L'hôtel de l'Europe (ancien hôtel de SenozanAcadémie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, Dictionnaire historique des académiciens de Lyon. (Site officiel)), situé dans le de Lyon, est un bâtiment classé et inscrit (pour parties) au titre des monuments historiques français par arrêtés successifs dont le dernier en date du Lire en ligne..
Construit en 1653 par Girard Desargues à la demande d'un riche lyonnais anobli, Pierre Perrachon de Saint-Maurice, cet hôtel particulier est décoré vers 1721 d'œuvres de Daniel Sarrabat par la famille Olivier de Senozan. Au lendemain de la Révolution, il est transformé en hôtel de voyageurs et acquiert une réputation de "Palace des grands de ce monde". Depuis la seconde moitié du , il a subi de nombreuses modifications et son activité hôtelière qui n'occupait plus la totalité de l'espace a cessé au début du .
Architecte et commanditaire L’« Hôtel Perrachon », appelé plus souvent « Hôtel de Senozan » ou « Hôtel de Montribloud » et connu plus tard sous le nom d’« Hôtel de l’Europe », est élevé vers 1653. Il se situe à proximité de l’angle nord-ouest de la Place Bellecour, en bord de Saône, face à sa rive droite. L’emplacement était au départ occupé par des bâtiments vétustes de l’ancienne douane du port du RoyD'après G. Tricou, La maison du Port du Roy, Bulletin de la Société littéraire, historique et archéologique, 1935.. Les plans sont dessinés par l’architecte à qui on attribue aujourd’hui l’essentiel de la conception de l’Hôtel de Ville, Girard Desargues et le commanditaire des travaux est Perrachon de Saint-Maurice.
Girard Desargues Girard DesarguesD'après Chaboud Marcel, Girard Desargues bourgeois de Lyon, mathématicien architecte, IREM, Lyon ; Aleas, 1996. est d'origine lyonnaise, son père était notaire royal et receveur des décimes pour le Roi. Lui-même exerce d’abord une activité de marchand jusqu'au moment où il quitte Lyon pour Paris (de 1625 à 1648). Là, il fait une étonnante reconversion dans les domaines techniques et scientifiques et il acquiert rapidement une grande notoriété. Ingénieur et mathématicien, il devient aussi architecte.
Lyon, sa ville natale, le sollicite naturellement quand, en 1646, le Consulat prend la décision d'édifier un nouvel Hôtel de Ville en remplacement de l’Hôtel de la Couronne (actuellement Musée de l'imprimerie) situé rue de la Poulaillerie. Desargues revient donc à Lyon de 1648 à 1658, collabore avec Maupin pour l'Hôtel de Ville mais il fait aussi les plans de deux autres édifices lyonnais : la maison à trompe du Pont de pierre sur la Saône, face à l’église Saint-NizierCette maison sera détruite lors de la reconstruction du pont entre 1845 et 1847., et, en 1653, l’Hôtel particulier appelé plus tard Hôtel de l’Europe. alt= Escalier intérieur de l'hôtel de l'Europe|gauche|vignette|Escalier intérieur de l'hôtel de l'Europe
Pierre Perrachon de Saint Maurice Riche lyonnais, issu d’une famille protestante, Pierre Perrachon de Saint-MauriceD'après Françoise Bayard, « Ville et campagnes dans la fortune de Pierre Perrachon, noble lyonnais de 1642 à 1688 », dans Villes et campagnes. - , colloque franco-suisse d’Histoire économique et sociale (Lyon, 1976), Lyon, PUL, 1977, . est le commanditaire de l’hôtel. Cumulant titres et charges qu'il n'exerce pas toujours (par exemple, juge garde héréditaire à la monnaie de Lyon et Trésorier général de France), il vit surtout de ses rentes, des bénéfices des prêts qu’il consent, et des revenus que lui procure une activité spéculative immobilière intense aussi bien à Lyon que dans les campagnes avoisinantes (Bresse, Beaujolais, Mâconnais, Forez, Bugey, Dauphiné).
