Les ont eu lieu au Japon le Japon : élections législatives anticipées le 16 décembre, Le Nouvel Observateur, 14 novembre 2012., neuf mois avant la fin officielle de la législature.
Ces élections parlementaires sont intervenues dans un contexte politique difficile, le pays ayant connu six Premiers ministres en seulement six ans, depuis 2006, tandis que les deux principaux partis, le Parti démocrate du Japon (PDJ) au pouvoir depuis 2009 et le Parti libéral-démocrate (PLD) qui a presque toujours gouverné auparavant, ont connu de nombreuses défections et dissidences aboutissant à un éclatement du paysage politique.
La Chambre des représentants fut dissoute le , par l'empereur Akihito, et ce, sur la proposition du Premier ministre Yoshihiko NodaJapon : dissolution de la Chambre des députés, législatives anticipées en décembre, Le Monde, 16 novembre 2012.Le premier ministre japonais dissout la Chambre, Le Figaro, 16 novembre 2012..
Le scrutin est marqué par une forte sanction à l'égard du PDJ, qui divise sa représentation par quatre à la chambre basse, et la mise en avant de discours conservateurs et nationalistes en matière de politique étrangère qui ont fait le succès, dans une certaine mesure, du PLD de Shinzō Abe et d'une « troisième force » incarnée par l'Association pour la restauration du Japon de Shintarō Ishihara.
Contexte
En , le Premier ministre, Yoshihiko Noda, parvient à trouver un accord avec l'opposition, dans le dessein de faire adopter un projet de loi fort controversé qui permettrait une hausse conséquente de la taxe sur la consommation. En échange, l'opposition, menée par l'ancien ministre des Finances Sadakazu Tanigaki, président du PLD, obtenait la garantie de l'organisation d'élections législatives anticipées.
La dissolution de la Chambre des représentants a été promise le lors d'un débat entre le Premier ministre Yoshihiko Noda et le chef de l'opposition, Shinzō Abe, en échange d'une promesse de vote de lois pour l'émission d'obligations d’État et une réforme électoraleJapon : loi pour le budget votée par les députés, un pas vers la dissolution, Romandie News, 15 novembre 2012.. Celles-ci étant adoptées le 16 novembre, le président de la Chambre des représentants, Takahiro Yokomichi, lit le même jour en séance la lettre de l'empereur annonçant la dissolution.
Système électoral
thumb|left|Panneau d'affichage des candidats dans le de la préfecture de Hyōgo
Les députés japonais sont élus pour quatre ans au suffrage universel direct via un système mixte parallèle déséquilibré. 300 députés sont élus au scrutin uninominal majoritaire à un tour dans des circonscriptions (ou districts électoraux) divisant les préfectures du Japon (allant de deux circonscriptions pour les préfectures de Tottori et de Shimane, à 25 pour Tokyo), et les 180 restant le sont à la représentation proportionnelle dans le cadre de onze grands blocs législatifs correspondant aux régions traditionnelles japonaises. Tout Japonais de plus de 20 ans et jouissant de ses droits civiques peut participer au vote. L'âge minimum pour se porter candidat est de 25 ans.
Les deux modes de répartition des sièges font l'objet d'un vote séparé : les électeurs votent en même temps pour un candidat au scrutin uninominal majoritaire à un tour et pour une liste de candidat au scrutin proportionnel. Un même candidat peut se présenter aux deux types d'élections. L'ordre d'élection sur une liste est déterminée au moment de sa présentation pour ceux uniquement candidats à ce mode de scrutin, sinon en fonction de l'écart de voix par lequel ils ont été battus au vote majoritaire (ceux qui ont perdu avec quelques voix d'écarts seulement sont prioritaires pour être élus à la proportionnelle si leur liste a réuni assez de votes pour avoir des sièges).
