John Ralph Cole, dit Jack Cole, est un auteur de bande dessinée et dessinateur de presse américain, né le à New Castle en Pennsylvanie et mort le à Woodside Township dans l'Illinois. Il travaille pour l'industrie des comic books pendant la période que les historiens de la BD appellent l'Âge d'or : entre 1938 et 1954. En soignant ses mises en page et en multipliant les trouvailles pour donner au lecteur la sensation de la vitesse, Cole contribue à l'élaboration de ce qui va devenir l'esthétique dominante des comics. Il dessine quelques épisodes de la série Le Spirit de Will Eisner mais il est surtout connu comme créateur de Plastic Man, premier super-héros élastique, apparu vingt ans avant la création de Mr Fantastique par Stan Lee et Jack Kirby. Au début de sa carrière, Cole est souvent à la fois le scénariste, le dessinateur, l'encreur et le lettreur. de ses comics. Mais le succès de Plastic Man le contraint, à partir de 1945, à déléguer une partie de son travail à des assistants. Fin 1956, lorsque DC Comics acquiert les droits de la série après la cessation d'activité de son premier éditeur, Quality Comics, Jack Cole a abandonné depuis plus de deux ans la BD. C'est au dessin d'humour qu'il se consacre désormais. Les dessins et aquarelles qu'il réalise pour le magazine Playboy. depuis 1954 lui assurent une reconnaissance plus large que les comic books, publications alors méprisées. Les raisons de son suicide restent mystérieuses : en , il était le dessinateur le plus populaire de Playboy et il venait de lancer avec succès un comic strip dans la presse quotidienne : .
Biographie
Jeunesse à New Castle (1914-1935) John Ralph Cole naît le à New Castle en Pennsylvanie. Son père est commerçant, sa mère institutrice. Ils ont six enfants. John est le troisième. On l'appelle Jack..
Enfant, il lit avec passion, dans la presse quotidienne, les comic strips de Rudolph Dirks (Pim Pam Poum), Elzie Segar (Popeye), George McManus (La Famille Illico), Rube Goldberg (Boob McNutt), et, comme d'autres futurs dessinateurs de sa génération (Basil Wolverton par exemple), il découvre sa vocation : il « se voit en dessinateur, à l'image de Dirks et Segar, publié quotidiennement dans la presse et donnant le sourire à chaque lecteur ». Mais son père refuse de lui payer des cours de dessin. Jack Cole met de côté l'argent que ses parents lui donnent pour déjeuner, et à l'âge de 15 ans, il a suffisamment d'économies pour s'inscrire à des cours de dessin par correspondance. Il choisit la Landon School of Cartooning, comme l'avaient fait avant lui Elzie Segar, Carl Barks, Roy Crane, ou Milton Caniff..
En 1932, Cole fait seul à bicyclette un voyage aller-retour jusqu'en Californie. Il obtient son bac l'année suivante. En 1934, il se marie avec Dorothy Mahoney, son amour d'enfanceJim Steranko, vol. 2, 1972, p. 87, et travaille dans l'usine locale d'une entreprise qui, à l'époque, est le plus grand fabricant de boîtes de conserve aux États-Unis, l'American Can Company..
Première publication en 1935 : un article que Cole illustre lui-même et dans lequel il raconte son périple à bicyclette de 1932. D'après Art Spiegelman, l'article aurait été publié dans le magazine des Boy Scouts of America, Art Spiegelman et Chip Kidd, 2001, p. 10. D'après l'historien des comics Paul C. Tumey, il aurait été plus vraisemblablement publié dans un journal local... Cole, contrairement à ce qu'il a pu affirmer par la suite, n'a pas été publié dans Boys' Life en 1935 (ses dessins y seront publiés à partir de l'année suivante).
