Les émeutes de 1967 à Détroit (), également connues sous le nom d'émeute de la () et rébellion de 1967 à Détroit (), débutent aux petites heures du dimanche à Détroit dans l'État américain du Michigan et durent cinq jours. L’événement déclencheur est un raid de la police dans un (bar clandestin) exclusivement fréquenté par des Afro-Américains au nord de l'angle de la et . Les pillages, les incendies et les tirs d'armes à feu prennent une telle ampleur que les forces de l'ordre locales sont complètement débordées. Un peu avant minuit le lundi , le président américain Lyndon B. Johnson déclare que la ville est en insurrection selon les termes de l. Le gouverneur du Michigan George W. Romney peut alors dépêcher à Détroit l'Army National Guard du Michigan et le président américain y envoie les et aéroportées. Deux jours plus tard, la ville retrouve son calme.
C'est l'une des émeutes les plus meurtrières et les plus destructrices de l'histoire des États-Unis, uniquement surpassée par les de 1863 à New York et les émeutes de 1992 à Los Angeles. Les chercheurs ont calculé qu'elle a causé , , environ et la destruction d'environ . Les médias américains ont couvert abondamment les événements parce que, même si le pays est le théâtre de plusieurs émeutes (on recense raciales à travers les États-Unis au cours du Long et chaud été 1967), la ville était jugée exemplaire pour ses relations harmonieuses entre les communautés blanche et noire. Toutefois, dans les faits, Détroit est le siège de tensions raciales. Les émeutes de l'été 1967 conduisent le président Johnson à lancer la commission Kerner pour enquêter sur leurs causes.
Historique
Les émeutes à Détroit prennent place au cœur du Long et chaud été 1967 durant lequel on recense raciales à travers les États-Unis. Elle surviennent après d'autres à Atlanta, Boston, Cincinnati, Buffalo, New York ou Tampa en juin. Puis en juillet, on en compte à Birmingham, Chicago, New York, Milwaukee, Minneapolis, New Britain (Connecticut), Rochester, Plainfield (New Jersey) et surtout à Newark (New Jersey)....
En , la police de Détroit reçoit des plaintes à propos de pillages, d'incendies et de tirs d'armes à feu, qui auraient lieu un peu partout dans la ville : à l'ouest de Woodward Avenue jusqu'au voisinage de la Street (aujourd'hui Rosa Parks Boulevard), sur Grand River Avenue et jusqu'au sud éloigné de Michigan Avenue et Trumbull, près du Tiger Stadium. La zone entourant l'est du Grand Boulevard, qui court d'est en ouest, puis du nord au sud jusqu'au parc Belle Isle, est aussi touchée par cette vague de crimes. Du dimanche au mardi , toute la ville est le siège de crimes plus ou moins violents.
En réponse, la ville émet un avis de couvre-feu., interdit la vente d'alcool. et d'armes à feu. Les sociétés et les commerçants réduisent aussi leurs heures d'ouverture, de façon volontaire, conscients de l'agitation qui s'est emparée de plusieurs parties de la ville. Des territoires adjacents imposent aussi un couvre-feu. Plusieurs Blancs participent aux émeutes et aux vols, ce qui empêche de catégoriser ces évènements comme des émeutes raciales..
Dimanche À du dimanche , des policiers de Détroit font un raid dans l'immeuble du United Community League for Civic Action, au 9125 de la Street, où l'on sert des boissons alcoolisées sans permis et en dehors des heures autorisées par la loi...
Les policiers croient qu'ils arrêteront quelques personnes, mais ils trouvent célébrant le retour de GI qui ont combattu au Viêt Nam. Ils décident d'arrêter tout le monde. Pendant qu'ils organisent leur transport, une foule de curieux se masse dans la rue.. Plus tard, dans un mémoire, Walter Scott , un portier dont le père dirige le speakeasy, se déclare coupable d'avoir mobilisé la foule et lancé une bouteille en direction d'un policier, déclenchant ainsi une émeute..
