De Lamater, professeur émérite d'art et design américaine, analyse la pratique mimétique de Marisol Escobar qui reproduit des célébrités comme Andy Warhol, John Wayne ou Charles de Gaulle, à travers une série de portraits à partir d'images trouvées. Les sculptures sont construites à partir de photographies, qui sont interprétées par l'artiste et transformées dans un autre format et un nouveau matériau. En imitant une image originale, l'histoire du sujet est conservée au sein de l’œuvre. Cette approche de l'utilisation de l'information préfabriquée, permet au produit de conserver son sens comme un artefact culturel. Cette façon de créer ajoute un décalage entre l'artiste et le sujet qui caractérise le pop art, car la ressemblance existe seulement avec la photo et non avec le sujet réel. L'imitation sculpturale du Président Charles de Gaulle en 1967 en est un exemple. Marisol Escobar a choisi une image de Charles de Gaulle en homme âgé. Manipuler ses traits de caractère, ses manières et ses attributs essentiels permet de subvertir efficacement sa position de pouvoir et de montrer sa vulnérabilité. Les traits de De Gaulle sont soulignés pour créer une caricature, en exagérant sa mâchoire, en augmentant la distance entre ses yeux, en rétrécissant sa bouche et en mettant sa cravate de travers. Son uniforme, sa main et son port statique rendent la sculpture asymétrique, pour suggérer la préoccupation du public pour un gouvernement juste. Le public est informé des défauts du sujet, ce qui suggère à la fois une similitude et une tension entre le sujet, le public et Marisol Escobar elle-même.

Cécile Whiting considère que la pratique artistique de Marisol Escobar a souvent été ignorée par l'histoire de l'art, tant par les critiques d'art que par les féministes. Celles-ci ont perçu son travail plutôt comme une reproduction des tropes et des discours sur la féminité d'un point de vue non critique, et reproduisant les modes de valorisation qu'elles espèrent dépasser. Les critiques du pop art ont considéré sa « féminité » dans un cadre conceptuel pour distinguer la différence entre son sentimentalisme et l'objectivité de ses partenaires masculins. Marisol Escobar a été l'objet de commentaires sociaux satiriques à cause de son genre et de sa race, ce qui était le contexte auquel elle était confrontée. Au lieu d'omettre sa subjectivité, elle a utilisé sa « féminité » comme mode de déconstruction et de redéfinition des idées de « femme » et d'« artiste », en s'appropriant le contrôle de sa propre représentation.

Pop art C'est dans les années 1960 que Marisol Escobar est influencée par des artistes du pop art comme Andy Warhol et Roy Lichtenstein. Elle apparaît dans deux films de Warhol, The Kiss en 1963 et 13 Most Beautiful Girls, en 1964.

L'une de ses œuvres les plus connues de cette période est The Party, une installation de taille réelle des personnages au Musée d'art de Tolèdo. Toutes les figures, représentant les diverses formes de l'élite sociale, ont le visage de Marisol Escobar.