Friedrich Daniel Bassermann (né le à Mannheim et mort le dans la même ville) est un entrepreneur et homme politique libéral allemand. Il est l'un des députés les plus populaires de la seconde chambre du grand-duché de Bade et un des principaux instigateurs de la formation du premier parlement élu allemand : le parlement de Francfort. Dans ce cadre, il est président de la commission chargée de la constitution et sous-secrétaire d'État dans le ministère de l'Intérieur du pouvoir central provisoire. C'est aussi un des principaux rédacteurs de la constitution de Francfort. Il est également un des fondateurs du journal Deutsche Zeitung, qui est très influent durant la révolution de Mars en 1848 et 1849.

Famille

Bassermann est issu d'une illustre famille de commerçant badoise et palatine. Son arrière-grand-père Johann Christoph Bassermann se marie en 1736 à la riche veuve Katharina Parvinci et hérite de sa belle-mère l'auberge (littéralement ) à Heidelberg. Cet héritage marque le début de l'ascension de la famille. Son père Friedrich Ludwig Bassermann est à la fois banquier et commerçant, spécialisé dans les transactions de vin, de tabac, de produit de l'artisanat et d'étoffe. C'est un des entrepreneurs les plus importants de la ville. Il est marié à Wilhelmine Reinhardt, fille du marchand de draps et maire de Mannheim . La maison familiale se trouve sur la place du marché de la ville (). Friedrich Daniel est dénommé comme son grand-père et est parmi ses 6 frères et sœurs arrivés à l'âge adulte le second plus vieux, mais le fils ainé.

Il se marie à la fille d'un prêtre : Emilie Karbach (1811-1872). Ensemble ils ont , dont propriétaire d'un domaine viticole à Deidesheim et qui reprend après la mort de son père.

Formation et débuts professionnels

Après avoir fréquenté le Karl-Friedrich, il entre en 1826 en tant qu'apprenti dans l'affaire de commerce de l'acier de son oncle toujours à Mannheim. Il termine ensuite sa formation commerciale dans des entreprises amies de la famille à Paris et au Havre. En 1829, il entre à l'université de Heidelberg, où il suit des cours de physique, de chimie et de botanique. Il poursuit par une formation pratique en pharmacie à Nuremberg.

Il y attrape le typhus, une fois guéri, il termine sa formation dans l'entreprise Julius Stettner à Trieste et chez Faber & Cie. à Londres. À la fin de 1833, il prend son indépendance et, soutenu financièrement par son père, rachète le commerce de produit chimique et biens coloniaux des frères Giulini à Mannheim. L'entrée du pays de Bade dans le , union douanière s'étendant dans toute l'Allemagne, lui permet de développer rapidement son commerce et en font un commerçant et homme public respecté dans sa ville.

Il s'engage notamment dans la vie culturelle locale. Il participe ainsi au comité théâtre du et est membre de l' et celle musicale de la ville. En 1835, il est un des membres fondateurs du casino, une association de lecture bourgeoise.

Carrière politique Député à la seconde chambre badoise

En 1838, Bassermann est élu dans le petit comité des citoyens de la ville, comité dont il devient le président en 1839. Il fait partie, à l'image de David Hansemann à Aix-la-Chapelle, Ludolf Camphausen à Cologne ou August von der Heydt à Elberfeld, des hommes politiques libéraux ayant une forte implantation communale. Dans les villes plus grandes, si on excepte celle de la Hanse, les libéraux ont été évincés de la communauté des notables. L'année suivante, il intègre le cercle libéral dit de Hallgarten autour de Johann Adam von Itzstein. En 1841, il est élu député de la circonscription de Mannheim à la seconde chambre du parlement du grand-duché de Bade. Il y est rapidement remarqué pour la . Il est amis avec d'autres politiques de premier plan comme l'avocat de Mannheim Friedrich Hecker, avec lequel il entre en conflit à cause de divergence de point de vue en matière politique. À l'occasion d'un de ses discours devant la seconde chambre, il explique une fois que : . Cette déclaration le rend célèbre dans toute la confédération germanique. Bassermann, à côté de ses prises de positions pour plus de liberté pour les citoyens, devient également expert dans la seconde chambre pour les affaires aux douanes, aux transports et à la finance. Il exerce ainsi une grande influence pour la construction de ligne de chemin de fer dans le grand-duché. Avec Carl Theodor Welcker et Karl von Rotteck, il travaille à la rédaction des deux premières éditions du , littéralement le dictionnaire de l'État, véritable bible du libéralisme allemand.

En 1841, il décide de vendre son commerce à son frère Julius pour se consacrer pleinement à sa carrière politique. En 1843, un conflit, dit : le conflit des congés, éclate : les fonctionnaires badois élus pour l'opposition libérale dans la seconde chambre se voient refuser le droit de quitter leurs postes, les empêchant d'exercer leurs mandats. Dans ce cadre, Bassermann organise dans les rangs de cette seconde chambre un vote contre le budget proposé par le gouvernement. Cela conduit à la première motion de censure d'un gouvernement dans l'histoire allemande, censure fatale au cabinet conservateur Blittersdorf.

Le nouveau cabinet est composé de , et Bekk adopte en conséquence une ligne moins conservatrice, ce qui permet le retour à une politique plus progressiste pour Winter. Cette crise a également pour conséquence de classer définitivement Bassermann dans les membres de l'opposition.

