Émile BinSi l'état civil mentionne les prénoms « Jean Baptiste Émile » et si les livrets du Salon indiquent « Jean-Baptiste-Philippe-Émile Bin », Émile est bien le prénom usuel du peintre., né à Paris le et mort à Marly-la-Ville le Archives départementales du Val-d'Oise Acte de décès , est un artiste peintre, graveur et homme politique français.
Biographie Formation et carrière
Fils de Marie Louise Cécile, ou Marie Cécile Nicole Gosse (1791-1867), reconnu en 1832 par son père le peintre Jean-Baptiste François BinJean-Baptiste François Bin (vers 1791-1849) dit « Bin père », peintre en décors et membre du Comité central des artistes, eut d'une autre union (avec Marie de Roussel (vers 1812-1862)) le peintre Jean-Baptiste Auguste « Achille » Bin (1833-après 1899), qui est donc le demi-frère d’Émile Bin. À ne pas confondre avec le peintre en décors François-Victor Bin (1816-1869), père du sculpteur Nicolas Victor Bin (né en 1843)., Émile Bin commença par suivre l'enseignement paternel, puis, entre 1837 et 1840, étudia auprès de son oncle maternel, le peintre Nicolas GosseFélix Jahyer (cf. bibliographie).. Il fut ensuite l'élève de Léon Cogniet et entra le à l'École des beaux-arts de Paris, où il remporta en 1850 le premier second grand prix de Rome sur le sujet de Zénobie trouvée sur les bords de l'Araxe. Il envisagea de retenter ce concours l'année suivante, sur le sujet de La Mort de Paralus, avant d'y renoncer.
Dès 1845, il exposa au Salon des peintures d'histoire et des portraits. En tant que peintre décorateur, il orna de ses réalisations des hôtels particuliers (bibliothèque de l'hôtel Pillet-Will, rue MonceyEn 1864, le paiement de ce décor entraîna entre le commanditaire et le peintre un litige tranché par la Justice au profit de Bin (cf. Petit-Jean, « Courrier du Palais », Le Monde illustré, 11 juin 1864, p. 380-381)., hôtels Grellou, Millaud, Osmond, Pereire, boulevard Malesherbes, Lesoufaché et Erlanger, à Paris, ainsi que l’hôtel Hecht, à Strasbourg, quai Kléber, et les hôtels Dauphinot, Holden et Hourlier à Reims), des monuments publics (musée des Souverains, École polytechnique fédérale de Zurich entre 1864 et 1868, Grand Théâtre de Reims en 1873. et théâtre de Chambéry, Hôtel de Ville de Poitiers, École supérieure de pharmacieCourrier de l'Art, 22 août 1884, p. 408., amphithéâtre du muséum national d'histoire naturelle), des établissements privés parisiens (salon Louis XV de l'atelier de Disdéri, boulevard des Italiens« Les salons de Disdéri », Le Figaro, 18 mars 1860, p. 7., Crédit mobilier, premier et deuxième étages du Grand Hôtel et, en collaboration avec son oncle, les peintures d'histoire décoratives de la grande salle de l'hôtel du Louvre) et des églises de la capitale (Saint-Nicolas-du-Chardonnet, Saint-Sulpice).
Dans le cadre de l'exposition universelle de 1867, il réalisa, en collaboration avec les sculpteurs Godin et Mallet, le décor des bâtiments (temple, selamlik et galeries) de la section vice-royale égyptienne construits par Jacques Drevet« L'exposition universelle de 1867 », Le Figaro, 31 décembre 1866, p. 3., ce qui lui valut d'être décoré de l'Ordre du Médjidié. En 1871, la Russie lui commanda trois grandes compositions, La Guerre, La Paix et La Famine (ou La Peste).
Bin admirait particulièrement l'Art de Michel-Ange et celui de Raphaël, qui inspirèrent la fermeté du trait et le style très sculptural de ses propres compositions. En 1866, accompagnant à Rome son meilleur élève et collaborateur, Joseph Blanc, il visita exclusivement la chapelle Sixtine et la FarnésinePaul Milliet, Une Famille de républicains fouriéristes, les Milliet, t. I, Paris, Giard et Brière, 1915, p. 270.. Le goût de Bin pour les scènes historiques et anecdotiques et sa prédilection pour les nus mythologiques le classent parmi les peintres académiques de la seconde moitié du .
Peintre reconnu, Bin fut nommé chevalier de la Légion d'honneur en . Installé à Montmartre (place de l'Abbaye, puis rue du Château-Rouge, puis rue Cauchois et rue Caulaincourt) dès le début du Second Empire, Bin fit partie de la Société des Éclectiques pour laquelle il réalisa plusieurs gravures à l'eau-forte.
En 1880, il participa à la fondation de la Société des artistes français et, en 1881, à l'organisation du Salon des artistes français. En 1882, il publia un Projet d'association syndicale des artistes français.
Élèves Ayant ouvert son propre atelier en 1876, il eut de nombreux élèves :
Étienne Beaumetz Joseph Blanc (1846-1904) Charles-Xavier-Jules Blu Alfred de Richemont Maurice Eliot William Hall-Maxwell Ernest Victor Hareux Heill Edmond Jeron Albert-Antoine Lambert Henri Laurent-Desrousseaux Charles Léandre Henry-Léon Mabboux Pierre-Adhémar Marquant-Vogel Gaston-Charles Marquet Louise Milliet Paul Milliet, frère de la précédente Alfred-Paul-Marie de Richemont Auguste-Félix Rippoz Henri Rivière Schiff Paul Signac Paul-Léon Simonet François Thévenot Eugène VavasseurFiche exposant SAF 1887, base salons du musée d'Orsay.
