vignette|Daguerréotype colorisé à la main par J. Garnier, ca. 1850

La colorisation photographique est un procédé qui consiste à ajouter de la couleur aux photographies en noir et blanc ou sépia, généralement pour accroître le réalisme de la photographie ou à des fins artistiques. Les premières utilisations de cette technique remontent au milieu du , avant l'apparition de la photographie en couleurs. Elle se poursuit pour les photos et cartes postales à une époque où les vraies photos en couleurs étaient très rares. Aujourd'hui, les photos et cartes postales en couleurs sont devenues courantes.

En règle générale, des aquarelles, des huiles, des crayons, des pastels et d'autres peintures ou teintures sont appliqués à la surface de l'image en utilisant des pinceaux, les doigts, des coton tiges ou des aérographes. On peut toujours coloriser pour le plaisir des photos noir et blanc, en particulier avec des logiciels informatiques.

Histoire Pre-1900 La photographie monochrome (noir et blanc) apparaît avec l'invention du procédé par Nicéphore Niepce en 1827 et son amélioration le daguerréotype, par Louis Daguerre en 1835 suivi d'autres méthodes dont le calotype, l'ambrotype, le ferrotype, l'impression à l'albumine et l'impression argentique à la gélatine. L'essentiel de la production photographie reste monochrome jusqu'au milieu du , bien que des expériences produisent des photographies en couleurs dès 1855 et que certains procédés photographiques produisent des images avec une couleur globale inhérente comme le bleu des cyanotypes.

Dans une tentative pour créer des images plus réalistes, les photographes et les artistes colorisent à la main des photographies monochromes. Les premiers daguerréotypes colorés à la main sont attribués au peintre et graveur suisse Johann Baptist Isenring qui utilise un mélange de gomme arabique et de pigments pour colorer les daguerréotypes peu après leur invention en 1839Henisch, H.K. & Henisch, B. (1996). The painted photograph 1939-1914: Origins, techniques, aspirations. Pennsylvania: The Pennsylvania State University Press. .. De la poudre colorée est fixée sur la surface sensible du daguerréotypie par application de chaleur. Des variantes de cette technique sont brevetées en Angleterre par Richard Beard en 1842 et en France par Stéphano (aussi dit Étienne) Lecchi déposées à l'Académie des Sciences en et utilisées en 1843 par le daguerréotypiste et horloger GIROUD qui en a l'exclusivité à Toulon de l'auteur lui-même puis par Léotard de Leuze en 1845. Plus tard, la coloration à la main est réalisée avec des innovations photographiques successives: des tirages argentiques à l'albumine et à la gélatine, les lanternes magiquesRobinson, D., Herbert, S., Crangle, R., & Magic Lantern Society of Great Britain. (2001). Encyclopaedia of the magic lantern. Londres : Magic Lantern Society, ., le film inversible ou encore la "photokérographie coloriée" mise au point en 1855 par le photographe Arsène Garnier.

Parallèlement, des efforts pour produire des images photographiques colorées ont un impact sur la popularité de la colorisation manuelle. En 1842, Daniel Davis Jr. brevette un procédé de coloration des daguerréotypes par galvanoplastieHenisch. (1996). . et son travail est affiné par Warren T. Thompson l'année suivante. Les résultats des travaux de Davis et Thompson ne réussissent que partiellement à créer des photographies en couleurs et la méthode d'électrodéposition est rapidement abandonnée. En 1850, Levi Hill annonce son invention d'un procédé de création de daguerréotype en couleurs naturelles dans son Treatise on DaguerreotypeHill, L. L., & McCartey, W. (1973). A treatise on daguerreotype. The Literature of photography. New York: Arno Press.. Les ventes de daguerréotypes classiques incolores à l'origine et colorés à la main chutent en prévision de cette nouvelle technique. Hill retarde la publication des détails de son processus de plusieurs années et ses revendications ne tardent pas à être considérées comme frauduleuses. Quand il publie finalement son traité en 1856, le processus - de bonne foi ou non- est certainement impossible et dangereux.

La coloration manuelle reste la méthode la plus simple et la plus efficace pour produire des photographies entièrement en couleurs jusqu'au milieu du lorsque l'Américain Kodak introduit le film couleur Kodachrome.

Photographie japonaises colorées manuellement (circa 1860–1899) frame|Avant: tirage monochrome à l'albumine d'un album Stillfried & Andersen ; négatif exposé entre 1862 et 1885

Bien que la coloration manuelle des photographies a été introduite en Europe, la technique bénéficie d'une considérable popularité au Japon où la pratique devient une forme d'art respecté et raffiné au début des années 1860. Il est possible que le photographe Charles Parker et son partenaire l'artiste William Parke Andrew ont été les premiers à produire de telles œuvres au Japon, mais les premiers à employer régulièrement la colorisation à la main dans le pays sont le reporteur et photographe italien Felice Beato et l'artiste et coloriste Charles Wirgman du The Illustrated London NewsHenisch. (1996). .. Dans l'atelier de Beato, les compétences raffinées des aquarellistes et xylographes japonais sont appliquées avec succès à la photographie européenne, comme en témoigne le volume de Beato de portraits colorés à la main, les « Native Types».

Un autre photographe pionnier notable au Japon à utiliser la coloration manuelle est Yokoyama Matsusaburō. Formé comme peintre et lithographe ainsi que comme photographe, Yokoyama profite de son vaste répertoire de compétences et de techniques pour créer ce qu'il appelle des shashin abura-e (写真油絵) ou « peintures à l'huile photographiques », dans lesquelles le support papier d'une photographie est découpé et des peintures à l'huile sont ensuite appliquées à l'émulsion restanteYokoe, F. (1997). Part 3-3. Yokoyama Matsusaburo (1838-1884). In Art, T. M. M. P. H. M. (Ed.), The Advent of Photography in Japan. Musée métropolitain de photographie de Tokyo, ..

