right|220px|thumb|Blason de l'Empire ottoman. vignette|220x220px|Drapeau de l’Empire ottoman pendant la Grande Guerre. L'organisation d’État de l'Empire ottoman reposait sur un gouvernement très centralisé avec le sultan comme dirigeant suprême, tant civil que militaire et religieux (Commandeur des croyants), qui exerçait un contrôle effectif sur les provinces, les sujets et les fonctionnaires. Comme son prédécesseur l'Empire byzantin, l’Empire ottoman fonctionnait grâce à des offices révocables par le sultan, tels que les vizirs, pachas et ağas. La richesse et la position sociale n’étaient pas toujours reçues en héritage, mais pouvaient être acquises par la reconnaissance des mérites. Le service militaire était un élément clé de l’avancement dans la hiérarchie.
Historique Les divisions territoriales de la structure administrative de l’Empire ottoman ont été d’abord fondées sur une organisation militaire ayant aussi des fonctions exécutives civiles. Les États vassaux et tributaires, qui gardèrent leurs propres structures d'État, n'entraient pas dans le système (Khanat de Crimée, Moldavie, Transylvanie, Valachie, et quelques autres).
On considère généralement, du point de vue de l’organisation administrative de l’Empire, qu’il y a eu deux principales époques : celle de la mise en place du système qui a évolué avec la montée en puissance de l’Empire ; celle qui résulta des vastes réformes administratives de 1864, qui préparèrent l'avènement de la Turquie moderne.
Organisation initiale La première organisation remonte aux débuts de l’histoire ottomane, lorsque les Ottomans n’étaient qu’un petit État vassal de l’Empire seldjoukide (Uç Beyliği) formé dans le centre de l’Anatolie. Autour de ce puissant état, une série de vassaux, les émirs, constituèrent des petites principautés avec les territoires pris aux états voisins, notamment l'Empire byzantin et ses états successeurs. Ces émirs avaient tout pouvoir dans leurs fiefs, mais devaient allégeance au sultan seldjoukide qui pouvait les révoquer et en nommer d'autres.
1299-1453 : Structure administrative basée sur le système seldjoukide Les émirats évoluèrent avec le temps jusqu'à se substituer à l'Empire seldjoukide et à occuper la totalité de l'Anatolie (au ils étaient au nombre de treize : Banu Eretna, Ğazi Çelebi, Isfendiyar Oğulları, Osman, Karası, Saruşan, Aydın, Menteşe, Germiyan, Hamid, Tekke, Karaman et Dulgadır Hans-Erich Sier: "Westermann Grosser Atlas zur Weltgeschichte", 1985, , page 70). À peine ralenti par l'invasion de Tamerlan, l'émirat d'Osman absorba progressivement les autres et y nomma des pachas dotés de tous pouvoirs : le système seldjoukide devint ainsi un système ottoman.
29 mai 1453 : Avènement de l’empire ottoman et chute de l’Empire romain d’Orient Dans l'Empire byzantin déclinant et ses états successeurs (empires de Nicée et de Trébizonde, despotats d'Épire, de Dobrogée et de Mistra), il n'y avait pas non plus d'aristocratie héréditaire, mais des offices, dont celui de thémarque qui était semblable à celui de pacha chez les ottomans. Les thémarques gouvernaient un thème formé de paroisses, groupées en diocèses. Une fois le pouvoir ottoman substitué au pouvoir byzantin, les thèmes devinrent des sandjaks et le pacha, le bey ou l'ağa se substituèrent au thémarque, l'évêque du lieu devenant le représentant, auprès du chef musulman, des habitants chrétiens.
1453-1512 : Structure administrative adaptée au fil des conquêtes En 1457-1458, le sultan Mehmed II installe la capitale à Constantinople et promulgue le premier code de loi turc : le Kanun-name. Il jette les fondements de l’organisation de l’empire. Le gouvernement est dirigé par le grand vizir, nommé par le sultan et assisté de quatre vizirs, dont le reis ul kuttab (chef des secrétaires), le kahya bey (intérieur) et le reis efendi (affaires étrangères). Le divan, sorte de conseil des ministres, réunit quatre fois par semaine les vizirs, les aghas (chefs de troupes), le kapoudan pacha (grand amiral), les deux juges de l’armée (kadi 'asker), le nichandji (garde des Sceaux), les defterdar (chefs des impôts, un pour la Roumélie et un pour l'Anatolie), les deux beylerbey (gouverneur, répartis de la même manière). Les provinces (sandjak) sont administrées par des beys ou des pachas chargés de rendre la justice, de maintenir l’ordre, de percevoir l’impôt, de le faire parvenir au pouvoir central et de fournir le contingent militaire.
