Les Soninkés encore appelés Maraka sont un peuple présent en Afrique de l'Ouest sahélienne, qui habite un vaste territoire qu’ils nomment eux-mêmes Soninkara, c’est-à-dire « le pays des Soninké » établi principalement au Mali, au Sénégal, en Mauritanie, en Gambie, en Guinée, en Guinée-Bissau, en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso.

Les Soninké sont réputés pour leur forte culture cavalière, héritée de l’Empire du Wagadu. Ils sont également reconnus comme un peuple de commerçants, ayant joué un rôle important dans les échanges économiques à travers l’Afrique de l’Ouest et le Sahara.Ils font culturellement partie du groupe mandé par leur langue, le soninké, et forment un groupe ethnique à part entière.

Ethnonymie Selon les sources, ce groupe ethnique est désigné par de nombreuses variantes : Aswanik, Dafing, Dafi, Dyakanke, Gadyaga, Maraka, Maraxa, Marka, Marka Soninké, Saracole, Sarakolé, Sarakollé, Sarakule, Sarawule, Saraxole, Seraculeh, Serahuli, Serakhulle, Silabe, Soniake, Soninkés, Sonninké, Toubakai, Wa’kri, Wakore..

Ils se désignent eux-mêmes par le mot soninké qui est en réalité le singulier du mot soninkoMamadou Dramé, « Cérémonies et rites chez les Soninké », dans Peuples du Sénégal, Sépia, Saint-Maur, 1996, p. 65. Ils sont également appelés « Sarakholés » par les Wolofs, « Marakas » par les Mandingues « Wakoré » par les Songhaïs, ou encore « Toubakaï ». « Marka » est le nom sous lequel ils sont connus au Mali dans la région de Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti et au Burkina Faso dans celle de Dafina James Stuart Olson, « Marka » in The Peoples of Africa: An Ethnohistorical Dictionary, Greenwood Publishing Group, 1996, p. 373 ..

Langue Leur langue est le soninké, une langue mandée, dont le nombre total de locuteurs a été estimé à plus de dans le monde. ont été dénombrés au Mali, au Sénégal, en Gambie, en Mauritanie, en Guinée (Manda Saran, Linsan Saran et Badougoula), en Guinée-Bissau et quelques milliers en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso. Les Soninkés sont présents également à l'extérieur de l'Afrique grâce à une importante diaspora. Ces chiffres restent des estimations.

Histoire

Mythe des origines La fondation du royaume du Ouagadou, à l'origine de l'empire du Ghana, d'après la tradition orale des griots soninkés, est attribuée à un personnage légendaire, Dinga, l'ancêtre des Soninkés. Lorsque Dinga arriva en Afrique de l'Ouest, dans la région où se trouvent aujourd'hui le Mali, la Mauritanie et le Sénégal, il trouva sur place une nation d'agriculteurs, les Karos, qu'il réussit, lui et sa suite, à dominer.

Les troupes de Dinga étaient d'excellents cavaliers, armés de lances, d'épées, de boucliers et d'armures de fer. La légende rapporte que dans la région, un serpent à sept têtes nommé Bida régnait en maître. Pour pouvoir fonder un royaume, Manga Diabé Cissé, fils de Dinga, dut négocier avec le serpent Bida : celui-ci devait le laisser installer son empire à condition que Dinga lui donnât tous les sept ans la fille la plus belle et la plus propre (vierge) du Ouagadou. En contrepartie, le serpent accorderait au Ouagadou la richesse, l'or et la pluie pour les récoltes. Dinga Cissé est l'ancêtre des Soninkés portant les patronymes : , , , Khouma, , Soukhouna, .

Histoire L'historien Abdoulaye Bathily propose une origine saharienne des Soninkés, qui auraient migrés vers le Sahel au fur et à mesure de l'assèchement du climat au .

Ce fut après la destruction de l’empire des kayamaga que fut bâtie Diâra. Une partie des habitants de l’ancien empire émigra à Koussâta ; ce sont les gens appelés Koussa. Les autres allèrent à Diâra ; ces derniers furent vaincus par le Kaniâga-faren, qui s’empara de leur royaume et soumit les Arabes qui en faisaient partie, jusqu’au Foutouti, à Tichit et au Takanakà.