Débuts à New York (1936-1940)
Dans le studio de Harry A. Chesler Fin 1936, Cole quitte son travail à l'usine et s'installe à New York avec son épouse dans l'espoir de vivre de ses dessins. Il parvient à en vendre à Boys' Life (le magazine des scouts le publiera à plusieurs reprises entre et ) ainsi qu'au magazine satirique Judge.. Globe Syndicate, une agence de presse, lui commande une bande dessinée loufoque (Peewee Throttle) pour Circus The Comic RiotJim Steranko, vol. 2, 1972, p. 88, un nouveau comic book contenant essentiellement des œuvres réalisées par de jeunes auteurs encore inconnus (outre Cole, Basil Wolverton, Bob Kane et Will Eisner figurent, entre autres, au sommaire). Il réalise plusieurs planches qui seront publiées par deux en ouverture de chaque numérohttps://digitalcomicmuseum.com/preview/index.php?did=34185&page=3, à partir de (le magazine ne connaitra pas le succèsGreg Sadowski, 2014, p. 95 et disparaîtra après son troisième numérohttps://www.comics.org/series/13411/). Cette commande et ces quelques ventes ne sont pas suffisantes pour assurer au couple une vie confortable. Fin 1937, Cole se retrouve, par nécessité, dans le studio de Harry A. Chesler : iI a quitté la fabrication de boîtes de conserve pour une "usine" d'une autre sorte - que l'écrivain et historien des comics Ron Goulart compare à un « sweat-shop », un atelier clandestinRon Goulart, vol. 1, 1986, p. 12.
Là, pour un salaire hebdomadaire de vingt dollarsArt Spiegelman et Chip Kidd, 2001, p. 11, sous la direction du dessinateur Charles Biro, Cole produit quatre à cinq planches par semaine. Il s'agit de répondre à la demande des éditeurs de comic books. « Initialement, [...] les premiers éditeurs de comic books rachetaient [...] à petit prix [...] les droits de réimpression [de comic strips, c'est-à-dire] de bandes déjà publiées dans la presse et rassemblaient celles-ci sans souci de continuité ni de thème sous une couverture dessinée par un tâcheron »Jean-Paul Gabilliet, 2005, pp. 161-162. Mais ils constatèrent rapidement que « les stocks [de comic strips,] de bandes quotidiennes n'étaient pas inépuisables et qu'il fallait renouveler le contenu de ce nouveau genre de fascicule [en publiant des bandes inédites]. »Jean-Paul Gabilliet, 2005, p. 32 D'autres éditeurs, plus pauvres, n'avaient pas assez d'argent pour payer les droits de réimpression mais pouvaient acheter à très bas prix des bandes originales. En 1936, « Harry A. Chesler ouvrit le premier atelier de dessin spécifiquement destiné à fournir les éditeurs de comic books. »
Cole travaille pour Chesler jusqu'en 1940. Il dessine d'abord des gags d'une case qu'il signe parfois de son nom et, de manière anonyme. ou sous pseudonyme , de nombreux comics loufoques (entre autres : Insurance Ike publié dans Cocomalt Big Book of Comics. puis dans Funny Pictures Stories, King Kole's Kourt publié dans Cocomalt Big Book of Comics puis dans Blue Ribbon Comics.). À partir de 1939, il s'essaie aux récits sérieux : Little Dynamite, une histoire de détective publiée dans Keen Detective Funnies, et Mantoka, trois épisodes publiés dans Funny Pageshttps://www.comics.org/feature/12800/overview/ avec pour héros un chaman indien aux pouvoirs extraordinaires.. Cole signe le premier épisode de Mantoka du pseudonyme de Richard Brucehttps://www.comics.org/issue/636/. Loufoques ou sérieux, ces comics sont, pour la plupart d'entre eux, publiés par deux éditeurs : MLJ et, plus fréquemment, Centaur.vignette|Sixième et dernière planche de la première aventure de The Comet (Pep Comics, no 1, janvier 1940). Le premier super-héros de Jack Cole est extrêmement vindicatif et violent.|392x392px Premier super-héros À partir de la fin de l'année 1939, MLJ édite plusieurs comics sérieux écrits et dessinés par Cole : des récits inspirés d'authentiques faits divers (Crime on the Run, une série en deux épisodes publiée dans Blue Ribbon Comics..; Manhunters, une série en trois épisodes publiée dans Top-Notch Comics.) et les quatre premiers épisodes de la série The Comet publiée dans Pep Comics.. Après le succès de Superman de Siegel et Shuster en 1938, de nombreux auteurs de comics s'adaptent à la demande et passent aux histoires de super-héros. The Comet est le premier super-héros que dessine Cole.
