Abdel Fattah al-Sissi (en , transcrit traditionnellement ‘Abdu l-Fattāḥ as-Sīsī ; prononcé en arabe égyptien : ), né le au Caire, est un militaire et homme d'État égyptien. Maréchal, il est président de la république arabe d'Égypte depuis le .
Militaire de carrière, il a suivi une formation en Égypte, au Royaume-Uni puis aux États-Unis. Ses compétences et sa loyauté envers le régime égyptien lui valent d'être nommé directeur des services de renseignements militaires par le président Hosni Moubarak. Après la révolution égyptienne de 2011 et l'élection, l'année suivante, de Mohamed Morsi à la présidence de la République, il est nommé ministre de la Défense par celui-ci, succédant au maréchal Mohamed Hussein Tantawi, homme fort de l'armée.
Promu vice-Premier ministre après avoir organisé le coup d'État militaire du 3 juillet 2013 contre le président islamiste Mohamed Morsi, il abroge la Constitution égyptienne de 2012, élaborée par les partisans du président déchu, et conforte son influence politique avec l'adoption d'une nouvelle loi fondamentale, parallèlement à de nouvelles élections. Il se démet de ses fonctions gouvernementales pour se présenter à l'élection présidentielle de 2014, qu'il remporte avec 96,9 % des suffrages, bien que l'issue de ce scrutin soit contestée. Cette élection permet à l'armée de retrouver pleinement le pouvoir politique qui lui avait été ôté à l'issue de la révolution de 2011. Il est réélu avec 97,1 % des voix en 2018, puis à nouveau en 2023, avec 89,7 % des suffrages. Il est par ailleurs président de l'Union africaine entre 2019 et 2020.
S’affichant en modernisateur et en homme de la stabilité, il promeut un projet de « nouvelle Égypte »Le président Sissi met en scène sa « nouvelle Égypte » par Hélène Sallon sur lemonde.fr du 4 août 2015 par une politique de grands chantiers (élargissement du canal de Suez, édification d’une nouvelle capitale administrative, construction du Grand Musée égyptien au Caire, investissement massif dans le secteur énergétique)Le président Al-Sissi, chef de chantier de la « nouvelle Égypte » par Laure Stephan sur lemonde.fr du 30 juin 2023, quelque peu malmenée par la crise financière que traverse le pays dans la première moitié des années 2020L’Égypte, empêtrée dans la crise économique, brade ses terres et infrastructures aux pays du Golfe par Laure Stephan sur lemonde.fr du 13 octobre 2023L’inflation en Égypte a atteint près de 40 % en août sur un an sur lemonde.fr du 10 septembre 2023, et exerce un régime autoritaire, ou dictatorial, à travers d'intenses campagnes de répression contre ses détracteurs (procédures et exécutions extrajudiciaires, tortures, disparitions forcées)Tapis rouge sans épines pour le maréchal Sissi à Paris par Piotr Smolar et Hélène Sallon sur lemonde.fr du 8 décembre 2020Égypte 2024 sur amnesty.orgWorld Report 2023 - Egypt sur hrw.org.
Situation personnelle Origines et études Fils de petits commerçants cairotes (l'un des trois garçons d'une fratrie de huit enfants), Abdel Fattah al-Sissi naît à Gamaleya, un quartier du vieux Caire« Hadrien Desuin, Al-Sissi. Nouveau raïs d'Égypte », Conflits, , juillet-septembre 2015.. Il fait ses classes au lycée militaire. En 1973, il parvient à entrer à l'Académie militaire et choisit lors de sa sortie l'infanterie mécanisée. Il bénéficie également d'une formation anglo-saxonne réservée aux éléments les plus prometteurs : il étudie au Command & Staff College en Égypte, puis est envoyé en 1992 dans une académie militaire britannique à Watchfield (le ), et en 2006, à la United States Army War College (il y rédige un mémoire intitulé La Démocratie au Moyen-Orient). Il déclare en 2016 dans un de ses discours : ..
Carrière militaire
Il commence sa carrière militaire dans l'infanterie, devenant par la suite attaché militaire à l'ambassade d'Égypte en Arabie saoudite, puis commandant en chef de la zone nord d'Alexandrie.
