Nabil Ahmed Abdulrasul Rajab (en ), né le . "المغردون يحتفلون بطريقتهم بعيد ميلاد نبيل رجب "#كل_عام_وأنت_حر_يا_نبيل"". Manama Voice, . Consulté le ., est un militant des droits de l'homme et un opposant politique bahreïnien"Jail for Bahrain protest leader over tweet". Al Jazeera English. 10 juillet 2012. Consulté le 10 juillet 2012.. Il est le président du Centre bahreïnien des Droits de l'homme (BCHR, selon son sigle anglais), organisation non gouvernementale sans but lucratif œuvrant à promouvoir les droits de l'homme à Bahreïn, consulté le 17 mai 2011. Il est également membre du Comité consultatif de la division Proche-Orient de l'organisation Human Rights Watch, secrétaire général délégué à la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), consulté le 18 mai 2011., ancien président de CARAM Asie. "President of BCHR elected to be the Chairperson of CARAM Asia for 2 years", site web BCHR, consulté le 18 mai 2011 et président du Centre des Droits de l'homme du Golfe (sigle anglais GCHR).

Nabil commença à militer pour les droits de l'homme à l'occasion du soulèvement survenu à Bahreïn dans la décennie 1990, et s'engagea ensuite dans des campagnes en faveur des travailleurs immigrés employés dans les États appartenant au Conseil de coopération du Golfe. Il devint par la suite l'un des principaux militants à mener campagne contre les violations des droits de l'homme à Bahreïn, notamment contre la torture et les décès lors de détentions. Il s'est signalé à ce titre par l'usage précoce et intensif de réseaux sociaux en ligne comme mode de diffusion de ses campagnes, ce qui ne laissa de le mettre aux prises avec les autorités de son pays. Les organisations , Reporters sans frontières et le présentent comme étant spécialement visé par les autorités de Bahreïn en raison de ses activités en faveur des droits de l'homme...

Lors du soulèvement de 2011 et 2012 à Bahreïn, au cours duquel il dirigea de nombreuses actions de protestation"Bahraini activist jailed for three years". Al Jazeera English. 16 août 2012. Consulté le 16 août 2012., il se heurta aux autorités politiques et aux forces de sécurité ; son domicile fut attaqué au gaz lacrymogène, il fut plusieurs fois arrêté, aurait été battu, et fit l'objet de menaces de mort. En plus de critiquer le gouvernement de Bahreïn, il ne se priva pas par ailleurs de fustiger vertement le rôle joué par les alliés de Bahreïn, y compris les États-Unis.

À la suite des protestations qui eurent lieu lors du Grand Prix automobile de Bahreïn en et qui attirèrent l'attention des médias internationaux, Rajab fut à plusieurs reprises arrêté et incarcéré. Le , il fut détenu et condamné à trois mois de prison pour avoir, dans un message Twitter, « insulté les Bahreïniens »Andrew Hammond et Ralph Boulton (9 juillet 2012). « Bahrain court jails protest leader over tweets: lawyer ». Reuters. Consulté le 9 juillet 2012.; plus récemment, le , alors qu'il se trouvait encore en détention, Rajab se vit infliger une peine de trois ans d'emprisonnement sur trois chefs d'accusation en rapport avec ses activités contestataires. Ce verdict a suscité des critiques de la part des alliés occidentaux de Bahreïn et des organisations des droits de l'homme. En , la sentence fut réduite en appel à deux ans de prison..

Il est condamné en 2018 à cinq années d'incarcération pour ses critiques envers la coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite - incluant Bahreïn - au Yémen et sa dénonciation de la torture.. Il fait l'objet depuis d'une libération conditionnelle sous réserve de ne plus défendre les droits de l'homme.

Si les efforts de Rajab pour la défense des droits de l'homme ont été internationalement reconnus2011 Le Ion Rațiu Democracy Award et le prix Silbury., il n'en reste pas moins une figure controversée au sein de la société bahreïnienne. En tant que chef de file officieux du mouvement du , il fait figure, selon Reuters, de héros pour les protestataires, mais est considéré avec méfiance par ceux des Bahreïniens qui redoutent que le mouvement de protestation ne débouche sur une prise de pouvoir par les islamistes chiites.

Biographie personnelle

Né le au sein d'une famille des classes moyennes, Nabil Rajab fit à Bahreïn ses études secondaires dans une filière scientifique, qu'il acheva en 1983. Il s'inscrivit ensuite à l'université de Pune (anciennement université de Poona) en Inde, et y obtint en 1987 une licence (bachelor's arts degree) en sciences politiques et histoireL'agonie de Nabil Rajab". The Atlantic. 13 février 2012. Consulté le 16 août 2012.. Marié et père de deux enfants, il gagna tout d'abord sa vie comme entrepreneur en bâtiment, mais en , se déclarant victime de ce qu'il appela harcèlement gouvernemental, il annonça son intention de cesser son activité professionnelle.

Militantisme en faveur des droits de l'homme

Premières années

Dans un entretien qu'il accorda au journal dissident Bahrain Mirror en ., Rajab évoqua ses premières activités de défense des droits de l'homme, lesquelles remontent à ses années au lycée Al Houra, et décrivit deux expériences particulièrement instructives qu'il lui fut alors donné de vivre :

Rajab se rendit en Inde pour y étudier les sciences politiques et l'histoire. Il décrocha sa licence (Bachelor's degree), mais, empêchè ensuite d'obtenir sa maîtrise (Master's degree) en raison de problèmes financiers liés à la maladie dont commençait à souffrir son père, il revint à Bahreïn pour y trouver un emploi.

