Trina Robbins, née Trina Perlson le à Brooklyn (État de New York) et morte le à San Francisco (Californie), est une autrice de bande dessinée, historienne de la bande dessinée et militante féministe américaine.
Active dans la bande dessinée depuis la fin des années 1960, Robbins est d'abord connue comme autrice prolifique de comix féministe et cocréatrice de Wimmen's Comix. Dans les années 1980, elle se tourne vers la science-fiction, toujours dans une optique féministe, puis lance deux séries destinées aux jeunes filles (Misty, California Girls).
Après un hiatus consacré à des travaux alimentaires dans les années 1990 (Barbie, La Petite Sirène), Robbins scénarise dans les années 2000 et 2010 deux séries jeunesse (Go Girl! et Chicagoland), plusieurs autres histoires de Wonder Woman, une biographie de Lily Renée, une série policière (Honey West) et de nombreuses adaptations littéraires et biographies destinées au public scolaire.
Parallèlement à cette œuvre visant notamment à améliorer la représentation des femmes, Robbins joue depuis le début des années 1970 un rôle important dans l'amélioration de la place des femmes dans la création de bande dessinée, comme éditrice de revue, organisatrice de manifestations, puis cofondatrice en 1994 d'une association d'autrices de bande dessinée, Friends of Lulu, disparue en 2011. Elle est également depuis Comics and the Women (1985) une historienne reconnue des femmes dans la bande dessinée américaine et a publié une dizaine d'ouvrages à ce sujet.
Bien qu’elle demeure relativement méconnue et peu traduite dans le monde francophone, elle est largement reconnue aux États-Unis. En 2013, elle devient notamment la quatrième femme à être inscrite au temple de la renommée Will Eisner. Au cours de sa carrière, elle a également reçu trois prix Eisner récompensant ses ouvrages patrimoniaux.
Biographie Débuts vignette|redresse|alt=photgraphie en couleur d'un homme (Will Eisner) chauve souriant assis|Will Eisner, un des artistes qui ont marqué Trina Robbins Née en 1938 à Brooklyn, un quartier de New York, Trinna Perlson est la deuxième fille d'un couple migrants juifs libéraux originaires d'Europe de l'Est qui s'installe peu après à Ozone Park, un quartier catholique conservateur du Queens. Lectrice invétérée de tous types d'ouvrages dans son enfance, elle apprécie particulièrement les bandes dessinées de Fiction House et les dessins de Wallace Wood, Matt Baker et Will Eisner. À 13 ans, elle arrête de lire des bandes dessinées et se passionne pour la science-fiction écrite, notamment celle de Ray Bradbury et de Theodore Sturgeon. Elle écrit et dessine régulièrement pour les publications de son collège et de son lycée.
Après le lycée, Perlson fréquente l'East Village tout en étudiant à Queens College puis l'école d'art Cooper Union, deux établissements d'élite dont elle est exclue pour non-assiduité. Active dans le fandom de la science-fiction, elle réalise des dessins pour divers fanzines, dont Habakkuk . En 1960, elle part s'installer à San Francisco avec son petit ami, puis peu après le quitte et s'installe à Los Angeles, travaillant comme modèle pour des magazines érotiques, ce qui l'amène à rencontrer son premier mari, Paul Robbins, avec lequel elle s'installe à West Hollywood en 1963, rejoignant le milieu hippie. La lecture de Hulk et Dr. Strange dessinés par Steve Ditko, puis d'un numéro de la revue contre-culturelle new-yorkaise, East Village Other, la pousse au milieu de la décennie à se remettre à la bande dessinée.
À l'été 1966, lassée de sa vie californienne, Robbins s'installe dans le Lower East Side de New York, où elle ouvre une boutique de vêtements hippie vintage nommée Broccoli, et divorce dans la foulée. Elle fait passer des publicités dessinées dans lEast Village Other, dont elle devient au fil des mois une contributrice régulière. En , elle passe un mois à Los Angeles avec son compagnon d'alors, le journaliste Paul S. Williams, et rencontre la chanteuse Joni Mitchell, qui en fait l'un des personnages de sa chanson Ladies of the Canyon..
