Nicola Bombacci, dit Nicolò Bombacci ou Nicolino Bombacci, né le à Civitella di Romagna et mort le à Dongo, est un journaliste et homme politique italien.
Dirigeant socialiste pendant la Première Guerre mondiale et dans l'immédiat après-guerre, Nicola Bombacci est en 1921 l'un des fondateurs du Parti communiste d'Italie. Resté en Italie après la nomination de Mussolini à la présidence du conseil, il se rapproche peu à peu du fascisme jusqu'à y adhérer pleinement en fondant en 1936 la revue La Verità. Il participe par la suite à la République sociale italienne (RSI), où il joue un rôle crucial dans la rédaction du manifeste de Vérone. Il est fusillé en même temps que Benito Mussolini en .
Biographie Les années socialistes (1879 – 1920) Originaire de Civitella di Romagna, dans le sud de la province de Forlìon trouve diverses informations biographiques dans les dictionnaires et encyclopédies. À côté de nombreuses inexactes, les plus fiables sont celles données par Enzo Santarelli dans Nicola Bombacci, in Dizionario biografico degli italiani, vol. XI, 1969, ad nomen, et de Luciano Casali, Nicola Bombacci, dans Tommaso Detti, Franco Andreucci (dir.), Il movimento operaio italiano. Dizionario biografico (1853-1943), Rome, Editori Riuniti, 1975, vol. I, ad nomen., Nicola Bombacci fréquenta d'abord quelques années le séminaire, avant de devenir ensuite instituteur. Il s'engagea dans le mouvement syndical et fut actif, pendant toute la première décennie du et au-delà, entre les villes de Crema, Plaisance et Cesena, et sut en 1911 se faire élire membre du Conseil national de la Confederazione Generale del Lavoro (CGL)..
Sa carrière politique prit véritablement son essor pendant la Première Guerre mondiale à Modène, où il s'érigea en chef incontesté du socialisme local, à telle enseigne que Mussolini lui-même (qui le connaissait depuis 1906, quand tous deux étaient maîtres d'école) l'appelait . Entre les guerres des Balkans et la révolution russe, il fut à la fois secrétaire de la Chambre du Travail, secrétaire de la Fédération socialiste provinciale de Modène et directeur de la revue socialiste Il Domani (litt. le Lendemain).
En , nommé membre du Comité directeur et vice-secrétaire du Parti socialiste italien (PSI), Bombacci aida le secrétaire Costantino Lazzari à rédiger ses circulaires adressées aux sections du parti et seconda le directeur de la revue socialiste Giacinto Menotti Serrati dans ses efforts de conquête du mouvement ouvrier par le courant socialiste maximaliste.
En 1918, après l'arrestation de Lazzari en janvier et de Serrati en mai, il se retrouva quasiment seul à la tête du partiSerge Noiret, Riformisti e massimalisti in lotta per il controllo del PSI, 1917-1918, Italia Contemporanea, n° 190, mars 1993, .. Lui-même, arrêté pour défaitisme en janvier, puis mis en jugement en liberté, il fut finalement incarcéré le , mais relâché dès le Nicolo Bombacci dans Dizionario Biografico – Treccani.
vignette|Bombacci (au deuxième rang, troisième à partir de la droite) parmi les délégués au Deuxième congrès de l'Internationale communiste, où figure aussi Lénine (1920).|336x336px Partisan d'une politique clairement antiréformiste, il centralisa et verticalisa tout le socialisme italien : les fédérations provinciales du parti et le groupe parlementaire socialiste (GPS) dépendaient désormais directement de la direction du PSI, à laquelle furent rattachées y compris les organisations syndicales et les coopératives rougesSerge Noiret, Il partito di massa massimalista dal PSI al PCd'I, 1917-1924: la scalata alle istituzioni democratiche, dans Fabio Grassi Orsini, Gaetano Quagliarello (dir.), Il Partito politico dalla grande guerra al fascismo. Crisi della rappresentanza e riforma dello Stato nell'età dei sistemi politici di massa (1918-1925), Bologne, Il Mulino, 1996, ..
