Albert Soleilland, né le à Nevers et mort en à l'Île Royale (Guyane), est un ébéniste français reconnu coupable du viol et du meurtre d'une fillette de onze ans, Marthe Erbelding, le . L'affaire, qui donne lieu à un véritable feuilleton journalistique occupant les unes au début du mois de , suscite un vif émoi populaire.

Condamné à mort le par la cour d'assises de la Seine, Soleilland est gracié par le président de la République Armand Fallières, abolitionniste. La peine de mort étant automatiquement commuée en travaux forcés à perpétuité en cas de grâce, il est envoyé au bagne à l'île Royale, où il termine sa vie.

Le contexte Alors que les dernières exactions de la bande Pollet et des Apaches occupent largement la "une" des journaux et attisent la « crise sécuritaire », cette affaire va déchaîner la presse, à commencer par Le Petit Parisien – autoproclamé « Le Plus fort Tirage des Journaux du Monde entier »Tel est du moins le sous-titre du journal à cette époque. – et « a pour conséquence de repousser de trois quarts de siècle l'abolition de la peine de mort », alors débattue au Parlement, et portée entre autres par Jean Jaurès et Aristide Briand..

L'affaire Soleilland vignette|gauche|Albert Soleilland devant la cour d'assises de la Seine. Le , à Paris, Albert Soleilland, ouvrier dans un petit atelier fabriquant des sièges de voitures, ami du couple Erbelding, vient chercher leur enfant Marthe en fin de matinée. Sa femme, Julienne., doit emmener la fillette voir un spectacle de café-concert à Ba-Ta-Clan, pour lequel elle a obtenu deux billets de faveur. Le patron de Julienne exige d'elle qu'elle retourne à son atelier de couture pour terminer un travail urgent, si bien que c'est Albert Soleilland qui emmène lui-même l'enfant au spectacle vers . Il revient à , seul, chez les parents Erbelding et leur raconte que leur fille est sortie à l'entracte pour aller aux toilettes, et qu'elle n'est pas revenue. Ne l'ayant pas retrouvée, il pensait qu'elle était rentrée toute seule« Disparition mystérieuse d'une fillette. Marthe Erbelding a-t-elle été tuée ? », article en une du Petit Parisien, 5 février 1907 (Soleilland y est appelé par erreur Soleillard). En ligne sur Gallica. Voir aussi les deux unes suivantes.« Inquiétante disparition d'une petite Parisienne », article en une du Petit Journal, 5 février 1907 (la famille Erbelding y est appelée par erreur Erbilding). En ligne sur Gallica..

Après des recherches menées avec les parents, la disparition de la fillette est signalée au commissariat vers . Albert Soleilland est rapidement soupçonné, bien que les Erbelding lui témoignent toute leur confiance. Les déclarations de l'homme comportent en effet de nombreuses invraisemblances. Ainsi, aucun employé de Ba-Ta-Clan ne se souvient d'Albert et Marthe et, alors que Soleilland déclare que l'artiste du café-concert chantait des chansons grivoises, il apparaît que, ce jour-là, cette chanteuse, malade, était absente. Le passé de Soleilland ne plaide pas non plus en sa faveur : auparavant, en 1902, il a été condamné pour abus de confiance, .

Plusieurs témoins confondent Soleilland sur son emploi du temps qui ne concorde pas, si bien qu'au bout de plusieurs confrontations, le , il finit par avouer son crime. Il déclare que Marthe refusait d'aller au concert sans Julienne, puis il avoue avoir, chez lui, au n° 133 de la rue de Charonne, étranglé l'enfant et avoir ensuite transporté son corps à la consigne de la gare de l'Est. C'est là que le corps est retrouvé, empaqueté dans des toiles d'emballage« Un nouveau Menesclou. Soleilland a assassiné la petite Marthe », article du Petit Parisien, 9 février 1907, . En ligne sur Gallica. Voir aussi la une suivante.. L'autopsie révèle qu'en fait, elle a été violée, étranglée, puis poignardée au cœur« La fillette a subi les pires tortures. Effroyables révélations de l'autopsie », article en une du Petit Parisien, 11 février 1907. En ligne sur Gallica..

