thumb|300px|L'envoyé perse Mirza Mohammed Reza-Qazvini rencontre au château de Finckenstein, le , pour signer le traité de Finckenstein. François Mulard.

Une alliance franco-perse a été formée pendant une courte période entre l'Empire français de et Fath Ali Shah contre la Russie et la Grande-Bretagne entre 1807 à 1809. L'alliance faisait partie d'un grand projet napoléonien de traverser le Moyen-Orient pour attaquer l'Inde britannique. L'alliance a été rompue lorsque la France s’est finalement alliée avec la Russie et a tourné son attention vers les campagnes européennes.

Contexte En raison des relations traditionnelles d'amitié de la France avec l'Empire ottoman formalisées par une alliance franco-ottomane de longue date, les relations de la France avec la Perse avait depuis longtemps été minimes. Au lieu de cela, une alliance entre les Habsbourg et la Perse avait été conclue au cours du , et quand les ambassades perses avait visité l'Europe avec l'ambassade de Perse en Europe (1599-1602) et l'ambassade Qagarie en Europe (1609-1615), ils avaient ostensiblement évité la France.

Premier rapprochement thumb|left|En 1796, Guillaume-Antoine Olivier (représenté) et Jean-Guillaume Bruguière visitent la Perse afin de tenter de conclure une alliance, mais en vain.

Plus tard, cependant, la France a développé des relations avec la Perse et a signé des traités en 1708 et 1715 lors de la visite d'une ambassade perse à Louis XIV, mais ces relations ont cessé en 1722 avec la chute de la dynastie safavide et l'invasion de l'Iran par les AfghansAmini, p.xvii, .

Les tentatives pour reprendre contact ont été faites après la Révolution française, car la France était en conflit avec la Russie et souhaitait trouver un allié contre ce pays. En 1796, deux scientifiques, Jean-Guillaume Bruguière et Guillaume-Antoine Olivier, ont été envoyés à l'Iran par le Directoire, mais n'ont pas réussi à obtenir un accordAmini, .

Bientôt cependant, avec l'avènement de , la France a adopté une politique fortement expansionniste en Méditerranée et au Proche-Orient. Après le traité de Campo-Formio en 1797, la France a acquis des territoires en Méditerranée tels que les îles Ioniennes, ainsi que les anciennes bases de Venise sur la côte d’Albanie et de Grèce, géographiquement proches du Moyen-Orient.

thumb|Le général français Horace Sebastiani a négocié une alliance franco-ottomane avec Selim III.

Napoléon Bonaparte lança la campagne d'Égypte en 1798 et combattit les Ottomans pour établir une présence française au Moyen-Orient, avec le rêve ultime de créer un lien avec l’ennemi musulman britannique en Inde, Tipû SâhibTricolor and crescent William E. Watson . Napoléon a assuré au Directoire que Selon un rapport daté du de Talleyrand :

Napoléon a été initialement défait par l'Empire ottoman et la Grande-Bretagne lors du siège de Saint-Jean-d'Acre en 1799, et lors de la bataille d'Aboukir en 1801. En 1802, les Français étaient complètement vaincus au Moyen-OrientKarsh, .

Afin de renforcer la frontière occidentale de l'Inde britannique, le diplomate John Malcolm a été envoyé en Perse pour signer le traité anglo-persan de 1801. Le traité offrait le soutien anglais contre la Russie et des avantages commerciaux, et était explicitement prévu contre une intervention française en Perse.

Bientôt cependant, à partir de 1803, Napoléon a déployé de grands efforts pour tenter de convaincre l'Empire ottoman de lutter contre la Russie dans les Balkans et rejoindre sa coalition anti-russeKarsh, . Napoléon envoya le général Horace Sébastiani comme envoyé extraordinaire, promettant d'aider l'Empire ottoman pour récupérer ses territoires perdus.

En , à la suite de la remarquable victoire de Napoléon en à la bataille d'Austerlitz et le démembrement qui s’est ensuivi de l'empire des Habsbourg, Selim III a finalement reconnu Napoléon comme empereur, en optant formellement pour une alliance avec la France , et pour la guerre avec la Russie et l'AngleterreKarsh, .

