La synagogue de Marbourg, inaugurée en 1897, a été détruite en 1938 lors de la nuit de Cristal comme la plupart des autres lieux de culte juif en Allemagne.
Marbourg est une ville moyenne allemande, chef-lieu de l'arrondissement de Marbourg-Biedenkopf, dans le district de Giessen (Land de Hesse) à environ au nord de Francfort-sur-le-Main et à au sud-ouest de Cassel. Elle compte actuellement environ .
Histoire de la communauté juive Le Moyen Âge La communauté juive existe à Marbourg depuis le , car le droit de cité y est accordé aux Juifs dès 1220. Dans un climat de sécurité, leur nombre croît rapidement dans la première moitié du , la plupart gagnent leur vie dans le prêt d'argent, comme en témoignent les différentes entrées dans les livres comptables de Francfort. Mais lors des violentes émeutes antijuives pendant la peste noire en 1348/1349, la communauté juive est anéantie. En 1364, quelques Juifs retournent à Marbourg et à la fin du , sont cités à plusieurs reprises dans des documents, la Judengasse (ruelle aux Juifs), la Judenschule (synagogue) et le Judenkirchhof (cimetière juif). La Judengasse est un sentier qui grimpe vers le château, en passant au centre de la vieille ville, près du marché, entre la Wettergasse et la Mainzergasse. Fin et pendant tout le , on connait le nom de plusieurs Juifs, dont deux médecins, qui séjournent temporairement en ville.
Du au Après l'expulsion en 1524 de tous les Juifs de Hesse par le décret du Landgraf, les Juifs sont de nouveau autorisés à séjourner temporairement à Marbourg à partir de 1532.
Au début du , quelques familles ou personnes juives se sont installées à Marbourg. En 1744, six familles juives vivent à Marbourg. En 1776, elles sont huit. Elles habitent dans la Judengasse et dans la rue voisine, la Wettergasse. En 1758, le premier étudiant juif en médecine peut effectuer son doctorat à l'Université de Marbourg. Jusqu'au début du , le nombre d'habitants juifs va continuer à augmenter. En 1818, il y a 13 familles; en 1827: 80 personnes. En mai 1816, après la chute de Napoléon, les Juifs sont reconnus, au moins en partie, comme des citoyens à part entière. En 1823, Marbourg devient le siège d'un rabbinat provincial. Le rabbin le plus connu est le Dr Leo Munk (1876-1918), un représentant du courant néo-orthodoxe. Pendant ses fonctions, la communauté juive atteint son plus grand nombre, avec 512 personnes, soit environ 2 % de la population totale de la ville. Son successeur comme rabbin local et provincial est le rabbin Dr. Naphtali Cohn, qui occupe le poste de 1918 jusqu'à sa retraite, fin 1933.
À partir de la fin du , Marbourg devient un foyer d'antisémitisme, en raison de l'activisme d'Otto Böckel (1859-1923), fondateur du parti antisémite Parti allemand de la réforme. Böckel est le premier député antisémite au Reichstag de Berlin, en tant que représentant de son parti pour la circonscription de Marbourg. L'élément antisémite du Reichstag, le Dr Böckel, a récemment abandonné son poste à la bibliothèque de l'université où il travaillait comme manœuvre, dans le but, à partir de maintenant, de consacrer tout son temps à sa profession (?) comme député, rédacteur en chef et agitateur. Il utilise son temps libre à de nombreuses réunions populaires et voit le nombre de ses disciples grandir de façon considérable. (Un fanatique fait de nombreux dupes) : Revue : Allgemeine Zeitung des Judentums du 18 août 1887 En 1894, une épidémie de choléra se déclenche dans le village voisin de Bürgeln. Immédiatement la rumeur circule, alimentée par la presse antisémite et par le pasteur du village, que l'origine de l'épidémie provient de travailleurs juifs polonais employés par un paysan. Malgré les démentis de la Commission choléra et l'absence de travailleurs polonais dans le village, la rumeur persistera pendant un certain temps : Revue : Allgemeine Zeitung des Judentums du 9 septembre 1894
Les familles juives, installées à Marbourg depuis le / siècle, avec l'égalité des droits acquise au , ont prospéré et ouvert des commerces et des sociétés, dont certains de taille importante comme une peausserie, des grands magasins ou des banques. Dans les années 1920, on trouve aussi à Marbourg un restaurant juif et l'hôtel Isenberg.
