Laurent Jiménez-Balaguer, né le , à L'Hospitalet de Llobregat (province de Barcelone)État civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970 et mort le à Boulogne-Billancourt, est un artiste peintre espagnol, résident de son vivant à Paris.

Il est un des principaux initiateurs d'un langage privé en peinture et appartient à l'expressionnisme abstrait catalan et à l'Art informel européen, courants qui se caractérisent par leur revendication humaniste. José María Moreno Galván en 1960, le considérait comme faisant partie des vingt peintres les plus représentatifs de l'expressionnisme abstrait espagnolJosé María Moreno Galván, Introducción a la pintura española actual 1960, Madrid.

Son œuvre adopte l’idée que la création est un acte performatif à partir de la théorie austinienne des actes de langage et de sa pratique de plasticien.

Sa conception de l’art et de la société l’inscrivent dans un procès de révolution silencieuse où il appartient au sujet de lutter contre la mort et la disparition de la subjectivité humaine.Pour lui il y a deux réalités impératives : Le corps et la mémoire et L’extérieur et l’intérieur.

En opposition au surréalisme, qui est l’éloge de la non réalité, Laurent Jiménez-Balaguer préfère l'expression de Réalité Autre.

Biographie Jeunesse et formation

Laurent Jiménez-Balaguer grandit dans l'Espagne franquiste, où sa langue maternelle, le catalan, est interdite et . Il étudie à l'École de la Llotja et au Fomento de Artes Decorativas et poursuit ses études à l'École des beaux-arts de Barcelone. Il obtient plusieurs prix et bénéficie d'une bourse pour continuer ses études à Madrid.

Les études de Laurent Jiménez-Balaguer sont des années d’expérimentation à la recherche de l'expression de l’homme total, concept qui retrouve son intuition d’une psychologie des profondeurs qu'il faut porter à la surface, qui le poussent à peindre en plein air, dans les montagnes de Montserrat avec son ami pour libérer son geste de toute convention arbitraire et trouver le point d’assise d’un savoir unique, à partir duquel la connaissance de l’intériorité puisse se fonder..

Il peint dans ses premiers tableaux des figures humaines, souvent androgynes, où l’expression des visages ne transcrit aucun sentiment connu. Elles rappellent l’influence ressentie du Greco.

Il abandonne la figuration et l'idée d’une description extérieure du monde pour se focaliser sur le problème du rendre visible l’invisible.

La jeune peinture espagnole recherche ses marques, ses caractéristiques identitaires et son envergure et s’oppose à l’art officiel qui vise une légitimation internationale du régime franquiste. Les avant-gardes espagnols se meuvent autour de quelques voix singulières qui se font entendre pour la revendication d’un art nouveau, principalement Joan Miró.

Il connaît et sa femme Mercedes de Prat qui deviennent des grands amis à vie.

Premiers pas vers l’abstraction

De retour à Barcelone en 1954, il publie un manifeste, He escuchado, où il définit sa prétention, « to claim » au sens de Stanley Cavell. « Claim : est ce qui fait une voix lorsqu’elle ne se fonde que sur elle-même pour établir un assentiment universel »Sandra Laugier, Le privé, le secret et la voix du langage ordinaire, 2002. Il expose dans le cadre du « Cicle Experimental d'Art Nou » que dirigent et le critique d'art Àngel Marsà, et ses toiles alimentent le courant de la nouvelle figuration.

Josep Maria de Sucre i de Grau dit de lui : « Un des meilleurs tempéraments artistiques surgi chez nous. »

En 1956, il crée une série de formes abstraites sur fond blanc où ce n’est plus le sentiment hermétique d’une intériorité cachée qui est célébrée mais le mouvement de l’inexpressivité du soi qui prend vie en se libérant de son silence.

« Si je peins, j’exécute un acte qui se voudrait un projet idéal. Je souhaite faire basculer l’art dans son ailleurs, vers un art d’actes et non d’effets. En moi, il n’y a pas d’images abstraites, il n’y que des fragments d’une réalité.» Ces peintures montrent des projections de luttes dynamiques, tiraillées d’éléments informels contradictoires, qu’il peint dans une texture subjective unificatrice.Il trouve à la galerie Clan à Madrid des aides précieuses comme Manolo Millares du groupe El Paso et César Manrique, ce dernier deviendra un grand ami et l’invitera à communiquer davantage avec lui.

