thumb|Construction de l'ellipse à l'aide d'une corde de jardinier fixée à ses deux foyers Un ellipsographe est un instrument mécanique permettant de tracer des ellipses d'un mouvement continu. Outre l'outil très simple qu'est la corde du jardinier, on distingue, parmi les ellipsographes, les systèmes articulés plans appelés trammels et les systèmes en dimension trois comme les compas. Nombreux sont les mathématiciens ayant donné leur nom à un ellipsographe exploitant une propriété particulière des ellipses. Systèmes articulés Ellipsographe d'Archimède left|thumb|Ellipsographe d'Archimède en action Selon Dominique Raynaud, l'attribution de cet ellipsographe à Archimède est sans fondement.. Il est parfois attribué à Proclus. car la propriété utilisée est citée par Proclus dans son commentaire d'Euclide. Sa construction par le Marquis de L'Hôpital, en 1707, est attestée : le musée d'histoire des sciences de Florence en possède un exemplaire..

thumb|Ellipsographe d' Archimède - Version de Gaston Tissandier (1896) Cet ellipsographe s'appuie sur la propriété suivante : si on considère un segment [AD] de longueur a et un point C sur le segment [AD] tel que AC=b, le lieu des points A quand les points C et D se déplacent respectivement sur deux droites perpendiculaires est une ellipse de demi-axes a et b.

En effet, si on note θ l'angle , les coordonnées (x,y) du point A vérifient les conditions :

qui est l'équation paramétrée d'une ellipse.

Il n'est pas nécessaire que les axes soient perpendiculaires pour dessiner une ellipse..

Gaston Tissandier propose une version simple d'un tel ellipsographeGaston Tissandier, Nouvelles recettes utiles et appareils pratiques, Masson, 1896, p 95. : il suffit d'une simple équerre et d'une règle dans laquelle a été creusée une rainure (B), on munit la règle d'une pointe traceuse (A) et de deux vis coulissantes(C et D), on place les vis telles que AC=b et AD=a, puis on fait pivoter la règle de telle sorte que les vis restent toujours en contact avec les côtés de l'équerre, la pointe traceuse dessine alors l'ellipse de demi-axes a et b, après 4 placements de l'équerre.

vignette|left|Ellipsenzirkel de Rohn (principe)

La réalisation pratique d'ellipses par cette méthode présente deux inconvénients: Le système de guidage des points C et D peut donner des imprécisions qui risquent de conduire à un tracé très approximatif Ce même système de guidage risque de faire blocage au crayon dans le tracé de l'ellipse, obligeant à tracer l'ellipse par morceaux, voire d'empêcher tout tracé dans le cas d'ellipses très étroites.

vignette|Ellipsenzirkel de Rohn (réalisation)

C'est pourquoi se sont construits, sur ce même principe, des ellipsographes où le maintien des points C et D sur les axes se fait de façon indirecte : les points en question deviennent les centres de cercles de même rayon guidés par un cadre extérieur. L'un des cercles est contraint par les deux côtés opposés d'un carré, tandis que l'autre cercle est contraint par les deux autres côtés. Le centre d'un des cercles évolue donc sur une médiane du carré pendant que l'autre évolue sur l'autre médiane. Les deux cercles partagent un même diamètre (rainuré) et sont fixés par des écrous pour que la distance entre les centres soit constante. Ainsi pour tracer une ellipse de demi-grands axes a et b (inférieurs au demi-côté du cadre), il suffit de placer le traceur à une distance du centre d'un des cercles de , le second cercle est placé et fixé de telle sorte que la distance de son centre au traceur soit égale à .

C'est sur ce modèle que sont construits l'elliptographe de Farey, p. 52-IA1, l'Ellipsenzirkel de , Série XXXII p.88 (104) pour la description et le principe et p. 152 (166) pour l'illustration et le HAFF-Ellipsograph..

