Les Gouffres est un film français réalisé par Antoine Barraud, présenté lors du Festival de Locarno 2012, et qui sort de manière généralisée le . Film en partie expérimental, empruntant tout à la fois au genre du film fantastique et à celui de l'étude psychologique, il est également monté en 2013 dans une version court métrage sous le titre Abismo.
Synopsis
Georges Lebrun se rend en Amérique latine pour explorer une série de gouffres, de type doline, qui viennent d'être découverts à la suite d'un regain d'activité sismique dans la région. Il est accompagné de sa femme, France, une actrice qui prépare le rôle de Liù, l'esclave sacrificielle dans une adaptation de l'opéra Turandot de Puccini. Des répliques sont toujours très sensibles lors de leur arrivée à l'hôtel et de la conférence de presse d'avant le début de mission scientifique. Très inquiète, France appréhende le départ de Georges ainsi que de rester seule. Qui sait ce qu'il peut rencontrer au fond du gouffre.
Alors que Georges n'a pas donné de nouvelles depuis quarante-huit heures, l'angoisse de France s'accroît à l'approche de la nuit. Si le gardien du gite/hôtel tente de la rassurer, une étrange femme de chambre — qui prétend « être en communication » avec les gouffres — ne fait qu'ajouter à ses peurs. Durant la nuit, rêve ou perte de contact avec réalité, France découvre à la suite d'une nouvelle secousse une galerie sous son lit et ne peut s'empêcher d'y descendre. S'enfonçant dans les entrailles de la Terre, elle suit d'inquiétantes marques d'art pariétal et rencontre un groupe d'hommes qui l'incitent à s'enfoncer encore plus profond jusqu'au lac pour passer de l'autre côté et rejoindre Georges. Refusant l'ultime obstacle, elle fuit et remonte à la surface.
L'appel téléphonique tant attendu la sort de sa torpeur : le contact avec Georges a été rétabli, il revient. Le lendemain, alors qu'elle se précipite vers son mari, elle constate horrifiée que s'il s'agit bien de sa voix et de ses gestes, son visage n'est plus le même ; elle doit faire face à un autre homme. Ce choc la conduit à faire un séjour en hôpital. De retour en France, elle doit reprendre sa vie et son travail, sans y parvenir.
Fiche technique Titre : Les Gouffres Réalisation : Antoine Barraud assisté de Matthieu Blanchard Scénario : Antoine Barraud Photographie : Gordon Spooner Son : Fred Piet et Gilles Benardeau Montage : Antoine Barraud et Fred Piet Décors : Jean-Charles Duboc et Anne Delepoulle Costumes : Moïra Douguet Musique : Sebastian von Roland Musique alternative version Abismo : Pierre-Henri Dutron et Stéphane Chalumeau Producteur : Justin Taurand Société de production : Les Films du Bélier, Papaye Pays d'origine : France Langue : français, anglais, espagnol Format : couleur - 35 mm Genre : fantastique, drame et expérimental Durée : 65 minutes (ou 35 minutes pour la version courte Abismo) Année de production : 2012 Dates de sortie : : (Festival de Locarno) : (version Abismo sur France 2)
Distribution Nathalie Boutefeu : France Lebrun Mathieu Amalric : Georges Lebrun Mario Dragunsky : Le gardien Marta Hoskins : Pearl, la femme de chambre Vincent Launay : L'autre Georges Antonio Armando Alvarez : Un homme des gouffres Benoît Joubert : Un homme des gouffres Jesus Hernandez Parada : Un homme des gouffres Thomas Laborde : Un homme des gouffres Lina Maria Rozo Ocampo : Sylvia Antoine Barraud : Maurice, le réalisateur Ève Marie Salaverria : Turandot
Sortie Les Gouffres a été sélectionné lors du festival de Locarno 2012 — et son réalisateur nommé pour le Léopard d'or dans la catégorie « Réalisateurs du présentAwards - Les Gouffres sur le site d'IMDb. » — puis en novembre de la même année le film est intégré au programme du Festival du film de TurinLes Gouffres sur le site du Festival du film de Turin.. Il est également présenté le en compétition officielle « longs métrages » lors du festival Premiers Plans d'AngersSébastien Aubinaud, « Les Gouffres, une descente vertigineuse », Ouest-France, 20 janvier 2013.. À l'issue de sa présentation en compétition officielle au festival du film fantastique de Montréal FanTasia le , Nathalie Boutefeu remporte le prix de la « meilleure actrice » et le film reçoit une « mention spéciale du juryPalmarès du festival FanTasia, www.filmdeculte.com, 9 août 2013. ».
Une version raccourcie à 35 min et remontée avec une bande musicale différente — le court métrage s'intitule alors Abismo —, est également présentée en lors du festival Côté Court de PantinAbismo, sur le site du festival Côté Court., qui lui décerne le Grand-Prix de la « compétition FictionsPalmarès du festival Côté court 2013 sur le site de la ville de Pantin. », et diffusée sur France 2 le « Courts à Pantin ! » : Abismo, France 2, 16 juin 2013..
