vignette|300px|Higashi Hongan-ji à Kyoto.

Les temples bouddhiques sont, avec les sanctuaires shinto, les bâtiments les plus nombreux, les plus renommés et les plus importants du JaponLe terme « sanctuaire shinto » est employé par opposition à celui de « temple bouddhiste » pour refléter la distinction faite en japonais entre les bâtiments religieux des religions shinto et bouddhiste. En japonais, les premiers sont appelés , les seconds .. Le kanji pour « temple bouddhique » est , lu tera en lecture kun et ji en lecture on, si bien que les noms de temples se terminent souvent en -ji ou -dera (lénition du -t- en -d- due au rendaku). Il existe un autre kanji, , généralement utilisé pour les temples de moindre importance. Des temples connus tels que Enryaku-ji, Kiyomizu-dera et Kōtoku-in illustrent ces modèles de dénomination.

Bâtiments bouddhiques et shinto vignette|Un torii à l'entrée du Shitennō-ji, temple bouddhiste à Osaka. Au Japon, les temples bouddhiques existent côte à côte avec les sanctuaires shinto, et tous deux partagent les mêmes caractéristiques essentielles de l'architecture japonaise traditionnelle. Non seulement les toriis, portes habituellement associées au seul shinto, peuvent-ils se trouver dans les deux types de bâtiments, mais l'entrée d'un sanctuaire peut être marquée par un rōmon, porte d'origine bouddhique qui peut donc aussi souvent se trouver auprès d'un temple. Quelques sanctuaires, par exemple le Iwashimizu Hachiman-gū, possèdent une porte principale de style bouddhiste appelée sōmon. De nombreux temples disposent d'un temizuya et d'un komainu, comme un sanctuaire. Vice-versa, quelques sanctuaires emploient de l'encens et possèdent un shōrō (beffroi) comme un temple. Quelques sanctuaires, par exemple le Tanzan-jinja à Nara, ont même un tō (pagode)..

Les similitudes entre les temples et les sanctuaires sont également fonctionnelles. Comme dans le cas d'un sanctuaire shintoïste, un temple bouddhique n'est pas principalement un lieu de culte : ses bâtiments les plus importants sont utilisés pour la garde des objets sacrés et ne sont pas accessibles aux fidèles. Il y a des bâtiments spécialisés pour certains rites, mais ceux-ci ne sont généralement ouverts qu'à un nombre limité de participants. En effet, contrairement à une église chrétienne, un temple est aussi un monastère. Les rassemblements religieux dans le style des églises chrétiennes n'ont pas lieu régulièrement et ne se tiennent pas à l'intérieur du temple. Si beaucoup de personnes participent à une cérémonie, celle-ci prend un caractère festif et se tient à l'extérieur.

La raison des grandes ressemblances structurelles entre les deux types de bâtiments réside dans leur histoire commune. Il est en effet normal pour un temple d'avoir été aussi un sanctuaire. Du point de vue architectural, les différences évidentes entre les deux sont donc peu nombreuses et souvent seul un spécialiste peut les identifier..

Des sanctuaires vénèrent des kamis indigènes bien avant l'arrivée du bouddhisme au Japon, mais ce sont des terres délimitées sans aucun bâtiment ou des sanctuaires temporaires érigés lorsque cela est nécessaireKoga Fujita, 2008, .. Avec l'arrivée du bouddhisme au , les sanctuaires sont soumis à son influence et adoptent à la fois le concept de structures permanentes et l'architecture des temples.

