La ferme Saint-Siméon ou ferme Toutain est un bâtiment du situé sur les hauteurs de Honfleur, en Normandie.

Au milieu du , l'auberge a été le lieu de rencontre de nombreux peintres, notamment pré-impressionnistes et impressionnistes.

C'est aujourd'hui un hôtel restaurant cinq étoiles de la chaîne des Relais & Châteaux.

Localisation La ferme est situé sur les hauteurs de Honfleur, en bordure de l'ancienne route de Trouville., dans le département français du Calvados.

Historique La ferme Saint-Siméon doit son nom à une petite chapelle dédiée à saint Siméon, qui a existé dès le . La chapelle a disparu dans un éboulement de terrain, au ; une autre chapelle sera construite pour la remplacer, plus haut sur la colline : la chapelle de Grâce, sur un terrain donné par la duchesse de Montpensier. Le lieu-dit « Saint-Siméon » gardera son nom, ainsi que l’auberge qui s’y trouve.

La terre de Saint-Siméon était occupée en 1593 par Pierre Mazire, et dans le fief de Pierre de la Brière. Le plus ancien titre de propriété connu remonte à 1631 : un Sieur Ameline, avocat à Rouen, est nommé Sieur de Saint-Siméon. La terre de Saint-Siméon est achetée en 1636 par le Sieur Jacques Levillain, et revendue en 1664 à Olivier Lecerf. En 1695, la veuve Lecerf la vend, au nom de sa fille Marie Anne, à un marchand « en la sergenterie de Honfleur, Vicomté d’Auge » : le Sieur Rioult. La tutrice de ce dernier la vend parce que les bâtiments sont en trop mauvais état, et qu’elle doit de l’argent à plusieurs entrepreneurs.

En 1725, la ferme Saint-Siméon devient la propriété d'un auteur dramatique : Constantin Regnoult. En 1755, il gagne un procès contre un maçon, qui enlevait des pierres dans sa falaise et sur la grève. Sa propriété est dite bornée : par la mer, le chemin d’Honfleur à Caen d’un bout, d’autre bout le sieur Mazire.

En 1793, le , mademoiselle Regnoult vend la ferme de Saint-Siméon, sise aux écarts de la commune de Sainte Catherine de Honfleur, à mademoiselle Françoise Quillet, fille de J.B. Quillet, juge en chef du ci-devant bailliage de Honfleur, demeurant rue de l’Homme de Bois. La contenance était de .

En 1824, mademoiselle Quillet la lègue à sa nièce, madame veuve de Varin, de Prêtreville, née Tabary, et demeurant rue du Puits, sa fille demeurant à Gonneville. En 1825, Pierre-Louis Toutain ouvre une auberge, La Ferme Toutain, dans un des anciens bâtiments de style normand en pans de bois. Réputée pour sa table, l'auberge offre aussi des chambres aux voyageurs.

La ferme est composée de trois cours en masure plantées, enclose de murs, haies avec jardins, espaliers, arbres fruitiers, hauts arbres. Une de ces cours est sans bâtiment ; sur l’autre, il y a une fontaine couverte ; la troisième édifiée d’une maison à demeure, de bâtiments à autres usages ; un petit bois taillis au-dessous des jardins et cours vers la mer. Elle est comprise entre le chemin de Saint-Siméon allant vers la mer et le galet de mer. D’un bout par monsieur Mazire, de l’autre, le chemin qui descend à la mer et qui est en partie éboulé. La propriété allait du chemin de Neubourg : en effet, entre la villa Beaudelaire et Le Mesnil (madame Ullern) se trouve l’amorce d’un chemin descendant vers la mer et qui s’est éboulé.

Le , monsieur et madame J.B. de Varin entrent en possession de l’héritage. Le , monsieur de Varin demande autorisation de créer une poterie de terre à Saint-Siméon. L’affaire ne réussira pas.

En , monsieur de Varin loue pour sa ferme à monsieur Toutain. En 1825, Pierre-Louis Toutain et sa femme étaient déjà fermier à Saint-Siméon, et qu’en reprenant  l’exploitation, ils y tenaient auberge. Cette ferme est donc aussi nommée parfois La ferme Toutain, et se trouve composée d’anciens bâtiments de style normand et dépendances à pans de bois. Le fait est signalé par Isabey lors de son séjour à cette époque, ainsi que par Corot dès 1835.

