Les carrières souterraines de la Malogne sont constituées d'un ensemble d'exploitations contiguës et parfois en communication, situées à Cuesmes, dans la province de Hainaut en Belgique. Les principales étaient celles de la S.A. des Phosphates de la Malogne (Petite et Grande Malogne), d'Emile Rolland et de Joseph MortiauPacyna D. et Evrard E., 2006. Situation et historique succinct des exploitations de phosphates de la Malogne à Cuesmes. Inédit.. L'extraction souterraine y a duré de 1877 à 1921/25, avec une faible reprise en 1934.
Localisation Elles s'étendent sur près de 68 hectares, sous les anciennes communes de Cuesmes et, pour l'extrémité est, d'Hyon, qui font aujourd'hui partie du grand Mons. Environ 40 hectares sont accessibles à pied sec ou en canot. Le reste est totalement sous eau ou remblayé par les schlamms crayeux, résidus du traitement d'enrichissement à l'usine de la Malogne.
alt=Extension des carrières souterraines de craie phosphatée de la Malogne|centre|thumb|upright=2|Extension des carrières souterraines de craie phosphatée de la Malogne. Cette usine se trouvait à l'emplacement de l'actuelle esplanade de la Malogne et dans les bois juste à l'est. Le Bois de la Malogne est constitué par les restes des bassins à schlamms de l'usine, ces schlamms ayant été exploités comme amendement phospho-calcaire dans les années 1930 et 1940.
Deux autres usines, celles d'Emile Rolland (puis Joseph Mortiau) et celle, plus petite, de Heidet et Legrand se trouvaient le long de la rue de Frameries et du chemin du Mont Bernard. Un siège d'extraction, avec une pompe à vapeur, existait à la limite d'Hyon, au coin du chemin de Bavay et du chemin de fer industriel des Charbonnages de Ciply (siège de Bavay ou de la Petite Malogne, à la S.A. des Phosphates de la Malogne). L'usine des Phosphate du Couchant de Cuesmes se trouvait à la rue des Champs, entre la rue et le chemin de fer du Nord.
Le lieu-dit aujourd'hui "la Malogne" tient son nom de l'usine des Phosphates de la Malogne (siège de Cuesmes ou de la Grande Malogne). Le nom de l'entreprise trouve son origine, quant à lui, dans l'implantation de son premier siège, sur la colline de la Malogne, au sud du centre du village voisin de Ciply. Le nom du lieu-dit à Cuesmes est "la Grande Barre", toujours repris comme tel au plan cadastral.
Le site cumulerait 175 km de galeries (en fait, il s'agit du chemin virtuel en parcourant les chambres d'exploitation suivant leur maille plus ou moins orthogonale). L'exploitation souterraine a pris fin en 1921/25 (avec une reprise en 1934 et des reprises sporadiques aux abords de la recoupe d'une carrière à ciel ouvert contre la route de Cuesmes à Frameries, jusque vers 1958).
Il s'agit donc bien de carrières, creusées de la main de l'homme, et non de grottes naturelles. Par ailleurs, il n'existe aucun doute quant à leur ancienneté : le début du creusement des galeries, au bord de la route de Cuesmes à Frameries, date de 1877. Il ne remonte pas à l'époque médiévale ou romaine. Le matériau extrait (craie phosphatée) n'était d'ailleurs pas utilisable avant la création des premiers processus d'extraction chimique du phosphore, pour la fabrication d'engrais, au milieu du . Cette craie est impropre à faire de la chaux et est trop fragile pour servir de matériau de construction.
Comme dans d'autres villages du Couchant de Mons, il existait à Cuesmes des carrières souterraines de craie blanche alimentant des fours à chaux (secteur entre la Voie de Wasmes, la Rue des Amis, la Rue Commandant Lemaire et la Rue de Cache-Après, ainsi qu'au Tir-à-Pigeons et entre la Rue de Frameries et la Voie Jean Botte, ainsi qu'à la Rue des Champs. Ces carrières sont d'extension plus modeste.
