Jambon sec des Ardennes est la marque de certification collective de jambons secs du département français des Ardennes obtenus à partir de cuisses de cochon achetées aux agriculteurs du département et transformées par salaison, séchage puis maturées.
Cette transformation alimentaire s'inspire des jambons secs fermiers ayant été produits de tous temps par les paysans ardennais.
La marque et le commerce de cette transformation charcutière ont été développés durant les trente dernières années du , grâce à l'impulsion d'un artisan charcutier, Maurice Roffidal, puis à une confrérie réunissant les transformateurs professionnels ardennais de la charcuterie ainsi que des gastronomes.
Depuis 2009, la filière composée d'agriculteurs, charcutiers, associations, collectivités s'est mobilisée pour faire reconnaître cette transformation. En 2015, la Commission européenne a enregistré comme IGP les marques d'indication géographique « Jambon sec des Ardennes - Noix de Jambon sec des Ardennes ».
Les entreprises de la filière Jambon sec des Ardennes gardent une dimension relativement modeste. Ainsi, le volume d'un peu moins de cent tonnes mis en vente en France et dans les pays limitrophes pèse peu dans la consommation annuelle de ces pays.
Il faut distinguer le Jambon sec des Ardennes du Jambon d'Ardenne, produit en Belgique, et souvent fumé.
Historique Au , l'élevage de porcs en Ardennes est mis en avant par plusieurs auteurs pour son importance, et pour la qualité des produits qui en résulte. Leandre-Moïse Lombard, dans son ouvrage publié en 1855, sur le cuisinier et le médecin, classe les porcs des Ardennes parmi . C'est encore le cas un siècle plus tard selon Henry Clos Jouve.
Le jambon issu des Ardennes est une spécialité du département citée dès 1793, à Vouziers, dans les tableaux de prix établis conformément à la loi dite du maximum général. Période révolutionnaire ou pas, ce produit fait partie localement des produits de référence, et parvient jusqu'en Île-de-France au . En 1866, l'agronome Gustave Heuzé, professeur à l'École nationale d'agriculture de Grignon, affirme que . La spécialité est proposée dans le catalogue Olida lorsque cette société n'est encore qu'une boutique parisienne de spécialités gastronomiques, avant de devenir un industriel de la charcuterie. Elle figure en bonne place dans des réceptions de Champagne-Ardenne. Ainsi, par exemple, cette spécialité fait partie du menu du banquet de l'inauguration de la ligne de chemin de fer à Raucourt, le par le ministre français des Travaux Publics, Louis Charles Tillaye. Il en est de même lors de l'inauguration du nouvel hôtel de ville de Nouzonville, le . Elle figure encore sous l'intitulé des jambons du Porcien dans la carte gastronomique d'Alain Bourguignon, directeur du restaurant l'Écu de France rue de Strasbourg à Paris, en 1930.
En 1985, la Confrérie du Jambon sec d'Ardennes est fondée, regroupant des professionnels de la charcuterie et de la restauration, des dégustateurs et des gastronomes, pour mieux faire connaître le produit. En 1988, le Jambon sec des Ardennes et la Noix de jambon sec des Ardennes obtiennent un signe officiel de qualité supérieure et d'origine, un label agricole régional (homologation du label régional Ardennes de France). La protection commerciale Indication géographique protégée (IGP) est obtenue en . Mais l'abrogation des labels régionaux en France en 2003 aboutit à sa mise en sommeil. La démarche de labellisation est relancée en 2010, pour aboutir en 2015.
En l'an 2000, le Jambon sec des Ardennes est également retenu par Gilles Pudlowski lorsqu'il sélectionne cinquante produits locaux résistant, de son point de vue, à la standardisation générale des aliments, pour son ouvrage sur Les trésors gourmands de la France. Pour cette publication, ce critique gastronomique rencontre notamment Maurice Roffidal, artisan charcutier à Haybes, qui a relancé dans les Ardennes françaises la préparation traditionnelle du jambon sec, reprenant en 1972 la petite entreprise de son oncle. Depuis, cet artisan a transmis sa passion à une nouvelle génération et d'autres de ses collègues ont pris soin de transmettre le flambeau, de la même façon.
Mode de production et de transformation familiale L'élevage et la transformation familiale est le mode originel. Au et dans la première moitié du , la consommation de viande était plus rare qu'aujourd'hui en Ardennes. Une viande se distinguait pourtant des autres par une consommation plus régulière, le porc. , écrit le docteur Octave Guelliot en 1931, . L'élevage de l'animal était familial. Chaque famille tuait un ou deux porcs par an, et consommait durant l'année la viande, séchée et suspendue aux poutres de la cuisine et du grenier.
La mort du cochon était un événement pour lequel on faisait appel à un tueur occasionnel mais émérite. Le « tueux » savait aussi charcuter. En effet, la charbonnée, qui correspond au filet et aux côtelettes, était partagée avec les amis et les voisins. Chaque autre morceau était ensuite découpé avec soin, préparé, salé, saupoudré de poivres et d'épices. Puis, , d'après Jacques Lambert, citant un chroniqueur du village de Sainte-Vaubourg, Jules Lefranc, . Grâce au climat de cette région, le séchage et la maturation étaient lents et progressifs. Ces conditions permettaient le développement et l'épanouissement des parfums et des saveurs dans les meilleures conditions.
