La kasbah des Oudaya(s), ou Oudaïa(s) est un ancien camp militaire fortifié bâti au par les almohades à Rabat, capitale administrative du Maroc et classé au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2012

Ancien fief fortifié des Pirates et corsaires de Salé, on y trouve également un des premiers palais bâti par la dynastie royale actuelle des Alaouites.

Histoire Origine Son nom vient d'une tribu arabe Guich du Maroc, les Oudayas, qui fut déplacée de la ville de Fès vers Rabat.

Antiquité et origines : entre hypothèses et vestiges maurétaniens L'histoire antique de l'embouchure du Bouregreg reste un sujet d'étude complexe où se mêlent certitudes archéologiques et hypothèses historiques.

Débat sur la présence phénicienne et punique Bien que l'estuaire du Bouregreg constitue un abri naturel idéal pour la navigation antique, la présence d'un comptoir phénicien permanent sur le site de Chellah (à deux kilomètres au sud de la Kasbah) demeure une hypothèse débattue.

Faute de "traces tangibles permanentes" telles que des fondations de temples ou de maisons, certains chercheurs doutent d'une installation fixe. Cependant, pour de nombreux experts, il est plausible que les Phéniciens, puis les Puniques (Carthaginois), aient utilisé le site comme escale temporaire ou poste de traite pour commercer avec les populations autochtones.

L'émergence d'une cité maurétanienne florissante Contrairement à la période phénicienne, l'existence d'une cité maurétanienne (berbère) avant l'arrivée des Romains est archéologiquement prouvée. Entre le IIIe siècle av. J.-C. et le Ier siècle ap. J.-C., le site de Sala (Chellah) devient un centre commercial prospère.

Les fouilles récentes ont permis de découvrir des vestiges associés au règne du roi Ptolémée de Maurétanie (dernier souverain du royaume de Maurétanie avant l'annexion romaine) attestant de l'importance politique et économique de la zone à cette époque. Ces découvertes révèlent une architecture raffinée et témoignent des liens commerciaux étroits avec les royaumes d'Afrique du Nord et le bassin méditerranéen.

L'héritage de Sala Colonia (époque romaine) À partir du Ier siècle ap. J.-C., les Romains transforment la cité maurétanienne en Sala Colonia. Ils y édifient un quartier monumental (forum, temples, thermes) dont les ruines sont encore visibles au Chellah. Durant cette période, l'éperon rocheux de la future Kasbah des Oudayas servait vraisemblablement de point de surveillance pour protéger l'entrée du port fluvial contre les incursions maritimes.

Le peuplement autochtone Berbère Les populations berbères (Amazighs) sont les premiers habitants de la région. Au La tribu des Berghouatas s'installe et occupe les deux rives du fleuve, tirant profit des ressources naturelles et de la protection offerte par les reliefs, notamment l'éperon rocheux où s'élèvera plus tard la Kasbah. Ce site naturel servait probablement de poste d'observation et de refuge pour les tribus locales.

Les Almoravides et les Almohades La kasbah des Oudayas fut construite initialement au par les Almoravides pour lutter contre les tribus berghouatas.

Elle ne devient importante qu'avec les Almohades, qui en font un camp militaire, un ribat surplombant l'embouchure du fleuve Bouregreg et le nomment Mehdiya. La Kasbah sert alors de base aux armées marocaines partant à la conquête de l'Andalousie, dirigées par la dynastie almohade

Vers 1150, le calife almohade Abd al-Mu'min, intéressé par la position stratégique du site, s'en empare et y fait construire une citadelle fortifiée, appelée alors al-Mahdiyya. Son petit-fils, Yaqub al-Mansur, désirant transformer Rabat en une capitale impériale, renforce les fortifications et érige la porte monumentale Bab Oudaïa vers 1195. Ce n'est qu'en 1197 que les murs ont été entièrement bâtis sur deux côtés ; les deux autres sont représentés par la façade atlantique et le fleuve de Bouregreg .

