thumb|350px|La grande mosquée de Nichnekamsk au Tatarstan.

L'islam fait partie des religions traditionnelles du territoire actuel de la fédération de Russie. Il est implanté dans certaines régions comme le Caucase du Nord depuis plus de 1300 ans.

Structure ethnique et géographique thumb|400px|Les territoires de Russie à majorité musulmane. Sept républiques, d'ouest en est : L'islam est avant tout la religion de nombreuses minorités ethniques de Russie. La plupart des musulmans vivent au Nord-Caucase, ainsi que près de la Volga et dans l'Oural. Bien que le grand mufti de Russie donne une proportion de 17-20% de musulmans, soit environ 25-30 millions, le département d'état américain estime cette proportion à 10% en 2017 ; il n'est pas possible d'évaluer précisément le nombre de musulmans pratiquants au sein des « musulmans ethniques » et des adeptes des autres religions. Les différentes organisations d'état ne disposent pas de telles données. Parmi les musulmans ethniques, c'est-à-dire des peuples orientaux imprégnés de la culture islamique, une proportion inconnue est athée ou sans confession. On évalue à 33 % ou 35 % le nombre de citoyens russes qui se disent sans confession . Parmi eux prédomine l'appartenance nationale.

Le centre politique et culturel de l'islam en Russie est Kazan. Elle fait figure de capitale officieuse de l'islam, à côté de la capitale officielle qu'est Moscou. Les Tatares sont le peuple musulman le plus nombreux en Russie. Ils sont 6 millions, ce qui représente 4 % de la population de Russie. C'est le deuxième peuple le plus nombreux après les Russes, qui représentent 80 % des habitants de Russie. Seulement un tiers des Tatares vivent au Tatarstan (dont la capitale est Kazan), où ils constituent un peu plus de la moitié de la population. Environ 40 % des habitants du Tatarstan sont Russes. En dehors de cette république autonome, leur territoire s'étend entre la Volga et l'Oural, où ils cohabitent avec d'autres peuples musulmans du Nord-Caucase jusqu'à l'Asie centrale.

Histoire L'histoire de l'islam sur le territoire de l'actuelle Russie commence il y a presque 1300 ans. La ville de Kazan fut fondée 150 ans avant Moscou par le Khanat bulgare de la Volga.

Les débuts de l'islam dans le territoire de l'actuelle Russie thumb|300px|La mosquée Al-Jumua de Derbent, construite au par les arabes. Au milieu du , l'expansion islamique du califat arabe a atteint le Sud de l'actuelle Russie avec la conquête de la Transcaucasie. La ville de Derbent au Daghestan est conquise une première fois entre 642 et 654, puis une seconde fois en 728, pour être cette fois durablement islamique. Pendant des siècles, elle resta perse, jusqu'à la première conquête russe en 1806. C'est le premier peuple de l'actuelle Russie qui, dès le au Daguestan, accepte l'islam. Les Lesghiens les suivent rapidement. Après une courte occupation de l'embouchure de la Volga par les arabes musulmans, en 737, une partie des Khazars régnant dans le Sud de la Russie et l'Est de l'Ukraine embrassent l'islam. Après le reprise de leur indépendance en 740, la majorité des Khazares revient au judaïsme.

Pourtant il existe des mosquées et des communautés musulmanes dans les villes khazares du Sud de la Russie et du Nord-Caucase, comme Atil, près d'Astrakhan, Samandar, près de Kizliar, et Balandjar, près de Bouïnaksk. Il y a des garnisons de mercenaires musulmans (arisa) à Sarkel (aujourd'hui submergée par le Réservoir de Tsimliansk), à Kiev et en Crimée. Ces mercenaires musulmans khazars détruisent en 912 une partie de l'armée russe après son attaque sur les territoires musulmans de Transcaucasie et de Transcapsienne Chasaren – Das vergessene Großreich der Juden, d'Andreas Roth, 2006, , 42, 59, 83-89, 165-167 und 173.. Les souverains des Rus' de Kiev détruisent ensuite entre 965 et 969 l'empire khazar, mais le dernier souverain khazar embrasse à nouveau l'islam et se met sous la protection du peuple KhwarezmEncyclopaedia Judaica : Khazares, t. 10, .

