L'église Saint-Martin est une église catholique paroissiale située à Cinqueux, en France. Elle possède l'une des plus anciennes nefs de plan basilical de la région, qui devrait remonter aux alentours de 1080. À l'extérieur, les deux contreforts plats flanquant la façade occidentale, les fenêtres latérales de la nef, les cordons de billettes comme unique élément du décor, et les curieux tympans en opus spicatum des anciens portails de la façade et du bas-côté sud datent d'origine. L'intérieur est d'une grande sobriété, et les grandes arcades retombent sur de simples impostes gravés d'un décor géométrique ou sculptés. Les parties orientales et la grande rosace en haut de la façade sont de style gothique primitif et ont été bâties au tout début du à l'emplacement du sanctuaire roman. Le , la pile sud-est du clocher, qui s'élève au-dessus de la croisée du transept, s'est subitement effondrée, et entraîna dans sa chute une partie des voûtes des travées autour. Au lieu d'étayer le clocher, les autorités ont précipitamment décidé de faire dynamiter le reste du clocher. L'église est fermée au culte, et malgré les protestations des paroissiens, aucune réparation n'est effectuée. Au mois d'août, les voûtes de la Grande chapelle située au sud du clocher s'écroulent elles aussi en grande partie, car deux d'entre elles prenaient appui sur la pile du clocher manquante. Des fonds pour la reconstruction ont été collectés, mais l'éclatement de la Première Guerre mondiale met en suspens le sauvetage de l'église. Elle intervient en 1919 / 1920 grâce à la générosité de la famille Drouin et un nombre important de petits donateurs. Le budget ne permet pas de reconstruire le clocher à l'identique, de faire sculpter les chapiteaux et de rebâtir les voûtes de la Grande chapelle : elle est tout au contraire à moitié démolie, afin de gagner des pierres pour boucher les arcades condamnées au sud de l'église. Ce n'est qu'une fois ces faits accomplis que les restes de la chapelle sont inscrits au titre des monuments historiques en 1927.. L'église est aujourd'hui rattachée à la paroisse Sainte-Maxence de Pont-Sainte-Maxence et des messes dominicales anticipées y sont célébrées environ un samedi par mois.
Localisation thumb|upright|left|Vue depuis le sud-est.
L'église Saint-Martin est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans l'arrondissement de Clermont (Oise), sur la commune de Cinqueux, au sud-ouest du village, rue Yvonne Drouin (RD 75). Cette voie relie Cinqueux à la commune voisine de Rieux au sud, et à la vallée de l'Oise. L'église est bâtie sur une terrasse délimitée par un mur de soutènement vers l'ouest et vers le sud, et surplombe ainsi légèrement la rue. L'on accède au parvis par un escalier face au portail occidental. Au nord de l'église, l'ancienne cour de récréation de l'école sert aujourd'hui de parking, desservie depuis la rue des Eraines par une voie appelée résidence de l'église. Depuis ce parking, un accès de plain-pied à l'église est possible. L'église est presque entièrement entourée de terrains municipaux et dégagée d'autres constructions, à l'exception du chevet de la Grande chapelle ruinée, qui donne sur une propriété privée. Le chevet est néanmoins bien visible depuis une pelouse à côté de la résidence de l'Église, et l'élévation septentrionale donne directement sur cette voie. La façade occidentale est visible depuis le parvis, ou, avec davantage de recul, depuis la rue du Caradeau qui débouche sur la rue Yvonne Drouin face à l'église. L'élévation méridionale donne sur un petit jardin public, qui est aujourd'hui fermée d'accès afin de protéger les vestiges de la Grande chapelle, et assurer la sécurité du public. L'on bénéficie d'une vue d'ensemble de l'église en l'approchant depuis le sud, par la rue Yvonne-Drouin. Bien que le clocher soit diminué depuis 1910, il est toujours visible de loin, et on l'aperçoit déjà à mi-chemin entre Rieux et Cinqueux.
Histoire L'histoire de la paroisse Les origines et le contexte administratif
L'église de Cinqueux est placée sous le patronage de saint Martin. Sous tout l'Ancien Régime, elle dépend de l'archidiaconé de Breteuil et du doyenné de Pont-Sainte-Maxence du diocèse de Beauvais.. — Le village de Cinqueux entre dans l'histoire en 1060, quand le roi Philippe I donne tout ce qu'il possède à Cinqueux, Rosoy et Verderonne à l'abbaye Saint-Lucien de Beauvais, et quand Anselin, fils de Foulcoie de Beauvais, donne les deux tiers des dîmes de Cinqueux au prieuré de Villers-Saint-Sépulcre, qu'il vient de fonder en cette année. Amédée Beaudry ne croit pas que la paroisse de Cinqueux existe déjà en ce milieu du . Cependant, la construction de l'église commence une vingtaine d'années plus tard (voir le chapitre suivant). Au milieu du , la collation de la cure est confiée au prieuré de Saint-Leu-d'Esserent, dans des circonstances qui ne sont plus connues. L'on sait seulement qu'en 1158, les religieux de Saint-Leu-d'Esserent interviennent dans un compromis de vente concernant une vigne située à Cinqueux. En 1209, les possessions du prieuré clunisien sur place s'enrichissent de la maison qu'y possédait Catherine, comtesse de Clermont. Il n'est pas clair si les religieux assurent eux-mêmes le service paroissial pendant les premières années, en fondant donc un prieuré-cure, ou s'ils installent tout de suite un curé (qui officiellement devait avoir le titre de vicaire perpétuel, comme généralement quand des cures appartiennent à un établissement monastique). En 1211, le prêtre responsable du service paroissial obtient un jugement de l'évêque de Beauvais, Philippe de Dreux, en sa faveur : à sa demande, les moines doivent renoncer à une partie de leurs prélèvements. — Sous la Grande Jacquerie en 1358, les biens des religieux à Cinqueux sont respectés, car ils avaient traité avec les insurgés. Au siècle suivant, le prieuré de Saint-Leu-d'Esserent a toujours de modestes possessions à Cinqueux. Sur ses terres, il est seigneur et exerce la justice seigneuriale. Il touche également une partie de la dîme, qui est équivalente à six queues de vin et à deux muids de grain. Le principal seigneur de Cinqueux reste l'abbaye Saint-Lucien de Beauvais. L'insignifiante seigneurie du prieuré clunisien se maintient jusqu'à la Révolution française. Sa part de la dîme monte aux deux tiers au . Le tiers restant est partagé entre le prieuré de Villers-Saint-Sépulcre, le chapitre de Saint-Rieul de Senlis, le seigneur de la Boissière et le curé de Cinqueux..