En 1969, alors qu'une scène locale commence à émerger, Robbins participe au mensuel de bande dessinée Gothic Blimp Works lancé par l'équipe de l'''East Village Other et dirigé par Vaughn Bodé puis Kim Deitch, avec qui elle est alors en couple ; l'autrice collabore également au comic book underground basé à Berkeley Yellow Dog , sa première publication dans une revue de la côte Ouest. Cette année-là, Robbins aide Frank Frazetta à concevoir le costume de Vampirella, dont James Warren s'apprêtait à lancer les premiers numéros.. C'est également en 1969 qu'elle lit dans la revue alternative Berkeley Barb un article sur le féminisme qui l'incite à s'y intéresser en profondeur pour la première fois, ce qui change radicalement sa vie.
Une figure majeure du comix féminin (1970-1978) vignette|redresse|alt=photographie en couleur en gros plan du visage de Denis Kitchen, un homme avec barbe et lunettes|Denis Kitchen, éditeur du premier comics de Trina Robbins. En , Deitch et elle décident de raccompagner Gilbert Shelton, qui leur avait rendu visite, à San Francisco puis de s'y installer, comme un grand nombre de dessinateurs à cette époque. Installés à Ingleside, puis Noe Valley, ils se séparent peu après malgré la naissance de leur fille Casey. Robbins travaille comme dessinatrice pour le journal féministe underground It Ain't Me, Babe. Pour lutter contre la réticence des auteurs underground masculins à travailler avec des femmes, Robbins produit dans la foulée avec Willy Mendes le premier comix uniquement dessiné par des femmes, It Ain't Me, Babe, dont l'unique numéro est publié par Last Gasp en . L'année suivant, elle auto-édite avec Mendes un autre comic book féminin, All Girl Thrills puis publie en 1972 son premier comic book personnel Girl Fight Comics, suivi d'un second numéro en 1974. Ces histoires trouvent leur lectorat.
Fin 1972, associée à diverses autres artistes, Robbins lance Wimmen's Comix, principal périodique américain de bande dessinée à parution régulière dont la rédaction est assurée uniquement par des autrices. Dans le premier numéro, elle publie ., la première bande dessinée américaine mettant en scène des lesbiennes assumées.. Au fil des numéros, Robbins s'aliène deux autrices qu'elle accuse d'être trop complaisantes envers la misogynie du milieu underground masculin, Diane Noomin et Aline Kominsky, compagne de Robert Crumb que Robbins accusait continuellement de misogynie.
En , Berkeley Barb publie un article où Robbins critique en règle Noomin et Kominsky, accusant par ailleurs leurs œuvres d'être de mauvaise qualité ; les deux femmes quittent Wimmen's Comix pour fonder une publication concurrente, Twisted Sisters. Robbins s'abstient de participer au septième numéro de Wimmen's Comix publié en 1976 et le magazine cesse de paraître pendant quelques années.
De 1974 à 1976, l'artiste collabore aux cinq numéros de Comix Book, édités par Denis Kitchen, l'une des rares figures masculines de l'underground dont elle soit proche. En 1976, Kitchen Sink publie le comic book de 36 pages Trina's Women, premier recueil d'histoires de l'autrice. La même année, elle publie Wet Satin, collectif érotique féminin dont un deuxième numéro est publié en 1978 par Last Gasp à la suite des difficultés qu'elle rencontre avec son imprimeur. Robbins participe par ailleurs à de nombreux autres titres (Bizarre Sex, Corporate Crime, Dope Comix, Manhunt Comix, Snarf, Tuff Shit, Yellow Dog, etc.) où elle crée diverses séries éphémères.
En 1977, Last Gasp publie un recueil de Scarlett Pilgrim achevant le récit, ce qui conduit au terme de la diffusion des strips. Invitée d'honneur du Comic-Con de San Diego cette année-là, elle y reçoit un prix Inkpot pour sa contribution à la bande dessinée américaine contemporaine.
