(en [ ], translittération Gangnam Style, qui signifie littéralement Style de Gangnam, du nom de ce quartier de Séoul considéré comme le plus riche de la région métropolitaine) est une chanson parodique du chanteur sud-coréen Psy, de son vrai nom Park Jae-Sang (hangeul:박재상), cosignée avec Yoo Gun-Hyung. Le single est extrait de l'EP Psy 6 (Six Rules), Part 1 (2012).

La chanson est connue pour son humour et son rythme accrocheur, accompagnés d'une chorégraphie insolite imitant un cavalier à cheval.

Le single sort le et entre directement numéro un du classement sud-coréen, le Gaon Chart. Il connaît ensuite un succès planétaire, particulièrement à travers sa diffusion sur les sites de partage vidéo, le clip officiel de la chanson devenant le plus visionné de l'histoire de YouTube, puis la première vidéo ayant dépassé le milliard de vues le , puis les 2 milliards le . Elle est en 2026 la neuvième des vidéos les plus visionnées sur YouTube avec un peu plus de 5,8 milliards de vues.

Gangnam Style est détrôné au classement du nombre de vues le par le clip See you again de Wiz Khalifa et Charlie Puth après cinq ans à sa tête..

Analyse Paroles Les paroles originales parlent de .. Les paroles chantées pendant le refrain : 오빤 강남 스타일 (« Oppan Gangnam style ») pourraient être traduites par : , l'expression idiomatique « Oppa ! » étant un terme utilisé de manière familière par les jeunes filles coréennes pour appeler une personne plus âgée de sexe masculin « Gangnam Style : critique imprévue d’une sensation folle », Jane Zhang, Le Journal International, 27 novembre 2012.. L'expression « Gangnam Style » est un néologisme coréen faisant référence à la mode haut de gamme et à un style de vie somptueux, particulièrement associé à des tendances à Gangnam-gu (강남) un quartier de Séoul, considéré comme la partie la plus riche de la région métropolitaine.

Parodie à grand succès vignette|gauche|Une rue de Gangnam-gu.

Le clip vidéo montre Psy exécutant inlassablement une danse comique (souvent appelée a posteriori « danse du cheval » ou encore « danse du cavalier » dans le monde francophone et « horse-riding dance » en anglais), mimant de manière caricaturale les gestes de l'équitation (précisément un cavalier, plutôt cow-boy, au galop jouant de temps à autre de son lasso). Il apparaît dans différents décors présentés comme des lieux peu fréquentés de l’arrondissement de Gangnam-gu, quartier chic du sud de Séoul en Corée du Sud. Le clip et la chanson se veulent ainsi . Le néologisme « Gangnam » est, par métonymie, le nom donné à tout ce qui rapporte à l'univers du riche quartier séoulien, de la même manière que l'expression française « seizième » pour parler des habitants ou de l'ambiance du seizième arrondissement de Paris. Pour résumer, Psy met en scène cette classe de la société que l'on appelle, selon une expression française, les « nouveaux riches »Stéphane Lagarde, « Gangnam Style », la très addictive danse du cheval, Encres de Chine, RFI, , consulté le 16 décembre 2012..Su Hyun Lee, , The New York Times, 20 septembre 2012, consulté le 16 décembre 2012..

Psy fait notamment une critique de la débauche consumériste des jeunes femmes de ce quartier, et met en scène différents lieux de défoulement de la société sud-coréenne étouffée sous la pression sociale (représentée dans le clip par un sauna rempli de mafieux tatoués). La carrière d'entraînement des chevaux, la salle de sport, le métro, le supermarché sont transformés en discothèque, et des « ajumma » (littéralement « dames d’un âge certain ») traversent le pays en bus en chantant et en dansant. Symbole du réveil d'une Corée décomplexée face à la morosité de la société que met en scène Psy, ces femmes commencent à s'amuser après une vie à subir un mari artisan du « miracle économique coréen ». Mais Psy se défend de vouloir jouer au chanteur engagé en dénonçant les dérives d'une société de plus en plus inégalitaire. Il s'agit plus pour lui d'un prétexte pour s'amuserPsy, la revanche d'un bad boy coréen, Lepoint.fr, 25 septembre 2012, consulté le 27 décembre 2012. ..

vignette|Psy interprétant Gangnam Style à Sydney.