vignette|gauche|Une porte de style bouddhiste (karamon) au Iwashimizu Hachiman-gū. Le développement ultérieur du shinbutsu shūgō (syncrétisme du bouddhisme et du culte des kamis) et de la théorie honji suijaku entraîne une fusion quasi complète du culte des kamis et du bouddhisme.. Il devient habituel pour les sanctuaires d'être accompagnés de temples dans des complexes mixtes appelés ou . L'inverse est également courant : la plupart des temples ont au moins un petit sanctuaire dédié à leur kami tutélaire et sont donc appelés . L'ère Meiji élimine la plupart des jingū -ji mais conserve intacts les jisha, à tel point que même aujourd'hui la plupart des temples possèdent sur leur site au moins un sanctuaire, parfois très grand, et que la déesse bouddhiste Benzaiten est souvent vénérée dans les sanctuaires shintoUn exemple encore existant de la fusion syncrétique du bouddhisme et du shintoïsme est le Seiganto-ji, qui fait partie du complexe de sanctuaire Kumano Sanzan. Il s'agit d'un des rares jingūji encore en existence après la séparation forcée du shinto et du bouddhisme mise en œuvre par le gouvernement japonais au cours de la restauration de Meiji. Pour plus de détails au sujet des sanctuaires-temples, lire l'article Shinbutsu shūgō...

En conséquence, pendant des siècles, les sanctuaires et les temples ont entretenu une relation symbiotique dans laquelle chacun a influencé l'autre. Les sanctuaires empruntent au bouddhisme ses portes (mon), l'utilisation d'un hall pour les fidèles laïcs (heiden), l'usage du bois coloré en vermillon et d'autres éléments encore, tandis que l'architecture bouddhique chinoise est adaptée aux goûts des Japonais avec des configurations plus asymétriques, l'utilisation accrue de matériaux naturels et une adaptation du monastère à l'environnement naturel préexistant, ..

La séparation nette entre les temples bouddhiques et les sanctuaires shinto qui est aujourd'hui la norme, apparaît seulement comme conséquence de la loi de shinbutsu bunri (« séparation des kamis et des bouddhas ») en 1868. Cette séparation est légalement obligatoire et de nombreux sanctuaires-temples sont contraints à n'être plus que des sanctuaires, parmi lesquels certains sont fameux comme le Usa Hachiman-gū et le Tsurugaoka Hachiman-gū.

Parce que le mélange des deux religions est désormais interdit, les jingū -ji doivent céder certaines de leurs propriétés ou démanteler certains de leurs bâtiments, portant ainsi atteinte à l'intégrité de leur patrimoine culturel et diminuant la valeur historique et économique de leurs propriétésKamakura Official Textbook for Culture and Tourism.. Les deux niō (les deux gardiens en bois généralement situés sur les côtés de l'entrée d'un temple) géants du Tsurugaoka Hachiman-gū par exemple, étant des objets du culte bouddhique et donc illégaux où ils sont situés, sont vendus au Jufuku-ji où ils se trouvent encoreMutsu, 1995, .. Les « sanctuaires-temples » sont également contraints de détruire les bâtiments liés au bouddhisme, par exemple leurs tahōtō, leurs midō et leurs shichidō garan.

Architecture Caractéristiques générales vignette|gauche|Le toit est la caractéristique dominante d'un temple bouddhiste. L'architecture bouddhique n'est pas originaire du Japon mais a été importée de Chine et d'autres cultures asiatiques au cours des siècles avec une telle constance que les styles de construction de l'ensemble des Six Dynasties y sont représentés. Son histoire est en conséquence dominée d'un côté par les techniques et les styles de Chine et d'Asie (présents même au Ise-jingū, tenu pour la quintessence de l'architecture japonaise), et de l'autre par des variations originales japonaises sur ces thèmes(Hozumi, 1996, ..

En partie aussi à cause de la variété des climats au Japon et du millénaire écoulé entre la première importation culturelle et la dernière, le résultat est extrêmement hétérogène mais plusieurs caractéristiques pratiquement universelles peuvent néanmoins s'y retrouver. Tout d'abord le choix des matériaux, toujours le bois sous diverses formes (planches, paille, écorce d'arbre, etc.) pour presque toutes les structures. Contrairement à la sculpture à la fois occidentale et chinoise dans certains cas, l'utilisation de la pierre est évitée sauf pour certains usages spécifiques, les podia des temples et les fondations des tō (pagode) par exemple.