Diversification et passage chez les éditeurs mainstream (1978-1990) En 1978, Trina Robbins dirige Mama! Dramas, un comic book pédagogique consacré aux mères célibataires et à l'éducation des enfants ; traduit en allemand et japonais, c'est alors l'un de ses rares recueils à être diffusé dans les librairies féministes traditionnelles. Plusieurs de ses histoires sont également traduites de 1977 à 1979 dans le périodique français Ah ! Nana. En 1979, Robbins édite une compilation de Wimmen's Comix.
Sa notoriété croissante lui vaut d'être publiée en couleur dans des titres plus grand public comme le mensuel satirique Harvard Lampoon, la revue pro-cannabis High Times, le magazine érotique Playboy ou le périodique de bande dessinée de science-fiction Heavy Metal. En 1979, elle lance également un comic strip d'aventures hebdomadaire diffusé par Rip Off Syndicate, Shady Lady. vignette|redresse|gauche|alt=Trina Robbins en 1982|Trina Robbins participant en 1982 à une table ronde sur les femmes dans la bande dessinée américaine. De 1981 à 1984, Trina Robbins participe à onze numéros d’Eclipse Magazine puis Eclipse Monthly, revues de science-fiction publiée par Eclipse Comics où elle adapte Dope de Sax Rohmer, originellement publié en 1911. En 1983, elle dessine également une longue histoire écrite par Elizabeth A. Lynn dans le seizième numéro dEpic Illustrated, une revue de Marvel Comics, et retrouve Wimmen's Comix le temps de trois numéros annuels. En 1985, Harmony Books publie directement en album son adaptation de The Silver Metal Lover, roman de la Britannique Tanith Lee sorti quatre ans plus tôt.
vignette|redresse|alt=photographie en noir et blanc d'une femme assise derrière une table sur laquelle elle croise les mains|Catherine Yronwode, coautrice de Women and the Comics
La même année, Eclipse Comics publie Women and the Comics, que Trina Robbins écrivait avec Catherine Yronwode depuis plusieurs années, premier ouvrage consacré à l'histoire des femmes dans la bande dessinée américaine, afin de combler les carences historiographiques laissées par les premiers historiens du milieu, tous masculins. Si l'ouvrage est bien accueilli, la grande majorité du tirage disparaît dans un dégât des eaux et il n'est pas réédité. L'intérêt de Trina Robbins pour l'histoire du dessin transparaît également dans trois recueils de poupées en papier qu'elle publie entre 1983 et 1988, dont l'un est consacré au classique..
Toujours en 1985, Marvel Comics entame sous son label Star Comics la publication de Misty, comic book sentimental empli de bonnes intentions et d'humour simple où Robbins, pendant six numéros, rend hommage aux romance comics de l'après-guerre. L'année suivante, DC Comics publie la mini-série en quatre épisodes Legend of Wonder Woman, que l'artiste coécrit avec Kurt Busiek et dessine seule dans un style inspiré par les premiers numéros de la série. C'est la première fois qu'une femme est nommée en tant qu'autrice d'aventures du plus célèbre personnage féminin de bande dessinée américaine, près de 45 ans après sa créationEn 1940, Joye Hummel avait aidé William Moulton Marston à écrire des scénarios de Wonder Woman et à la mort de celui-ci elle scénarise quelques épisodes avant d'être renvoyée.
Après cette collaboration avec les deux plus gros éditeurs américains de comics, Trina Robbins retrouve en 1987-1988 Wimmen's Comics pour trois numéros publiés par la maison d'édition Renegade Press, qui se vendent mal. Elle crée également pour Eclipse Comics la mini-série sentimentale pour jeunes filles California Girls, cette fois consacrée aux aventures de jeunes et jolies jumelles californiennes, qui prend fin après huit numéros à l'été 1988. En 1989, elle participe à une nouvelle relance éphémère de Wimmen's Comix, cette fois chez Rip Off Press, qui se vend encore plus mal que la précédente, ce qui n'empêche pas l'éditeur de collecter en 1990 plusieurs de ses histoires de science-fiction du début de la décennie sous le titre Near Myths.