Carla Bley est le nom de scène de Lovella May Borg, née le à Oakland (Californie) et morte le à Willow (État de New York), une pianiste, organiste, compositrice et cheffe d'orchestre de jazz américaine.

Musicienne au style inclassable, Carla Bley est une figure importante du jazz post-bop. Elle écrit l'opéra jazz à la fin des années 1960. Après avoir beaucoup écrit pour son big band, elle prend confiance dans son jeu de pianiste au fil des années 1990, jusqu'à se consacrer davantage à son trio avec le saxophoniste Andy Sheppard et son compagnon, le bassiste Steve Swallow.

Elle travaille également avec des artistes du monde de la pop comme Linda Ronstadt, ou du rock comme Jack Bruce, Robert Wyatt ou Nick Mason.

Biographie Jeunesse Carla Borg. naît à Oakland en Californie le .. Son père, Emil Borg. est professeur de piano et maître de chapelle. Très croyant, il pousse sa fille à chanter et à apprendre le piano dès l’âge de trois ans pour jouer de la musique religieuse. Elle est principalement autodidacte, arrêtant les cours à l'âge de 5 ou . Elle arrête l'école à .

Départ pour New York

Carla Bley écoute un peu de jazz, sans intérêt particulier. Sa vie change en 1955, à l'écoute de What's New? de Teo Macero, un album de jazz atonal, polyrythmique et librement improvisé. Sur-le-champ, elle emprunte une voiture et débarque à New York, alors qu'elle est âgée de . Comme elle est sans le sou et veut écouter de la musique., elle travaille comme vendeuse de cigarettes ou photographe au Birdland, où elle écoute notamment Bud Powell, Thelonious Monk ou Count Basie, qui restera son pianiste préféré.. Elle y rencontre le pianiste Paul Bley avec qui elle se marie en 1957. Partis à Los Angeles, il l'encourage à composer : elle raconte qu'un jour, manquant de morceaux pour un concert, Paul est venu la voir en lui disant qu'il lui fallait six morceaux pour le lendemain. Pour autant elle doute de ses talents, et son psychiatre de l'époque lui suggère des électrochocs pour l'aider à se débarrasser de cette idée de composer.

Paul Bley engage Ornette Coleman dans son quartet, et Carla découvre le free jazz, style qui marquera durablement sa musique.

Carla et Paul divorcent deux ans plus tard, elle garde le nom de Bley et Paul garde à son répertoire nombre des compositions de son ex-épouse.

Elle retourne à New York au début des années 1960. Ses compositions commencent à être interprétées par Jimmy Giuffre (, en 1961), George Russell ou Art Farmer. Elle travaille dans les vestiaires de clubs de jazz (Basin Street, Jazz Gallery) afin d'écouter le plus de musique possible.

Le Jazz Composer's Orchestra En 1964, Carla Bley rencontre Michael Mantler qui sera son compagnon dans la vie privée pendant des années. Ils participent tous deux à l’aventure de la , un collectif créé par le trompettiste Bill Dixon où se croisent nombre de musiciens du jazz d’avant-garde de l’époque (Roswell Rudd, Archie Shepp, Don Cherry, Milford Graves, Cecil Taylor, Pharoah Sanders, Gato Barbieri, Leroy Jenkins, Grachan Moncur III). Bley écrit quelques pièces pour cet ensemble de musiciens, dont , qu'elle considère comme un désastre.

En 1966, elle sort son premier disque, , avec Michael Mantler et Steve Lacy, marqué par l'influence du free jazz et de l'improvisation collective..

En 1966, Mantler et Carla Bley sont à l’initiative du Jazz Composer's Orchestra, émanation de la « guilde ». Une association à but non lucratif, la Jazz Composers Orchestra Association Inc. est créée pour le financement de l'orchestre et la publication des disques (label JCOA). La même année naît leur fille Karen Mantler, qui jouera sur plusieurs albums de Bley.