La structure générale est presque toujours la même : des poteaux et un linteau supportent un toit grand et légèrement incurvé, tandis que les parois sont minces comme du papier, souvent mobiles et jamais porteuses. Les arches et les toits en berceau sont totalement absents. Les arrondis des pignons et des avant-toits sont plus doux qu'en Chine et l'emploi des colonnes renflées (convexité au centre) limité.

Le toit est l'élément visuel le plus impressionnant, constituant souvent la moitié de la taille de l'édifice. Les avant-toits légèrement incurvés s'étendent au-delà des murs, couvrant des vérandas, et leur poids doit donc être pris en charge par un complexe système de supports appelé . Ces avant-toits surdimensionnés confèrent à l'intérieur une pénombre caractéristique qui contribue à l'atmosphère du temple. L'intérieur du bâtiment est normalement constitué d'une seule pièce centrale appelée moya, à partir de laquelle partent parfois d'autres espaces moins importants, par exemple les couloirs appelés hisashi.

Les divisions de l'espace intérieur sont fluides et la taille des pièces peut être modifiée par l'utilisation d'écrans ou de murs mobiles en papier. Le grand espace unique offert par le bâtiment principal peut donc être modifié en fonction des besoins. Dans une certaine mesure, la séparation entre l'intérieur et l'extérieur n'est en elle-même pas absolue puisque des murs entiers peuvent être enlevés, ouvrant ainsi le temple aux visiteurs. Vues de l'extérieur, les vérandas semblent faire partie de l'édifice mais aux yeux de ceux qui sont à l'intérieur du temple, elles paraissent appartenir au monde extérieur. Jusqu'à un certain point, les structures du temple sont ainsi constitutives de leur propre environnement. L'utilisation de modules de construction conserve constantes les proportions entre les différentes parties de l'édifice, préservant ainsi son harmonie d'ensemble (au sujet des proportions des temples, voir aussi l'article Ken).

Même dans les cas comme celui du Nikkō Tōshō-gū, où chaque espace disponible est abondamment décoré, les ornements suivent l'esprit du bâtiment et tendent donc à mettre l'accent sur les structures de base plutôt qu'à les dissimuler.

Étant partagées par l'architecture sacrée et profane, ces caractéristiques architectoniques rendent facile la transformation d'un bâtiment profane en temple. Cela est arrivé au Hōryū-ji par exemple, où la demeure d'une femme de la noblesse a été transformée en un édifice religieux.

Histoire

vignette|upright|La pagode d'Ichijō-ji est un exemple du style wayō.

L'architecture des temples bouddhiques, comme celle de n'importe quelle structure, change et évolue au fil des siècles. Cependant, bien que les détails particuliers peuvent varier, les styles et les thèmes généraux ont de fortes similitudes et des origines communes.

Le Hōryū-ji déjà mentionné est un des premiers temples bouddhiques construits au Japon. Ses structures essentielles représentent le style commun de la dynastie Sui chinoise au . Le kon-dō (bâtiment d'or) est une structure à toit double, supporté par de forts et épais piliers lui conférant une impression d'audace et de poids.

La plupart, sinon tous les bâtiments des temples bouddhiques, présentent les mêmes éléments de conception de base que les autres bâtiments traditionnels japonais. De hautes et épaisses colonnes de bois servent de support de charge et d'élément de stabilisation de la structure. Chaque colonne est posée sur une seule grande pierre qui sert d'ancrage au bâtiment. Les murs, les sols et la complexe structure du toit sont alors construits autour de ces colonnes. Il existe une grande diversité dans le style et l'apparence des toits, mais la plupart suivent le concept de base d'un toit de tuiles en pente. Les toits de nombreux temples anciens, conçus plus directement sur les formes utilisées sur le continent, ont des angles retournés. Parallèlement, les nouveaux temples qui sont davantage basés sur les styles japonais indigènes ont des angles de toit plus lisses et plus plats.

La plupart des temples bouddhiques au Japon appartiennent à l'un de ces quatre principaux styles :