L'unité allemande comme programme politique Toujours en 1843, il fonde à Heidelberg avec Karl Mathy la maison d'édition qui porteront plus tard son nom. Leur principal titre est à partir du la Deutsche Zeitung (journal allemand), journal libéral et favorable à l'unité allemande, écrit par Georg Gottfried Gervinus, Ludwig Häusser, , Karl Mathy et Karl Mittermaier.

thumb|Première parution du Deutsche Zeitung, le . L'importance de cette parution tient, à côté de sa forte influence politique, à son rôle centralisateur pour les libéraux des différents États allemands. Les correspondants, journaliste et membre du conseil de surveillance du journal forme un véritable réseau des libéraux à travers l'Allemagne, cela leur permet de s'accorder sur des positions communes. La qualité du journal est reconnue, cependant il réalise des pertes tout au long de son existence à cause de sa parution à l'échelle de la confédération germanique. Ce n'est que grâce à l'important soutien financier des libéraux avec en tête Bassermann que le journal peut survivre. Cela combiné au fait qu'il en soit l'un des fondateurs, fait de Bassermann un des libéraux les plus en vue dans le pays, notamment sur la question de l'unité allemande.

Le lors d'un discours devant la seconde chambre, Bassermann reprend la proposition de Welcker de 1831 pour la formation d'un parlement national allemand, afin d'aboutir à État-nation allemand. Le gouvernement badois de Alexander von Dusch rejette cette demande, la considérant comme hors de ses compétences. Toutefois, la nouvelle de ce discours dans l'air du temps est colportée dans tous les États allemands. Bassermann y acquiert également une popularité immense dans le sud de l'Allemagne et est très souvent invité sur les rassemblements politiques populaires pour discourir. Le programme politique de Bassermann, qui couvre en plus de la question allemande les thèmes de l'économie, de la finance et du commerce, trouve de l'écho lors de la réunion d'Heppenheim le . Il organise cette réunion avec Mathy, Itzstein et Hansemann. Le compte-rendu rédigé par Mathy et publié dans le Deutsche Zeitung fait connaître la décision prise, certes après débat, de vouloir atteindre l'unité politique allemande par expansion des pouvoirs et des compétences du . Un accord est également trouvé sur le programme économique, mettant au premier plan la liberté économique et soutenant la révolution industrielle en cours.

Peu avant l'éclatement de la révolution de 1848 en France, il tient un discours le devant la seconde chambre de Bade au sujet de sa proposition déposée une semaine auparavant. Il y déclare : . Il explique qu'avoir une représentation indirecte du peuple à la confédération germanique permettrait d'assurer la défense des libertés politiques tout en renforçant le sentiment d'unité et d'appartenance nationale, rapprochant ainsi la nation de ses hauts fonctionnaires. Il pense également que la confiance ne peut être rétablie qu'en instaurant une constitution. Ce faisant il lance un signal important pour le déclenchement de la révolution de mars en Allemagne. Le mouvement issu de cette revendication se rassemble lors de l'assemblée de Heidelberg le , puis lors du pré-parlement du au dans l'église Saint-Paul de Francfort. Bassermann participe aux deux assemblées et peut avec l'aide d'autres libéraux modérés militer pour la création d'une assemblée nationale constituante afin de donner une constitution à l'Allemagne en accord avec la confédération germanique. Les libéraux modérés sont en cela opposés à Hecker et Struve qui veulent un gouvernement révolutionnaire. Finalement Bassermann est nommé au comité des dix-sept, qui doit préparer une nouvelle constitution, en tant que représentant du gouvernement de Bade et en devient vice-président.

Au parlement de Francfort thumb|Bassermann en 1848, d'après une peinture de A. Friedmann. Lors des élections pour le parlement de Francfort, Bassermann est choisi par les grands électeurs de plusieurs circonscriptions du pays de Bade, mais aussi celle de et celle de Stadtprozelten dont il accepte la proposition. Il se rend à Francfort dès la première cession le . Sa famille le rejoint par la suite et ensemble ils emménagent dans la .

Du jusqu'à la démission d'Heinrich von Gagern de son poste de ministre-président le , Bassermann occupe le poste de sous-secrétaire d'État attaché au ministère de l'Intérieur du pouvoir central provisoire. Par deux fois, il est envoyé à Berlin en tant que diplomate par le pouvoir central. Le , il devient président de la commission constitutionnelle de l'assemblée nationale qui est constituée de . Cela fait de lui un des hommes politiques les plus influents à l'assemblée et, avec Gagern, le père de la constitution de Francfort. Il mène une politique très pragmatique, en essayant en tant qu'influent membre de la fraction casino d'imposer la solution petite-allemande et une monarchie constitutionnelle pour le nouvel État allemand sous domination prussienne :

La révolution de mars change fondamentalement le paysage politique, si bien que Bassermann qui faisait avant la révolution partie de la seconde chambre de Bade, un des parlements les plus libéraux dans la confédération germanique, qui était un des meneurs de l'opposition, devient en 1848 un homme politique étiqueté centre-droit. En effet, il s'oppose à la gauche constituée des démocrates radicaux et des pré-socialistes regroupée autour de Struve et d'Hecker en grande partie à cause de son manque de radicalité. Il veut par ailleurs éviter que la révolution ne conduise le pays à l'anarchie et privilégie la voie parlementaire pour arriver à l'unité par la négociation avec les gouvernements des différents États allemands. Dès , il se déclare devant la seconde chambre badoise opposé à la mobilisation politique massive du peuple et au renversement du système par la révolution, ce qu'il considère comme irresponsable :

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