C’est avec cette formation qu’ils enregistrent, entre autres, l’opéra jazz .. Cet OVNI musical long de deux heures (où se trouve brassés free jazz, rock, musique indienne et réminiscences de la musique de Kurt Weill) est publié en 1971 sous forme de trois LP par le label JCOA. Les enregistrements se sont étalés sur trois ans (1968-1971). Le livret est du poète Paul Haines. Cinquante-trois musiciens y participent, issus en grande partie de ce qui se fait de mieux en matière de jazz et de rock : Viva, Jack Bruce, Linda Ronstadt, Sheila Jordan, Jeanne Lee, Karen Mantler et des musiciens comme Gato Barbieri, Jimmy Lyons, Don Cherry, Enrico Rava, Jimmy Knepper, Roswell Rudd, Howard Johnson, Leroy Jenkins, Don Preston, John McLaughlin, Sam Brown, Charlie Haden, Karl Berger, Paul Motian

Autres collaborations En dehors de son activité avec le , Carla Bley collabore avec d'autres musiciens.

En 1967, elle écrit pour Gary Burton « l'opéra sans paroles » , en fait une suite instrumentale sur le thème de la mort. Elle y mêle musique latino-américaine, blues, rock et la musique de Kurt Weill.

En 1968, elle écrit les arrangements du disque de Charlie Haden. Ce disque affiche ouvertement les opinions politiques de gauche d'Haden. Outre des compositions de la pianiste, du contrebassiste (dont un hommage à Che Guevara) et d'Ornette Coleman, sont interprétés des chants traditionnels de la guerre d'Espagne, une marche « révolutionnaire » de Hanns Eisler et le negro spiritual (un des symboles de la lutte contre la guerre du Viêt Nam). Bley et Haden se retrouveront à d'autres reprises pour d'autres disques sous le nom de .

Premiers albums avec le Carla Bley Band En 1973, Carla Bley et Michael Mantler fondent le label WATT, un nom qui selon Bley s'inspire de trois choses : les de Los Angeles, le roman de Samuel Beckett, et (jeu de mots sur watt/what).. C'est sur ce label qu'est publié son premier disque comme leadere, l'étrange (texte des chansons Paul Haines, chanteuse Julie Tippetts). Suit, en 1977, où la section rythmique est celle du groupe du batteur Steve Gadd.

Elle fait partie du Jack Bruce en 1975, avec lequel elle donne plusieurs concerts, dont témoigne notamment Live '75 (publié en 2003)..

Dans les années 1975-85, elle dirige le Carla Bley , un orchestre d'une dizaine de musiciens, composé en général de cuivres (trompette, trombone, tuba, cor), de bois (saxophones alto et ténor), d'une section rythmique (piano, basse, batterie), avec Carla Bley doublant la section rythmique au piano ou à l'orgue.

Le Carla Bley publie les albums suivants : , Musique Mecanique (1978), (1981), (1982) et (1984).

En 1979, elle écrit et arrange des chansons pour le disque , de Nick Mason, batteur du groupe , sur lequel on peut également entendre Robert Wyatt, ancien membre de .

En 1983, elle écrit la musique du film Mortelle randonnée de Claude Miller.

Autres formations En 1984, Carla Bley se produit au Montreux Jazz Festival avec le Carla Bley Band.

Vers 1984, elle dissout le Carla Bley Band pour diriger un sextet sans cuivres (incluant Larry Willis, Hiram Bullock, Steve Swallow, et Don Alias).

En 1984 paraît , suivi de (1985). Ces deux albums ne sont pas bien reçus par la critique et le public. Bley est pourtant « meilleur composit[rice] » dans le sondage annuel de .

En 1985, à la demande de Jack Bruce, elle écrit un « mini-opéra » d’après le roman de Malcolm Lowry. Il est donné au de Los Angeles en 1985.

Elle agrandit son label en créant XtraWATT afin de produire des albums de sa famille et ses amis. Steve Swallow va rapidement y publier tous ses disques.

En 1988 paraît Duets, un album en duo avec Steve Swallow. D'abord considéré comme une récréation, le duo tournera plus de cinq ans.

Fin 1990, elle est professeure invitée au Collège de William et Mary à Williamsburg. Elle tourne en Europe, où elle enregistre The Very Big Carla Bley Band, qui reçoit le Prix Jazz Moderne de l'Académie du jazz..

