Le coup d'État du 19 juin 1965 en Algérie ou le « redressement révolutionnaire »Expression consacrée par le discours officiel pour nommer le coup d’État contre Ben Bella. est un putsch militaire animé par le colonel Houari Boumédiène, ministre de la Défense, à l'issue duquel le président de la République Ahmed Ben Bella est renversé et Boumédiène devient le nouveau président de l'Algérie de 1965 à 1978.

Contexte

L'Algérie devenue un État indépendant à l'issue du référendum d'autodétermination du , le pays connaît immédiatement un conflit durant la crise de l’été 1962, qui oppose le GPRA, signataire des accords d'Évian, et le « Bureau politique » formé par Ahmed Ben Bella qui a scellé un pacte avec le « clan d'Oujda »En référence à la ville marocaine frontalière avec l'Ouest algérien, où est implantée la base arrière de l'État-major général de l'« armée des frontières durant la guerre d'Algérie ». — à sa tête le colonel Houari Boumédiène, chef d'État-major général de la fameuse « armée des frontières » forte de , bien équipée et disciplinée. Ben Bella impose peu à peu son autorité. Avec l'appui militaire du colonel Boumédiène, il organise les élections à une Assemblée nationale constituante, le , qui le désigne comme chef du premier gouvernement algérien. L'année suivante, il devient le premier président de la République de l'Algérie indépendante, par l'élection présidentielle (avec un candidat unique) du avec .

Deux années plus tard, Ben Bella ne voit pas monter le danger. Discrètement, le colonel Boumédiène crée des réseaux ; il est vice-président du gouvernement depuis 1963 et ministre de la Défense et donc chef de l'ANP, digne héritière de l'Armée de libération nationale (ALN), qu'il ne cesse de renforcer et d'équiper en faisant appel aux Soviétiques. À ce poste, il dirige aussi la toute puissante Sécurité militaire, véritable police secrète à la disposition du chef des armées. ., aurait déclaré Boumédiène à son clan.

En 1964, pour réprimer la rébellion du Front des forces socialistes, Ahmed Ben Bella met en place une milice populaire, dirigée par le commandant Mahmoud Guennez. L'instauration de cette milice crée une profonde dissension avec les militaires algériens qui la considèrent comme intrusive dans leurs prérogatives. Chadli Bendjedid indique : . Pour l'historienne Saphia Arezki cette remise en cause de l'armée est une des raisons du Coup d'État de 1965.

N'osant pas s'attaquer directement au colonel Boumédiène, Ben Bella cherche à réduire l'influence du « clan d'Oujda » au sein de son gouvernement. Il provoque la démission d'Ahmed Medeghri, ministre de l'Intérieur, puis pousse Kaïd Ahmed à renoncer au ministère du Tourisme. Et lors d'un remaniement ministériel en , il réduit considérablement les attributions de Chérif Belkacem, un des membres du « clan d'Oujda », ministre de l'Orientation, qui a sous son autorité l'Information, l'Éducation nationale et la Jeunesse. Le président de la République, déjà chef du gouvernement et secrétaire général du FLN, s'attribue les portefeuilles de l'Intérieur, des Finances et de l'Information. Ben Bella rassemble sur son nom toutes les oppositions. Son ministre de la Santé, le docteur Mohamed Seghir Nekkache, le met en garde, sentant l'imminence du danger..

Mais, le début de l’épreuve de force entre l’armée et Ben Bella se situe au moment où ce dernier décide de se défaire de son ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika19 juin 1965 : Boumédiène renverse Ben Bella en pleine nuit, jeuneafrique.com, n° 239, 4 juillet 1965.. Le , alors que le colonel Boumédiène représente l'Algérie à la conférence des chefs de gouvernement arabes au Caire, Ben Bella annonce qu'il retire à Abdelaziz Bouteflika, autre membre du « clan d'Oujda », son portefeuille de ministre des Affaires étrangères. Bouteflika alerte aussitôt le colonel Boumédiène. Ce dernier rentre aussitôt à Alger et il réunit ses compagnons du « clan d'Oujda » que viennent rejoindre les officiers chaouis dont Tahar Zbiri, Saïd Abid, Ahmed Draia, Salah Soufi et Abdelaziz Zerdani. Tous sont pour le renversement de Ben Bella. L'opération est minutieusement préparée.

Coup d’État thumb|redresse|Le colonel Zbiri, chef d'état-major de l'armée. La presse étrangère est interdite la veille du coup d’État et les communications téléphoniques coupées pendant quarante-huit heures.

La villa Joly, où réside le chef de l’État, est située dans le quartier où se trouve l'appartement du colonel Boumédiène, à proximité de la villa Arthur, où habite Bouteflika et non loin de l’état-major de ANP où ont été mis au point les détails du complot.. C'est au chef d'état-major de l'armée, le colonel Tahar Zbiri, et à la Sécurité militaire que le colonel Boumédiène confie la tâche de mettre aux arrêts le président de la République.

Ben Bella est arrêté chez lui, le à 2 h 30 du matin. Le colonel Zbiri, accompagné d'Ahmed Draïa, directeur de la Sûreté, et de Saïd Abid, commandant de la première région militaire du Grand Alger, le réveillent sans ménagement et le pressent de s'habiller. Encadré par les trois officiers, le président monte dans une voiture noire qui l’amène vers une destination inconnue.

Boumédiène dans son quartier général, attend le rapport de ses hommes ; le téléphone sonne, au bout du fil, le colonel Zbiri : , dit-il.