Le fossé culturel entre la K-pop et le monde occidental est manifeste ; alors que les nombreux boys bands coréens rencontrent un immense succès dans toute l'Asie, grâce à une solide industrie de la chanson extrêmement bien rodée, leur exposition dans les autres régions du monde ne reste que confidentielle. Cela s'explique par le fait que dans les années 1990, le phénomène des « boys band » s'est essoufflé en Europe et Amérique du Nord. Les chanteurs et groupes asiatiques se sont inspirés de cette période, et le phénomène « boys et girl group » a donc pu connaître un second souffle grâce à la K-pop. Paradoxalement, c'est grâce à l'amusant Gangnam Style que la culture musicale coréenne plus « classique » (que l'on pourrait qualifier de plus « gangnam ») s'est immiscée en Occident, au-delà du buzz et de Psy en lui-même. Le chanteur surmonta d'ailleurs, plus facilement que de coutume pour un artiste asiatique, les obstacles culturels entre Extrême-Orient et Occident. D'autant plus qu'au moment où Psy façonne son futur tube (début 2012), le mythe coréen du style de vie « Gangnam », qui sert de base à la chanson, tend à décliner. Il avait atteint son apogée, dans l'imaginaire collectif sud-coréen, au cours des années 2000, mais, depuis quelques années, se moquer de Gangnam était plutôt passé de mode en Corée, car ce quartier tendait à perdre de son bling-bling, la crise économique n'y étant pas étrangère.

Pour expliquer cet étrange succès, les critiques analysent que, d'un point de vue artistique, la parodie passe nécessairement par l'hyper-sophistication des images et du son, au service du ridicule que l'on recherche à tout prix. La joie et l'humour qui émanent de ce ridicule se veulent salvateurs face à la morosité du style de vie « gangnam ». Par exemple, Psy porte successivement plusieurs costumes colorés et voyants, tout en gardant les mêmes lunettes de soleil noires. Avec la différence entre l'apparence de son visage (coiffure, lunettes), sa musique plutôt stricte (ou du moins conventionnelle) et la désuétude de sa danse et de ses costumes, il réalise une sorte d'oxymore entre « tenue chic et danse ringarde », créant ainsi le décalage en puisant ses références directement dans cette classe de la société coréenne (carrière de chevaux, sauna, supermarché, etc.) et des contenus vidéoludiques déjà célèbres..

Mais cette recherche du ridicule déplaît fortement aux détracteurs du phénomène Gangnam Style. Pour Dafna Zur de l'université Stanford, le retentissement mondial de Gangnam Style met également en jeu le complexe d'infériorité des Sud-Coréens, pour qui toute publicité est une bonne publicité, quel qu'en soit le fondement. En effet, l'ensemble des autorités et de l'Intelligentsia de Corée oublièrent leurs critiques réticentes du début (qui dénigraient le côté superficiel de Gangnam Style), face au succès mondial de la chanson.

Autre paradoxe, l'intéressante double-lecture de la chanson et du clip n'est compréhensible que par des spectateurs familiers de la culture coréenne, ce qui accentue l'apparent fossé culturel ; l'ampleur du succès remporté par Gangnam Style n'en est que plus inédite, voire absurde. En effet, selon ses propres mots (dans une interview pour Reuters), Psy déclare que Gangnam Style était à la base adressée exclusivement aux fans de K-pop.

Outre la drôlerie grotesque de la « horse-riding dance » de Judson Laipply, les raisons du succès sont donc complexes à définir à l'heure d'internet et du buzz. Toujours est-il que l'universalité du style de vie de la classe sociale dépeinte par Psy a été relevée. Pour certains spécialistes, Gangnam est à Séoul ce que Beverly Hills est à Los Angeles : une zone de richesse déployée à la vue de tous, une collection de centres commerciaux de luxe, d’écoles privées et de cliniques de chirurgie esthétique, en somme un temple de la consommation dont, par exemple, Katy Perry et Snoop Dog avaient déjà pris le parti de se moquer, gentiment et avec recul, dans California Gurls (littéralement « meufs de Californie »), une chanson arrivée en tête des charts dès sa sortie en ..

