vignette|Bulletin de naissance d'Ali Tur Ali Georges Tur, né le à Tunis (alors sous protectorat français) et mort le à , est un architecte français. Il a notamment conçu et réalisé une centaine de bâtiments en Guadeloupe de 1929 à 1937 pour un montant total de 72 millions de francs. Il a également conçu les quatre groupes d’habitations à bon marché (HBM) suivants : 3 place du Général-Stéfanik, 130 boulevard Murat, 2 et 20 avenue Dode-de-la-Brunnerie à Paris, dans le arrondissement, et 74 boulevard Soult à Paris, dans le , pour un total de 120 millions de francs de travaux.
Biographie Famille et formation Ali Georges Tur nait en 1889 à Tunis, fils d'Henri Eugène Auguste Paul Tur, polytechnicien, membre d'une famille originaire d'Alsace mais ayant rejoint Nîmes en 1871 après que l'Alsace soit devenue allemande. Il travaillait pour les Ponts-et-Chaussées. Sa mère était Caroline Lucie Jeanne Lucius, qui décède en le mettant au monde. Son prénom « Ali » lui a été donné par jeu par son père. Cette famille protestante était d'esprit très libre. Ce qui entraînera Ali Tur à prendre son premier prénom, de consonance arabe, pour exercer et signer ses œuvres alors qu'il aurait pu facilement choisir le prénom de Georges. Il a par ailleurs épousé en 1930 une femme d'origine juive, Jacqueline Baszanger.
vignette|Plaque DPLG d'Ali Tur sur l'immeuble du 20, avenue Dode-de-la-Brunerie. Il est admis en 1910 en deuxième classe à l’École des beaux-arts dans l'atelier de Victor Laloux. Le , après quatre ans d’études, Ali Tur est admis en classe de l’ENSBA. Mais il ne peut y rester que jusqu’en juillet car le il rejoint la mobilisation générale en tant que brigadier. Après l'Armistice de 1918, il termine son cursus et devient architecte diplômé par le gouvernement (DPLG) le « Ali Tur, un architecte moderne reconstruit la Guadeloupe », conférence de Sophie Paviol, ENSAG, 19 mars 2015.. Il n'avait pas gagné le prix de Rome (reçu cette année-là par Jacques Carlu), qu'il avait tenté en 1919.
En 1923, Ali Tur est expert près le conseil de préfecture de la Seine et le ministère des Régions libérées et il dresse à ce titre des rapports d'expertise sur les zones détruites par la Grande Guerre, acquérant alors une première expérience des reconstructions après des catastrophes. Il intègre, en 1925, la liste des architectes du ministère des Colonies qui est un agrément reçu par une dizaine d'architectes. M. Tellier est alors attaché de cabinet dans ce ministère. Ali Tur a ouvert une agence d'architecture à Paris au 5, quai Voltaire à Paris, il réussit un concours de la Ville de Paris pour des habitations à loyer moyen et s'attaque à la réalisation des quatre groupes d’habitations à bon marché (HBM) suivants, objets du concours : 3, place du Général-Stéfanik, 130, boulevard Murat, 2 et 20, avenue Dode-de-la-Brunnerie à Paris dans le arrondissement et 74, boulevard Soult à Paris, dans le , pour un total de 120 millions de francs de travaux. Ali Tur épouse le Jacqueline Baszanger (1902-1933), de lointaine origine juive, au temple protestant de l’Oratoire à Paris. Jacqueline, née le à Londres, est la fille d’Isaac Louis Joseph, de confession juive et d’Élisabeth Gatelet, catholique.