Géologie Stratotype Du point de vue géologique, les carrières de la Malogne se situent sur la bordure sud du Bassin de Mons, zone de subsidence présentant des « cuves » profondes, séparées par des "seuils". Plus précisément, elles se situent sur le bord sud de la Cuve de Mons. La base du Crétacé y repose sur le Houiller. La base des craies blanches vient presque à l'affleurement au niveau des zonings entre Frameries et Cuesmes, pour plonger, vers le centre de la cuve, sous Mons, à près de 300 m de profondeur, en seulement en 5 km.
Les carrières sont ouvertes sur le biseau de la Formation de Ciply-Malogne (Maastrichtien), calcarénite à matrice crayeuse renfermant jusqu’à 15 % de grains de phosphate de chaux. Elle y est épaisse de 2 à 9 m (sous l'Héribus, elle atteint 70 m d'épaisseur). Le pendage est de 5 à 9° vers le nord-est dans la partie est et de 8 à 12° vers le sud-est dans la partie ouest. Les bancs y sont pluridécimétriques. Le banc du toit est un banc durci (« hard-ground »), épais de 0,30 m à 1,2 m. Il a permis de se passer de soutènement.
La craie phosphatée repose sur un épais complexe de craies blanches (Campanien). Elle est surmontée du « Tuffeau de Ciply », calcarénite grossière (4 à 25 m, Dano-Montien, Paléogène ), d’une épaisseur assez faible de sables verts (Thanéthien) et de 2 à 6 m de limons quaternaires. Le tuffeau et la craie phosphatée sont affectés de poches paléokarstiques atteignant jusqu’à 25 m de profondeur et 2500 m³. Elles sont surtout alignées sur les failles.
Le gisement est affecté de nombreuses failles, d’un rejeu quasi nul à 2,5 m. Certaines ont joué en ciseau. Elles affectent le Tuffeau de Ciply. Des failles synsédimentaires, délimitant des horsts et grabens, ont par ailleurs conditionné l’épaisseur des dépôts.
L'un des fossiles les plus connus du Maastrichtien est le mosasaure, présent sur le site ainsi qu'une carapace de tortue, de belemnites, huitres etc.
Limite K-T L’extinction Crétacé-Tertiaire ou extinction K-T (de l'allemand Kreide-Tertiär), qui marque la fin du Crétacé est une extinction massive et à grande échelle d'espèces animales et végétales qui s'est produite il y a d'années – soit une courte période de temps à l'échelle géologique. Cet évènement marque la fin de l'ère mésozoïque et le début de l'ère cénozoïque. Cette extinction est associée à une signature géologique connue sous le nom de limite K-T, habituellement une couche mince d'argile présentant un taux anormal d'iridium que l'on retrouve dans diverses régions du monde.
La limite K-T n'est pas visible à la Malogne. Il existe en effet une lacune stratigraphique entre le sommet de la Formation de Ciply-Malogne et le Tuffeau de Ciply. Le sommet de la Formation de Ciply-Malogne a été érodé (le banc durci marque cet épisode d'arrêt de sédimentation). Plus en profondeur, ainsi que dans les carrières des villages voisins, on rencontre en outre la Formation de Saint-Symphorien ((Maastrichtien) sous la base du Dano-Montien.
La limite K-T passe ici entre le tuffeau de Ciply et sa base le poudingue de la Malogne.
Hydrologie Une grande partie des carrières se trouve aujourd’hui sous le niveau moyen de la nappe des craies du Bassin de Mons.
Les affaissements miniers ont eu pour conséquence la remontée des nappes des craies et des sables thanétiens. Jusqu’à sa cessation en 1909, l’exhaure de la Malogne assurait de facto le démergement des basses terres de Cuesmes (centre et marais au nord), évitant leur inondation permanente sous plusieurs mètres d'eau.
Depuis, un captage (captage dit "de la Scierie, en haut de la rue des Champs"), situé contre les carrières maintient le niveau entre les cotes de +32 et +37 m, y entraînant des variations du niveau de la nappe de 1 à 3 m, sur des périodes de 1 à 3 ans. Les piliers se retrouvent ainsi soumis à des cycles de saturation/désaturation dans la zone de battement (15 à 40 m de largeur). La bande longeant le bord nord des carrières reste, elle, sous eau en permanence.
Les eaux pluviales s'infiltrent avec un délai moyen de neuf mois. Les eaux sont très chargées de calcaire.