Alliance iranienne Les motivations de Napoléon

Dans son grand projet d'atteindre l'Inde (), la prochaine étape pour Napoléon était de développer une alliance avec l'Empire perse. Début 1805, Napoléon envoya un de ses officiers, Amédée Jaubert, en mission en Perse. Il reviendra en France en Napoleon and Persia Iradj Amini .

Les motivations iraniennes thumb|Lettre de Fath Ali Shah à Napoléon , le remerciant de la lettre remise par M.Jaubert, et en demandant des instructeurs militaires, décembre 1806.

D'autre part, le shah de Perse avait besoin d'aide contre la menace russe à ses frontières du nord, car la Russie avait annexé l’est de la Géorgie en 1801 après la mort de Georges XII de GéorgieThe Russian empire, 1801-1917 by Hugh Seton-Watson . Le général Tsitsianov occupa la Géorgie en dépit des revendications de ses rivaux perse et ottoman, et attaqua Erevan situé en Perse en 1804, déclenchant une guerre russo-persane, et bientôt la guerre entre la Russie et la Turquie fut également déclarée en 1806.

La Grande-Bretagne, un allié de la Russie, avait temporisé sans apporter de soutien clair. Le shah décida de répondre favorablement aux offres de Napoléon, en envoyant une lettre portée par l'ambassadeur Mirza Mohammed Reza-Qazvini (Mirza Riza) à la cour de Napoléon, puis à Tilsit dans l'est de l'AllemagneA History of Persia by Percy Molesworth Sykes . Dans ses instructions à l'ambassadeur, le shah expliqua :

Le shah a cependant nié la possibilité de fournir un port à la flotte française .

Alliance et mission militaire thumb|Le traité de Finckenstein entre la Perse et la France, ratifié 10 mai 1807.

À la suite de la visite de l'envoyé iranien Mirza Mohammed Reza-Qazvini à Napoléon, le traité de Finckenstein officialisa l'alliance, le . Par celui-ci, la France appuyait la revendication de la Perse sur la Géorgie, en promettant de faire en sorte que la Russie rende le territoire. En échange, la Perse promettait de lutter contre la Grande-Bretagne, et de permettre à la France de traverser le territoire de la Perse pour rejoindre l'IndeThe Islamic world in decline by Martin Sicker .

thumb|left|Le général Gardane, avec des collègues Jaubert et Joanin, à la cour perse de Fath Ali Shah en 1808. Les chaussettes rouges étaient un élément du protocole persan.

Une mission militaire, sous la direction du général Antoine Gardanne, a également été envoyée, afin de contribuer à la modernisation de l'armée perse, et de tracer une route d'invasion de l'Inde. Gardanne avait également pour mission de coordonner les efforts ottoman et perse contre la Russie. Il disposait de 70 officiers et sous-officiers, et a commencé à travailler à la modernisation de l'armée perse sur le modèle européen. La mission est arrivée le Persia and Napoleon A Lecture by Ambassador Iradj Amini (Qajar) at the "Iran Society", - Londres, 17 décembre 1997 .

Les capitaines d'infanterie Lamy et Verdier formèrent la Nezame Jadid (Nouvelle armée), qui servit sous le commandement du prince Abbas MirzaIradj Amini, . Cette armée modernisée défait une attaque armée russe sur la ville stratégique d’Erevan le , démontrant l'efficacité de la formation françaiseIradj Amini, . Les lieutenants d'artillerie Charles-Nicolas Fabvier et Reboul ont été envoyés par le général Gardanne à Ispahan dans le but de mettre en place une usine pour produire des canons pour l'artillerie persane, usine disposant de fonderies, de tours, et de machines. Contre vents et marées, en , ils avaient réussi à produire 20 pièces de canon dans le style européen, qui furent transportés à TéhéranIradj Amini, .

Le diplomate du Sir Justin Sheil a émis des commentaires positifs sur la contribution française à la modernisation de l'armée perse :

thumb|Askar Khan Afshar reçu par Napoléon à Saint-Cloud, le 4 septembre 1808, par Benjamin Zix.

thumb|L'ambassadeur de Perse Askar Khan Afshar, à Paris de juillet 1808 à avril 1810, par Madame Vavin.