En , il rédigea en compagnie de Serrati, Gennari et Salvadori le programme de la fraction maximaliste, victorieuse au Congrès national du Parti socialiste italien qui se tint à Bologne du 5 au Serge Noiret, Il PSI e le elezioni del 1919. La nuova legge elettorale. La conquista del Gruppo parlamentare socialista da parte dei massimalisti, "Storia Contemporanea", a. XV, n. 6, 1984, pp. 1093-1146.: élu secrétaire du parti (le ) et, le mois suivant, lors des premières élections politiques générales de l'après-guerre (le ), élu député à la Chambre des députés du royaume d'Italie pour la circonscription de Bologne avec plus de cent mille voix, il fut l'une des figures les plus puissantes et les plus visibles du socialisme maximaliste au cours du biennio rossoAlors qu'il domina le secrétariat politique du PSI durant une majeure partie de 1918, Bombacci était, officiellement, secrétaire politique du PSI seulement entre le 11 octobre 1919 et le 25 février 1920, date à laquelle il démissionna, cédant ladite fonction à Egidio Gennari, et préférant garder son siège au palais Montecitorio..
En , il présenta un projet d'instauration de soviets en ItalieSezione Socialista di Pistoia, Per la costituzione dei Soviet. Relazione presentata al Congresso Nazionale da Nicola Bombacci, Pistoia, Tipografia F.lli Cialdini, 1920. Le projet fut traduit en espagnol, puis publié à Buenos Aires la même année 1920., lequel projet, s'il ne rencontra que peu d'approbation et recueillit de nombreuses critiques, contribua néanmoins à ouvrir un vif débat théorique dans les organes de presse du parti. En avril, il sera le premier socialiste italien à rencontrer des représentants bolchéviques à CopenhagueSerge Noiret, Le origini della ripresa delle relazioni tra Roma e Mosca. Idealismo massimalista e realismo bolscevico: la missione Bombacci-Cabrini a Copenaghen nell'aprile 1920, "Storia Contemporanea", année XIX, n° 5, octobre 1988, ., et en été de cette année fera partie de la délégation italienne qui se rendit dans la Russie soviétique, participant même au Congrès de l'Internationale communiste.
Fondateur, à l'automne 1920, conjointement avec Antonio Gramsci, Amadeo Bordiga, Egidio Gennari et Antonio Graziadei, de la Fraction communiste, en plus d'être directeur de la revue Il Comunista, il opta résolument, lors du Congrès national du PSI à Livourne en , pour la scission, et fut l'un des fondateurs du Parti communiste d'Italie (PCd'I), section italienne de la IIIe Internationale, au sein duquel il devint membre du Comité central.
Les années communistes (1921 – 1927) Réélu député lors des élections politiques générales au printemps 1921 pour la circonscription de Trieste, mais n'ayant aucun de ses propres courants représentés dans le nouveau parti, Bombacci se retrouva en fait plutôt isolé aux côtés d'une part du groupe des collaborateurs de la revue l'Ordino Nuovo, savoir Gramsci, Togliatti, Terracini et Tasca, et d'autre part des tenants de l'abstentionnisme stratégique de Bordiga. Il se situait, avec Francesco Misiano, dans l'aile droite du PCd'I, inclinant à un rapprochement avec les maximalistes et adversaire du parti sectaire et très idéologisé tel que voulu par BordigaSerge Noiret, Massimalismo e crisi dello stato liberale. Nicola Bombacci (1879-1924), Milan, Franco Angeli, 1992, chap. IV.. gauche|vignette|296x296px|Nicola Bombacci en 1920. Il fut bientôt exclu des instances de direction du PCI, à commencer par le Comité central du parti. La polémique parvint jusque dans les hautes sphères soviétiques lorsque, en , le Comité exécutif du PCI décida unilatéralement de l'expulser sans en référer à l'Internationale communiste. Bombacci, alors secrétaire du groupe parlementaire communiste, fut accusé d'avoir évoqué une possible union des deux révolutions – celle bolchévique et celle fasciste – dans une intervention à la Chambre des députés le . Il n'avait pourtant fait rien autre chose que proposer, sur indication de l'ambassadeur russe en Italie, Jordanskij, un traité économique italo-russe, au demeurant fortement souhaité par le Kremlin. En , Bombacci fut donc appelé à Moscou, où il représenta la délégation italienne aux funérailles de Lénine : Grigori Zinoviev décida sa réintégration dans le PCI, dont les rangs avaient du reste été décimés dans les derniers mois par la campagne d'arrestations décrétée par le gouvernement fasciste de Mussolini.