Avant la christianisation des russes au , les Bulgares de la Volga embrassent l'islam, avec la mission de Ibn Fadlân en 922, et une partie des Coumans aussi. En 988, les habitants de Kiev favorisent le christianisme orthodoxe par rapport à l'islam. Les succès musulmans le long de la Vola sont réduits à rien par l'invasion Mongole de l'Europe à partir de 1237, qui marque la fin des empires Bulgare et Rus'. En 1252, Berké, un petit-fils de Gengis Khan et souverain mongol de la Horde d'or, est le premier souverain mongol à se convertir à l'islam. Ses successeurs combattent les ilkhanides perses mongols pour le califat du Caire.

Sous l'empire russe vignette|khanat de Sibir Jusqu'à 1380, les Rus', qui formeront ensuite la Russie, sont sous la domination étrangère des Mongols Tatares. C'est à ce moment qu'ils peuvent briser les hordes des khanats rivaux, et leur conquête allège cette pression invasive. Après la conquête du khanat de Kazan en 1552, du khanat d'Astrakan en 1556 et du khanat de Sibir en 1580, l'empire des tsars se pose en médiateur et en revendeur, aux avant-postes des Tatares en Asie centrale, qui sera conquise en 1731. Même certains chefs russes, comme Boris Godunov, Tourgueniev ou Lénine avaient des ancêtres tatares. Au contraire des Tatares, les Bachkirs se révoltent à maintes reprises. Ils font finalement cause commune avec eux du côté de Pougatchev en 1773.

Au , l'opposition idéologique s'accentue entre islam et christianisme orthodoxe à cause des guerres ottomanes : revendication russe de Constantinople en 1736, guerre sainte des Tatares de la Volga contre la politique de colonisation des russes en 1755, et conquête du khanat de Crimée en 1783. C'est ainsi qu'au avec la conquête progressive de l'Asie centrale et du Caucase, l'influence des Tatares baisse. Les revendications panslaves de la Russie d'alors sur les Balkans, l'Arménie, et même Istanbul et le Sinkiang poussent des centaines de milliers de Caucasiens et de Turkmènes à fuir vers l'empire ottoman. En même temps et en contre-coup du panslavisme naît le mouvement de réforme intellectuelle du djadidisme, qui provient des Tatares ainsi que du touranisme turc et des idées de Soltangaliev.

Sous l'Union soviétique Après l'effondrement des empires russe et ottoman, les révolutions de février et d'octobre 1917 renforcent encore l'aspiration des musulmans de Russie à l'autonomie et à la liberté de religion. La traditionnelle inimitié entre les Turcs musulmans et les Russes diminue. Pendant la guerre civile qui suit cet effondrement, les peuples se trouvent à nouveau de différents côtés. Les Tatares de la Volga et les Ossètes combattent pour les Soviets, face aux Bachkirs, aux Azéris aux Kazakhs et à tous les peuples du Caucase.

La politique des nationalités de Staline continue de détruire une unité ou un attachement entre les peuples musulmans de l'union soviétique, et des douzaines de petits territoires autonomes (RSSA) vont être créés pour favoriser les oppositions. Sous couvert d'accusation de collaboration avec l'Allemagne nazie, Staline fait déporter jusqu'en 1944 en Asie centrale et en Sibérie la majorité des Tatares de Crimée, des Tchétchènes, des Ingouches, des Koumyks, des Balkares et des Karatchaïs. Ces peuples ne seront réhabilités qu'en 1957, sauf les Tatares de Crimée, en 1967. Ils obtiendront à nouveau leur autonomie, excepté les tatares de Crimée. L'athéisme d'État est l'occasion de détruire des milliers de mosquées, environ . De la révolution de 1917, il n'en reste que 500, dont 27 au Daguestan. Des fondations islamiques sont expropriées. Les clercs musulmans sont formés exclusivement par l'État communiste, et à partir de 1944, à Mukhatchkala pour les muftis, à Bouïnaksk pour le Nord-Caucase et la Russie européenne, ou encore à Oufa, en Sibérie. Ce n'est qu'avec la Pérestroïka que le chef du parti communiste Gorbatchev ouvre le Parti aux musulmans. Pour les nouveaux contrats d'union qu'il avait prévus, il cherche particulièrement le soutien du Kazakhstan et du chef du parti communiste Nursultan Nasarbaïev, qu'il avait appâté en vain depuis 1991 avec le poste de vice-président de la nouvelle URSS. La Tatarstan exige en vain le statut de république autonome et devient l'une des nombreuses nations de la fédération de Russie.