L'école élémentaire juive Le programme scolaire des écoles juives de la province de Haute Hesse a été approuvé par le gouvernement électoral le dernier et sera appliqué dans quelques semaines dans les écoles élémentaires juives. Ce programme définit non seulement le nombre d'heures pour chaque matière, mais aussi la répartition des cours dans la semaine: Article du Allgemeine Zeitung des Judentums du 25 janvier 1838: Les heures de la matinée et de l'après-midi sont séparées par un tiret: Dimanche : enseignement religieux, traduction de l'hébreu, calligraphie allemande – calcul mental, lecture en allemand, exercices intellectuels avec tests d'écriture; Lundi : histoire biblique, traduction de l'hébreu, orthographe en allemand – conversation en allemand, lecture en allemand, histoire, histoire naturelle; Mardi : lecture en hébreu, arithmétique, calligraphie allemande – calcul mental, calligraphie en hébreu ; Mercredi : enseignement religieux, traduction de l'hébreu, orthographe en allemand - exercices intellectuels avec tests d'écriture ; lecture en allemand, histoire naturelle ; Jeudi : histoire biblique, traduction de l'hébreu, calligraphie allemande – conversation en allemand, lecture en allemand, histoire ; Vendredi : lecture en hébreu, arithmétique, orthographe en allemand, exercices intellectuels avec tests d'écriture ; Samedi : exercices religieux catéchistiques ou leçons religieuses. Le nombre d'heures est ainsi détaillé :
1) pour l'enseignement de l'éducation religieuse : 2 heures par semaine 2) pour l'enseignement de l'histoire biblique : 2 heures par semaine 3) pour l'enseignement de la traduction de l'hébreu (prières et texte de base des 5 livres de Moïse) avec les règles les plus essentielles de la langue hébraïque : 4 heures par semaine 4) pour l'enseignement de la lecture en allemand (selon le sens et le contenu) : 4 heures par semaine 5) pour l'enseignement de la lecture en hébreu : 3 heures par semaine 6) pour l'enseignement de la calligraphie allemande : 3 heures par semaine 7) pour l'enseignement de la calligraphie en hébreu : 1 heure par semaine 8) pour l'enseignement de l'orthographe en allemand : 3 heures par semaine 9) pour l'enseignement de l'orthographe en hébreu : 1 heure par semaine 10) pour l'enseignement du calcul mental : 2 heures par semaine 11) pour l'enseignement de l'arithmétique : 2 heures par semaine 12) pour l'enseignement des exercices intellectuels et de l'expression écrite de la pensée : 3 heures par semaine 13) pour l'enseignement de base de la langue allemande: 2 heures par semaine 14) pour l'enseignement de l'histoire naturelle, couplé avec les nécessités de l'étude de la nature : 2 heures par semaine 15) pour l'enseignement de l'histoire, de préférence patriotique, combinée avec les éléments essentiels de la géographie : 2 heures par semaine 16) exercices religieux catéchistiques ou leçons religieuses: 1 heure par semaine soit en tout : 36 heures.
L'école est fermée pour un an en 1933 après l'arrivée au pouvoir des nazis, mais rouvre en 1934 sur décision du ministre prussien de l'éducation. Pfifferling retrouve son poste d'enseignant. C'est la seule école primaire juive qui rouvre dans le Land, les 25 autres écoles restent fermées: Revue: Der Israelit du 31 mai 1934: Réouverture de l'école primaire juive - réintégration à son poste de l'enseignant Pfifferling. Elle ferme définitivement après 1938.
Le et la Shoah En 1925, on compte environ 400 habitants juifs pour une population totale proche de , soit 1,82 %. À la communauté juive de Marbourg, sont rattachés les habitants juifs de Cölbe, d'Elnhausen, d'Ockershausen et de Wehrda.