Le déclin et la transition mérinide (XIIIe - XVe siècle) Avec la chute de la dynastie almohade et l'avènement des Mérinides au milieu du XIIIe siècle, le destin de la Kasbah change radicalement. Les nouveaux souverains délaissent la cité au profit de leur nouvelle capitale, Fès. La « Ville de la Victoire » (Rabat al-Fath), conçue par le calife Yaqub al-Mansur comme une métropole impériale aux dimensions gigantesques, perd subitement son utilité stratégique. Cette transition marque le début d'une longue période de léthargie. Selon l'analyse de la sociologue Janet L. Abu-Lughod, la cité devient alors une « ville morte » : une coque urbaine démesurée dont la population s'est considérablement réduite, laissant les immenses enceintes almohades entourer des espaces largement vides.

L'intérêt des Mérinides pour la région se déplace alors vers le site historique de Chellah, situé en amont sur le Bouregreg. Au XIVe siècle, le sultan Abou al-Hassan y érige une somptueuse nécropole royale, transformant ce lieu en un centre spirituel et funéraire protégé par une muraille monumentale. Durant cette période, la Kasbah des Oudayas n'est plus un centre de commandement ; elle conserve une simple fonction de surveillance côtière, mais ses palais et ses infrastructures tombent progressivement en ruine, jusqu'à l'arrivée des réfugiés andalous au XVIIe siècle.

La république du Bouregreg : l'arrivée des Hornacheros Après la mort de Yaqub al-mansur la Kasbah connaît une période de déclin sous les Mérinides puis un renouveau spectaculaire au avec l'arrivée des morisques.

En 1609, le roi Philippe III d’Espagne décide par décret d'expulser près d’un million de morisques musulmans: entre 4000 et 6000 des exilés s’installent dans la kasbah principalement les Hornacheros venant de la province espagnole de Estremadure située près de la frontière avec le Portugal.

Profitant de la position stratégique du site, ils fondent en 1627 la République du Bouregreg (appelée aussi république de Salé) une cité-État autonome vivant de la piraterie maritime. La Kasbah devient ainsi le quartier général des corsaires et de pirates, qui viennent vendre leurs prisonniers chrétiens à proximité, au souk El Ghezel. Rabat, et son architecture s'enrichit d'influences andalouses, visibles encore aujourd'hui dans le tracé des ruelles et les décors des maisons.

La période Alaouite et l'origine du nom ( - ) L'émergence de la dynastie alaouite marque la fin de l'autonomie de la République du Bouregreg. Dès la seconde moitié du XVIIe siècle, les sultans Moulay Rachid puis Moulay Ismaïl entreprennent de centraliser le pouvoir et de mettre un terme à l'indépendance des corsaires. La Kasbah est alors intégrée au domaine impérial (Makhzen), perdant son statut de cité-État pirate pour redevenir une place forte au service de l'autorité centrale.

Sous le règne de Moulay Ismaïl, la Kasbah est restaurée et un palais royal y est édifié au sud-est de l'enceinte, transformant le site en une résidence de prestige. Par la suite la dynastie alaouite entreprend d'importants travaux d'aménagement pour moderniser les défenses et les édifices publics répondant ainsi aux enjeux militaires de l'époque. Des phases de construction majeures sont entrepris sous Sidi Mohammed Ben Abdallah entre 1757 et 1789, suivis de renforcements ponctuels sous le règne de Moulay Yazid entre 1790 et 1792. C'est durant cette période, sous la direction de l'architecte Ahmed El Inglizi, que la mosquée Al-Atiqa est reconstruite et que les batteries côtières, comme le Borj Sqala, sont renforcées pour faire face aux menaces maritimes européennes. Ces interventions successives ont permis de consolider le rôle de la Kasbah comme bastion défensif de l'embouchure du Bouregreg.

