ISO/CEI 9995 Technologies de l’information — Disposition des claviers conçus pour la bureautique (en anglais ) est une norme de l’ISO définissant des concepts destinés à faciliter la création de normes et standards nationaux et industriels.
L’histoire de l’origine de cette norme fut étroitement liée à la situation particulière de l’informatique française dans les années 1970 et 1980, et aux efforts en vue de normaliser un clavier d’ordinateur performant pour la France – un processus qui pour être efficace, a dû rapidement s’inscrire dans une dimension internationale où la même absence de normes était à déplorer, avec toutes les conséquences négatives sur la productivité et l’ergonomie du poste de travail.
ISO/CEI 9995 est une norme en plusieurs parties, dont l’une (partie 8) ne concerne pas le clavier d’ordinateur. Un clavier concret n’est pas tenu de les implémenter toutes. Après la fusion de la partie 6 avec la partie 5, et l’adjonction d’ en 2015, on compte 10 parties.
Histoire d’ISO/CEI 9995 Des origines à 1994 Le coup d’envoi La mise en placeVoir le récit historique d’Alain Hiltermann sous le titre Le clavier Neuville sur le forum developpez.net. du projet de cette norme en 1985 sous la direction du – Cet ouvrage contient les résultats essentiels du rapport de mission. fut le fruit d’une vaste « opération pilote » menée par le même expert, qui répondait aux préconisations du émises en 1983 à la demande du gouvernement pour combler le retard que la France avait accumulé en matière d’informatique par la faute d’une « stratégie américaine » d’adoption des standards industriels courants mais qui ne correspondaient pas aux attentes linguistiques des Français, en plus d’être incompatibles entre eux. La France prit l’initiative d’unifier les claviers en prévoyant des options pour le support de toutes les langues non-anglaises, dans une visée dépassant d’emblée les besoins nationaux pour commencer par la création d’une norme internationale.
L’ergonomie du poste de travail À cette occasion, et avant que le nombre d’utilisateurs ne commence à décoller, le souhaitait non seulement mettre un terme à la diversité de l’agencement des touches de rédaction, de déplacement, de fonctionIl ne s’agissait pas seulement des touches dites de fonction, mais de la totalité des touches que l’ordinateur ajoute comparé à la machine à écrire., d’entrée et autres, et des caractères utilisés en informatique, source de pertes de productivité et d’une dégradation de l’expérience utilisateur, mais aussi faire adopter en France une disposition rationnelle des touches alphabétiques. Mais il se vit rapidement obligé d’en faire abstraction, au point que l’ergonomie de l’agencement alphanumérique fût exclu même du protocole d’entretien pour les 117 utilisateurs volontaires, pour moitié formés à la dactylographie, par ailleurs tous passionnés par cette opération pilote, mais refusant néanmoins de sacrifier temporairement une parcelle de leur productivité personnelle en faveur de l’amélioration durable de cette dernière, notamment pour tous leurs compatriotes encore inexpérimentés, et pour toutes les générations futures. L’ergonomie se restreignit dès lors à la disposition des touches de fonctions et des caractères informatiques.
L’opération pilote Le rapport de mission du fut remis au ministère du Redéploiement industriel et du commerce extérieur qui l’avait commandé, à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (ANACT) et à la Direction de la qualité et de la sécurité industrielles (DQSI) qui avaient cofinancé et participé à l’étudeVoir la préface commune des deux directeurs dans Neuville 1985., et à l’AFNOR qui avait répondu de son côté dès aux demandes du en réunissant « un groupe de représentants des constructeurs et des utilisateurs » sous la direction de , « pour réviser la norme existante » (probablement la rédigée en 1974) « et adapter le clavier français traditionnel aux possibilités et aux exigences des nouvelles technologies. » Cette réunion était tellement ouverte que de nombreux utilisateurs purent y participer, dans l’espoir de « trouver, grâce à la normalisation, une solution à leurs problèmes quotidiens. » Dans la foulée, un comité ad hoc, appelé Comité d’étude Clavier, rédigea une proposition de norme. Mais cette proposition ne correspondait « pas aux attentes exprimées », de sorte que les praticiens de la bureautique et de l’informatique consultés conseillèrent de nommer un expert « afin d’analyser les besoins réels auxquels doit répondre la norme », demande acceptée par le comité en Neuville 1985, page 12..
C’est alors que l’AFNOR sollicita le concours de la DQSI et de l’ANACT, et les trois organismes décidèrent de conférer à cette étude le statut bien défini d’une expérience pilote, parce que « l’élaboration d’un projet de clavier de langue française […] concerne ‹ le patrimoine collectif de la nation ›». « Toutefois, compte tenu des liens nécessaires entre la normalisation française et la normalisation internationale, ce projet doit être conçu pour permettre des options en fonction des différentes langues utilisées. C’est notamment une des conditions posées pour que les constructeurs l’adoptent. L’accent a donc été mis sur la cohérence d’ensemble du projet de norme française avec, comme double contrainte, la prise en compte des besoins des utilisateurs et les possibilités d’extension au niveau international. »Neuville 1985, page 13.