D'un point de vue strictement coréen, on tient à relativiser l'importance du fond et de la double-lecture de la chanson (« Je voulais juste m'amuser. Cette chanson n'a pas de signification particulière », déclare Psy) et on explique son succès par la puissance de l'« Hallyu » (littéralement « vague coréenne ») menée, au moyen de la K-pop, par la société YG Entertainment, depuis le milieu des années 1990, et qui commence à entrer en Occident par diverses portes (on cite par exemple les groupes Wonder Girls, Big Bang ou 2NE1 au succès toujours grandissant en Europe et aux États-Unis). Cette culture jugée transnationale, aux confins du nationalisme coréen et du grand capitalisme international (le second prenant le premier comme alibi et comme soutien), n'aurait aucun mal à se commercialiser internationalement à l'heure d'internet, et ce au détriment de l'ancienne culture sud-coréenne, comme en juge le webzine progressiste sud-coréen Pressian. Psy n'est cependant pas tout à fait un chanteur de K-pop banal, comme le fait remarquer Sisa-In. Lorsqu'il entre à YG, il a déjà trouvé son style donc son public. En effet, dès ses débuts, il impulse lui-même la direction que prendra sa carrière, selon ses aspirations personnelles et non le désir des producteurs, ce qui explique la fidélité de son public en Corée. De ce fait, Psy engrange depuis toujours une confiance en lui et en ses fans. Ces deux prédispositions que sont son statut de musicien confirmé ayant l'envie de partager sa musique avec les autres, et son aisance vis-à-vis des codes du système occidental, renforcée par une excellente pratique de l'anglais, seraient à mettre sur le compte de l'éducation qu'a pu lui offrir son propre père, dont plusieurs journaux relatent la grande richesse. Celui-ci vivait avec son fils à Gangnam-gu, ce qui permit à ce dernier de jouir d'études de très bon niveau (Berklee college of music à Boston aux États-Unis), et ce malgré de nombreux débordements au niveau du comportement (comme une condamnation en 2001 dans une affaire de trafic de marijuana).La K-pop ou l'argent comme moteur du nationalisme, d'après Yi Tong-yon in Pressian Séoul, Courrier international, n1154, 13-19 décembre 2012, , Paris, ISSN 1154-516XPsy ou le triomphe de la sincérité, d'après Pak Kwon-il in Sina-Il Séoul, Courrier international, n1154, 13-19 décembre 2012, p., Paris, ISSN 1154-516X..

Tournage du clip , dans la grande banlieue de Séoul, à Songdo, un district d'IncheonThomas Saintourens ; Giulio di Sturco (photos), « Aérotropolis », in: GEO, - août 2012, ..

Dans la K-pop, il est courant que des célébrités s'adonnent à des caméos dans les clips d'autres artistes. Ici plusieurs célébrités apparaissent dans les scènes de danse de l'ascenseur ou dans le parking : Kim Hyuna, une membre du groupe 4Minute, apparaît avec Psy dans la scène finale. Une autre version officielle du clip vidéo est sortie où c’est Kim Hyuna qui interprète la musique en compagnie de Psy. ; , une personnalité de télévision, danse en costume jaune ; , une personnalité de télévision, danse dans l’ascenseur ; Daesung et Seungri, deux membres du groupe Big Bang, jouent au Jangqi.

Performances

Internet Le clip vidéo est mis en ligne sur le site de partage vidéo YouTube le . En moins d'un mois et demi, la semaine du la vidéo dépasse le clip vidéo de la chanteuse canadienne Carly Rae Jepsen avec Call Me Maybe et se classe numéro un du classement .. Le , la vidéo dépasse en nombre de vues le clip Gee du girl group sud-coréen Girls' Generation et devient ainsi la vidéo de K-pop la plus visionnée sur YouTube. Le clip atteint rapidement, le , le cap des 5 millions de vues par jour.. Fin septembre, la chanson est classée sur iTunes dans 31 pays ..