Au Nègre joyeux est un ancien magasin spécialisé dans la vente de cafés, chocolats et confiseries situé place de la Contrescarpe, dans le . Son enseigne, retirée au printemps pour restauration, n'a pas été remise en place car la mairie de Paris, qui en est propriétaire depuis , a jugé son titre et son iconographie racistes et colonialistes. Elle est aujourd'hui exposée au musée Carnavalet.
Description vignette|redresse|gauche|Eugène Atget, l'épicerie Au nègre joyeux en (détail) (musée Carnavalet).
Magasin et enseigne L'ancien magasin est situé 14 rue Mouffetard, sur le côté ouest de la place de la Contrescarpe, près de l'angle avec la rue Blainville. Il vendait cafés, chocolats, dragées, boîtes pour baptêmes, poivre, pâtes et tapioca.
Au début du , l'édifice est occupé par une supérette. Le seul élément subsistant du magasin original est son enseigne, restée in situ jusqu'en et aujourd'hui visible au musée Carnavalet. Elle comporte deux éléments : un panneau de bois portant le nom du commerce (), qui était placé entre le premier et le deuxième étage, surmontant un tableau peint à l'huile sur toile de , accroché entre les deux fenêtres du premier étage.
Il existait un troisième élément de bois installé entre le deuxième et le troisième étage, où était indiqué . Il a disparu après , mais est encore visible sur une photographie historique prise par Eugène Atget en , montrant l'ensemble du dispositif publicitaire installé sur la façade.. La devanture ainsi que l'étal du marchand sont aussi visibles sur un dessin d'Ilka Kolsky réalisé dans les ..
Tableau de l'enseigne Le tableau de l'enseigne dépeint un homme noir et une femme blanche.
Sa signification a longtemps prêté à débat : en , l'image est interprétée par Dana S. Hale, professeur d'histoire contemporaine à Howard University, comme une représentation d'une , s'inscrivant dans la continuité d'une imagerie esclavagiste.. En , une recherche commandée par le musée Carnavalet et confiée à l'historien Mathieu Couchet., conclut à une iconographie différente. : l'homme noir souriant, habillé en gentilhomme du à la mode des Noirs libres des Antilles, serviette autour du cou, venant de se lever pour porter un toast en levant une carafe, est servi par une servante blanche portant la tenue habituelle des domestiques des maisons bourgeoises au , tablier attaché par une épingle et coiffe de dentelle blanche, et lui apportant un plateau avec sucrier et cafetière en argent accompagnés de gâteaux.
Cette inversion des rôles, caractéristique de l'imagerie parodique, relaie la vision stéréotypée de l'homme noir comme emblème publicitaire pour le commerce de produits exotiques importés des colonies (café, chicorée, chocolat). L'image publicitaire de l'homme noir souriant, plus tard exploitée dans le personnage de l'ami Y'a bon, peut être rapprochée d'une réflexion de Bernard Wolfe citée par Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs : ..
Historique de l'enseigne
Création et évolution Le magasin Au Nègre joyeux est fondé en mais ne dispose pas encore d'enseigne ornant la façade. C'est en , lorsque l'épicier Gaston Lenglet (qui travaillait jusqu'alors au faubourg Saint-Antoine) rachète le fonds de commerce, qu'autorisation lui est donnée d'accrocher une enseigne et des panneaux sur la façade de l'immeuble. Le tableau servant d'enseigne est peint la même année. La scène représentée par ce tableau est enregistrée en comme par Gaston Lenglet.
À une date inconnue, le tableau est légèrement rogné dans ses parties supérieures et inférieures.
L'enseigne, qui appartenait au syndicat de l'immeuble sur lequel elle était accrochée, est donnée à la Ville de Paris en , en échange d'une restauration, qui a eu lieu en ..
Polémique et décrochage vignette|gauche|redresse|Enseigne Au Nègre joyeux vandalisée à la peinture, Paris ().
L'enseigne a d'abord été protégée par une feuille de plexiglas et a subi des jets de pierre et de peinture. Indépendamment, son retrait a été demandé par des associations, lesquelles ont interpellé en sur ce sujet Frédéric Mitterrand, alors ministre de la Culture.
À la demande du groupe communiste au Conseil de Paris, le , il est initialement décidé de décrocher l'enseigne. Après restauration, elle devait être conservée au musée Carnavalet, consacré à l'histoire de Paris. Finalement, à la suite de nombreuses protestations, l'œuvre est bien décrochée le mais une nouvelle décision de l'Hôtel de ville indique qu'elle serait remise en place au même endroit en après sa restauration.. Un texte explicatif devait également être apposé à côté de l'enseigne..
Après restauration, le tableau n'est finalement pas remis en place. En effet, la mairie de Paris indique qu'elle .. L'enseigne est alors conservée et exposée dans le parcours permanent du musée Carnavalet depuis sa réouverture au printemps (après cinq ans de travaux)., accrochée dans l'une des deux salles « des enseignes », accompagnée d'un cartel explicatif rédigé par un comité scientifique constitué en .
Protection L'enseigne est parfois décrite comme protégée au titre des monuments historiques. Toutefois, elle est absente de la base Mérimée.. Elle a en revanche fait l'objet, en par le Centre de recherches sur les monuments historiques, d'une prise de vue conservée à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie..
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie . .
Articles connexes Au Planteur Histoire du terme « nègre » Décolonisation de l'espace public Polémique sur le nom du quartier de la Négresse
Catégorie:Histoire coloniale de la France Catégorie:Histoire du commerce à Paris Catégorie:Commerce dans le 5e arrondissement de Paris Catégorie:Racisme anti-noir en France