Yvonne Nevejean, née à Gentbrugge (Belgique), le et morte le à Bruxelles, était la directrice de l'Œuvre nationale de l'enfance en Belgique durant la Seconde Guerre mondiale. Par son action et en collaboration avec le Comité de défense des Juifs des époux Jospa (Hertz et Yvonne), elle contribua à sauver plus de juifs en leur procurant de fausses identités et en les soustrayant à l'autorité allemande d'occupation du pays. Yvonne Nèvejean fut déclarée Juste parmi les nations par l'Institut Yad Vashem.
Biographie thumb|right|300px|Allée à travers le 'Jardin des Justes', Yad Vashem (Jérusalem) Yvonne Nèvejan naît le à Gentbrugge. Elle obtient un diplôme d'auxiliaire sociale en 1922 lors de ses études à l'École centrale de Service social de Bruxelles, dirigé par Marie Mulle, sa thèse porte sur l'Organisation du travail et l'orientation professionnelle. Elle étudie à l'université de Gand puis aux États-Unis où elle décroche une maîtrise en sciences sociales et politiques à l'université de New York. Après son retour en Belgique en 1928, elle commence à travailler pour l'Œuvre nationale de l'enfance (aujourd'hui dénommé Office de la naissance et de l'enfance (ONE), une organisation parastatale qui supervise un réseau de foyers pour enfants en difficulté à travers toute la Belgique. Elle gravit rapidement les échelons de l'organisme jusqu'à en assurer la direction générale de 1940 à 1965, date de son départ à la retraite. Elle sera ensuite nommée Présidente d'honneur jusqu'à son décès. C'est la première femme qui dirige l'Œuvre nationale de l'enfance.
Yvonne Nèvejean s'est également engagée au sein du service de renseignement Tournay. Au grade de lieutenant, elle est chargée, de à , de la mission de garder des archives des services de renseignement et de la copie de messages échangés entre Londres et la Belgique.
Elle a été active au sein de plusieurs associations, dont l'Association Aide aux Israélites victime de la guerre (qu'elle a contribué à fonder en 1944), l'Amicale des anciens du CDJ, le Conseil général de la Croix-Rouge de Belgique.
Le sauvetage des enfants juifs En août 1942 lorsque commencent les premières déportations de juifs en Belgique, Yvonne Nèvejean est contactée par le Comité de défense des Juifs, une toute récente organisation clandestine fondée par Hertz Jospa et son épouse Yvonne Jospa. Elle en devient membre à part entière en 1943. Ils lui demandent de prendre part au sauvetage et à la dissimulation d'enfants juifs dans des familles et des institutions dépendant de l'Œuvre nationale de l'enfance.
Sans pour autant impliquer l'institution dans ses actions, Yvonne Nèvejean organise un système complexe pour placer des enfants juifs à risque dans des lieux sûrs, des foyers d'accueil, des internats, des couvents et des orphelinats gérés par l'ONE.
Plus de purent ainsi échapper à la barbarie nazie.
Des listes distinctes sont établies, aucune ne comportant la totalité des informations relatives aux enfants. Grâce à un réseau d'une vingtaine de personnes, dont Ida Sterno, Andrée Geulen, et Paule Renard, les enfants sont accompagnés vers leur lieux d'accueil. Pour des raisons de sécurité, les parents d'enfants juifs ne savent jamais où leurs filles ou leurs fils sont cachés. Les messages entre parents et enfants passent cependant entre les courriers de l'ONE. Yvonne Nèvejean doit aussi trouver des moyens de subsistance. Les réseaux secrets juifs financent les opérations. Lorsque ces fonds s'avèrent ne plus être suffisants, Yvonne Nèvejean obtient un soutien financier auprès des banques, du gouvernement belge en exil à Londres et de l'American Jewish Joint Distribution Committee (Joint).