Propriétaire, entre autres biens, dans le sud de la presqu'île, d’une partie du tènement de Villeneuve-le-Plat et de celui de Bellecour, lieux de prédilection de ses achats et de ses constructions, il choisit de faire construire non loin, au Port du Roi, à la place d'un ancien bâtiment proche des possessions des Célestins qu'il avait acquises de Pierre de Pomey, son hôtel particulier. Il en commande les plans à Girard Desargues, présent alors à Lyon, et l’immeuble, dont l’escalier monumental encore présent aujourd'hui porte bien la marque du talentueux architecte, est probablement achevé en 1653.
Plusieurs mutations à la fin du Ce nouveau domicile est achevé juste après le mariage, en , de Pierre Perrachon qui s'allie à une vieille famille de la noblesse en épousant Marie Urre d’Aiguebonne, la fille d'Antoine Rostaing d’Urre seigneur d'Aiguebonne, marquis de Tréfort en Bresse, gouverneur de Montferrat et chevalier du Saint-Esprit, et d’Huguette Liotard. Pierre Perrachon n'hésite cependant pas à introduire de notables modifications à sa demeure : à l'origine, l'hôtel possédait un très grand jardin mais, dès 1669, poursuivant son activité spéculative immobilière, il y fait élever cinq nouvelles autres maisons, et en 1674 une sixième qu'il revendra. Elles correspondent aux à 5 de la Place Bellecour et au rue Louis-le Grand (rue Bellecour). La fortune de Pierre Perrachon voit néanmoins sa croissance se stopper en 1686. Les ennuis commencent et la floraison de ventes de beaucoup de ses biens en atteste.
Par son testament de , Pierre faisait de son fils aîné, Alexandre-Louis, son légataire universel Il attribuait à chacun de ses quatre autres enfants une somme de . Maître Delhorme, A.D.R. 3E - 4279. Ce dernier hérite donc de l'hôtel en 1688 à la mort de Pierre Perrachon et le revend en à Humbert Piarron de Chamousset (1640-1738), alors recteur de l'aumône générale. À partir de 1707 l'hôtel devient la propriété des richissimes Olivier de Senozan Les deux orthographes, Ollivier et Olivier sont trouvées. La seconde est ici adoptée. pendant deux générations, période au cours de laquelle il est embelli de luxueux décors, toiles peintes et plafonds, œuvres de Daniel Sarrabat.
L'embellissement à l'heure du baroque et de la famille Olivier de Senozan
Les Olivier de Senozan, banquiers richissimes En 1707, l’hôtel particulier de M. Perrachon de Saint-Maurice est devenu la propriété de la famille Olivier de Senozan dont l'immense fortune permettra de donner à l'hôtel de Senozan une décoration somptueuse. David Olivier de Senozan (1642-1722), baron de La Salle (Saône-et-Loire) puis comte de Senozan (Saône-et-Loire) en 1710, protestant converti au catholicisme, banquier richissime et échevin, confie la décoration de l'hôtel à Sarrabat.
Son fils, François Olivier de Senozan, marquis de Rosny (1678-1739), intendant général du clergé de France, propriétaire du château de Rosny-sur-Seine, continue les embellissements puis s'établit à Paris dans l'hôtel de Jars-Coislin-SenozanAuguste Charles Joseph Vitu, La maison mortuaire de Molière d'apres des documents inédits, avec plans et dessins, Paris, A. Lemerre, 1883. que son père possède depuis 1714 au n° 69 de la rue de Richelieu.
En 1730, François Olivier de Senozan, marquis de Rosny (1678-1739) marie sa fille Sabine Olivier de Sénozan (1714-1741) à Charles de Montmorency-Luxembourg (1713-1787), 8e prince de Tingry.
Puis en 1735, François Olivier de Senozan, marquis de Rosny (1678-1739) marie son fils, qui sera le dernier mâle du nom, Jean-Antoine Olivier de Senozan, 3e et dernier comte de Senozan, marquis de Rosny (1713-1778) qui épouse Anne-Nicole de Lamoignon de Malesherbes (1718-1794), fille du chancelier de Lamoignon, morte guillotinée le , en même temps et "de la même charette" que Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI.
La décoration de Sarrabat La date présumée de cette décoration serait 1721, une année donc avant le décès de David Olivier de Senozan (1642-1722) et avant que son fils François ne s'installe définitivement à Paris. Sarrabat peint les plafonds et décore de toiles les murs des salons du second étage, choisissant des scènes mythologiques à l’origine de leur appellation : cabinet d’Hercule et cabinet de Minerve.