Engagement

Ce cycle de trouvailles et une meilleure compréhension du problème de l’expressivité et de l’inconnaissabilité de l’âme humaine, l’obligent désormais à prendre distance avec la dichotomie matière/esprit utilisée jusqu’ici pour désigner les nouveaux courants expressionnistes, pour se situer au contraire comme un peintre de la Matière de l'Esprit.

Dans cette élaboration, il retrouve les grandes intuitions de Merleau-Ponty et sa défense du corps comme sujet et, celles de Wittgenstein : “ Le corps humain est la meilleure image de l’âme humaine.”

Il rencontre le critique d'art et écrivain qui l’inclut dans le mouvement de l’Informalisme. Aux Salons de Mai Européens de 1957, tous les jeunes avant-gardistes dont Antoni Tàpies et lui-même y représentent leurs œuvres. Tous sont en réaction contre un monde d’oppression et d’exclusion. Leur Informalisme est une protestation contre une société normative et ses biopouvoirs. Sa recherche se tourne exclusivement vers l’unité de la connaissance.

Plaidoyer pour l’intériorité

Sa recherche d’expression totale de l’âme humaine prend un nouveau tournant en 1959 et le mène à la création de formes qui semblent reconnaissables pour toute personne qui les verrait. Ces nouvelles abstractions expressives ne sont ni extérieures ni intérieures et sont plaquées sur un fond cosmique infini.

Cette série ouvre un cycle de formes anthropomorphiques de l’intime, figures suspendues qui ont toutes pour caractéristique de montrer la possibilité même de l’équilibre. La possibilité même de l’équilibre pour un sujet devient la forme de l’expression et l’expression du sujet. Ces œuvres décrivent toutes dans un langage sobre d’une grande puissance picturale l’affirmation de ce qui se fait. Le procès même d’individuation et de substantification qui fait qu’une subjectivité prend corps et devient elle-même.

Le style de cette époque montre la recherche d’un contrôle et d’une maîtrise qui sera une des caractéristiques de Laurent Jiménez-Balaguer tout le long de son itinéraire. Il n’y a pas de grattage, d’enlaidissement, de destruction projetée, de violence exercée contre la matière picturale, comme chez d’autres informalistes, car la matière c’est l’homme.

Toute action produite est donc au contraire recadrée, resituée, faisant exploser le cadre géométrique du tableau. .

Si la matière picturale, est clouée, transpercée, ouverte, déchirée c’est parce que la subjectivité, l’intériorité humaine est maltraitée. Le tableau, s’insurge contre cet état des temps, et est non seulement le lieu de la révolte, mais un lieu de reformulation du réel.

L’esthétique de Laurent Jiménez-Balaguer montre dès ses débuts un respect de la fragilité de l’âme, de la vulnérabilité en réaction aux événements destructeurs et se construit comme une critique de la société contemporaine qui produit ces effets.

Dimension internationale

Dans cette recherche d’un décadrage/recadrage de la souffrance humaine et d'une parole libre, il s'installe à Paris en 1957 avec son épouse Maria Teresa Andreu (Mery). En 1959, il se lie d’amitié avec le joaillier parisien Jean Vendome, et tous deux cherchent plus ardemment encore portés par leurs conversations à réconcilier humanisme et abstraction. En 1961, il est présenté à Antoni Clavé et à Stephen Spender, qui préface l’exposition de la Galerie Saint-Germain. À partir de cette date, il met en place pendant une vingtaine d'années un langage de signes qui est à même de communiquer le langage privé de l’intériorité dans une démarche rigoureuse. C’est une période d’intenses bouleversements où les œuvres produites construisent les premières affirmations sur un monde intérieur qui ne peut qu’être extérieur. Il s’agit d’une déconstruction picturale de l’idée qu’un langage privé ne peut être compris par un autre que soi.