Lorsqu'elle apprend en qu'un groupe de 58 enfants juifs d'un orphelinat de Wezembeek, contrôlé par les allemands doit être conduit au camp de rassemblement de Malines, avant d'être déporté à Auschwitz, Yvonne Nèvejean contacte la reine Elizabeth, présidente d'honneur de l'ONE, qui parvient à convaincre un général allemand d'épargner les enfants. Les détails de la libération des enfants et de leurs surveillants sont élaborés par Léon Platteau, un fonctionnaire du ministère belge de la Justice. Évacuation des maisons d'enfants de l'Association des juifs en Belgique La Gestapo tente bien de mettre un terme aux activités d'Yvonne Nèvejean. Même si plusieurs résistants ou bénéficiaires du réseau sont arrêtés, jamais l'organisation clandestine ne cesse son activité. En , alors que la défaite du Troisième Reich est annoncée, la Gestapo à Bruxelles renforce les mesures pour l'arrestation massive de Juifs belges. Les enfants placés dans les maisons d'enfants gérées par l'Association des juifs en Belgique (AJB) sont en grand danger d'être déportés. Yvonne Nèvejean est appelée à l'aide pour les sauver. Grâce au réseau du CDJ, l'évacuation des homes, dont celui de Linkebeek, a lieu le , juste avant la rafle prévue pour le . Marie Blum-Albert, une de ces résistantes, en témoigne .
L'après-guerre Après la guerre, Yvonne Nèvejean supervise le rapatriement des enfants dispersés par l’exode ou prisonniers de guerre et envoie les infirmières de l’ONE au secours des enfants victimes de bombardements.
Elle épouse le financier Guy Feyerick (1903-1965) à Londres le .
Yvonne Nèvejean décède le à Bruxelles. Yvonne Jospa rend hommage à son engagement .
Engagement associatif Yvonne Nèjevan est membre de plusieurs associations. Elle aide à fonder en 1944 l'association Aide aux Israélites victimes de la guerre et, en 1964, l'Amicale des Anciens du CDJ. Elle est à l'initiative des liens entre l'ONE et le conseil général de la Croix-Rouge de Belgique.
Autres membres du réseau D'autres figures furent très actives dans ce réseau, un prêtre du diocèse de Namur, Joseph André, dom Bruno, Madeleine Sorel, Esta Heiber, Marie Taquet-Martens et son mari Emile Taquet et d'autres.
Hommages et distinctions Après la guerre, Yvonne Nèvejean est récompensée. Elle est décorée du titre de chevalier de l'ordre de Léopold avec palme, du titre de chevalier de l'ordre d'Orange-Nassau, de la croix de guerre 1940 avec palme et du titre d'officier de l'ordre de Léopold. La médaille de la Résistance et la médaille commémorative de la guerre 1940-1945 sont attribuée également à Yvonne Nèvejean. En 1969, Yvonne Nèvejean reçoit la médaille de Juste parmi les nations décernée par l'Institut Yad Vashem. En 1996, la Poste belge émet un timbre à son effigie. Les 4 et , l'université libre de Bruxelles et l'Association L'Enfant caché organisent deux jours d'hommage à Yvonne Nèvejean. En 2010, le forum des organisations juives rend un hommage à Anvers et remet une médaille aux personnes qui ont sauvé des juifs à Bruxelles et Anvers. La belle-fille d'Yvonne Nèvejean reçoit la médaille en son nom. En 2019, la Ville de Bruxelles baptise une nouvelle rue à son nom, rue Yvonne Nèvejean à Laeken. En 2022, la promotion sciences sociales et militaires (162 SSMW) de l'Ecole Royale Militaire, comptant dans ses membres de Prince Gabriel porte le nom de promotion Yvonne Nèvejean.
Références
Mordecai Paldiel, Encyclopedia of the Holocaust, New York, Macmillan, , . Maxime Steinberg, L'Étoile et le Fusil (1986) Bruxelles: Vie ouvrière, tome 3, pp. ;103-105,
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