Vers une norme internationale En 1985, un groupe de travail de l’ISO sous la direction du se réunit à Berlin pour élaborer un projet de norme internationale. La structure d’ensemble est le comité technique mixte ISO/CEI JTC 1 (Joint Technical Committee) créé par l’ISO et la Commission électrotechnique internationale (CEI) pour les technologies de l’information. Le sous-comité auquel ces travaux furent rattachés était le nº 18 (Traitement des documents et communications associées). « Les projets de normes internationales adoptés par le comité technique mixte sont soumis aux organismes nationaux pour approbation. Leur publication comme normes internationales requiert l'approbation de 75% au moins des comités membres votants. »
En 1994, soit près de dix ans après le début des travaux, cette norme fut adoptée sous la référence . Peu après (vers 1995 ), les parties de Windows qui sont en interaction avec les dispositions de clavier furent figées pour la rétrocompatibilité : Réponse de l’auteur au premier commentaire., et il n’est dès lors plus possible d’ajouter (directement dans Windows) de nouvelles fonctionnalités comme la génération de séquences par touche morte.
De 1995 à 2022
Après dix ans de réflexion et l’inauguration d’Unicode (1992), on pouvait partir du principe que les experts avaient fait le tour des idées. En réalité, rien n’indique que le dernier mot a été dit. De fait, la norme a dû être actualisée à plusieurs reprises. Une clause prévoit même un rythme de révision quinquennal. Des modifications majeures furent appliquées en 2002 (, rédacteur en chef de cette série de normes de 1988 jusqu'à sa mort en 2022) puis en 2010 (). Au plus tard depuis le tournant du millénaire le sous-comité est le nº 35 (Interfaces utilisateurs), et le groupe de travail au sein duquel les projets sont discutés, porte le nº 1. La référence actuelle de la structure est dès lors (en anglais pur : ).
Perspectives Aujourd’hui (2016) on ne saurait sainement demander aux éditeurs de systèmes d’exploitation, par le truchement de l’ISO/CEI, d’implémenter de nouvelles fonctionnalités que l’on avait eu tout le loisir de suggérer voire d’exiger (par le biais d’une norme nationale, comme ce fut fait par exemple au Brésil) quand cette partie de Windows était encore en développement.
D’autre part, la persistance des problèmes d’accessibilité notamment sur les claviers où les chiffres sont en comme le clavier vietnamien., alors qu’un certain nombre de ressources des systèmes d’exploitation restent toujours inutilisées par (bascule Kana, modificatrices Oyayubi, combinaison bascule-modificatrice) ou méconnues des réviseurs (chaînage des touches mortes et émulation “compose”), et que la fonctionnalité de composition préconisée par le a complètement disparu de la scène officielle, expliquent en grande partie la tendance quasi unanime à la non-implémentation de cette norme – et à l’échec dans le petit nombre (Canada, Suède, Allemagne) de pays où la norme a été utilisée dans son état du moment.
Le pays qui vit émerger l’idée de cette norme est resté quant à lui sans norme de clavier nationale pendant une autre trentaine d’années. Politiquement il est impossible à la France de normaliser son clavier sans implémenter , quel que soit le risque d’échec qui en découle. Le succès de l’action gouvernementale actuelle (2016). dépend ainsi du niveau de qualité auquel la norme internationale aura pu se hisser.
ISO/CEI 9995-1 - Principes généraux pour la disposition de clavier ISO/CEI 9995-1 fournit une description des claviers adaptés aux systèmes bureautiques avec identification des parties et définition des concepts de base utilisés tout au long de la série.
Division physique en modules et zones La conception modulaire du clavier est l’une des innovations du . Elle répond aux vœux des utilisateurs, majoritairement favorables à la séparation entre les touches directionnelles et le pavé numérique, et entre le module alphanumérique et les touches de fonctionsNeuville 1985, pages 90 et 91.. Elle permet aussi « une évolution séparée de chacun des modules, ce qui constitue un atout important pour que ce projet soit accepté au niveau international et rend possible la conception et la normalisation de claviers spécifiques mieux adaptés à certaines applications. En particulier pour l’adoption future d’un clavier alphanumérique rationnel dont les bases ont été définies par . Pour les fabricants cette proposition conduit à une diminution du nombre des options et donc des coûts. »Préface de Pierre-Louis RÉMI, directeur de l’ANACT, et de Denis COTON, directeur de la DQSI, dans Neuville 1985, page 8.
Le principal but de cette rationalité commune apportée aux claviers était de mettre un terme à la grande diversité des solutions d’agencement proposées par les différents fabricants, source de confusion, de pertes de productivité, et de surcoûts en formation des personnels.
666px|thumb|Modules et zones, et grille de référencement. Légende : vert : zone alphanumérique ; bleu : zones de fonctions ; rouge : module numérique, dont : rouge foncé : zone numérique ; rouge clair : zone de fonctions. Tout le reste (en gris) correspond au module d’édition et de fonctions, dont : gris foncé : zone des touches de curseur ; gris clair : zone de fonctions d’édition.
Le clavier est divisé en modules, qui sont eux-mêmes sous-divisées en zones : module alphanumérique : correspond au bloc composé des lettres, ponctuations et chiffres ainsi que des touches modificatrices et de commande encastrées à gauche et à droite. Appelé couramment “pavé alphanumérique”. zone alphanumérique : comprend les touches produisant des caractères et la barre d’espace, sauf la touche et la touche (qui produisent des caractères au même titre que la barre d’espace mais qui ne sont pas comptées comme telles par la norme). zones de fonctions : se répartissent physiquement sur deux zones, une à gauche et une à droite, mais selon la norme ce sont deux zones de chaque côté, quatre au total, afin de pouvoir être de forme rectangulaire, plus large en bas, plus étroite en haut. module numérique : correspond au pavé numérique. zone numérique : les chiffres proprement dits et le séparateur décimal (point/virgule). zone de fonctions : les touches du pavé numérique, , mais aussi les touches des opérateurs. module d’édition et de fonctions : tout le reste du clavier. zone des touches de curseur : le “pavé directionnel” composé des “touches fléchées”.