Formes de l'islam en Russie En raison du développement historique de l'islam en Russie, on y trouve trois variantes traditionnelles de l'islam. La majorité des musulmans de la fédération de Russie fait partie de l'école de droit hanafite. Dans le Nord-Caucase et spécialement au Daguestan, l'école chaféite et le soufisme prévalent du fait des interactions historiques avec les pays arabes. Avec l'effondrement de l'Union soviétique sont arrivés aussi le salafisme et le wahhabisme. Parmi les formes qui ont continué au Tatarstan avec le djadidisme arrivé au , on trouve aujourd'hui l'islam moderne et libéral, en particulier dans le territoire de la Volga et de l'Oural.

De même que les dômes et les mosquées se côtoient au centre du Kremlin de Kazan, la tolérance entre les différentes communautés religieuses, et notamment entre les chrétiens et les musulmans fait partie de la culture de la ville. La réforme de l'islam au réussit sous l'influence des réformes de Catherine II, et mena à un nouvel islam, le djadidisme. On évoque souvent le « modèle de Kazan » Modell Kasan – Russlands aufgeklärter Islam als Modell einer Koexistenz, in Russland.ru, présentation de Kai Ehlers, le 17 avril 2010. pour définir l'islam de cohabitation actuel au sein de la Russie.

Situation actuelle Le retour de l'islam en Russie arrive par les tatares au cours de la perestroïka, à la fin de l'Union soviétique et pendant le mouvement de démocratisation qui a suivi en Russie. Aujourd'hui, la Russie compte environ mosquées (à comparer aux d'avant 1917 et aux 343 de la période soviétique), dont dans le Nord-Caucase. La plus grande mosquée se trouvait jusqu'en 2005 à Machatchkala, au Daguestan. Cette année-là, la mosquée Kul-Sharif est devenue la plus grande mosquée de Russie, et même la plus grande d'Europe, d'après le gouvernement russe. Elle a été dépassée en 2008 par la mosquée Akhmat-Kadyrov à Grozny, en Tchétchénie.

Au Tatarstan thumb|left|180px|La grande mosquée de Naberezhnye Chelny au Tatarstan Dès 1990, le Tatarstan a retrouvé sa souveraineté au sein de l'Union soviétique, et il est aujourd'hui la seule république autonome au sein de la fédération de Russie qui n'a ratifié ni le contrat de fédération de 1991, ni ses modifications ultérieures. Par ailleurs, au contraire de la Tchéctchénie, Kazan a renoncé à son indépendance : en 1994, dans un contrat légal extraordinaire, cette république a négocié un compromis entre le centralisme russe et une complète souveraineté tatare. Depuis lors, Kazan discute avec le pouvoir central moscovite et ses voisins bachkirs sur trois points. Le premier est la répartition des revenus du pétrole, c'est-à-dire des impôts à payer. Le second est l'introduction de l'alphabet latin pour le tatare. En effet, le Tatarstan est la seule région de Russie qui n'a pas adopté l'alphabet cyrillique. Dès les années 1930, l'alphabet latin était utilisé au Tatarstan. L'emploi de l'alphabet latin manifeste l'expression d'une orientation vers l'Ouest, c'est-à-dire la Turquie, qui est aussi un partenaire commercial important du Tatarstan. Au contraire, les islamistes tatars exigèrent en 1927 la réintroduction de l'alphabet arabe qui avait été abandonné. Ils voulaient être à nouveau reliés au monde arabe. Enfin, le troisième point de discussion est la volonté de rassembler le Tatarstan et le Bachkortostan en une république commune, la « communauté de la Volga-Oural tatare et turque ». En effet, plus de 50 % des habitants du Tatarstan comme 25 % des habitants du Bachkortostan sont Tatares (presque 30 % à Oufa), et les Bachkirs sont très apparentés aux Tatares.

Au Caucase du Nord