Les policiers partis, la foule commence à piller un magasin de vêtements à proximité. Peu après, tout le voisinage est le théâtre d'un pillage massif. La police d'État du Michigan, les shérifs du comté de Wayne et la Garde nationale du Michigan sont alertés, mais les délits se déroulant un dimanche, le chef de la police, Ray Girardin, peine à assembler une force suffisante. Entre-temps, des témoins rapportent avoir observé une « atmosphère carnavalesque » sur la Street. Les policiers, en nombre insuffisant et croyant que l'émeute cesserait bientôt, ne font qu'observer la foule. Ils attendent pour commencer à arrêter des gens. À l'est de la ville, sur Chene Street, des rapports indiquent que la foule est composée de plusieurs ethnies.. Un pasteur de la Grace Episcopal Church sur la Street rapporte avoir observé de la « gaieté à lancer des choses ainsi qu'à sortir des choses des édifices ».. La police fait des rafles sur la Street, qui sont peu efficaces parce que beaucoup de gens se trouvent dans la rue. Le premier incendie d'importance commence au milieu de l'après-midi dans une épicerie à l'angle de la Street et dAtkinson.. La foule nuit au travail des sapeurs pompiers et bientôt, la fumée envahit le ciel.
Les médias locaux refusent dans un premier temps de parler des troubles dans le but d'éviter une escalade de violence, mais l'émeute s'étend bientôt à d'autres parties de la ville : des épiceries et des magasins sont le théâtre de pillages. Dans l'après-midi, la nouvelle se répand et des gens présents au spectacle musical de Motown au Fox Theatre ainsi qu'à un match de baseball des Tigers de Détroit sont invités à éviter certaines parties de la ville. Après la partie, , joueur des Tigers qui a grandi près de la Street, se rend dans une partie agitée en conservant sa tenue et demande avec vivacité aux gens sur place de rentrer chez eux, en vain..
Lundi La police d'État du Michigan et les shérifs du comté de Wayne sont dépêchés à Détroit pour soutenir la police de la ville qui est débordée. Les émeutiers continuant à ravager la ville, la police procède à de nombreuses arrestations ; les personnes arrêtées sont conduites dans des prisons de fortune. Les prisonniers n'étant pas amenés devant la Recorder's CourtLa Recorder's Court est une cour de l'État qui ne se prononce que sur les infractions à la conduite automobile et sur les arrêtés pour l'État du Michigan, ainsi que sur les crimes commis exclusivement sur le territoire de la ville de Détroit., ils ne reçoivent pas leur acte d'accusation. Quelques prisonniers donnent un nom fictif, les employés sont donc obligés de prendre les empreintes digitales dans le but d'identifier avec certitude les personnes arrêtées. La police de Windsor, ville canadienne située à proximité de Détroit, est appelée en renfort pour vérifier les empreintes digitales..
Dans le but d'accélérer le processus administratif et de faciliter le travail ultérieur, la police commence à photographier les pilleurs, le policier qui a procédé à l'arrestation et les biens volés. Plus de 80 % des personnes arrêtées sont noires. Environ 12 % sont des femmes. Les policiers arrêtent sans distinction les suspects, les criminels et toute autre personne à proximité.
Le gouverneur du Michigan, George Romney, et le président américain, Lyndon B. Johnson, ne s'entendent pas sur la légalité d'envoyer l'armée américaine (de juridiction fédérale). Johnson explique qu'il enverra des troupes lorsque Romney déclarera l'« état d'insurrection », ainsi qu'exigé par lInsurrection Act.
Selon l'historien américain Sidney Fine, dans son Violence in the Model City, des questions d'ordre politique compliquent les décisions, ce qui est courant lors de crises. George Romney envisage de concourir aux primaires du Parti républicain pour être le candidat du parti à l'élection présidentielle de 1968 ; le président Johnson, un démocrate, refuse d'envoyer les troupes selon les directives de Romney.. Par ailleurs, le maire démocrate de Détroit, Jerome Cavanagh, est en conflit ouvert avec Romney. Par contre, jeune, d'origine irlandaise et catholique., le maire maintient des relations harmonieuses avec les leaders afro-américains, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la ville., il est donc réticent à demander l'aide de Romney..
vignette|gauche|alt=Plusieurs gratte-ciel|Le , des snipers forcent quarante hommes de l'Army National Guard à s'abriter à l'intérieur du Henry Ford Hospital.. L'hôpital reste toutefois ouvert pendant les émeutes, traitant les blessés.