Mode de transformation artisanale vouée à la commercialisation La production-transformation fermière au sein des familles rurales s'est progressivement raréfiée au cours du avec la création des abattoirs et l'évolution de la réglementation sur l'abattage des animaux. Mais en parallèle, dès la fin du , une activité artisane de charcuterie s'est développée, notamment dans les villes ardennaises, mais aussi, de façon plus surprenante, dans des bourgades de tailles plus réduites telles que Haybes ou Hargnies, avec le jambon sec comme produit de référence. Ces artisans charcutiers organisaient des tournées, en charrette, en bus ou en train, pour livrer dans toute la vallée de la Meuse et de la Semoy, un territoire caractérisé par une population plus dense, plus urbaine et plus ouvrière que le reste du département des Ardennes. Ils avaient également une clientèle d'habitués, dont des expatriés parisiens, qui, de passage au pays, emportaient quelques spécialités dans leurs bagages. Le village d'Hargnies comptait ainsi une quinzaine de charcutiers en 1939. Cette tradition charcutière a subsisté et a transmis ses secrets de fabrication de génération en génération, même si elle a été confrontée, dans l'entre-deux-guerres puis pendant les Trente Glorieuses, à la naissance d'une industrie concurrente, délivrant une production plus standardisée, sous l'impulsion des maisons comme Olida ou Caby.
La filière commerciale Jambon ses des Ardennes Modes de transformation du Jambon sec des Ardennes thumb|alt=Jambons et noix de jambon après affinage, suspendus, prêts à entrer en commercialisation|Jambons et noix de Jambon des Ardennes après affinage, entrant en commercialisation. La transformation au sein de la filière Jambon des Ardennes comprend trois étapes : la salaison, le séchage, et l'affinage. Dans ses recommandations sur la façon de procéder, Maurice Roffidal met l'accent plus particulièrement sur le massage et le frottage manuel pendant la salaison, et sur la durée d'affinage. Ces éléments sont repris par l'Institut national de l'origine et de la qualité, sur la fiche du produit disposant de l'indication géographique protégée.
Pour commencer, après découpe et parage, la cuisse fraîche de porc est massée puis frottée manuellement au sel fin, mélangé à quelques épices. Le massage fait sortir le sang résiduel des veines et des artères, et contribue à la teinte rouge du jambon final. Sur le frottage, chaque opérateur a sa façon de procéder et ses secrets, sur les épices utilisées ou le nombre de frottages par exemple, pour favoriser le développement des arômes, prendre en compte le poids du jambon et garder un taux de sel réduit. Cette étape dure une journée ou quelques journées, selon le nombre de frottages.
Le but du séchage est ensuite de « stabiliser » la viande et d'homogénéiser la quantité de sel dans le jambon, en reproduisant pour partie les conditions naturelles de séchage d'antan, dans les greniers, durant l'hiver. Les premiers séchoirs sont à température basse, entre 3 et , et un taux d'humidité supérieur à 80 %. Puis la température passe à environ. Cette étape dure environ 3 mois.
La dernière étape, la plus longue, l’affinage, fait sortir l'humidité du jambon. Plus un jambon est sec, plus il est concentré en goût. Avant de commencer l'affinage, le jambon est pané, c'est-à-dire recouvert en surface d'une sorte de saindoux, de gras du ventre du porc, pour éviter que cette surface ne sèche trop vite et ne constitue une croûte. Le panage est manuel là encore. Puis le jambon est suspendu dans une salle où l'on va alterner les cycles d'air chaud et d'air froid, en reconstituant les conditions climatiques naturelles constatées traditionnellement dans les séchoirs des fermes. L'affinage peut durer de 7 à 12 mois.
Maurice Roffidal, à l'origine de la création de cette salaison, insiste également sur l'importance de la « matière première » en entrée de ce processus. Il sélectionnait lui-même les porcs, privilégiant des animaux de races large white ou piétrain, élevés en zone semi-montagneuse et nourris essentiellement aux céréales. La fiche de l'Institut national de l'origine et de la qualité, ou INAO, ouvre comme zone d'élevage la totalité du département des Ardennes, sachant que ce département a désormais une faible densité d'élevages porcins, le nombre d'animaux ayant été divisé par quatre par rapport au début du . L'INAO exclut bien entendu l'usage de viande congelée, reprend l'exigence d'une nourriture aux céréales pendant l'élevage et fait référence au cahier des charges Label rouge sur la qualité de la viande.
Commercialisation du Jambon sec des Ardennes Une cuisse fraîche pèse environ 9 ou , et un jambon sec après affinage pèse entre 6 et , avec os. En 1995, les jambons et noix sous label Ardennes de France représentent un volume de pièces par an. C'est plus du double aujourd'hui. Une dizaine de charcutiers produisent en effet sous ce label, et deux des principales entreprises artisanales, installées l'une dans la pointe des Ardennes françaises, à Haybes (la succession de Maurice Roffidal), et l'autre à La Francheville, à côté de Charleville-Mézières, produisent à elles deux entre et pièces par an. Cette production garde un caractère artisanal. Le tonnage annuel de la production de jambon sec des Ardennes, que l'on peut estimer entre 80 et , est à comparer aux consommées en France, dont de jambon Aoste, du groupe industriel Aoste, et de jambon de Bayonne, spécialité des pays du bassin de l'Adour disposant comme le jambon sec des Ardennes d'une indication géographique protégée.
La consommation française de jambon sec est supérieure à sa production : le pays est donc importateur. En Europe, ce sont les transformations italiennes qui prédominent, avec des salaisons sèches connues comme les appellations jambon de Parme et jambon de Bosses de la vallée d'Aoste, la marque Speck dell' Alto Adige La production annuelle de jambon de Parme, par exemple, représente entre 9 et de pièces par an, à comparer avec les pièces de Jambon des Ardennes. La production de Jambon des Ardennes est donc relativement réduite en volume, et sa commercialisation est pratiquement ignorée de la grande distribution. Cette situation peut évoluer, du fait d'une part de l'intérêt de cette grande distribution pour les produits dits « du terroir », et d'autre part de la volonté de certains transformateurs de s'adresser à ces circuits de commercialisation.