thumb|Portrait de Ferdinand VII par Vicente López réalisé en 1828 sur demande de la Banque de Saint-Charles. L’historien Emilio La Parra López le décrit ainsi : . La Décennie abominable (en ), ou seconde restauration de l’absolutisme, est la période de l’histoire de l'Espagne comprise entre 1823 et 1833, correspondant à la troisième et dernière phase dans laquelle est traditionnellement divisé le règne de Ferdinand VII dans l’historiographie. Elle fait suite au Sexenio Absolutista (, 1814-1820) et au Triennat libéral (1820-1823) . Certains historiens préfèrent la seconde dénomination, car ils étendent la période au-delà de la mort de Ferdinand VII, jusqu’à la fin du système absolutiste en 1834, incluant ainsi la transition vers un système définitivement libéral qui se consolide par le biais d’accords établis cette dernière année au sein des classes dirigeantes.
L’expression de fut forgée par les libéraux qui subirent répression et exil au cours de ces dix années. L’écrivain progressiste Benito Pérez Galdós intitula un de ses (, série de romans historiques) El terror de 1824 () et Marcelino Menéndez Pelayo, intellectuel connu pour son très grand conservatisme, qualifia cette dernière étape du règne de Ferdinand VII d’. L’hispaniste français Jean-Philippe Luis donne une vision plus nuancée de cette période : . Ce dernier fait constitue ce que le même auteur appelle : .
Juan Francisco Fuentes a souligné que . C’est ce qui confère à la seconde restauration de l’absolutisme un caractère différent par rapport à la première de 1814-1820, . En effet, dans la seconde les gouvernements se sont vus et celle des ou . Jean-Philippe Luis souligne également les différences entre les situations initiales de chaque restauration : .
Contexte right|thumb|350px|Louis XVIII essayant les bottes de Napoléon et préparant la campagne d'Espagne, caricature anglaise de George Cruikshank publiée le
Le commença l’expédition d'Espagne, invasion de l’Espagne par l’armée française, sous le commandement du duc d’Angoulême, Louis de France. La décision de l’invasion fut prise par Louis XVIII, roi de France, et son gouvernement avec l’objectif de réaffirmer la position du régime de la Restauration au sein de la Quintuple Alliance (c’est-à-dire la Quadruple Alliance de 1815, à laquelle s’était jointe la France en 1818)Contrairement à ce qui fut longtemps soutenu dans l’historiographie espagnole, la décision de l’intervention en Espagne ne fut pas prise lors du Congrès de Vérone ni ne fut réalisée au nom de la Sainte Alliance. En 1935, l’archiviste américain T. R. Schellenberg démontra que le était une falsification publiée dans la presse britannique afin d’essayer d’impliquer la Sainte Alliance dans l’invasion françaiseSchellenberg, T. R., «The Secret Treaty of Verona: A Newspaper Forgery.» The Journal of Modern History, Vol. 7, No. 3 (Sep. 1935), pp. 280-291.. L'intervention bénéficia de l’approbation des trois puissances de la Sainte Alliance (Empire russe, empire d'Autriche et royaume de Prusse), qui prévirent également la possibilité d’un soutien militaire si certaines conditions se présentaient . Le quatrième membre de la Quadruple Alliance, le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, qui s’opposait à l’origine à l’intervention en Espagne, avait posé trois conditions pour rester neutre : que l'armée française abandonne l’Espagne dès sa mission accomplie, qu’elle n’intervienne pas au Portugal et qu’elle n’aiderait pas l’Espagne à récupérer ses colonies. Une semaine plus tard, la France lançait son invasion. Le gouvernement français accepta les trois conditions (bien qu’il ne respectât finalement pas la seconde) et une semaine après avoir reçu l’aval britannique commença l'invasion de l'Espagne. Lorsque le duc d'Angoulême entra à Madrid le convoqua les conseils de Castille et des Indes pour qu’ils désignent une régence. Les conseils se limitèrent à donner cinq noms sans assumer la responsabilité de la nomination, qui échut au duc d'Angoulème, ce qui alarma les chancelleries européennes à cause des attributions que s’arrogeaient les Français. Les membres de la régence furent le duc del Infantado (qui agirait comme président), le duc de Montemart, l’évêque d’Osma, le baron d’Eroles et Antonio Gómez Calderón . Le duc d’Angoulême le justifia dans une proclamation : .
À son tour, la régence nomma un gouvernement absolutiste mené par le chanoine et ancien confesseur du roi, Víctor Damián Sáez, qui serait à la tête du secrétariat du département d’État, avec Juan Bautista Erro chargé du Budget, et dont la gestion fut selon Josep Fontana . Le reste des membres du gouvernement, étaient José García de la Torre (Grâce et Justice), José San Juan (Guerre), Luis de Salazar (Marine) et José Aznárez (Gouvernement). Dans sa première proclamation, le gouvernement de la régence appela à les ennemis.