En 1861, la ferme est toujours louée à l’année et verbalement à madame veuve Toutain. Elle perd son mari et son fils. Sa fille l’aide à tenir l'auberge. En 1865, la ferme est mise en vente par son propriétaire, monsieur de Varin, et, en 1870, monsieur Chasle, déjà propriétaire du Cheval blanc à Honfleur, reprend l'affaire.

Les peintres de la ferme Saint-Siméon vignette|Saint-Siméon, Adolphe-Félix Cals, 1876.

L'auberge était connue de tous les pêcheurs honfleurais. Ils y côtoyaient des peintres et des littérateurs. Ils se réunissaient dans le clos béni de la mère Toutain, qui tenait table d’hôtes à la bonne franquette, dans sa ferme Saint-Siméon, alors recouverte partiellement de chaume. Elle était aidée de la Rose, et de la douce Marie, sa fille.

« ... Allons la Rose ! Vas vite « kri » du cidre, ces messieurs ont « sé » ! Et Rose de courir au cellier où d’immenses tonnes s’alignaient, pleines du breuvage doré. Allons la Rose ! Bâtes Manon (c’était l’ânesse) et va-t’en au pré, c’est l’heure de traire Toinette ! », et Rose de courir de plus belle.

La maîtresse de maison cuisinait des crevettes grises et préparait le maquereau à l’oseille. Réputée pour sa table, l'auberge offrait aussi des chambres.

Le peintre  Eugène Boudin, le « Roi des ciels », né à Honfleur en 1824, habitant Le Havre à cette époque, est à l'origine des séjours de peintres à Saint-Siméon. Il franchit l'estuaire de la Seine pour s'installer chez la mère Toutain et y loue une chambre à partir de 1854. Il y entraîne ses amis, dont le peintre Millet.

vignette|Claude Monet, Charette sur la route enneigée avec la ferme de Saint-Siméon En 1862, Claude Monet, âgé de 22 ans, et le peintre Jongkind, accompagnent Eugène Boudin dans ses promenades sur la côte normande ; ils découvrent la peinture en extérieur. Monet écrira un jour, de Saint-Siméon, à Bazille :

En automne, il écrit à nouveau :

Monet prolonge son séjour, l’automne passe, il est à Saint-Siméon pour les premières neiges. Il peindra là toutes ses études « effets de neige », et notamment l’œuvre célèbre Route sous la neige. Le peintre est sorti devant Saint-Siméon, et l’on aperçoit son grand pressoir couvert de neige, sur la gauche et la route vers Honfleur, où passe une charrette. (Musée d'Orsay). Il fait des conditions atmosphériques son sujet d’étude, comme, avant lui, Jongkind et Boudin.

Boudin y entraîne de nombreux peintres parisiens et normands qui viennent s'exercer à cette lumière, dont Gustave Courbet, et des poètes et musiciens, qui y trouvent le gîte et le couvert pour par mois.

Eugène Boudin, à la fin de sa vie, écrit à son ami Jehan Soudan : . Plus d'une trentaine de peintres ont fréquenté l'endroit. Jacques-Sylvain Klein écrira : .

En 1865, la ferme louée alors aux Toutain par Louis de Varin, est vendue par celui-ci à monsieur Chasle, hôtelier à Honfleur, au Cheval blanc. Il veut l'habiter. Madame veuve Toutain est obligée de quitter les lieux. Elle emporte avec elle les tableaux, mais aussi les panneaux de porte qu’elle a reçus en paiement de ses pensions.

Monsieur Chasle fait des grands travaux de rénovation. Des sommes considérables sont dépensées pour capter une source, refaire murs extérieurs et clôtures, caves et communs, allées et jardins. La maison principale reste dans son authenticité. Les colombages sont garnis d’ardoises fines, vertes et bleues. L'auberge reste fermée deux ans.

Honfleur et son hostellerie de Saint-Siméon, furent, près d’un demi-siècle, le berceau du pré-impressionnisme et l’Impressionnisme : Boudin, Jongkind et Monet, puis Adolphe Marais, né à Honfleur, et qui poursuivra sa carrière dans son pays natal. Cette ville d’Honfleur reste un lieu de rencontre de nombreux artistes.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie

Jacques-Sylvain Klein, "Lumières normandes, les hauts-lieux de l'impressionnisme, éditions Point de vues, 2013 , La Normandie, berceau de l'impressionnisme, Ouest-France, 1996 Alain Tapié, Peindre en Normandie et siècle, Imprimerie nationale, 2001 Association Peindre en Normandie

Liens externes

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