À son retour en Italie, Bombacci commença à travailler à l'ambassade soviétique à Rome, au service du commerce et de la diplomatie soviétiques. En 1925, il fonda la revue L'Italo-Russa, peu diffusée, puis une société d'import-export homonyme, qui n'eurent toutes deux qu'une existence éphémère. Souvent accusé d'avoir voulu favoriser une alliance des révolutions bolchévique et fasciste, il est définitivement exclu du Parti communiste en 1926. Son expulsion est sanctionnée par un laconique communiqué publié dans un numéro de l'Unità : « Nicola Bombacci est expulsé du parti communiste d'Italie pour cause d'indignité politique ».
La période d'inactivité politique et le rapprochement avec le fascisme Dans les années du silenceGuglielmo Salotti, Nicola Bombacci. Da Mosca a Salò, Rome, Bonacci, 1986, p. 87., Bombacci continua de vivre à Rome avec sa famille, alors qu'il semble que la collaboration avec l'ambassade soviétique ne se soit pas prolongée au-delà de 1930.
Les besoins économiques et la maladie grave dont souffrait son fils Wladimiro et qui nécessitait de coûteux traitements, le portèrent à solliciter de l'aide auprès de haut-placés du régime fasciste qu'il connaissait d'auparavant : Leandro Arpinati, Dino Grandi, Edmondo Rossoni, et enfin Benito Mussolini lui-même, avec qui il avait eu des rapports politiques au cours de la période giolittienne (1901-1914). Le Duce lui octroya quelques subsides en argent pour les traitements de son fils, et lui procura un emploi à l'Institut de Cinématographie éducative de la Société des Nations à RomeSerge Noiret, Per una biografia di Nicola Bombacci: contributo allo studio del periodo 1924-1936, « Società e storia », , 1984, .. vignette|220px|La Verità, numéro de .
À partir de 1933, Bombacci se rapprocha de plus en plus clairement du fascisme, jusqu'à y adhérer pleinement après 1935. Mussolini l'autorisa début 1936 à fonder La Verità, revue politique alignée sur les positions du régime, laquelle revue durera jusqu'en , et à laquelle collaboraient d'anciens syndicalistes révolutionnaires, socialistes et communistes, tels qu'Alberto et Mario Malatesta, Ezio Riboldi, Walter Mocchi, Giovanni Bitelli et Angelo Scucchia.. Bombacci, dans l'un des premiers numéros, daté du , écrivit : « Une grande révolution sociale est en marche. C'est l'heure du collectif. […] Aujourd'hui comme hier, nous sommes animés par le même idéal : le triomphe du travail. Nous luttons pour ce triomphe depuis trente-cinq ans. […] Aujourd'hui, l'histoire nous présente l'expérience de Mussolini. Ce n'est plus seulement une doctrine, c'est un ordre nouveau qui s'engage résolument sur la voie de la justice sociale. »
L'adhésion à la République sociale italienne C'est en fait après la fondation de la République sociale italienne que Bombacci reprend vraiment du service politique. Il s'engage alors nettement en faveur du « second fascisme », publiant plusieurs brochures qui dénoncent les dangers du bolchévisme et la vraie nature du stalinismeNicola Bombacci, Il mio pensiero sul bolscevismo, Rome, Éd. "La Verità", 1941; Nicola Bombacci, I contadini nella Russia di Stalin, Rome, 1942; Nicola Bombacci, I contadini nell'Italia di Mussolini, Rome, 1943; Nicola Bombacci, Questo è il comunismo, Venise, 1944; Nicola Bombacci, Dove va la Russia? Dal comunismo al panslavismo, Padoue, 1944.. Il participe au congrès de Vérone de , qui constitue le véritable acte de fondation de la RSI. Entre et , Bombacci, réactivant ses contacts dans le monde ouvrier du Nord de l'Italie, va tenir de nombreuses réunions sur les places publiques pour renforcer le soutien populaire au « fascisme révolutionnaire ».