En 1991 elle se sépare de Mantler, et s'installe avec Steve Swallow.

Carla Bley enregistre avec le Carla Bley Big Band, dont un des membres clés est . Elle enregistre aussi des albums en combos ( en trio, en quartet, en quintet) ou avec des formations de musique de chambre ().

Carla Bley écrit aussi des œuvres de commande : Coppetone pour The Lincoln Center Chamber Music Society, Romantic Notion pour Ursula Oppens, Continuoso pour The Houston Symphony, Birds of Paradise en 1992, pour le Glasgow Jazz Festival, Tigers In Training en 1994, pour l'orchestre de chambre allemand L’Art Pour L’Art, Setting Calvin’s Waltz en 1995, pour le Berlin Jazz Festival.

En 1996, elle joue Les Trois Lagons à Grenoble, avec Steve Swallow et Andy Sheppard. La pièce est une commande du festival de jazz de la ville inspirée par des papiers découpés d'Henri Matisse. La pièce sera enregistrée près de vingt ans plus tard sur Trios (2013)..

En 1997, Carla Bley est en résidence pendant une semaine au Barbican Centre de Londres. Bley et Swallow vivent un mois à Copenhague, où ils se produisent dans le cadre d'un programme appelé Jazzvisits.

En 1998, Bley écrit pour un nouveau groupe, (quatre vents et quatre musiciens en section rythmique), qui se produit pour la première fois à Tokyo en 1999. L'album sort en 2000.

Années 2000 Carla Bley continue de tourner avec différentes formations : en duo avec Swallow, en trio avec Swallow et Sheppard, auxquels s'ajoute parfois le batteur Billy Drummond (le groupe s'appelle alors The Lost Chords), ainsi qu'avec ses différents big bands. Elle écrit également de la musique de chambre.

Elle écrit et arrange pour le Liberation Music Orchestra de Charlie Haden. L'album du groupe Not In Our Name sort en 2005.

Sa pièce Nightly At The Black Orchid, commandée par le Monterey Jazz Festival, est jouée en , et figure sur l'album , publié en 2008.

Invitée par Michael Kaufmann, elle est artiste en résidence à la Philharmonie d'Essen pendant un an en 2005-2006. Elle y joue Fancy Chamber Music, compose notamment , publié en 2009., et prépare une nouvelle version d.

Trio avec Andy Sheppard et Steve Swallow

Lors d'interviews, Carla Bley explique qu'elle aimerait bien écrire pour big band, mais que le contexte économique ne lui permet pas.. Elle se concentre donc sur le trio avec Andy Sheppard et Steve Swallow, groupe avec lequel elle a enregistré en 1994. Ce trio s'avère avec être ..

L'entente entre les trois musiciens est effectivement exceptionnelle, comme le raconte Carla Bley :

Cette formation la ramène à ses débuts : Carla Bley a débuté en écrivant pour le trio similaire de Jimmy Giuffre, avec Paul Bley au piano et déjà Swallow à la basse (, en 1961)..

En 2013 paraît Trios. Sorti chez ECM, c'est le premier album de Bley qui ne soit pas autoproduit sur son label Watts.. Sur cet album ne figurent ainsi que des compositions que la pianiste a déjà enregistrées auparavant, notamment la ballade qu'elle a le plus enregistrée, , apparaissant pour la première fois sur en 1981..

Le trio enregistre un nouvel album en 2016, . Contrairement à Trios, où Bley, qui a eu dix jours après la sortie de l'album., explorait des morceaux plus ou moins anciens, ne présente que des compositions originales. La suite en trois parties qui donne son nom à l'album, et dont le titre signifie « au fil du temps », est inspirée par le chemin d'un ami se délivrant d'une addiction aux médicamentsCarla Bley, notes de pochettes de l'album , 2016..

Dernières années Carla Bley est opérée d'une tumeur au cerveau à la fin des années 2010. L'album (), et la suite éponyme, évoquent cet épisode..

Elle meurt le à son domicile de Willow, hameau de Woodstock dans l'État de New York.

Famille Carla Bley est la mère de la pianiste Karen Mantler, née en 1966, fille du trompettiste Michael Mantler.

Style Compositions