À l'aube, l'armée du colonel Houari Boumédiène vient de prendre le pouvoir, les Algérois se réveillent avec des chars et des hommes en tenue de combat, postés à tous les points stratégiques de la capitale.

Les émissions habituelles de Radio algérienne sont remplacées par de la musique militaire et la diffusion de communiqués en boucle en arabe et en français. Le président déchu y est qualifié de « despote » et de « tyran ». À 12 h 05, dans un message radiodiffusé, le colonel Boumédiène annonce la création d'un Conseil de la révolution qui assume tous les pouvoirsLahouari Addi, Le système de pouvoir en Algérie, son origine et ses évolutions, Confluences Méditerranée, 2020/4 N° 115, pages 103 à 113.

Ce coup d’État se produit à la veille du sommet afro-asiatique prévu à Alger, auquel le Premier ministre chinois Zhou Enlai et le président égyptien Nasser devaient participer, et au cours duquel le président Ben Bella devait apparaître comme l'un des principaux dirigeants du tiers monde. Il intervient en outre quelques mois après l'accord secret entre Ben Bella et le FFS de Hocine Aït Ahmed qui était entré en dissidence dans son fief kabyle depuis 1963. Le colonel Boumédiène, dont les troupes quadrillent depuis un an et demi les maquis de Kabylie, n'est pas favorable à ce rapprochement.

Cinéma Quelques jours avant le coup d'État, le réalisateur italien Gillo Pontecorvo tournait un film sur la bataille d'Alger et lorsqu'a lieu le coup d’État, les chars de Boumédienne sont déjà déployés dans les rues d'Alger. se rappelle un journaliste. La plupart des Algérois pensent comme lui. . Les hommes du colonel Boumédienne s'adressent à la population en déclarant: ..

Conséquences politiques

Chasse aux Ben Bellistes et opposants Dès le lendemain du coup d’État, la chasse aux Ben Bellistes et aux opposants de gauche est lancée dans les rues de la capitale, à la fois massive et violente. Les camions de l'armée sillonnent les rues d'Alger, que parcourent aux cris de « Boumédiène assassin ».

La radio passe en boucle des appels au calme et des menaces à leur encontre. De nombreuses personnes sont arrêtées, parmi lesquelles d’extrême gauche partisans de Ben Bella.

À Constantine, les arrestations et les disparitions vont se multiplier au fil des semaines. À Annaba, il y a plusieurs arrestations et une centaine de morts. À Oran, les rues sont quadrillées par les automitrailleuses et les patrouilles militaires. Une manifestation spontanée composée en majorité d'étudiants se déroule sur la place d'Armes, et plusieurs d'entre eux sont arrêtés par la Sécurité militaire.

Ben Bella, premier président de la République algérienne, restera enfermé pendant quinze ans avant d'être exilé.

Libéré le sous la présidence de Chadli Bendjedid, il s'exile en Suisse, y crée le Mouvement pour la démocratie en Algérie et se rapproche de Hocine Aït Ahmed mais ne revient en Algérie que le . Assistant à la prestation de serment du président Abdelaziz Bouteflika en 2009, il prône aussi la réconciliation avec les islamistes du Front islamique du salut (FIS).

Conséquences économiques Le gouvernement issu de l'indépendance, devant faire face à des pénuries de matières premières et une chute de 40 % des dépôts bancaires en 1962, du fait de l'exode des pieds noirs, qui représentaient près du dixième de la population, et surtout à l'amputation de plusieurs secteurs industriels, pour certains dans une proportion importante de 75 %, notamment dans les biens de consommation courante, alors que la population algérienne passe de 10 à de personnes en une décennie, avait été contesté .

Il avait donc rapidement pour y faire face, via des , qui furent parfois incomplètement réalisés, et par la promotion insistante de l'autogestion industrielle. Des milliers d’exploitations agricoles et d'entreprises industrielles sont passées en mode théorique d'autogestion, codifié par les décrets dits de « », parmi lesquelles beaucoup laissées «vacantes » à la suite du départ de leurs propriétaires européens. Mais l'autogestion a rapidement été détournée de ses buts comme l'a montré le Congrès de l'autogestion industrielle de , confié au FLN, qui avait pour objectif réel de . Le gonflement des salaires consécutif à l'indépendance a eu des répercussions sur les prix.

Le gouvernement militaire issu du putsch du a violemment critiqué la politique générale du prédécesseur, notamment sa politique économique mais et même lancé à son tour en L'autogestion industrielle en Algérie, par Damien Helie, dans Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée en 1969 ..

L'office chargé de l'agriculture autogérée est cependant supprimé par le nouveau régime, car accusé d’avoir , tandis qu'en , une Banque nationale de crédit est instituée pour servir le secteur autogéré, mais la gestion «étatiste » de l’économie nationalisée s’est en fait amplifiée, sous la coupe de Le dossier de l'autogestion en Algérie, par Michel Raptis, dans la revue Autogestions en 1967 ..

Célébration Officieusement le « régime Boumédièniste » prend fin, en , avec le décès du président Houari Boumédiène et la dislocation du Conseil de la révolution. La journée du célébrée comme « journée nationale » chômée et payée finit par disparaître, en 2005, du calendrier des fêtes nationales.

Notes et références

Annexes Articles connexes Armée de libération nationale (ALN) État-Major Général Clan d'Oujda Armée nationale populaire Organisation de la résistance populaire

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