L'ambassade de Gardanne en Perse perdit bientôt l'une de ses principales raisons d'origine. Dans un retournement final, Napoléon ayant finalement vaincu la Russie lors de la bataille de Friedland en , et la France et la Russie se sont alliées par le traité de Tilsit. Le général Gardanne est arrivé à Téhéran en Perse après le traité de Tilsit, en .

Napoléon a néanmoins souhaité continuer à favoriser l'alliance franco-persane, afin de poursuivre son plan d'envahir l'Inde. À cet effet, il avait prévu de nommer son frère Lucien Bonaparte comme son représentant à TéhéranA History of Persia, Percy Molesworth Sykes . Napoléon prévoyait toujours d'envahir l'Inde britannique, cette fois avec l'aide de la RussieThe Russian empire, 1801-1917, Hugh Seton-Watson .

Un ambassadeur de Perse, nommé Askar Khan Afshar, fut envoyé à ParisNapoleon and Persia Iradj Amini, . Il arriva à Paris le et rencontra Napoléon le .

La Perse avait cependant perdu sa motivation principale pour l'alliance, la reprise de la Géorgie et de l'Azerbaïdjan à la Russie, sujets qui n'avaient même pas été abordée lors du traité de Tilsit.

L'alliance franco-persane avait ainsi perdu sa principale motivation, la France et la Russie étaient maintenant alliées. Le shah de Perse s’est donc à nouveau tourné vers les Britanniques pour obtenir des conseillers militaires. À l'Est, un traité de défense mutuelle a été signé entre l'Inde britannique et shah Shuja al-Mulk d'Afghanistan le à afin de mieux résister à la menace franco-perse, mais à ce moment la Perse avait déjà dénoncé son alliance avec la FranceThe Islamic world in decline by Martin Sicker .

Retour vers une alliance avec les Britanniques thumb|La Perse en 1808 selon un plan britannique, avant les pertes territoriales au nord, au profit de la Russie, à la suite du traité de Golestan, et la perte d'Hérat au profit de la Grande-Bretagne en 1857 à la suite du traité de Paris.

Après l'échec de la mission de John Malcolm, en 1808, qui n'avait été autorisé à négocier qu’avec le gouverneur de la province de FarsRussia and Iran, 1780-1828 Muriel Atkin , Sir Harford Jones a réussi à signer, en , un traité préliminaire avec la Perse. Le général Gardanne est retourné en FranceA History of Persia by Percy Molesworth Sykes . Au cours d’une autre mission en 1810, Malcolm était accompagné d’un grand nombre d'officiers, dont l'un, , allait devenir le commandant en chef de l'armée perse pendant plusieurs annéesA History of Persia by Percy Molesworth Sykes . En 1809-1810, le shah a envoyé l'ambassadeur Haji Mirza Abul Hasan Khan à la cour de Londres, immortalisé comme Hajji Baba par le diplomate James MorierA History of Persia by Percy Molesworth Sykes . Selon Sir Justin Sheil.:

Épilogue L'alliance entre la France et l'Empire Ottoman a été maintenue, et un accord de paix a été négocié entre la Russie et les Ottomans, mais les territoires que les Ottomans avaient été promis de restituer (la Moldavie et la Valachie) par le traité de Tilsit ne l'ont jamais été, bien que les Ottomans aient pour leur part respecté leur part du contrat en déplaçant leurs troupes au sud du DanubeKarsh, .

thumb|Un épisode de la guerre russo-perse de 1804-1813.

Alors que la guerre russo-persane fait rage malgré les efforts de la France et de la Russie pour tenter de parvenir à un règlement entre la Russie et la PerseThe Islamic world in decline by Martin Sicker , en 1812, la Perse a dû faire face à une défaite majeure contre la Russie lors de la bataille d'Aslanduz, forçant le Shah à négocier le traité de Golestan, le .

En 1812, par le traité de Bucarest, l'Empire ottoman et la Russie ont conclu la paix, car la Russie voulait se libérer de ce front sud en prévision de l'invasion de la Russie par Napoléon. La Bessarabie restait russe et les Ottomans regagnaient la Valachie et la MoldavieTurkish Foreign Policy, 1774-2000 by William M. Hale, .