Pendant toutes ses années d'étudiant, il resta indépendant de toute affiliation politique. Quoiqu'il n'eût guère alors d'idées bien précises sur ce que signifient les droits de l'homme, et qu'il fût dépourvu de toute culture en ce domaine, ignorant notamment les normes et les préceptes en la matière, il ne manquait pas néanmoins, dit-il, de s'exprimer au sein de lUnion générale des étudiants bahreïni contre toute forme d'injustice. Il s'engagea également dans différentes campagnes internationales plus spécifiquement orientées sur certains sujets particuliers.

Selon ses propres dires, c'est à l'occasion du soulèvement des années 1990 à Bahreïn qu'il commença à prendre part à des formes organisées d'action en faveur des droits de l'homme. En 1996, ayant émis l'idée de mettre sur pied, avec Ali Rabea et Ibrahim Kamal Al Denssed, une organisation des droits de l'homme, il fut présenté à Salman Kamal Al Den, Sabika Al Najjar, Mohammed Al Motawa et d'autres camarades ; tous ensemble, ils tinrent alors des réunions secrètes et fondèrent en 2000 la Société bahreïni des droits de l'homme.

Fondation de comités des droits de l'homme

Après que la période oppressive déterminée par la loi sur la sécurité de l'État eut pris fin en 2000, Rajab, en tant qu'un des fondateurs de la Société bahreïnienne des droits de l'homme, l'une des premières organisations de ce type à Bahreïn, put à nouveau œuvrer ouvertement dans le domaine des droits de l'homme. Par la suite cependant, il quittera ladite organisation, en même temps que quelques-uns des autres fondateurs. En 2002, à la suite de réformes politiques de grande portée menées par le gouvernement de Bahreïn, par lesquelles des groupes militants indépendants étaient désormais autorisés à opérer, Rajab entreprit, en collaboration avec Abdulhadi al-Khawaja et d'autres, de mettre sur pied le Centre bahreïni des droits de l'homme (BCHR, selon son sigle anglais), où Rajab remplit le rôle de responsable du programme de formation et de chef documentaliste ; il y assuma par la suite la fonction de vice-président et de chef des relations internationales"Nabeel Rajab". WAN-IFRA. 13 December 2011. Consulté le 17 août 2012., jusqu'à ce qu'il reprît finalement, des mains de Abdulhadi Alkhawaja, la présidence du BCHR elle-même, poste qu'il occupe toujours en . Bahrain Center for Human Rights. 16 août 2012. Consulté le 16 août 2012..

Nabil Rajab fut par ailleurs le cofondateur à Bahreïn de plusieurs comités des droits de l'homme privilégiant chacun un thème spécifique, comme le Comité national des victimes de la torture – Bahreïn (2003), le Comité des sans-emploi et des sous-payés (2005), le Comité pour un logement décent (2005), le Comité des bédouins (apatrides) (2005), et le Comité de défense des militants des droits de l'homme en détention (2007)Stephen Lendman (11 May 2012). "Activism For Justice". Rense.com. Consulté le 17 août 2012..

Droits des travailleurs immigrés

Rajab est l'un des fondateurs du premier comité de protection des travailleurs immigrés dans les pays du Golfe, le Migrant Workers Protection Group (en 2003)Jane Kinninmont (15 août 2012). "Bahrain's still stuck". Foreign Policy. Consulté le 17 août 2012.. Le , le parlement de Bahreïn adopta une loi interdisant aux travailleurs immigrés non mariés d'habiter dans des zones résidentielles. Le BCHR publia à cette occasion un communiqué de presse condamnant cette décision comme étant une mesure discriminatoire propre à encourager des attitudes racistes de rejet envers les travailleurs immigrés.. Rajab, alors vice-président du BCHR, déclara :

En , Nabil Rajab fut élu président de CARAM Asie pour une durée de deux ans"CARAM Asia Elects New Board of Directors". CARAM Asie. 2 novembre 2009. Consulté le 18 mai 2011.. CARAM, organisation non gouvernementale régionale ayant son siège dans la capitale de la Malaisie, Kuala Lumpur, œuvre pour la défense des droits des travailleurs immigrés, en s'efforçant de réduire tous les dangers auxquels leurs communautés sont plus particulièrement vulnérables, y compris le VIH, et de faire respecter leurs droits sanitaires. Le , Rajab donna devant le Congrès mondial contre la peine de mort à Genève un exposé sur le thème Travailleurs immigrés et peine de mort à Bahreïn et en Arabie saoudite. Il attira l'attention sur l'exceptionnelle vulnérabilité des travailleurs immigrés à cet égard dans les pays où les abus et les violations des droits ont valeur de système.

Activités menées conjointement avec d'autres organisations internationales des droits de l'homme

thumb|Visite de Nabil Rajab (à gauche) à la Freedom House, en compagnie de Abdulhadi Alkhawaja (à droite).

En , Nabil Rajab devint membre du comité consultatif de la division Proche-Orient et Afrique du Nord de l'organisation Human Rights Watch, poste qu'il occupera jusqu'en "Middle East and North Africa Division - Advisory Committee Members". Human Rights Watch. 28 février 2012. Consulté le 16 août 2012.. En , la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) nomma Rajab au poste de Secrétaire général délégué et de Représentant permanent de la FIDH dans les pays du Conseil de coopération du Golfe. BCHR. Consulté le 18 mai 2011... Enfin, il est également membre du Arab working group for media monitoring"Events Archive – Fall 2011". Université George Washington. Consulté le 23 août 2012..

Reconnaissance internationale