En juin 2011, Abdel Fattah al-Sissi qui est alors chef du renseignement militaire et membre du Conseil suprême des forces armées (CSFA), organe qui dirige le pays depuis la démission sous la pression populaire du président Moubarak, justifie l'utilisation de tests de virginité sur les manifestantes .
Il est décrit à la fois comme « nationaliste et conservateur », mais « soucieux de préserver la stabilité de son pays et son alliance stratégique avec les États-Unis ».
Vie privée Abdel Fattah al-Sissi est marié depuis 1977 à Entissar Amer. Le couple a quatre enfants (trois garçons, Moustafa, Mahmoud et Hassan et une fille, Aya). Réputé pieux, selon Courrier international.
Parcours politique Ministre de la Défense et crise politique de 2012-2013 gauche|vignette|174x174px|Abdel Fattah al-Sissi (Le Caire, 24 avril 2013).
En août 2012, il est nommé ministre de la Défense par le président Mohamed Morsi (issu des Frères musulmans) qui vient de limoger Mohamed Hussein Tantawi et son adjoint, sa réputation d'intégrité et d'homme religieux ayant probablement séduit les Frères musulmans. À ce poste, il augmente les salaires des soldats comme des officiers, rénove plusieurs casernes et négocie même la fin d'une grève de policiers. vignette|Portrait officiel d'Abdel Fattah al-Sissi en tant que ministre de la Défense. En , alors que Morsi tente de passer en force une réforme constitutionnelle afin d'obtenir les pleins pouvoirs, al-Sissi se présente comme intermédiaire entre l'opposition et le président, médiation que ce dernier refuse.
Coup d'État de 2013 contre Mohamed Morsi Pendant les manifestations de juin-juillet 2013 contre le président Morsi, il juge qu'il est du devoir des forces armées afin d'empêcher . Il fait déployer à cette occasion au Caire des hélicoptères de l'armée arborant le drapeau national, afin de renvoyer l'image de l'unité de l'armée et du peuple. Après des manifestations populaires gigantesques demandant la démission du président Morsi accusé de déstabiliser le pays, Sissi renverse celui-ci lors du coup d'État militaire du 3 juillet 2013. Homme fort et répression des Frères musulmans gauche|vignette|230x230px|Abdel Fattah al-Sissi en 2013, recevant le secrétaire d'État américain John Kerry au Ministère égyptien de la Défense. Alors que les observateurs lui prêtent des ambitions présidentielles, il annonce habilement, le jour même du coup d'État, une nouvelle transition démocratique et nomme le magistrat Adli Mansour, président de la Cour constitutionnelle suprême, comme président de la République par intérim, qui prend ses fonctions le lendemain .
Le , l'armée déclare que le président déchu Mohamed Morsi, a été placé en détention préventive à cause de son implication présumée dans des attaques contre la police imputées aux activistes du HamasPorte-parole du Hamas, : « C'est un développement dangereux qui confirme que le pouvoir actuel en Égypte [pouvoir détenu par le chef de l'armée Abdelfatah Khalil al-Sisi] renonce aux causes nationales (…) allant même jusqu'à leur nuire, à commencer par la cause palestinienne », RTBF.be, vendredi 26 juillet 2013..
Le , Abdel Fattah al-Sissi est promu du grade de général d'armée au grade de maréchal de l'armée égyptienne. Le même jour, il présente sa démission au commandement général des forces armées qui l'accepte et le charge de présenter sa candidature à l'élection présidentielle de 2014.
Il mène conjointement une dure répression contre les Frères musulmans pendant laquelle plus de ou sympathisants, lors des massacres de Rabaa et Nahda., sont tués, répression dénoncée principalement par la Turquie et le Qatar, les autres pays, en particulier les États-Unis, restant relativement discrets. Il se retourne par la suite contre certains de ses partenaires laïques, les éliminant du gouvernement et emprisonnant leurs militants.
Victoire à l’élection présidentielle de 2014 Le , il remet sa démission de ministre de la Défense pour briguer la présidence alors qu'il est déjà considéré comme le dirigeant de fait du pays depuis le coup d'État de l'été 2013.