Au début de l'année 1865, l'Empire ottoman comptait une cinquantaine de provinces, aux statuts, rangs, limites et dénominations changeantes selon les circonstances et parfois selon leurs dirigeants, en Europe, Asie et Afrique, qui s'étendaient des Balkans à l'Afrique du Nord en passant par le Moyen-Orient et l'Égypte. Les noms en français sont ceux figurant sur les cartes françaises de l'époque (ils sont souvent inspirés des noms antiques ou bien sont une francisation des noms turcs) ; les noms ottomans (eux-mêmes variables selon les sources) sont donnés en italique entre parenthèses :
En Europe Albanie (Mirdit-eli, capitale İşkodra ou Scutari - il s'agit du Scutari d'Albanie) Bosnie (Bosna-eli, capitale Bosnasaray) Bosphore (Bolu-kaleh, capitale Constantinople) Crète (Giritada-eli, capitale Haniye ou La Canée) Danube (Ton-eli, capitale Vidin) Dobrogée (Dobruc-beyliği, issu de l' Özi Eyaleti, capitale Dorostol) Crimée méridionale (Eyalet-i Mangup, capitale Mangoup) Djézireh des îles (Cezayir-i bahr-i Sefid adaları Akdeniz: "marche des îles de la mer du sud", en fait les îles Égéennes, capitale Midillü, en fait dirigée de Smyrne) Épire (Yanya-eli, capitale Yanina) Herzégovine (Hersek-beyliği, capitale Mostar) Maritza (Meriç-eli, capitale Andrinople) Roumélie méridionale (Güney Rum-eli, capitale Selanik ou Salonique) Roumélie occidentale (Batı Rum-eli, capitale Monastir) Métochie (Metohiye-eli, capitale Prizren ou Prizrend) Péloponnèse ou Morée (Triboliçe-eli, capitale Triboliçe ou Tropolitsa) Roumélie orientale (Doğu Rum-eli, capitale Filibe), autonome de 1878 à 1886 (date de son rattachement à la Bulgarie) Samos (Sisam beyliği, capitale Bafısam ou Vathy), île devenue principauté chrétienne autonome en 1834 Sofia (Balı-efendi-eli, capitale Sofya) Syrfie (Serfiye sancağı, capitale Serfice ou Serfidzé).
En Asie vignette|700px|Structure administrative de l'Empire ottoman en 1789.
En Anatolie Acilisène (Erzurum-eli ou Erzéroum, capitale Erzurum) Adiabène (Diyarbakır-eli, capitale Diyarbakır également connue sous les noms de Diarbékir ou Douar-Bakr) Arzanène (Bağeş-eli, capitale Bitlis) Caramanie (Konya-eli ou Karaman-eli, capitale Konya) Cilicie (Adana-eli, capitale Adana) Granique (Kale-i Sultaniye Antlaşması ou Biga sancağı), sandjak autonome et non vilayet Kharpout (Mamuret-ül-Aziz-eli, capitale Elâzığ) Lydie (Menderes-eli, capitale Aydın) Nicomédie (Ismid sancağı, capitale Izmit), sandjak autonome et non vilayet Paphlagonie (Kastamonu-eli ou Castamonie, capitale Kastamonu) Sébastée (Sivas-eli, capitale Sivas ou Sébastée). Vasparacène (Van-eli, capitale Van) Au Proche-Orient Chypre (Kibris-ada), île avec statut d'autonomie (cédée à la Grande-Bretagne en 1878 ; capitale Lefkoşa ou Nicosie) Commagène (Halep-ve-Maraş-eli, capitale Halep ou Alep) Djézireh de Syrie (Osrhoène ou Deyrizor-eli, capitale Deir ez-Zor ou Deyr-i Zor) Syrie (Suriye-eli, capitale Damas) Mont Liban (Lubnan Dağlari mutasarrıflığı, Cebeli-Lubnan ou Djebel-i Lubnan, capitale Beirut ou Béryte), mutasarrifat et non vilayet Beyrouth ou Sidon (Beirut-eli ou vilayet de Beyrouth) Palestine (Kudus-i Şerif mutasarrıflığı, capitale Kudüs), mutasarrifat et non vilayet Mossoul (Musul-eli, capitale Musul, à partir de 1879) Baghdad (Bağdat-eli, capitale Bagdad) Bassorah (Basra-eli, capitale Basra ou Bassorah) Hasa (Eyalet-i Lahsa, capitale Elığuf) La Mecque (Mekke şeriflığı), sharifat personnellement dévolu au Sultan et non vilayet Hedjaz (Hicaz-eli, capitale Medîne) Yémen (Yemen-eli, capitale Sana).