L’empire du Malli ne se constitua réellement qu’après la chute de la dynastie des kayamaga, dont le pouvoir s’étendait sur toute la région occidentale sans en excepter aucune province. Auparavant, le chef du Malli n’était que l’un des vassaux du kayamaga, l’un de ses fonctionnaires et de ses ministres.

Kayamaga, en langue ouâkoré, veut dire « roi de l’or », kaïhou signifiant « or » et maga « roi ».

Les Soninkés se sont convertis à l'islam au . Après la chute de l'empire du Ghana, les Soninkés se sont dispersés dans toute l'Afrique de l'Ouest à partir du , donnant ainsi naissance à plusieurs ethnies dont les Bozo, Soninkés devenus pêcheurs sur le fleuve Niger et en propageant l'islam.

Ils ont créé également le royaume du Galam au Sénégal, sur la vallée du fleuve Sénégal, ancien royaume qui se trouvait au sud du Fouta-Toro et à l'est du royaume du Djolof. Le roi portait le titre de Tounka. Le royaume a été plusieurs fois vassalisé par le Djolof à l'époque où celui-ci était un empire, par le Fouta-Toro et par le royaume bambara du Kaarta. La ville de Bakel se trouve sur l'ancien royaume du Galam.

Le royaume du Galam vivait de l'agriculture, du commerce de la gomme arabique, de l'or et des esclaves.. Installé idéalement à mi-distance du désert et de la forêt, ses échanges se faisaient avec les peuples de la région comme avec ceux venus du nord.

Le plus lucratif était l'or, extrait au sud ou dans la région, et les esclaves, capturés sur des tribus noires voisineshttps://www.persee.fr/doc/jafr_0399-0346_2000_num_70_1_1219, les deux sources essentielles de ses ventes aux peuples du nord. Ce qui n'empêcha pas les Maures de razzier le Galam, en quête de toujours plus d'esclaves pour leurs voies commerciales transsahariennesLes portes de l'or, , 270-271..

L'arrivée des Européens renforça la traite tout en réorientant les axes commerciaux. En effet, les négriers français captèrent une partie du bois d'ébène, notamment celui capturé dans les pays voisins, le Galam réservant les autres esclaves à la traite arabe.

Au , les Européens prohibèrent l'esclavage et la traite. Mamadou Lamine Dramé, un marabout soninké du Galam, fut l'un des plus grands résistants contre la colonisation au Sénégal, tout comme Samory Touré et pour la même raison existentielle que lui : il défendait le maintien du libre trafic des esclaves.

Population Le territoire qu'ils occupent s'étend sur 800 kilomètres, d'est en ouest, de la moyenne vallée du Sénégal jusqu'au delta intérieur du NigerMamadou Dramé, op. cit., p. 69.. La majorité des Soninkés vivent dans l'ouest du Mali.

Au Sénégal, selon le recensement de 1988, les Soninkés étaient sur une population totale estimée à , soit 1,7 %Chiffres de la Division de la Statistique de Dakar cités dans Peuples du Sénégal, op. cit., p. 182..

Il existe une importante diaspora Soninké, notamment en région parisienne depuis la fin des années 1950Jean-Philippe Dedieu, La parole immigrée. Les migrants africains dans l'espace public en France (1960-1995), Paris, Klincksieck, 2012, pp.100-110 ; François Manchuelle, Les diasporas des travailleurs soninké (1848-1960): Migrants volontaires, Paris, Karthala, 2004, pp. 263-310.. Dans les années 1970, les Soninkés représentaient près de 70 % de la population subsaharienne émigrée en FranceBernard Nantet, Dictionnaire de l’Afrique. Histoire, civilisation, actualité, Larousse, Paris, 2006, p. 275 ..

Ils sont généralement musulmans sunnites.

Organisation sociale Dès l'époque précoloniale, la société soninké pratique le commerce d'esclaves pour progressivement se transformer en société esclavagiste.. Ainsi, jusqu'à la fin du , dans les régions qu'elle occupe, la population peut être constituée de 30 à 50% d'esclaves. Face à de si grandes proportions, les Soninkés, pour maintenir le contrôle, se montrent brutaux à leur encontre. Les esclaves habitaient dans un quartier spécifique des villages, une pratique qui s'est maintenue jusqu'à nos jours.

Les Soninkés vivent sur la vallée du fleuve, plus particulièrement dans la région de Guidimakha et la région du Gorgol. Ils sont sans nul doute les plus grands cultivateurs de la Mauritanie.