Le , il remporte l'élection présidentielle avec 96 % des suffrages, dans un contexte présumé de fraudesJean Marcou, « La « nouvelle » Égypte d'Abdel Fattah al-Sissi », Diplomatie, , septembre-octobre 2014. et de contre des Frères musulmans (jusqu'alors principal parti d'opposition) ; violences dénoncées par l'ONG Human Rights Watch comme étant Ismaïl Alexandrani, « Au Sinaï, une « sale guerre » qui ne dit pas son nom », Le Monde diplomatique, septembre 2014...
Président de la République (depuis 2014) Entrée en fonction Le , il prête serment et devient le sixième président de la République arabe d'Égypte. Le lendemain, il reconduit Ibrahim Mahlab en tant que et ce dernier prête de nouveau serment le suivant..
Il a lancé les travaux du nouveau canal de Suez, inauguré en 2015 et qui double les capacités du précédent.
Le , il transmet solennellement le pouvoir législatif à la Chambre des représentants issue des législatives de la fin de l'année précédente..
Culte de la personnalité Après son accession au pouvoir à la faveur du coup d'État de , Sissi fait l'objet d'un culte de la personnalité avec la vente, à travers le pays, de produits dérivés à son effigie, dont la copie de sa carte d'identité, son portrait ou des confiseries.. Ces campagnes sont souvent organisées par les médias égyptiens... Ses partisans considèrent que Sissi les a sauvés des Frères musulmans.
Politique étrangère vignette|Abdel Fattah al-Sissi à la conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques. Son premier voyage présidentiel à l'étranger a eu lieu le en Algérie.. En 2016, on assiste à un réchauffement relatif des relations entre Israël et l’Égypte, avec notamment la réouverture des ambassades, des échanges de prisonniers et des accords militaires.
En 2019, il est invité par Emmanuel Macron au sommet du G7 se tenant à Biarritz..
Il fait réprimer en la Marche mondiale vers Gaza à la demande d’Israël pour l’empêcher d'atteindre la bande de Gaza.
Politique religieuse Fin , il lance une campagne pour rénover le discours religieux, afin d'. Ces déclarations, prononcées notamment à la mosquée al-Azhar, visent à combattre la montée du terrorisme islamiste, non plus uniquement par un biais militaire mais aussi culturelJean-Marc Robin, « Al-Sissi veut rénover l'islam », Le Figaro Magazine, semaine du 23 janvier 2015, page 25..
Politique économique vignette|Abdel Fattah al-Sissi avec le président russe, Vladimir Poutine (Moscou, 12 août 2016). Al-Sissi lance une série de réformes économiques destinées à supprimer ce qui restait de l’héritage nassériste en matière d’État-providence..
Le régime conduit une politique d’austérité consistant notamment à réduire les subventions à l’énergie et à l’électricité, imposer une TVA, augmenter le prix des billets du métro du Caire et « geler » les salaires des fonctionnaires. Dans le même temps, l’impôt sur le revenu des sociétés est réduit. Le nombre de bénéficiaires des subventions pour l'alimentation a reculé de trois millions à la suite de ces réformes.
Les conditions de vie générales tendent à se détériorer et les investissements en matière d'éducation, de santé et d'infrastructure sont jugés insuffisants. La pauvreté a progressé entre 2016 et 2019 de plus de 11 % dans les plus grandes villes du pays (Le Caire, Alexandrie, Port-Saïd, Suez) et la moitié la plus pauvre de la population ne bénéficie que de 17 à 18 % du PIB. Selon les statistiques gouvernementales, 32,5 % des Égyptiens vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ce dernier est cependant calculé très en deçà des normes internationales en la matière. Un rapport publié par la Banque mondiale en souligne que 60 % de la population égyptienne vit dans la pauvreté ou la précarité.
La dette atteint un niveau record en ( de dollars). Elle est en particulier la conséquence du poids du budget militaire (les importations d’armes ont augmenté de 215 % en 2013-2017 par rapport à 2008-2012) et du paiement des intérêts.