L'émotion populaire, abondamment alimentée par la presse, s'exprime notamment, comme il est fréquent à l'époque, dans une « Complainte de la petite Marthe », chantée – et vendue – aux coins des rues parisiennes« La Complainte de la petite Marthe », dans Le Petit Parisien, 12 février 1907. En ligne sur Gallica.. Lors des funérailles de la petite victime, qui ont lieu le au cimetière de Pantin à Paris, une foule, de cinquante à cent mille personnes selon les journaux, accompagne le cercueil, et six chars sont nécessaires pour porter les bouquets et couronnes de fleurs offerts par des anonymes« Cent mille personnes aux obsèques de la petite Marthe », article en une du Petit Parisien, 15 février 1907. En ligne sur Gallica. Sur la même page figure l'éditorial signé Jean Frollo, alias Charles-Ange Laisant, directeur du journal : « Le Crime et la Défense sociale »..

La grâce vignette|Albert Soleilland au bagne. Après une délibération de , Albert Soleilland est condamné à mort le par la cour d'assises de la Seine« Soleilland devant les Jurés » et « Soleilland condamné à mort », articles du Petit Parisien, respectivement des 23 et 24 juillet 1907, . En ligne sur Gallica. Voir aussi la une du 25, s'interrogeant sur « Où dresserait-on l'échafaud, à Paris ? », avec une photo à l'appui, indiquant d'une croix l'endroit en question.. Madame Soleilland applaudit comme la foule à la condamnation à mort de son mari. Cependant, il est gracié le par le président de la République Armand Fallières« Soleilland est gracié », article en une du Petit Journal du . En ligne sur Gallica., ce qui déchaîne la presse et, partant, la colère populaire.. Le Petit Parisien organise un sondage auprès de ses lecteurs en . Il recueille près de , favorables à 74 % au maintien de la peine de mort.. La peine étant automatiquement commuée en travaux forcés à perpétuité, Soleilland embarque pour le bagne le . Il sera interné à l'île Royale, où l'horreur de son crime le privera de tout contact social. Il y sera néanmoins agressé plusieurs fois par ses co-détenus, dont un qu'il avait tenté de séduire. Devenu infirme, vieilli prématurément, et guetté par la folie, il meurt de la tuberculose qu'il avait contractée à l'hôpital des îles du Salut en après de bagneFigures du bagne - Albert Soleilland..

La grâce systématique accordée par le président Fallières aux condamnés à mort fait l'objet de vives critiques à la Chambre des députés, qui estime que son usage systématique fausse la loi et que le président affiche ainsi une volonté politique contraire à son statut d'irresponsabilité. Après l'échec du projet de loi pour l'abolition de la peine de mort en 1908, Fallières doit céder et les exécutions reprennent en 1909Bertrand Joly, Histoire politique de l'affaire Dreyfus, Fayard 2014, ..

L'affaire Soleilland dans la culture Les Crieurs du crime, bande dessinée de Sylvain Venayre et Hugues Micol, , Delcourt, . La Disparue du Boulevard Voltaire, roman historique de Pierre-Étienne Musson, , Éditions Hachette BlackLab, 270 pages.

Émission de radio

Albert Soleilland, épisode du de l'émission Hondelatte raconte sur Europe 1.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie . . , , .

Article connexe Liste d'affaires criminelles françaises depuis 1900

Liens externes

« Soleilland montant sur le bateau de l'Île de Ré, 24 septembre 1907 », document iconographique (photo) sur Rosalis. Bibliothèque numérique de Toulouse. Flax, Aristide Delannoy (ill.), « Anatole Deibler », dans Les Hommes du jour, n° 53, . – En ligne sur Gallica.

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