L’organisation sociale des Soninkés est très hiérarchisée. Elle comprend trois niveaux. : les hommes libres appelés Hooro (nobles) auxquels appartiennent les tunkalemmu (princes qui ont vocation au règne) les mangu (courtisans, guerriers, confidents des tunkalemmu) et les modylemmu (imams, marabouts, guides religieux) ; les hommes de caste ou Ñaxamala (Niakhamala) auxquels appartiennent les forgerons, les travailleurs du bois, les griots (jaaro) et les cordonniers ; les captifs, esclaves ou Komo, qui ont été affranchis au début du .

Ce système est héréditaire. Les mariages se font au sein de chaque catégorie. La société soninké est patrilinéaire.

Le tunka, le roi, est le chef politique. Il est propriétaire des terres de son pays et de ce qui y pousse. Il est issu des tunkalemmu auxquels il se réfère avant de prendre une décision. Les chefs de village doivent obtenir la bénédiction du tunka pour exercer.

Culture

thumb|Femme soninké et sa petite fille à Sélibabi (Mauritanie). Dans le passé, les hommes avaient les cheveux tressés ou des coiffures en locks, qu'ils enduisaient de karité. Les femmes avaient le plus souvent le crâne rasé, mais il y avait aussi des coiffures tressées, très difficiles à réaliser. Elles tatouaient leurs lèvres et leurs gencives pour faire ressortir la blancheur de leurs dents et rehausser la beauté de leur visage. Les femmes portaient toujours un léger voile sur la tête.

Les Sarakholés ne pratiquent pas la scarification du visage autant que les Bambaras. Hommes comme femmes se font deux ou trois scarifications sur les tempes, et les femmes en font trois de plus sur les joues. L'excision des jeunes filles était très pratiquée dans le passé. Les oreilles de la femme sont percées de plusieurs trous dans lesquels sont placés plusieurs anneaux en or pour les plus fortunées, en argent ou en bronze pour les plus modestes. Les bijoux tels que les colliers, les bracelets au poignet et aux chevilles sont très utilisés. Traditionnellement, les hommes soninkés portent le boubou, une grande robe qui arrivait en bas des genoux et un pantalon, souvent de couleur blanche, beige ou bleu indigo. Dans le passé, une ceinture de cuir était attachée à la taille. Il y a aussi les babouches brodées appelées moukhou, ou les sandales de cuir, le tepou. Les femmes portaient le pagne qui s'arrêtaient en bas des genoux, le fendeli, et pour le haut la camisole, par-dessus laquelle elles mettent un boubou le plus souvent de couleur indigo, appelé doroké khoré (grand vêtement). Avec l'islamisation, le pagne arrive désormais jusqu'aux chevilles. Le bazin (bassa) est le tissu utilisé pour les fêtes, noble et de grande qualité. Sous leurs vêtements, les femmes ont plusieurs colliers de perles qu'elles portent sur la taille. Ils sont portés comme des sous-vêtements de séduction, ils ne peuvent être montrés que dans l'intimité. Sur la tête elles attachent artistiquement un foulard, le tikka ou kala.

Patronymes thumb|Abdoulaye Bathily, spécialiste de la langue et de l'histoire soninké.

Selon Makhtar Diouf, chercheur à l'IFANPatronymes identifiés comme soninké par Makhtar Diouf, dans Sénégal, les ethnies et la nation, Dakar, NEAS, 1998, p. 70-71, certains patronymes sont caractéristiques d'une origine soninké – parfois lointaine – comme : Baradji, , Barro, Berthé, Bidanessy, Camara, Cissé, Dabo, Diaby, Diabira, , Diagouraga (tambacoly), Diarisso, Diané, Dianessi, Dioumassy, Diombera ( Sakho), (Maréga), ou Doucouré, Dounkassi, Doukara, , Fadiga, Fadé, Fall, Fofana, , Gandega, Goumané ou Gumaneh, Maguiraga, Makadji, Niakaté, Samassa, Koïta, Kouma, ou Sacko, Samoura, Sissako, Semega, , , Soukouna ou Sokhona, Magassa, Simaga, Simpara, Talla, Tandia ou Tandian, Tandjougora Tigana, Tounkara, , Yattabari, Wagué.

D'autres comme , Séméga, Gallédou, Timéra, ou Tandian notamment.