Le , le film fait sa sortie généralisée en France dans sa « version longue » de 65 minutes.
Accueil critique Lors de sa présentation au festival Premiers Plans à Angers, le critique du journal Ouest-France juge que cette « œuvre expérimentale servie par de magnifiques comédiens » réussit à proposer un « climat d’angoisse indéfinissable » s'attachant aux interprétations psychanalytiques des « fantasmes » et de l'« inconscient ». Après sa présentation à Montréal au festival FanTasia, la critique de La Presse considère ce « film atmosphérique » comme une « œuvre déstabilisante » et souligne en particulier l'interprétation « très convaincante […] d'une femme au bord de la folie » de Nathalie BoutefeuCatherine Schlager, « Fantasia : La Presse a vu Les Gouffres », La Presse, 24 juillet 2013..
Au moment de sa sortie nationale en France, le magazine Trois couleurs considère qu'avec ce film le réalisateur « construit un monde de bruissements et de moiteur en parfaite adéquation avec l'interprétation de Nathalie Boutefeu » qui, mise en abyme en jouant une actrice qui répète, souligne « la folie qui touche certains artistes dans leur travail » notamment dans une scène finale « vertigineuseLaura Tuillier, Les Gouffres, Trois couleurs hiver 2013-2014, . ». Très enthousiaste, Les Inrocks saluent le travail du réalisateur qui par « glissement progressif vers l’irrationalité […], le jeu entre le fantasme et une réalité » abouti à un « objet séduisant et mystérieux d’un bout à l’autreVincent Ostria, « Les Gouffres : un conte mystérieux », Les Inrocks, 7 janvier 2014. ». Julien Gester, pour Libération, juge que ce film « raffiné » sur le couple utilise une « sédition poétique » et une « plastique soignée » tout en étant principalement porté par le jeu « merveilleu[x] de délicatesse » de « la sublime Nathalie BoutefeuJulien Gester, « Des "gouffres" à filer le vertige », Libération, 7 janvier 2014. ». Dans la même ligne, L'Express-Studio Ciné Live met en avant la performance de l'actrice principale tout en considérant que l'œuvre en elle-même est « un peu scolaire et abscons, mais la maîtrise de la réalisation force le respectThierry Chèze, « Les Gouffres, la critique de Studio Ciné Live », L'Express-Studio Ciné Live, 6 janvier 2014. ». Le magazine en ligne Critikat, qui propose une analyse plus complète de l'œuvre qualifiée d'« analogie psychogéologique », souligne les différents « niveaux d’interprétation : fantastique, psychopathologique, mythologique et poétique » du film qui traite avant tout de l'état d'une femme qui « tomb[e] à l’intérieur d’elle-même » à l'issue d'une scène finale « particulièrement forteMatthieu Amat, Les Gouffres, www.critikat.com, 8 janvier 2014. ». Notant des similitudes avec The Descent (2005) de Neil Marshall et Ils (2006) de Xavier Palud et David Moreau, le site Culturebox de France Télévisions estime que Les Gouffres démontre d'« une sensibilité peu commune qui vaut le coup d’être exploréeJacky Bornet, « Les Gouffres : les tréfonds d'une âme », Culturebox, 6 janvier 2014. ».
À l'inverse, Jacques Mandelbaum pour Le Monde considère que le projet « ambitieux » n'aboutit pas en raison d'un excès de la « métaphore du gouffre » sans donner au spectateur d'éléments sur la vie, les « causes de [l]a fragilité et des raisons de [l]a perdition » de ce coupleJacques Mandelbaum, « Les Gouffres : et le film qui n'en ressortit pas » , Le Monde, 7 janvier 2014.. Encore plus négatives, la critique du Le Nouvel Observateur juge que le « floutage pour exprimer le malaise du personnage et des dialogues prétentieux finissent par miner le (beau) travail de Nathalie BoutefeuSophie Grassin, « Les Gouffres : Nathalie Boutefeu ne suffit pas à sauver le film », Le Nouvel Observateur, 8 janvier 2014. » et celle de Télérama considère qu'« en basculant dans le fantastique, le film s'enfonce aussi dans le fumeuxMathilde Blottière, Les Gouffres, Télérama, 8 janvier 2014. ».
Distinctions Liste des prix obtenus par le filmAnnéeCérémonie ou récompensePrixCatégorie / Lauréat(es) 2013 Festival Côté Court Grand prix du festival pour Abismo Compétition fiction FanTasia Prix de la meilleure actrice Nathalie Boutefeu Mention spéciale
Notes et références
Annexes Bibliographie
Sorj Chalandon, « Les Gouffres », Le Canard enchaîné, , .
Liens externes
Catégorie:Film français sorti en 2013 Catégorie:Film fantastique français Catégorie:Film dramatique français Catégorie:Film expérimental français Catégorie:Film en français