Engagement politique
vignette|Caricature de Bin parue dans le journal satirique boulangiste La Diane (1889).
Républicain, Émile Bin aurait combattu sur les barricades en 1848 et en 1851Paul Milliet (cf. bibliographie), p. 155.. Cet engagement ne l'empêcha pas de faire de carrière sous l'Empire, mais il refusa d'être confondu parmi les artistes officiels du régime et c'est avec regret qu'il aurait accepté - pour subvenir aux besoins de sa famille - la commande d'un portrait de Napoléon III pour la mairie de Montmartre (1855). Pendant le siège de Paris (1870), Bin fut nommé membre du Conseil d'armement et de subsistances mais, par la suite, il refusa de prendre une part active à la Commune et préféra se retirer à Argentan pendant les troubles. Il dut toutefois rendre compte de sa conduite devant un conseil de guerre versaillais, qui reconnut son innocence. AnticléricalPaul Milliet, p. 239., Bin était proche de l'extrême-gauche radicale. Ainsi, le , dans le cadre de la campagne électorale de Désiré Barodet, l'atelier de l'artiste accueillit une réunion politique à laquelle assista son ami Georges Clemenceau ainsi que Tony Révillon et CantagrelPaul Milliet, p. 165..
Adjoint au maire du de Paris depuis 1878, Bin devint maire en 1883. C'est pendant son mandat que furent inaugurés le pont de la rue Caulaincourt ainsi que le marché de La Chapelle et que fut posée la première pierre de l'actuelle mairie de la rue Ordener (que Bin aurait toutefois préféré voir installée dans un lieu aussi central que la place des AbbessesGil Blas, 18 décembre 1888, p. 4.). En 1886, Bin fut l'un des cofondateurs de la société du « Vieux Montmartre ».
En , il fut révoqué de ses fonctions municipales pour « cause de boulangisme »« Maire révoqué », Le Matin, septembre 1889, p. 3. lors de la répression de ce mouvement par le ministre de l'Intérieur, Constans. La Diane, une feuille satirique boulangiste, affirma que Bin avait été sanctionné pour avoir peint un portrait du général Boulanger (exposé au Salon de 1888), mais l'artiste avait également réalisé le portrait de Clemenceau, son ami radical. Autre organe du mouvement « républicain national », La Presse de Laguerre avança que la révocation de Bin (dont l'affection pour le général « n'était pas bien ardente ») et son remplacement par l'adjoint Wigghishoff avaient surtout été inspirés par l'adversaire socialiste du général, Jules Joffrin, en vue des élections législatives de septembre 1889« Les dessous d'une fraude », La Presse, 22 octobre 1889, p. 2.. Bin lui-même penchait pour cette dernière explication« Nouvelles politiques et parlementaires », Journal des débats, 2 septembre 1889, p. 2.. Après avoir été proche du mouvement boulangiste (comme l'attestaient plusieurs lettres saisies lors de l'instruction contre Boulanger, Rochefort et Dillon), Bin s'en était démarqué pour se réaffirmer comme « radical socialiste » et se déclarer favorable au parlementarisme honni par le parti de la révision constitutionnelle. Il aurait même participé à des manifestations anti-boulangistesLe Temps, 2 septembre 1889, p. 3.. Cependant, c'est bien sous l'étiquette de « républicain révisionniste » qu'il se présenta, deux semaines après sa révocation, aux élections législatives« La campagne électorale », Le Matin, 14 septembre 1889, p. 2. avant de retirer sa candidature dans les jours ayant précédé le second tour du scrutin« Scrutin de ballotage », Le Matin, 30 septembre 1889, p. 2, et « La campagne électorale », 2 octobre, p. 1. qui opposa le boulangiste Laisant au radical Lafont.
Républicain et patriote avant tout, Bin réalisa avec ses élèves des arcs de triomphe éphémères élevés rue Lepic pour les fêtes du et 1881, représentant respectivement La République sortant des ruines de la Bastille (en grisaille) et La République éclairant le monde (sur un transparent)Gil Blas, 12 juillet 1880, p.2 et 8 juillet 1881, p. 3.. En 1889, à l'occasion du centenaire de la Révolution française, il exécuta un « Musée historique » de vingt grandes toiles pour le diorama des Buttes-ChaumontLe diorama des Buttes-Chaumont se trouvait à l'angle des rues Secrétan et Manin (cf. La Presse, 7 avril 1890, p. 4). retraçant les moments marquants du siècle écoulé en insistant sur les épisodes de la lutte pour la Liberté, de La Prise de la Bastille jusqu'à L’Apothéose de la République en passant par La Proclamation du suffrage universel en 1848, La Mort de Baudin ou encore Le Départ de Gambetta pendant le siège« Le Musée historique », La Presse, 6 mars 1889, p. 3. Les titres de ces œuvres semblent forgés car ils diffèrent de ceux mentionnés par Le Figaro (4 août 1889, p. 2), qui en donne une liste presque complète : La Misère des campagnes ; La Patrie en danger ; Le Jugement de Louis XVI ; La Chute de Robespierre ; Le 18 Brumaire ; Tilsitt ; Paris, 1814 ; Waterloo ; L'Assassinat du maréchal Brune ; Le Premier chemin de fer ; La Prise des Tuileries ; La Proclamation du suffrage universel ; Le 2 décembre, le Coup d’État ; Le Retour d'Italie ; La Déchéance de l'Empire ; Le Siège de Paris ; La Fédération de 1889..
Œuvres Peinture, dessin