L'attaque contre un poste-frontière entre l’Égypte et Israël en 2012 est une attaque perpétrée le par palestiniens qui ont tué 16 garde-frontières égyptiens et se sont emparés de deux véhicules blindés égyptiens pour attaquer le point de passage de Kerem Shalom à l'intersection des frontières de Gaza, de l'Égypte et d'Israël afin de pénétrer sur le territoire israélien pour y commettre des attaques. Il s'agit de l'incident le plus meurtrier à la frontière du Sinaï entre les deux pays depuis les accords de paix israélo-égyptiens de 1979. L'attaque a eu lieu alors que les gardes-frontières égyptiens rompaient le jeûne du ramadan. Un haut responsable égyptien de la sécurité a accusé des jihadistes venus de la bande de Gaza voisine d'être responsables de l'attaque. L'objectif de cette attaque était de créer « un effet de choc » tant en Israël qu'en Égypte afin de provoquer un chaos régional causé par l'embrasement des frontières entre les deux pays et celles avec Gaza provoquant la rupture des relations israélo-égyptiennes et la déstabilisation du régime égyptien.

Déroulement L'attaque a eu lieu le , vers 20 heures, durant la rupture du jeûne de ramadan. Les assaillants, à bord de deux véhicules tout-terrain et armés de lance-roquettes et de mitrailleuses ont pris d'assaut le poste frontalier égyptien de Karm Abou Salem, se trouvant à la jonction des frontières israéliennes, égyptiennes et de la bande de Gaza. Ce poste est sous le contrôle des services de renseignements égyptiens. Une vingtaine de gardes-frontières égyptiens se trouvaient sur place dans le réfectoire, sans armes pour rompre le jeûne du Ramadan, seize ont été tués dès le début l'assaut, sept ont été blessés, d'autres auraient été capturés. Au moment de l'attaque, des éléments de la bande de Gaza ont tiré des obus de mortier sur la région frontalière avec Israël. Dans la foulée les terroristes s'emparent de deux blindés de type Fahd utilisés par l'armée égyptienne et attaquent avec ces véhicules et une camionnette de type pick-up chargée d'une demi-tonne d'explosifs le poste frontière israélien de Kerem Shalom situé à proximité. L'objectif était d'infiltrer la base militaire israélienne se trouvant à proximité, de le faire exploser en son centre pour causer un grand nombre de victimes. Les terroristes se trouvant dans l'un des deux blindés étaient censés pénétrer la base immédiatement après afin de liquider les survivants et procéder à l’enlèvement d'un soldat ou d'un civil voire d'un cadavre. Au moins 10 terroristes sont restés en arrière sur le territoire égyptien, parmi eux les commandants de l'attaque et ceux ayant effectué le tir de barrage de mortiers destiné à servir de couverture à l'infiltration des véhicules. Les obstacles en béton mis en place par l’armée israélienne autour de cette base ont contraint le pick-up à manœuvrer afin de les contourner ce qui l'amena à s'enliser dans les dunes et à se renverser. Les forces israéliennes ont alors ouvert le feu et il a explosé. Une explosion se produit dans l'un des deux blindés avant qu'il n'atteigne le territoire israélien. Le second blindé, dans lequel se trouvaient huit des attaquants, a parcouru trois kilomètres en Israël avant d'être pris en chasse par deux tanks israéliens. Le blindé est détruit 15 minutes après le début de son incursion par un missile tiré par un hélicoptère israélien qui avait pris position au-dessus du secteur. Le pilote s'étant auparavant assuré que sa destruction ne mettait pas en danger les civils se trouvant aux alentours......

Contexte Environ un millier de gardes-frontières égyptiens sont stationnés dans le Sinaï, ainsi qu'un nombre peu important de militaires d'autres unités. Leur rôle consiste à protéger la bande côtière et les routes du nord du Sinaï vers El Arich et Rafah. Ces militaires ne sont pas entrainés pour intervenir en cas d'attaques terroristes. Sous le régime de Hosni Moubarak le Sinaï est devenu un no man's land contrôlé par des factions du djihad mondial et des Bédouins armés. La faible présence de l'armée égyptienne est aussi la conséquence du traité de paix israélo-égyptien de 1979 qui inclut la démilitarisation du Sinaï.

Israël accuse depuis des mois des militants palestiniens de Gaza de s'infiltrer via les tunnels entre l’Égypte et Gaza dans le Sinaï pour y perpétrer des attentats. Une grande partie de l'armement utilisé dans la récente vague d'attaques provient de Libye, où des dépôts d'armes ont été pillés durant la guerre civile libyenne de 2011.

Au , l'armée israélienne et le Shin Bet (Agence israélienne de sécurité) n’était pas en mesure de définir qui était responsable des attaques, un haut fonctionnaire israélien a cependant fait état que les Djihadistes du Sinaï recevaient le soutien de salafistes liés à des terroristes à l'étranger. Les médias égyptiens ont rapporté le que l'Armée de l'Islam, une organisation affiliée à Al-Qaïda basée à Gaza, qui avait pris la responsabilité de l'attaque transfrontalière ayant amené à l’enlèvement du soldat israélien Gilad Shalit, était impliquée.

Le , des terroristes venus du Sinaï, suspectés d’appartenir aux comités de résistance populaire de Gaza, ont ouvert le feu à au nord d'Eilat sur un bus tuant huit Israéliens, dont un soldat et un policier. Au cours de la poursuite des assaillants sur la frontière avec l’Égypte, les forces de sécurité israéliennes tuèrent sept des terroristes. Cinq policiers égyptiens périrent dans des échanges de tirs, déclenchant une crise entre les deux pays. En , durant une autre infiltration frontalière un groupe armé avait attaqué deux voitures transportant des ouvriers du bâtiment israéliens. Deux des terroristes ont été tués. Afin de prévenir ces infiltrations et attaques, Israël construit une clôture de sécurité équipée d'un système d'alarme électronique tout le long des de sa frontière avec l'Égypte.