Biotope Il est de création récente ; aucune flore ne s'est installée même à proximité des entrées. Pour la faune, les carrières sont fréquentées par des chauves-souris de dix espèces différentes. Cette occupation est favorisée par l'environnement forestier et des zones humides à proximité.
Découverte des phosphates dans la région de Mons Déjà en 1844 Alphonse Wauters décrivait à Ciply une vaste grotte dans le calcaire nommée le trou des Sarrazins. Il s'agit d'anciennes carrières de silex ouvertes dans la Formation de Spiennes, située juste sous la Formation de Ciply-Malogne. Ces carrières n'ont rien à voir avec les exploitations de craie phosphatée.
Charles Hardy de Beaulieu Les phosphates sont utilisés dans l'agriculture comme engrais apportant le phosphoreÉtat de l'environnement ; Références juin 2010 L'environnement en France ; Commissariat général au développement durable • Service de l'observation et des statistiques (voir 41-42 / 152) nécessaire à la croissance des plantes.
Le développement de l'agriculture a nécessité, à partir du , de chercher un substitut aux engrais naturels. Une des sources potentielle d'engrais phosphatés, jusque-là tiré des os calcinés, était le phosphate minéral. Celui-ci nécessitait cependant un traitement chimique pour le transformer en acide phosphorique directement assimilable par les plantes.
Charles le Hardy de Beaulieu, professeur honoraire aux mines du Hainaut et cousin d'Adolphe le Hardy de Beaulieu, découvre en 1858 l'existence de phosphate de chaux au lieu-dit de la Malogne près de la ferme Belian. En 1861 dans son Guide minéralogique et paléontologique dans le Hainaut et l'Entre-Sambre et Meuse, il note de la gompholite ou un poudingue en partie de noyaux de craie quelquefois très fossilifères avec des Ostrea, Spondylus, Chama, Crania. Charles Hardy de Beaulieu indique dans son ouvrage Causerie Agricole que .
Exploitation pour l'agriculture En 1877, La carrière Rolland, à Cuesmes, est l'une des premières à être exploitée pour le phosphate. La phosphatière de la Malogne intéresse trois exploitants qui se partagent ce territoire :La Société anonyme des Phosphates de la Malogne , M L. Bernard et M. Colette . L'état Belge construit la ligne ferroviaire 96 du réseau borain pour desservir le site. (carte voir en ligne:
On connaissait depuis longtemps les salpêtres comme nutriments pour les plantes, tout en attribuant la cause de leur présence à une simple réaction chimique. Ammoniaque, matière organique bien décomposée, une certaine humidité, du calcaire (CaCO3) ; le tout ensemble et sous abri amenait, pensait-on, la réaction chimique par laquelle NH4+ est oxydé en NO3−
En cette fin de on découvre aussi que le calcaire à polypiers ou calcaire à nitrification mélangé au fumier et purins apporte une nitrification capable d'améliorer de 10 % la production agricole et que ce calcaire n'est utilisé à Mons que comme pierre ponce pour récurer les tables.
Les carrières à ciel ouvert et l'évolution de la chimie conduiront les carrières vers une fin d'exploitation en 1934.
Historique des exploitations de Cuesmes Les carrières souterraines dites "de la Malogne" regroupent en fait en un ensemble contigu, et parfois communicant, les champs d'exploitation (on ne parle de "concessions" que pour les mines) de plusieurs sociétés.
Carrière "Rolland", "Mortiau" ou "Damien" Elle correspond, en gros, à la réserve naturelle domaniale, entre le Bois Heidet, le coin du Bois de la Malogne et la route de Cuesmes à Frameries. Cette carrière a été la première ouverte dans cet ensemble en 1876-77. Elle a été exploitée, successivement, par : Emile Rolland (1877-1910), essentiellement en souterrain ; Joseph Mortiau (1912-1927), exploitation souterraine limitée et arrêtée après 1924; il a en outre exploité la craie blanche à ciel ouvert et en souterrain (sous les phosphatières, près de la carrière à ciel ouvert) ; la petite carrière de l'autoroute est un vestige de ses exploitations ; S.A. pour l'Exploitation et le Traitement des Produits des Crayères du Bassin de Mons (1927-1930), exploitation à ciel ouvert uniquement ?