Campagnes
Une majorité sortante de centre gauche en difficulté
La majorité sortante, composée du Parti démocrate du Japon (PDJ), présidé par le Premier ministre Yoshihiko Noda depuis 2011, et du Nouveau parti du peuple (NPP), dirigé depuis 2012 par Shōzaburō Jimi (ancien ministre d'État aux services financiers et à la réforme postale de 2010 à 2012), souffre d'une impopularité assez importante. Parmi les principales faiblesses citées dans l'opinion publique, d'après les médias et les observateurs politiques, reviennent : le maintien d'une certaine instabilité à la tête de l'État (avec trois Premiers ministres en trois ans de gouvernement : Yukio Hatoyama, Naoto Kan et Yoshihiko Noda, tous étant descendu en fin de mandat à des taux de satisfaction inférieurs à 25 % dans les enquêtes d'opinion, ils succédaient eux aussi à trois chefs de gouvernement libéraux-démocrates connus en trois ans après 2006) ; l'abandon total ou partiel de certaines promesses de campagne de 2009 (comme l'impossibilité de faire déménager la base militaire américaine de Futenma ailleurs que dans la préfecture d'Okinawa, ce qui a provoqué le départ de la coalition au pouvoir du Parti social-démocrate en 2010, ou encore, à la suite de la catastrophe de 2011, les projets de baisser l'impôt sur les sociétés, de rendre gratuits les autoroutes « Special quake budget planned for next month », The Japan Times, 30/03/2011, ou l'extension des aides à l'éducation des enfants, créées à hauteur de par mois pour chaque enfant scolarisé jusqu'au collège à partir de 2010 et qui devaient être doublées<ref> « Child-rearing benefits face ax / Handouts to be abolished to free up funds for quake reconstruction », The Yomiuri Shimbin, 14/04/2011]</ref>) ; la gestion contestée des conséquences du séisme de 2011 de la côte Pacifique du Tōhoku (le tsunami et l'accident nucléaire de Fukushima), des médias (surtout conservateurs) attaquant dès le Naoto Kan et son équipe gouvernementale pour sa vitesse de réaction et sur sa communication autour des accidents nucléaires de Fukushima« Nucléaire : le gouvernement japonais critiqué pour la lenteur de sa réaction », Le Monde, 13/03/2011Y. ROUSSEAU, « Le Premier ministre joue sa survie dans l'organisation des secours », Les Échos, 14/03/2011]. Par la suite, l'approbation par le gouvernement Noda le du plan de réactivation des unités 3 et 4 de la centrale d'Ōi dans la préfecture de Fukui, opérée par la Kansai Electric Power Company (KEPCO), estimant qu'elles répondaient aux nouveaux standards de sécuritéP.-E. DE LAZZER, « Possible remise en marche de deux réacteurs nucléaires », Japon infos.com, 13/04/2012, rencontre une vive opposition de grands médias nationaux (le Mainichi Shimbun écrit alors : « Il est difficile de comprendre pourquoi le gouvernement a tellement hâte de redémarrer les réacteurs », tandis que l’Asahi Shimbun critique « l'inconstance » du gouvernement), des associations et ONG écologistes (un militant de Greenpeace Japon, Wakao Hanaoka, estime que : « Des études indépendantes montrent qu'il n'y aura pas de pénurie d'énergie »)AFP, « Japon: tollé contre le projet de redémarrer deux réacteurs », La Presse.ca, 15/04/2012J.-B. LITZLER, « Polémique au Japon sur le redémarrage du nucléaire », Le Figaro, 15/04/2012 et d'élus locaux (surtout du maire d'Osaka, Tōru Hashimoto, qui dispose d'un poids politique important dans la région du Kansai et valeur montante sur le plan national) « Hashimoto confronts Tokyo leadership over Oi nuclear plant », Asahi Shimbun, 25/04/2012. Le réacteur 3 est finalement remis en service le ; l'adoption de certaines mesures plutôt impopulaires ou controversées, qui ont provoqué une rupture au sein du parti avec de nombreuses défections, en particulier concernant le projet d'adhérer aux négociations du partenariat économique stratégique Trans-Pacifique dit TPP ou celui de doublement progressif d'ici 2015 de la taxe sur la consommation, projet lancé en 2011 par Naoto Kan puis concrétisé par Yoshihiko Noda grâce au soutien des deux principales formations de l'opposition, le Parti libéral-démocrate et le Nouveau Kōmeitō. À la suite du vote de cette réforme à la Chambre des représentants le , pas moins de 75 parlementaires ont quitté le PDJ, lui faisant perdre la majorité absolue qu'il détenait à partir de 2009, tandis qu'en avril 2 membres de la Diète avaient déjà quitté le NPP (dont son président Shizuka Kamei). La principale de ces dissidences reste celle d'Ichirō Ozawa, chef de l'opposition interne à Naoto Kan et Yoshihiko Noda depuis 2010 et partisan d'un respect à la lettre du programme de 2009, qui emmène avec lui 48 autres parlementaires (36 autres députés et 12 conseillers) pour créer Priorité à la vie du peuple (PVP) le . D'autres rejoignent l'Association pour la restauration du Japon (ARJ) du maire d'Osaka Tōru Hashimoto, le Genzei Nippon du maire de Nagoya Takashi Kawamura ou créent des petits partis en s'associant avec les dissidents du NPP (Masahiko Yamada et Shizuka Kamei crée un éphémère « Parti anti-TPP, anti-taxe et anti-nucléaire » qui s'allie rapidement avec le Genzei Nippon, quatre femmes de la Chambre des conseillers rejointes ensuite par trois députés créent le Vent vert).
Yoshihiko Noda est ainsi devancé dans les sondages par le nouveau président du PLD, Shinzō Abe, en termes de préférence des personnes interrogées pour devenir le prochain Premier ministre, et son parti est également en situation difficile dans les enquêtes d'opinions et est parfois devancé par l'ARJ désormais dirigée nationalement par l'ancien gouverneur de Tōkyō Shintarō Ishihara. Néanmoins, son retard est loin, à chaque fois, d'être important (voir la section sur les sondages).