L'appellation actuelle de « Kasbah des Oudayas » n'apparaît toutefois qu'au XIXe siècle. En 1833, après une révolte de la tribu Oudaya dans la région de Fès, le sultan Moulay Abderrahmane décide de déplacer la tribu vers Rabat. Pour les surveiller tout en utilisant leur force militaire comme garde impériale (Guich), il installe les chefs de la tribu à l'intérieur de l'enceinte de la Kasbah tandis que les membres de la tribu s'installent aux alentours de la citadelle. Cette installation définitive donne son nom moderne au quartier qui portait auparavant le nom d'al-Mahdiyya.

Le : Restauration et Patrimoine mondial

Le Protectorat français (1912-1956) : Rabat une capitale stratégique Dès l'instauration du Protectorat en 1912, le Maréchal Hubert Lyautey, premier Résident général de France au Maroc, entreprend de choisir une nouvelle capitale pour l'administration coloniale. Ce choix répond à une logique de centralisation administrative typiquement française, mais il est surtout dicté par des impératifs politiques et sécuritaires.

Lyautey délaisse Fès et Marrakech, les villes chérifiennes, au profit de Rabat, en raison de :

La géographie : situées à l'intérieur des terres et, pour le cas de Fès, entourée de montagnes, elles sont jugées difficiles à défendre et d'accès complexe pour les renforts maritimes français Le climat politique : Lyautey écarte Fès, perçue comme un foyer d'opposition traditionnel, ainsi que Marrakech décrite par les analystes comme abritant des « bastions assoiffés d'indépendance ». Lyautey craint une population urbaine qu'il juge rétive à l'influence étrangère, rendant l'installation d'une administration centrale trop risquée dans ce bastion de la culture musulmane marocaine.

À l'inverse, Rabat, avec son ouverture sur l'Atlantique, permet une liaison directe et sécurisée avec la France. Aussi, sa proximité avec la ville de Casablanca où se concentrait les affaires économiques du pays ont renforcé le choix de Rabat en tant que capitale du Maroc

Dans sa vision de la ville, Lyautey applique une politique de séparation stricte entre les quartiers européens et les médinas. Cependant, fasciné par le patrimoine marocain, il ordonne la préservation de la Kasbah des Oudayas.

Reconnaissance internationale par l'UNESCO Après l'indépendance, le Maroc poursuit les efforts de conservation. La Kasbah devient un symbole du dialogue entre l'histoire médiévale et l'influence andalouse.

En 2012, la Kasbah des Oudayas est officiellement inscrite sur la liste du patrimoine mondiale de l'Unesco au sein du bien intitulé « Rabat, capitale moderne et ville historique ». Cette reconnaissance souligne la valeur universelle exceptionnelle du site, non seulement pour ses remparts almohades et son palais alaouite, mais aussi pour son tissu urbain traditionnel parfaitement préservé.vignette|240x240px|Plan des fortifications de la kasbah des Oudayas

Organisation intérieure et vie de la Kasbah

Morphologie urbaine et habitat L'intérieur de la Kasbah des Oudayas se distingue du reste de la médina de Rabat par son atmosphère calme et son tracé urbain sinueux. Les ruelles étroites, souvent sans issue, sont bordées de maisons traditionnelles dont l'architecture témoigne d'une forte influence andalouse. Les façades se caractérisent par un code couleur emblématique : un blanc éclatant à la chaux pour la partie supérieure et un bleu vif (souvent bleu azur ou indigo) pour le soubassement des murs.

Les portes des habitations, souvent encadrées de pierre sculptée, et les fenêtres protégées par des grilles en fer forgé ajoutent au cachet historique du quartier. Contrairement aux médinas commerçantes, la Kasbah est principalement un quartier résidentiel où règne une tranquillité protégée par d'épais remparts.

Monuments et espaces emblématiques L'histoire du site est visible à travers les monuments majeurs qui composent la Kasbah tels que :