La tour Chastimoine, appelée également Grosse Tour ou Tour Harcourt, est une ancienne tour faisant partie des fortifications de Caen, construite au milieu du et détruite à la fin du . Du , elle sert de prison pour les personnes atteintes de troubles mentaux.

Histoire La construction de la tour La tour Chastimoine était une grosse tour construite entre 1455 et 1465 à l'angle nord-ouest des fortifications à l'emplacement d'une tour ou peut-être d'une porte, dite porte Arthur, minée par Charles VII de France lors de la reprise de la ville aux Anglais en 1450Christophe Collet, Pascal Leroux, Jean-Yves Marin, Caen cité médiévale : bilan d'archéologie et d'histoire, Calvados, Service Département d'archéologie du Calvados, 1996, . La tour a porté plusieurs noms : Grosse Tour ou Tour Harcourt. Elle est construite par le maître-maçon Jehan Erneys en pierre « prinse en la carriere des fossez de la ville »Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, Caen, 1912, tome XXVIII, 192–193. Elle était à l'origine haute d'environ trente mètres de haut et était divisée en quatre niveaux. En 1522, le niveau supérieur est supprimé pour être remplacé par une plateforme ceinte d'un parapet à embrasure. À partir de cette date, la tour est donc divisée en trois niveaux : la salle haute, ou salle de la Tour, vaste pièce dans laquelle on pouvait entasser, selon un procès-verbal de visite de 1600, « seize pièces de canon de fonte, plus une petite pièce, cent boulets, trente-et-un barils de poudre à canon en contenant 3164 livres, quatre cent trente-cinq barils de poudre grenue pour l'arquebuse, de grandes pièces de bois, des affûts, etc. » ; la salle du concierge ; la basse-fosse, qui servait de prisons.

La prison

Jusqu'au milieu du , la tour est utilisée comme entrepôt d'armes et de munitions. Des soldats de passage et des prisonniers de guerre y sont hébergés épisodiquement. Entre et , 121 « Espagnols », c'est-à-dire des prisonniers de l'armée des Flandres de Philippe IV, y sont ainsi enfermés pour une durée mal estimée ; du 15 au , 200 « Espagnols » pris au siège de Mardyck (Nord) sont enfermés dans la « chambre haute » de la tour Chastimoine (deuxième étage)  lors de leur passage dans la ville.

À partir du , la tour commence à être utilisée pour enfermer les aliénés et les nécessiteuxClaude Quetel, « Lettres de cachet et correctionnaires dans la généralité de Caen au », Annales de Normandie, 1978, Volume 28, , . Au , la tour perd son usage militaire et, peut-être en 1678, on aménage une glacière dans la basse-fosse. Les mendiants y sont emprisonnésGabriel Vanel, « Remarques de Jacques Le Marchant, conseiller garde scel au bailliage et siège présidial de Caen (1674–1738) », Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, Jouan, Caen, 1906, tome XXV, . Au , la tour est utilisée comme annexe de l'Hôtel-Dieu réservée à l'emprisonnement des fous. Selon les échevins, la tour . En réalité, la tour, que les habitants de Caen surnomment la tour-aux-fols, est totalement insalubre. Des rapports officiels – établis en 1785 par un inspecteur général des hôpitaux, un exempt de maréchaussée et un maire de Caen – nous permet de mesurer la cruauté des conditions d'enfermement. Ils décrivent Ils signalent également des souterrains Dans les étages, les fous sont enfermés dans une espèce de cage, que les rapports comparent .

La destruction vignette|Le projet initial du palais de justice de Caen, avec la prison construite à l'emplacement de l'ancienne tour (à gauche).

Un arrêt du conseil du prévoit la destruction de la tour et son remplacement par une ou plusieurs glacières, ainsi que par un nouvel hôtel de l'intendance bâti avec les matériaux issus de la tour. L'arrêt n'est pas exécuté. En 1779, les plans dressés par Armand Lefebvre, ingénieur des ponts et chaussées de la généralité de Caen, pour la construction du palais des juridictions (palais de justice de Caen) et des prisons royales sont acceptés. Les adjudications pour la construction des prisons et de la salle d'audience du bailliage sont passées en 1781. Le projet prévoit à la base d'appuyer les nouvelles prisons sur la vielle tour. Mais un brevet royal du rappelle que la tour . Ordre est donc donné de démolir la tour.

La destruction de la tour s'avère difficile et les travaux, commencés le , ne s'achèvent que le . Les matériaux sont réutilisés pour des réparations de bâtiments un peu partout dans la ville. Les prisons des tribunaux sont construites à son emplacement ; ce bâtiment a été démoli en 1906 pour ouvrir la rue Bertauld.

Architecture

La tour était édifiée sur un plan en fer à cheval de trente mètres de diamètre. Dans les murs, épais de sept mètres afin de résister aux tirs d'artillerie, étaient aménagées des chambres trapézoïdales permettant de manœuvrer des pièces de canon.

Chaque niveau était constitué d'une pièce unique avec en son centre un pilier sur lequel viennent s'appuyer sur huit arcs. Pour accéder aux niveaux supérieurs, un escalier en colimaçon est pratiqué dans la gorge du plan en fer à cheval ; un escalier extérieur est accolé au rempart au sud.

Quand les prisons du palais de justice sont démolies en 1906 pour percer la rue Bertauld, les travaux permettent de dégager les fondations de la tour. Lors de la construction en 1908 de la maison à l'angle des rues Bertauld et Saint-Manvieu, le pilier qui recevait par pénétration les huit arcs formant la voûte de la salle basse est mis au jour.

Références

Articles connexes

Histoire de Caen Fortifications de Caen Tour Leroy Histoire de la folie à l'âge classique

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