Parmi les producteurs ultérieurs de coloration à la main au Japon figure la société Stillfried & Andersen, qui acquiert le studio de Beato en 1877 et colorise manuellement nombre de ses négatifs en plus des leursBennett, T. (1996). Early Japanese images. Rutland, VT: Charles E. Tuttle. .. Le baron autrichien Raimond von Stillfried und Ratenitz, forme le photographe et coloriste japonais Kusakabe Kinbei, et ensemble, ils créent des images colorées à la main de la vie quotidienne japonaise qui sont très populaires comme souvenirs. Kusakabe Kinbei, Tamamura Kōzaburō, Adolfo Farsari, Uchida Kuichi, Ogawa Kazumasa et d'autres produisent également des photographies colorées à la main. De nombreuses photographies coloriées manuellement et de haute qualité continuent à être réalisées au Japon jusque dans la première moitié du .

Post-1900 frame|Après : Tirage coloré à la main à partir du même négatif, coloré par Stillfried & Andersen entre 1875 et 1885

Ce qu'on appelle l'âge d'or de la photographie colorée à la main en Occident se situe entre 1900 et 1940Ivankovich, M. & Ivankovich, S. (2005). Early twentieth century hand-painted photography: Identification and value. Kentucky: Collector Books. .. La demande accrue pour les photographies de paysages colorées à la main au début du est attribuée à l'œuvre de Wallace Nutting. Celui-ci, pasteur de Nouvelle Angleterre, réalise des photographies de paysage colorées à la main comme passe-temps jusqu'en 1904 lorsqu'il ouvre un studio professionnel. Il passe les 35 années suivantes à créer des images colorées à la main et devient le photographe qui vend le plus de tirages colorés manuellement de toute l'histoire de la photographieIvankovich. (2005). .

Entre 1915 et 1925, les photographies colorisées manuellement sont populaires parmi les classes moyennes aux États-Unis, au Canada, aux Bermudes et aux Bahamas comme cadeaux de mariage élégants et à prix abordable, comme cadeaux de naissance, cadeaux de vacances, cadeaux d'amitié et souvenirs de vacances. Avec le début de la Grande Dépression en 1929, et la baisse conséquente du nombre de membres de la classe moyenne, les ventes de photographies coloriées à la main diminuent fortement.

Malgré leur baisse de popularité, les photographes qualifiés continuent à créer des photographies magnifiquement coloriées à la main. Les tirages coloriés manuellement des sculptures de ses propres poupées par Hans Bellmer au cours des années 1930 sont un exemple de la poursuite de la production de photographies coloriées manuellement en Europe pendant cette période. En Pologne, le monidło est un exemple de populaires photos de mariage colorées à la main.

Luis Márquez (1899–1978), autre créateur de photographie colorées à la main, est le photographe officiel et le conseiller artistique du pavillon mexicain à la Foire internationale de New York 1939-1940. En 1937, il présente au gouverneur du Texas James V. Allred une collection de photographies coloriées à la main. L'Université nationale autonome du Mexique à Mexico possède une vaste archive photographique de Luis Márquez ainsi que l'Université de Houston au Texas.

Dans les années 1950, la disponibilité des films de couleur arrête la production des photographies coloriées à la main. Cependant, le regain de popularité des antiquités et objets de collection dans les années 1960 suscite un intérêt accru pour les photographies coloriées à la main. Depuis environ 1970, il existe une sorte de renouveau de la coloration manuelle, comme on le voit dans le travail d'artistes-photographes comme Elizabeth Lennard, Jan Saudek, Kathy Vargas et Rita Dibert. L'utilisation par Robert Rauschenberg et d'autres de supports photographiques et de peinture combinés dans leur art représente un précurseur de ce renouveau. thumb|Photographie noir & blanc du centre Melbourne en 1981, colorisée par l'auteur. En dépit de la disponibilité de procédés en couleurs de haute qualité, les photographies coloriées à la main (souvent combinées avec des virages sépia) sont encore populaires pour des raisons esthétiques et parce que les pigments utilisés ont une grande permanence. Dans de nombreux pays où le film couleur est rare ou cher, ou lorsque le traitement de la couleur n'est pas disponible, la coloration manuelle continue d'être utilisée et parfois préférée dans les années 1980. Plus récemment, des logiciels de retouche, de traitement et de dessin assisté par ordinateur sont employés – particulièrement dans la publicité – afin de recréer l'apparence et les effets de la coloration manuelle. La colorisation est maintenant disponible pour le photographe amateur en utilisant un logiciel de manipulation d'image comme Adobe Photoshop.

Matériels et techniques Teintures Des colorants de base sont utilisés dans la coloration à la main des photographies. Les colorants sont des matières en couleurs, naturelles ou synthétiques, solubles en solution aqueuse, par opposition aux pigments qui sont généralement des substances de couleur, insolubles dans une solution aqueuse. Les teintures à l'aniline, premiers colorants produits par synthèse, au départ utilisés pour la teinture des textiles, sont dans un premier temps utilisées pour teindre les impressions à l'albumine et les photographies en film inversible en Allemagne dans les années 1860Henisch. (1996). .. Dans le procédé de colorisation manuelle par teintures, une faible solution de teinture dans l'eau est préférée et les couleurs sont souvent constituées par des lavages répétés au lieu d'être appliquées en une seule fois. L'idée est de « tacher » ou « teindre » le tirage plutôt que de le « peindre » car trop de peinture cacherait des détails photographiques. Du buvard est utilisé pour contrôler la quantité de colorant sur la surface en en absorbant l'excès.

Aquarelle