La vie paroissiale sous l'Ancien Régime Le premier curé de Cinqueux dont l'on connaît le nom est Jean, en même temps doyen de Pont-Sainte-Maxence. Il sert de témoin lorsque le maire de Cinqueux et sa femme vendent une vigne aux religieux de Saint-Leu, en 1269. En 1618, le curé est Benjamin Féron, qui reçoit la visite de l'évêque de Beauvais, qui défend que l'on apporte pain et vin à l'église le Jeudi saint. Jean de Coudun est installé comme curé en 1636. Ce n'est qu'à partir de cette année que les registres paroissiaux sont en partie conservés, et que l'on peut retracer sommairement la vie paroissiale. Le plus souvent, l'on apprend des détails à l'occasion de la mort d'un curé et lors de l'installation de son successeur. S'y ajoutent les actes de donation passés devant notaire, par lesquels des paroissiens lèguent des biens ou rentes à la fabrique afin que l'on célèbre des messes à leur mémoire, et dise des prières. En général, les termes de ces actes sont transcrits sur des plaques de fondation, en même temps plaques funéraires, qui sont montées sur les murs de l'église. Malheureusement, seules les inscriptions portées sur les dalles scellées dans le sol se sont conservées. Deux plaques de fondation subsistaient encore en 1909, et l'abbé Amédée Beaudry en a relevé les inscriptions, ainsi que celles de six dalles qui font partie du pavement de l'église. Les archives conservent également un certain nombre des actes notariés..
En 1655, le curé Jean Allart est démis de ses fonctions par l'official métropolitain de Reims. Il avait scandalisé les paroissiens, qui se sont plaints de lui, et il finit par abandonner sa cure en 1654. Cinqueux compte alors six cents communiants : c'est une paroisse importante. Mais dans un premier temps, le diocèse envoie seulement un remplaçant par intérim. Quarante-quatre habitants signent une requête afin que l'évêque nomme un nouveau curé. C'est chose faite en novembre 1656, quand Jean-Pierre de Combet, bachelier de l'Université de Paris, entre en fonctions. En arrivant, il constate que le presbytère n'est qu'une petite chaumière comportant comme seules pièces une cuisine et une chambre basse, sans écurie pour un cheval, et sans espace pour stocker la dîme. La fabrique possède alors une maison vacante près de l'église, plus spacieuse mais en mauvais état, car inhabitée depuis trois ans. L'abbé de Combet propose donc un échange, et obtient l'approbation des paroissiens et de l'évêque. Le nouveau presbytère étant plus grand, le curé s'engage de verser une rente de 32 livres à la fabrique chaque année. Il y a deux bâtiments distincts : le premier comporte un cellier, une cuisine et une cave en dessous, ainsi que dans un annexe, une petite écurie et un grenier. Le deuxième bâtiment comporte plusieurs pièces, mais est presque ruinée. S'y ajoutent une cour, un jardin et un clos de vignes. — Au cours des décennies qui suivent, les donations sont assez fréquentes. Dans un cas, les marguilliers n'ont pas exécuté les dispositions testamentaires, et sont enjoints par une ordonnance épiscopale de 1668 de s'y conformer point par point. En 1692, le marguillier principal, Regnault, dresse un inventaire des biens de la fabrique. Elle possède alors sept maisons, qu'elle loue à leurs occupants, et de nombreuses parcelles de bois, de terres et de vignes, l'ensemble rapportant environ 137 livres de loyers et de rentes par an. — Jean-Pierre de Combet reste curé de Cinqueux pendant cinquante ans. Il se démet de ses fonctions en 1706, quand il est âgé de soixante-dix-sept ans (il est né en 1628). Quand sa santé décline, sa petite-nièce, Marguerite Collet, le soigne. Elle devient sa légataire universelle quand il meurt en 1717. L'abbé avait fait graver sa dalle funéraire en 1715 et souhaité être enterré au sud du chœur, mais il change d'avis en 1717 car le nouveau curé, Jean-Baptiste Tarlé, y avait fait inhumer un paysan de ses amis. L'abbé Tarlé reste curé jusqu'en 1747.. thumb|upright|Pierre tombale de l'abbé Jean-Baptiste Tarlé, curé de Cinqueux de 1706 à 1746.