La violence prend de l'ampleur tout au long de la journée : plus de sont déclarés, sont rapportés par heure et sont arrêtées le lundi. Les pillages et les incendies volontaires sont courants. Les entreprises détenues par les Noirs ne sont pas épargnées. L'un des premiers magasins pillés est une pharmacie détenue par des Noirs, connue pour vendre des prescriptions à crédit. Le magasin de vêtements le mieux connu de la population noire, détenue par des femmes afro-américaines, a été incendié, ainsi que l'un des restaurants les plus connus de la population noire. Après les émeutes, un commerçant noir déclare : « vous alliez être pillé, peu importe votre couleur ».. Les sapeurs-pompiers du Detroit Fire Department qui tentent d'éteindre les flammes sont la cible de tirs d'émeutiers. Pendant les émeutes, environ et 38 pistolets ont été volés dans les magasins.
Cette même journée, le premier représentant afro-américain au Congrès américain, John Conyers, qui s'oppose au déploiement de troupes fédérales, tente de calmer la violence en se rendant sur la Street avec un mégaphone, demandant aux gens de retourner chez eux. Il aurait crié : « Restez calme, nous sommes avec vous ! ». À ce moment, il est évident que les forces de l'ordre ne suffisent plus à ramener l'ordre à Détroit.
Mardi vignette|alt=Un homme assis près d'un bureau discute avec des hommes debout|. Le président américain Lyndon B. Johnson (assis, à l'avant) discute sur la façon de réagir aux émeutes avec (de gauche à droite) le conseiller W. Marvin Watson, le directeur du FBI J. Edgar Hoover, le secrétaire d'État (ministre des affaires étrangères) Robert McNamara, le général Harold Keith Johnson, l'assistant spécial à la présidence Joe Califano et le secrétaire de l'Armée des États-Unis Stanley Rogers Resor.
Peu avant minuit du lundi , Lyndon B. Johnson ordonne le déploiement des troupes fédérales en accord avec lInsurrection Act (de 1807), qui autorise le président des États-Unis à recourir aux forces armées pour combattre une insurrection, dans n'importe quel État américain, contre le gouvernement.. Quelque de l'Army National Guard du Michigan et 360 policiers de l'État du Michigan sont déployés dans le but de mettre un terme aux troubles.. Quelque temps plus tard, ils sont rejoints par les et divisions aéroportées, qui comptent environ cinq mille hommes en tout..
Malgré la présence d'unités supplémentaires, le chaos persiste. Les policiers sont débordés et fatigués. Plus tard, il sera établi des abus de la part des policiers envers des Noirs et des Blancs emprisonnés..
Sur les plus de sept mille personnes arrêtées, seulement 26 le sont en tant que snipers. Les policiers ayant agi trop rapidement de crainte de subir un tir, aucun sniper ne sera condamné. Les policiers profitent du droit de rechercher des armes à feu sans mandat pour scruter plusieurs maisons et plusieurs véhicules automobiles. La violation du couvre-feu amène souvent les policiers à faire preuve de brutalité. Des policiers au Precinct du Detroit Police Department procèdent régulièrement à des abus envers des prisonniers : les photographies d'identité judiciaire permettront de démontrer que plusieurs blessures ont été causées après l'incarcération des personnes arrêtées. Les femmes sont déshabillées et subissent des fouilles à nu pendant que des policiers prennent des clichés. Des propriétaires blancs de New York qui inspectent leurs immeubles sont arrêtés après une plainte contre un sniper et sont battus si sévèrement que « leurs testicules sont encore noirs et bleus deux semaines après l'incident »..
Mercredi et jeudi