En Afrique Égypte (Mısır hidivliği, capitale Kahire ou Le Caire), khédivat autonome, et non vilayet ; les Khédives sont devenus héréditaires à partir de Méhémet Ali Nubie (Sudan-eli, capitale Hartum ou Khartoum), dépendance de l'Empire ottoman gouvernée en commun avec le khédivat autonome d'Égypte Cyrénaïque (Bingazi sancağı, capitale Bingazi), sandjak autonome, et non vilayet Tripolitaine (Trablusgarp-eli ou Trablus-Garb, capitale Tripolitaine) Tunisie (Tunus beyliği ou Eyalet-i Tunus, capitale Tunus), eyalet autonome, régi par des beys devenus héréditaires. Avant 1830, l'empire comptait aussi en Afrique du Nord : La Djézireh de l'occident (Cezayir-i bahr-i Mağrib, "marche du pays d'occident" : Maghreb = "occident") : plus ou moins l'actuelle Algérie septentrionale avec trois beylıks : Tlemcène (Tlemcen), Alger (Al-djazaïr, en turc Cesayir, Djézireh en transcription française) et Kacentine (Constantine).
Le Sultan et sa maison Au sommet du système politique, se trouve le sultan. Compte tenu de la polygamie et de nombreuses fratries ou demi-fratries issues des harems, la compréhension de l'exercice du pouvoir doit tenir compte du jeu de relations entre le sultan, ses différentes femmes et les relations qu'il entretient ou établit avec ses enfants, ses frères et ses sœurs. C'est notamment important à partir du XVIe siècle où l'empire se caractérise par un ralentissement de son expansion et ouvre une période plus gestionnaire. Le contrôle de la famille, et donc du sang, s'établit en système au sein même de la famille impériale. Cela se traduit avec la politique de régulation des élites, avec notamment le cas des janissaires.
Haute administration Il se développe à la fin du une classe de hauts fonctionnaires. La majorité sont des chrétiens convertis, souvent d’origine modeste (la conversion des chrétiens pauvres leur permettait d'échapper au kharadj, impôt sur les non-musulmans, et de ne plus se faire enlever leurs fils pour les janissaires). Ces "esclaves de la Porte" (kapi kullari) deviennent prépondérants sous Bayezid II (1481-1512). Les Grands vizirs se recrutent presque toujours parmi eux. Ces kapi kullari sont recrutés dans les Balkans (Albanais, Bulgares, Serbes), en Asie mineure (Grecs) et dans le Caucase (Géorgiens, Arméniens) par le système du devchirmé, qui connaît son apogée au . Coupés de leurs racines, les enfants de chrétiens élevés en turcs aux frais du sultan, ainsi valorisés et bien récompensés, lui sont tout dévouésHistoire du Monde, collectif sous la direction de George Jehel, édition du temps ..
1512-1699 : Siècle d’or de l’Empire ottoman
Un empire étatique
Le contrôle du sultanat à travers l'Empire vignette|Parade de l'armée ottomane près de Sofia ; les forteresses alentour tirent des coups de canon (gravure allemande, 1788). C'était une manière d'affirmer la domination du sultan sur ses sujets, musulmans ou non, et d'inciter les jeunes paysans à s'engager.Durant le siècle, lors du règne de Soliman dit le Magnifique, l’Empire ottoman atteint véritablement son zénith. Centré autour du sultan-khalife, le pouvoir est concentré dans les mains d’une seule personne.