Après s'être injecté un gaz inconnu dans les veines, le scientifique John Dickering découvre qu'il a le pouvoir de voler dans les airs et que ses yeux émettent un rayon désintégrateur. Il décide alors de combattre les criminels en se faisant appeler The Comet. « Même quand on tient compte des normes de l'Âge d'or, lorsque les comics n'étaient pas soumis au Comics Code, The Comet reste un super-héros bizarre, extrêmement vindicatif et violent. Dans le seul premier épisode, il fait fondre rageusement plusieurs criminels avec son rayon jusqu'à les réduire au "néant", puis en jette joyeusement un au sol depuis une hauteur d'une bonne centaine de mètres. ». Dans le troisième épisode, sous l'emprise hypnotique d'un méchant nommé Zadar, The Comet vole une banque et tue une demi-douzaine de policiers. « On m'a forcé par hypnose à voler et à assassiner des citoyens innocents, comprend-il dans la dernière case de l'épisode. Aux yeux du monde, je ne suis rien d'autre qu'un meurtrier ! » Pour figurer le spectaculaire climax de l'épisode (le « carnage » auquel se livre le héros), Cole abandonne le gaufrier habituel et compose sa planche de manière audacieuse (quatre cases ayant au moins un côté en diagonale, la deuxième traversant la page de haut en bas)Greg Sadowski, 2009, p. 189.
Silver Streak Comics Cole voit sa situation s'améliorer à la fin de l'année 1939. Embauché par Arthur Bernhard, qui travaille pour l'éditeur Lev Gleason, il devient rédacteur en chef d'un nouveau comic book, Silver Streak Comics. Bernhard a nommé le périodique d'après sa propre voiture : une Pontiac dont le capot est orné d'une bande de chrome. Le premier numéro paraît en décembre 1939. À cette occasion, Cole crée le personnage de The Claw, un génie du mal. Incarnation du "péril jaune", lointainement inspiré de Fu Manchu, c'est un personnage doué de "pouvoirs mystiques" (parmi lesquels la capacité de dominer les autres en contrôlant leurs rêves. et celle de grandir démesurément). The Claw est initialement la série vedette de Silver Streak Comics : les histoires sont les plus longues du périodique (onze planches) et sont placées en ouverture. Mais cela ne dure qu'un temps. The Claw ne figure pas au sommaire du troisième numéro. « Quelqu'un [dans la maison d'édition] a dû comprendre qu'un monstre mégalomane et meurtrier n'était pas le meilleur choix pour vendre un périodique. »Greg Sadowski, 2009, p. 190
The Claw est remplacée dans le troisième numéro par une nouvelle série consacrée aux aventures d'un super-héros nommé d'après le titre du périodique : Silver Streak. La série est créée par un scénariste non identifié et par le dessinateur Jack Binder. De son côté, Cole crée un nouveau personnage, Dickie Dean, un inventeur de 14 ans.. Il l'imagine en s'inspirant de sa propre adolescence : comme Dickie, le dessinateur vivait dans la ville de New Castle et inventait des gadgets. Dickie Dean remporte suffisamment de succès pour que la série se poursuive dans chaque numéro de Silver Streak Comics jusqu'au vingt-et-unième puis soit reprise dans Daredevil Comics (du numéro 12 au 41). Cole en écrit et dessine les huit premiers épisodes, avant que d'autres (notamment Bob Montana au dessin) ne la reprennent.