Le plafond du premier cabinet représente le Triomphe d’Hercule accueilli dans l’Olympe, et six tableaux sur toile retracent les principaux épisodes de vie du dieu. Le cabinet de Minerve avait quant à lui deux œuvres sur toile, La naissance de Minerve et Minerve et Vulcain. Quant à son plafond, il réunit trois scènes, Minerve reçue par les Muses, La toilette de Minerve, et Le combat de Minerve contre les Titans.
thumb|Daniel Sarrabat - Hercule apporte à Eurysthée la ceinture de la reine des Amazones L’ensemble des huit œuvres sur toile (les six du cycle d'Hercule, et les deux du cycle de Minerve) n’est pas toujours resté à l’Hôtel de l’Europe qui n’a gardé longtemps qu’une seule de ces œuvres, Hercule apportant à Eurysthée la ceinture de la reine des Amazones. Parmi les sept autres, déplacées et conservées au château de Pizay à Saint-Jean d’Ardières (69) au cœur du Beaujolais, les cinq du cycle d’Hercule (Naissance d’Hercule, Éducation d’Hercule, Hercule offrant ses armes à Mercure, Enlèvement de Déjanire par le centaure Nessus) ont été remises à l’Hôtel de l’Europe lors de la campagne de restauration de 1995, les deux de Minerve seraient toujours au Pizay.
Un hôtel fastueux acquis par Christophe-François Nicolau de Montribloud Le baron Christophe-François Nicolau de Montribloud est le fils du banquier lyonnais, Pierre Nicolau, écuyer, seigneur de Poussan Les familles Nicolau de Montribloud et Olivier de Senozan sont toutes deux originaires de Poussan en Languedoc. Elles se constituent, par le négoce des laines et textiles et la prise en fermage de terres seigneuriales très rentables, les importants patrimoines fonciers et financiers qui leur permettront de faire partie du gotha lyonnais et même parisien pour les Senozan au , échevin et trésorier de la ville puisque receveur général des deniers communs, dons et octrois de la ville et communauté de Lyon, charge dont Christophe-François hérite en 1752, et dont il est titulaire de 1766 à 1775. La date de son acquisition de l'Hôtel de Senozan varie selon les sourcesOn trouve principalement 1734 et 1754. Il possède l'une des plus grosses fortunes lyonnaises mais, accusé de mauvaise gestion dans sa charge de receveur (on le soupçonne d’avoir mélangé ses comptes personnels avec ceux de la ville de Lyon), il est remplacé en par Louis Tolozan de Montfort et préfère quitter peu après Lyon pour Paris où il fait faillite.
Son hôtel particulier de Lyon (ancien Hôtel de Senozan) était réputé par deux particularités. Il y avait rassemblé l’une des plus belles collections scientifiques de France, comprenant des objets d’histoire naturelle, des instruments de physique et une bibliothèque originale (il la met en vente dans ses salons en novembre et )Voir Pierre Laroque, Un collectionneur et scientifique lyonnais des Lumières, conférence, 1995, ENSSIB. et Collections de C. F. Nicolau de Montribloud et sa bibliothèque dans tome XXVI (1996) du Bulletin de la Société historique, archéologique et littéraire de Lyon. Voir aussi, Perez (M.F.), Un collectionneur lyonnais à la fin du , Nicolau de Montribloud, dans Journées d'études 1984, Amplepuis...Lyon, 1986.. Un riche ensemble de toiles (106 tableaux, dont 16 de maîtres italiens) s'y trouvaient également, ce qui le faisait cité comme l’exemple même du lyonnais « parisianisé » D’après Françoise Bayard, Vivre à Lyon sous l'Ancien Régime, [Paris], Perrin, 1997..
La vente des biens lyonnais de Montribloud commence et en 1784 son hôtel particulier est acheté par Jean-Baptiste Delhorme dit de l'Ile (1736-1785), un gros négociant qui le transmet à ses deux enfants, son fils Jean-François (1776-1819) et sa fille Joséphine (1774-1835). La famille de Lhorme est originaire de Lyon mais, installée, depuis la génération du père de Jean-Baptiste, à Saint-Pierre en Martinique où elle possède de nombreux immeubles de grands domaines.
Une nouvelle vocation au : « Le Palace des Grands de ce monde » Les interrogations de la période révolutionnaire