Reconstruction de la Guadeloupe après 1928 Le , le violent ouragan Okeechobee ou Cyclone de 1928 provoque de nombreux dégâts aux édifices de toute la Guadeloupe et fait plus de . À cette annonce et des dévastations qu’il a causées, Ali Tur, qui connaît on le sait le gouverneur Tellier alors en poste en Guadeloupe, lui envoie un mot pour lui dire toute l’émotion que lui cause cette horrible catastrophe. En , Tellier, de passage à Paris, lui fixe rendez-vous rue Oudinot et lui demande de prendre en charge en Guadeloupe la reconstruction des bâtiments administratifs. Ali Tur hésite à accepter en raison de la réalisation des HBM alors en cours. Il accepte cependant et débarque le en Guadeloupe avec sa Citroën 5 HP. Le 3 , un contrat est signé entre l'architecte et la Colonie de la Guadeloupe, prévoyant la construction de divers bâtiments gouvernementaux (palais de justice, palais du conseil général, palais du gouverneur, hôpitaux, gendarmeries, dispensaires, bureaux de poste, etc.) sur une durée contractuelle de quatre ans pour un montant total estimé à quarante millions de francsFac-similé du contrat passé en 1929 et des honoraires de 5 %. Seuls 30 millions de travaux pour vingt-cinq bâtiments seront exécutés. À cette commande s'ajoute, pour le compte des communes, un emprunt de 36 millions au Crédit Foncier (loi du ) pour la construction d'hôtels de ville, d'églises, de presbytères, de marchés, de chapelles sépulcrales ou d'écoles. La guerre de 1939-1945 dispensera les communes de tout remboursement. Il est noté que Saint-Barthélemy ne put accéder à cet emprunt car elle était alors trop pauvre ! Ces commandes s'inscrivent également dans le cadre du règlement des indemnités de guerre de l'Allemagne à la France, pour lesquelles des « paiements en nature » ont été effectués par la fourniture de matières premières et de matériaux de construction payés par l'Allemagne mais pouvant être fabriqués en France comme ce fut le cas pour les carrelages. Les matériaux étaient de qualité sauf en ce qui concerne le produit d'étanchéité des toitures-terrasses. En effet il se composait de rouleaux d’un carton bitumé appelé Corritect et d’un produit bitumineux liquide, le Tropénol. Ces produits d’étanchéité, posés sur « une forme en mortier maigre », n’auront pas les qualités nécessaires ; ils se révéleront putrescibles et occasionneront des fuites importantes aux bâtiments. Les rouleaux de Corritect étaient de plus entreposés dans des hangars à la pointe Fouillole, entre mer et marécages, au lieu de l’être « dans un endroit sec ». Ces rouleaux étaient livrés sur les chantiers avec leurs feuilles collées par l’humidité.
La main-d’œuvre qualifiée, charpente et menuiserie mises à part, est alors pratiquement inexistante en Guadeloupe. Les ouvriers et les entreprises feront leurs classes sur les chantiers et sous l’autorité d’Ali Tur. Afin d’éviter toute erreur de proportions dans le dosage des mortiers ou du béton, Ali Tur avait imaginé ce système : « Les dosages seront effectués sur le chantier au moyen de boîtes calibrées et portant en lettres apparentes le dosage employé à sa destination. Aucun dosage ne devra être effectué à la pelle ou à la brouette. » Le béton armé servira pour la réalisation des structures, colonnes et garde-corps. Les dalles de couverture (ou « dalles creuses ») sont constituées par des dalles et nervures en béton armé sur des hourdis creux. Les agglomérés creux de 0,22 d’épaisseur, fabriqués à la demande, sont utilisés pour les remplissages extérieurs et les refends internes. L’architecte a par ailleurs, la plupart du temps, utilisé les socles, les restes et les grandes lignes des bâtiments détruits par le cyclone de 1928 ou par l’incendie, que ce soit pour le conseil général à Basse-Terre, les églises de Trois-Rivières, Sainte-Anne, Lamentin et Baie-Mahault ou le palais de justice de Pointe-à-Pitre. Constatant les contraintes de la reconstruction, Ali Tur déclare qu'il doit :