Les dirigeants de la communauté sont à cette époque Simon Hoexter, Samuel Bachrach et Meier Wolf. Salomon Pfifferling est le professeur de l'école primaire juive et en même temps Hazzan (chantre) et Honas Gans est professeur de religion, Shohet (abatteur rituel) et Hazzan adjoint. Gans est aussi enseignant à l'école secondaire publique.
La communauté possède un internat de 30 places pour les élèves et les apprentis juifs. Plusieurs associations juives participent activement à la vie communautaire, dont le Israelitischer Wohltätigkeitsverein (Association caritative israélite), fondée en 1873, le Israelitischer Frauenverein (Association des femmes israélites) fondée en 1878, le Israelitischer Armenverein (Association pour les pauvres israélites) et la Vereinigung jüdischer Akademiker (Association des universitaires juifs). Pour les étudiants juifs, la communauté ouvre un "Mensa academica judaica" (restaurant universitaire juif). En 1929, la communauté inaugure un foyer juif d'éducation pour les enfants difficiles de 8 à 14 ans: Revue Der Israelit du 26 avril 1928: Création d'un foyer juif éducatif pour les enfants difficiles: Revue: Bayerische Israelitische Gemeindezeitung (Journal de la communauté juive de Bavière) du juin 1828: Revue: Der Israelit du 31 mai 1928: Ouverture le juillet du foyer d'éducation juif: Revues Der Israelit du 24 janvier 1929 et du 7 février 1929: Inauguration du foyer éducatif juif
En 1933, 341 Juifs vivent encore à Marbourg. Ce nombre va décroitre en raison de la répression et du boycott économique et en novembre 1938, il ne reste plus que 149 personnes juives. Les événements de la nuit de Cristal vont encore accélérer le mouvement de départ, soit vers des grandes villes allemandes, soit par l'émigration.
Le , 44 habitants juifs de la ville de Marbourg, parmi ceux qui n'avaient pas pu ou voulu émigrer, sont arrêtés et déportés via Cassel au ghetto de Riga en Lettonie. Le , 29 autres Juifs sont arrêtés et envoyés via Cassel et Lublin soit au camp d'extermination de Majdanek soit à celui de Sobibor: Michael Dorhs et Helmut Burmeister: Das achte Licht . Beiträge zur Kultur- und Sozialgeschichte der Juden in Nordhessen; éditeur: Selbstverlag Hamburg; 2002; d'après le rapport de Robert Eisenstädt, publié en Suisse en 1944 où ils sont assassinés. Le , de nouveau, 44 Juifs de Marbourg sont déportés via Cassel au Camp de concentration de Theresienstadt. Au moins un Juif de Marbourg est mort au camp de concentration de BuchenwaldInformations de l'atelier d'histoire de Marbourg (juin 2012). Des recherches sont encore en cours.
En plus, dans le cadre du programme d'euthanasie des nazis, les 18 Juifs se trouvant en traitement à la clinique psychiatrique de la ville ont aussi été assassinés.
Histoire de la synagogue La synagogue du Moyen Âge Au Moyen Âge, la communauté juive possède une synagogue (Judenschule) construite aux environs de 1280, qui remplace un ancien bâtiment. Elle est mentionnée pour la première fois en 1317, et se trouve dans la Judengasse (rue des Juifs), devenue en 1933 la Schlosssteig (sente du château) au coin de la Mainzer Gasse, à proximité de la Marktplatz. Lors de l'incendie de la ville en 1319, la synagogue est certainement détruite et une nouvelle synagogue est rebâtie à l'emplacement même de l'ancienne.
Avant et après les émeutes antijuives pendant la peste noire en 1348-1349, le même bâtiment est utilisé comme synagogue. En 1452, la synagogue est détruite et partiellement rasée. Les pierres sont utilisées entre autres pour la construction du mur d'enceinte du cimetière chrétien de l'église St Kilian. thumb|180px|right|Le cube posé au-dessus des fouilles de la synagogue médiévale