Pour Laurent Jiménez-Balaguer au contraire, tout langage intérieur a pour destin d’être universel. En 1986, il contacte Michel Tapié, créateur du concept de Art Autre qui lui présente Rodolphe Stadler.

À partir de 1988, Laurent Jiménez-Balaguer introduit des objets du monde pour dire le monde et utilise leur signification pour dire l’intériorité.

Le tableau devient une pure énonciation à l’aide de troncs, cordes, tissus. « Quand le langage pictural touche à ses limites, les cordes sont les outils d’un nouveau langage avec ses propres signes d’identité. » « Joignant les cordes morceau par morceau, je trace le chemin pour une continuité ; elles relient ma mémoire intérieure d’homme à un tout d’univers. »

Construction d'un langage privé universel

Il rencontre à Paris, Pierre Restany qui s’enthousiasme pour son travail. À la Galerie Calart Actual, à Genève, Luis Callejo lui présente Joan Hernández Pijuan.

En 1990, un lexique du monde est mis en place et une écriture de signifiants.

Chaque tableau devient le lieu de visualisation de ce qui constitue un langage universel de l’intériorité. Leur beauté, est dans une énonciation picturale à mi-chemin entre l’affirmation et la question. Chaque affirmation picturale affirme et interroge la nécessité de ses constituants. L’interrogation porte sur la mémoire, la conception du temps, l’identité acquise, la souffrance.

Vie privée Laurent Jiménez-Balaguer se marie avec Maria Teresa Andreu (Mery). Ils ont quatre enfants, Christian, Virginie, Valérie et Eric

Œuvres, sélection

Objets du réel permettant de dire l’intérieur Les Cordes : symbolisent les liens qui relient l’intériorité invisible de l’homme à un tout universel, elles relient, l’invisible à la réalité visible. “ La corde est une matière emblématique de ce chemin que porte l’artiste au territoire de l’Art Autre de l’Informalisme”Toni Mata i Riu, “Força sìgnica”, Regio 7, 2012, Barcelone. Les Troncs bleus : l’art est pour Jiménez-Balaguer un moyen pour aller au-delà de la mort. Les troncs bleus sont les symboles de ce cheminement de l’âme, et de son accomplissement donné dans l’unité réalisée d’elle-même. Les Nœuds : sont les traces d’autorisation noétique de la construction des âmes.

Expositions/Musées Principales expositions personnelles et collectives 2023 : "Quelle humanité ? La figure humaine après la guerre (1940-1966)", Musée National d'Art de Catalogne, MNAC, Barcelone, Espagne Commissaire d'exposition et préface Alex Mitrani, texte de Boris Cyrulnik 2016 : "L'Hospitalet recorda Jiménez-Balaguer", Centre Cultural Metropolità Tecla Sala, Hospitalet, Catalogne, Espagne Commissaire d'exposition Antoni Perna, préface "Vers quelle humanité?" de Alexis Virginie Jimenez 2015 : "Allò sagrat de Jiménez-Balaguer", musée de Montserrat, Catalogne, Espagne 2014 : "La memòria de la matèria", Museu de l'Hospitalet l'Harmonia, Espai d'art, Hospitalet, Catalogne, Espagne 2013 : "Mémoire et matière", Espace d'Art Contemporain Les Carmes, Pamiers, France 2012 : "Cicle Invasions Subtils... amb Laurent Jiménez-Balaguer", Espai Guinovart, A gramunt, Catalogne, Espagne 2012 : "L’Emergència del Signe"Rétrospective Laurent Jiménez Balaguer, Musée Can Framis, Fundació Vila Casas, Musée Can Framis, Fundació Vila Casas, Barcelone, Catalogne, Espagne 2010 : "El Cos d’una memòria", Galerie Art Vall, Andorre 2010 : Le Nœud, galerie Saint-Cyr, Rouen, France 2007 : "Cuerpo de una memòria", galerie Calart Actual, Ségovie, Espagne 2006 : "L'au-delà du miroir", galerie Guislain-États d'Art, Paris, France 2003 : Œuvres de 1960 à 1962 et Souvenirs enfouis, Rétrospective, galerie Guislain-États d'Art, Paris, France 2002 : "Traces d'une mémoire", Centre d'études catalanes, Paris, France