vignette|gauche|Pavillon de la Guadeloupe lors de l'exposition coloniale de 1931. Le premier bâtiment qui sera construit en Guadeloupe sera le tribunal de Pointe-à-Pitre dont les travaux débutent dès avec pour adjudicataire l'entreprise italienne de Guerino Diligenti. Ali Tur sera l'auteur en France métropolitaine du pavillon de la Guadeloupe à l'exposition coloniale de 1931 qui se tient à la Porte Dorée et au bois de Vincennes. Puis, entre 1931 et 1937, il réalise environ une centaine de bâtiments publics gouvernementaux et communaux sur l'ensemble de l'archipel excepté les Saintes et Saint-Barthélemyavec Guerino Diligenti, (entreprise originaire de Coggiola en Italie, basée à Saint-Étienne, et installée en Guadeloupe en ) et de Robert Petrelluzzi venu lui aussi d’Italie ; les entreprises locales ne furent pas en reste et la SEI de Louis Pravaz a réalisé quatorze bâtiments et Camille Vincent sera adjudicataire des travaux de treize constructions ainsi que de l’ameublement du conseil général de Basse-Terre et de celui de la mairie des Abymes.L'ensemble des travaux est réalisé en un temps exceptionnellement court. En 1937, un expert est nommé par le sous-secrétaire d'État aux colonies afin de régler un litige opposant Ali Tur (qui quitte définitivement la Guadeloupe cette année-là) à la colonie. L'expert est chargé d'évaluer les montants et les vices signalés lors de la réception des bâtiments notamment pour le toit du palais du GouverneurPremières pages du rapport d'expertise. Ali Tur aura finalement gain de cause dans son procès contre l'État intenté au tribunal de Basse-Terre mais, en raison de la Seconde Guerre mondiale, ne sera dédommagé qu'après le conflit avec un franc dévalué.
Retour en métropole
Le député de la Guadeloupe, Gratien Candace, dès l’arrivée d’Ali Tur en Guadeloupe, lança sur l’île une campagne de dénigrement de l’architecte par l’entremise de son journal, La Démocratie sociale. Il fit de même en métropole dans La Dépêche coloniale, et ne cessera de chercher à lui nuire. En 1934 la Colonie, sous la pression du député, refusera de lui payer une partie de ses honoraires, ce qui amènera l'architecte à porter une action judiciaire pour recouvrer ses droits. En 1939, Ali Tur concourt pour la construction d'un hôtel en Martinique : il obtient le marché qui lui est retiré à la demande du député.
La Seconde Guerre mondiale éclate et il est mobilisé le jusqu'au . Ali Tur s'établit alors à Nîmes avec sa fille Isabelle en .
En 1942, la circulaire du signée du chef de la colonie, le gouverneur Constant Sorin, toujours sous l'influence de Gratien Candace, engage vivement les communes, pour sauvegarder leurs intérêts, à introduire d’urgence une instance devant le conseil du contentieux des instances en responsabilité décennale contre chacun des bâtiments réalisés par l’architecte. Cette mesure obligera Ali Tur et toutes les entreprises qui avaient travaillé pour lui à produire expertises et contre-expertises et à engager de nombreuses procédures, jusqu’en 1958 parfois, année ultime qui marquera l’abandon des dernières instances par le tribunal administratif. vignette|Chantier du Conseil Général en 1934. Candace était membre du Conseil national de Vichy, ce qui vaudra à Ali Tur d'être interné du au pour son hostilité au gouvernement de Vichy, au camp de Saint-Sulpice-La Pointe, suivant l’arrêté du du chef du gouvernement, ministre secrétaire d’État à l’Intérieur, arrêté signé du chef du huitième bureau de la Police nationale René Bousquet.
Le , Ali Tur est arrêté à Bagnac-sur-Célé et envoyé dans les Sudètes pour le S.T.O. d'où il s'évade en 1945 pour regagner Nîmes puis Paris.
En 1946, Ali Tur est nommé architecte agréé par le ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme et collabore à la reconstruction de Condé-sur-Noireau. Il obtient le Grand prix d'architecture du ministère de la France d'outre-mers en 1950 et cessera son activité professionnelle en 1959 après avoir brûlé l'ensemble de ses archives. En 1972, il est nommé architecte honoraire de l'Ordre des architectes.
Ali Tur meurt le à Paris.
Réalisations Guadeloupe Liste partielle des bâtiments de Guadeloupe selon l'Inventaire général du patrimoine culturelAli Tur sur la base Mistral du Ministère de la Culture. :