La seconde restauration de la monarchie absolue thumb|left|Tableau de José Aparicio représentant le débarquement de Ferdinand VII à El Puerto de Santa María après avoir été de sa à Cadix. Il est reçu par le duc d’Angoulême, commandant de l'Armée d’Espagne française et par le duc del Infantado, président de la régence absolutiste nommée par les Français. Le , après près de quatre mois de siège français sur la ville de Cadix, le gouvernement libéral mené par l'exalté José María Calatrava décida, avec l’approbation des Cortès, de laisser partir le roi Ferdinand VII, qui s’entretint le lendemain avec le duc d’Angoulême et le duc del Infantado, président de la régence absolutiste nommée par les Français, à El Puerto de Santa María, sur la rive opposée de la baie de Cadix. Une bonne part des libéraux qui se trouvaient à Cadix fuirent en Angleterre via Gibraltar, car ils pensèrent que le roi ne tiendrait pas sa promesse, faite peu avant d’être , de promouvoir la réconciliation et le pardon entre les deux camps, . Il ne s’étaient pas trompés
Dès que Ferdinand retrouva la liberté, et à l’encontre du conseil du duc d’Angoulême qui demandait d’ et d’éviter à tout prix de retomber dans une situation similaire à celle qui s’était produite en 1820 , il promulgua, à peine débarqué, un décret dans lequel il dérogeait l’ensemble de la législation du Triennat libéral .
Plus tard, Ferdinand VII écrivit en se rappelant ce où il arriva à El Puerto de Santa María :
Répression et exil Selon Pedro Rújula et Manuel Chust, .
La répression thumb|Répression des libéraux aux environs de la citadelle de Barcelone, gardés par les Mossos d'Esquadra sous la direction du comte d'Espagne, gouverneur de cette place après la fin du Triennat libéral. La répression avait été commencée par la Junte provisoire et son successeur la régence, en créant divers organismes spécifiques (Superintendance de surveillance publique, corps des Voluntarios Realistas, Juntes d’épuration, paysans armés en Biscaye), couvrant la violence arbitraire des royalistes contre les libéraux. Comme l'a souligné Emilio La Parra, . La première mesure formelle que prit la régence fut de promulguer le un décret qui inculpait pour lèse-majesté tous les députés qui avaient participé aux délibérations pour inhabiliter le roi , ainsi que la condamnation à mort des trois membres de la régence constitutionnelle qui avaient assumé ses pouvoirs lors du voyage de Séville à Cadix (Císcar, Valdés y Vigodet ; les trois sauvèrent leurs vies en s’exilant). Presque au même moment, on mettait fin à la liberté d'expression instaurée par le Triennat par un ordre du juge des imprimeries qui déclarait : . Ces mesures répressives furent .
Dès que Ferdinand VII récupéra ses pouvoirs absolus le , à l’encontre de sa promesse de pardon et des conseils du duc d’Angoulême, la répression fut féroce et arbitraire, bien plus qu’en 1814, à la première restauration de l’absolutisme, entre autres raisons parce qu’il y avait en 1823 beaucoup plus de libéraux que neuf ans auparavant. De fait, durant les années qui suivirent, les troupes françaises qui restèrent en Espagne en vertu de l'accord signé entre les deux monarchies intervinrent à de nombreuses occasions pour protéger la population à propension libérale du harcèlement et des excès répressifs de l’absolutisme. Le , dans une conversation privée le duc d’Angoulême avait avoué au général Miguel Ricardo de Álava, mandaté par le gouvernement constitutionnel pour accorder les conditions d’un cessez-le-feu, qu’il était nécessaire de et que le (les absolutistes), sur lequel s’appuyait le monarque espagnol, .
thumb|left|Lithographie de J. Donon représentant Rafael del Riego conduit par les royalistes à la prison de La Caroline. Le symbole de la dure répression menée par Ferdinand VII fut la pendaison sur la de Madrid du général Rafael de Riego, icône du libéralisme, le . Un autre exemple fut celui de Juan Martín Díez (), guérillero et héros de la guerre d'indépendance, qui passa plus de vingt ans en prison dans des conditions inhumaines jusqu’à ce qu’il fût pendu le après un procès fantoche. Le procura affirma qu’il avait commis tant de crimes que pour les recueillir, mais il fut condamné à mort pour un seul : l’. L’exécution de Rafael del Riego, leva une vague d’indignation dans toute l’Europe . Sur le plan intérieur, .
Selon Josep Fontana, Ferdinand VII ne voulut pas rentrer à Madrid tant que Riego n’avait pas été exécuté. Bien que suivant le même trajet, il mit deux fois plus de temps pour faire le voyage du retour depuis Cadix, car il décida de rester quinze jours à Séville, du 8 au . Dans son journal, le roi nota avec satisfaction que parmi les assistants au baisemain de La Carolina se trouvaient . le roi fit son entrée à Madrid le , six jours après la pendaison de Riego, monté sur un tiré par .
thumb|Representation de l’exécution de Juan Martín Díez , dans le livre Historia de España en el siglo XIX (1902). Un autre exemple illustratif de la dureté de la répression fut celui de Juan Martín Díez (), guérillero et héros de la guerre d'indépendance, qui fut surpris le par les volontaires royalistes à Roa, puis amené par le maire prisonnier attaché à la queue de son cheval. Il passa plus de vingt ans en prison dans des conditions inhumaines jusqu’à ce qu’il fût pendu le après un procès fantoche.