Selon Ron Ben-Yishai, un expert israélien des questions militaires, une opération similaire à celle du avait eu lieu dans la même zone dans le passé. Au cours de cette attaque, des terroristes palestiniens appartenant aux Comités de résistance populaire avaient tenté de s'infiltrer en Israël en utilisant des gros véhicules. Cette attaque avait été déjouée par l'unité bédouine de reconnaissance de Tsahal..

Fermeture de la frontière et des tunnels de contrebande par l'Égypte À la suite de l'attaque, l'Égypte a fermé « sine die » le terminal de Rafah à la frontière avec la bande de Gaza. Ce terminal est l'unique point de passage entre cette enclave contrôlée par le Hamas à ne pas être contrôlé par Israël. Le avoir vu du « matériel lourd acheminé [par les autorités égyptiennes] près de l'entrée des tunnels », le but de l’opération étant de sceller les ouvertures de ces tunnels du côté égyptien de la frontière selon des sources sécuritaires égyptiennes et le début du doublement de la barrière entre Égypte et Gaza. Le bouclage égyptien a créé « la panique à Gaza ». De longues files d'attente se sont formées près des stations-service du fait que les Égyptiens bloqueraient « des camions transportant la nourriture et le carburant avant leur arrivée aux tunnels ».. La fermeture des tunnels et de la frontière a fait flamber le prix des matériaux de construction de 40 à 60 %. Le porte-parole du ministère de la santé du Hamas a déclaré que plusieurs centaines de patients palestiniens sont en attente de passer en Égypte pour obtenir un traitement médical. Il a ajouté que « si le passage de Rafah reste fermé plus d'une semaine, cela conduira à une crise humanitaire et accroîtra la souffrance des malades. ». Le , des ingénieurs de l'armée égyptienne ont entrepris des préparatifs en vue de la destruction ou du scellement du réseau de tunnels reliant le Sinaï et la Bande de Gaza qui est utilisé pour la contrebande d'armes, le passage de personnes et le transit de marchandises.

Controverse entre l’Égypte et le Hamas Le Hamas, ayant des racines idéologiques communes avec les Frères musulmans égyptiens, avait fait pression sur l’Égypte afin qu'elle mette fin à cinq ans de participation égyptienne au blocus de la bande de Gaza. Un accord était intervenu le entre Ismaël Haniyeh, chef du Hamas à Gaza et le président égyptien Mohamed Morsi concernant l’allégement des restrictions au passage frontalier de Rafah, Haniyeh avait annoncé que le terminal fonctionnerait douze heures par jour. Le nombre des voyageurs sortant avait été fixé à par jour... Selon Alex Fishman, grand reporter spécialiste des questions militaires et de sécurité du quotidien israélien Yediot Aharonot, Haniyeh avait été averti que cet accord , ce qui a provoqué sa stupéfaction. Par ailleurs, Khaled Mechaal se trouvant aussi au Caire, a présenté son plan visant à réformer le Hamas afin de le transformer en un mouvement politique privilégiant l'action diplomatique à la place de l'action armée. Les Égyptiens ont adopté le concept sur recommandation de la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton. Cette approche est rejetée par le Hamas à Gaza.

En réaction à l'attaque, Mohamed Morsi a fait fermer la frontière et les tunnels de contrebande indéfiniment mettant un terme aux espoirs de Haniyeh. Les Égyptiens soupçonnent que certains des assaillants sont venus de Gaza s’infiltrant à travers les tunnels de contrebande sous la frontière.. Un haut responsable égyptien a déclaré que le Hamas n'avait pas réussi à empêcher le passage au travers des tunnels de militants islamistes vers le Sinaï, ajoutant qu'. L’Égypte a accusé des militants islamistes de Gaza et du Sinaï.

Moussa Abou Marzouk, le vice-président du bureau politique du Hamas a écrit sur sa page Facebook que « la fermeture du passage de Rafah équivaut à une punition collective ». Un analyste politique palestinien, Abdel Majed Swailem, considère que « ceux qui ont mené cette attaque avaient pour objectif d'embarrasser le Hamas » et que le Hamas « sera le premier à payer le prix de cette attaque » ajoutant « qu'aujourd'hui la cible première des Égyptiens était les tunnels ». Abou Marzouk a nié avec véhémence que certains des terroristes étaient originaires de la Bande de Gaza. Le Hamas et les autres factions islamistes palestiniennes à Gaza ont contesté l'implication de terroristes de la bande de Gaza dans cette attaque... Yasser Othman, l'ambassadeur égyptien auprès de l'Autorité palestinienne à Ramallah a déclaré le que le bouclage de Gaza restera en place jusqu'à ce que la sécurité soit rétablie. Il a rejeté les allégations d'Abou Marzouk en disant que « la mesure était temporaire et n’était pas en contradiction avec les engagements pris par Morsi ». Khaled Mechaal a téléphoné au président égyptien pour lui transmettre ses condoléances et « condamner vivement ce crime » en précisant que le Hamas et les Palestiniens se préoccupent de la stabilité de l'Égypte et s'opposent à toute atteinte à sa sécurité.

Mahmoud al-Zahar, Ministre des affaires étrangères du Hamas, n'a pas commenté les accusations du Caire mais a déclaré à Ahram Online que le Hamas n'avait « rien à voir avec les tensions frontalières » et qu'il était « soucieux de la sécurité nationale égyptienne »..