Une autre technique pour fixer la position des points sur les axes du repère consiste à utiliser le théorème de La Hire (ou couple d'al-Tusi) en faisant rouler un cercle de rayon R à l'intérieur d'un cercle de rayon 2R. Alors tout point lié au petit cercle décrit une ellipse. Un tel modèle est exposé au musée des sciences et techniques de Munich.

Ellipsographes de van Schooten Frans van Schooten, mathématicien néerlandais du consacre tout un livre à la construction des sections coniques, De Organica Conicarum Sectionum (1646). Il y reprend le principe exposé par Proclus pour le généraliser à tout point de la droite et en propose un système articulé. Il propose également deux autres mécanismes sous forme d'un antiparallélogramme et d'un losange. Mécanisme d'Archimède

thumb|Ellipsographe de Van Schooten - Principe

Le principe complète celui d'Archimède : si on considère un segment [AB] de longueur a+b et un point M sur le segment [AB] tels que AM=b, le lieu des points M quand les points A et B se déplacent respectivement sur deux droites perpendiculaires est une ellipse de demi-axes a et b.

En effet, si le point M a pour coordonnées (x,y), le théorème de Pythagore assure que

Soit encore

Or, d'après le théorème de Thalès,

Donc

C'est l'équation caractéristique de l'ellipse de centre O et de demi-axes a et b. Cela assure que le point M est bien sur cette ellipse.

Réciproque, si M est un point de l'ellipse, si on appelle B le point situé sur l'axe des ordonnées, dans le même quadrant que M, et tel que BM=a, et si A est le point d'intersection de (BM) et l'axe des abscisses, on montre aisément, par un raisonnement analogue au précédent que MA=b

L'ellipsographe de van Schooten. simplifie le processus en considérant un système articulé OIA dans lequel . Le point O est fixe, le point A se déplace sur une droite et entraîne les points I et M.

Ellipsographe à antiparallélogramme thumb|Ellipsographe à antiparallélogramme - Principe thumb|Ellipsographe à antiparallélogramme - Animation Cet ellipsographe, le second présenté par van Schooten., utilise un polygone articulé. Il s'agit d'un antiparallélogramme, c'est-à-dire un quadrilatère croisé F1ABF2 dont les côtés sont égaux deux à deux. Pour tracer l'ellipse de grand axe 2a et dont la distance entre les foyers est 2c, il suffit de prendre

On fixe les sommets F1 et F2 aux foyers de l'ellipse. Quand la branche F1A pivote autour de F1, la branche BF2 pivote autour de F2 et l'antiparallélogramme se déforme. Le point d'intersection M des deux branches parcourt alors l'ellipse recherchée. En effet, les propriétés de symétrie de l'antiparallélogramme assurent que

Or

donc

Ceci est la définition bifocale de l'ellipse, utilisée aussi dans la méthode du jardinier.

Ellipsographe à cercle directeur thumb|left|Ellipsographe de van Schooten (1646) thumb|Ellipsographe à cercle directeur - Principe Cet ellipsographe utilise un losange articulé de taille quelconque ABCF2, muni d'une tige coulissante [AC) et d'une barre F1B de longueur 2a. Les points F1 et F2 sont fixés sur les foyers de l'ellipse que l'on cherche à tracer et la barre F1B pivote autour de F1 entraîne le losange qui se déforme. Les barres F1B et AC se rencontrent en M qui décrit l'ellipse de foyers F1 et F2 et de grand axe 2a.

En effet ce mécanisme permet de déterminer, pour chaque position de B sur le cercle directeur de l'ellipse, le centre du cercle passant par F2 et tangent au cercle directeur en B : ce centre se situe sur la médiatrice de [BF2] qui se trouve être la diagonale (AC), et sur le segment F1B. Le centre de ce cercle est bien le point M. Or on sait que l'ensemble de ces centres dessine l'ellipse recherchée (voir construction de l'ellipse par un cercle directeur).

Cet outil permet de plus de préciser en chaque point la position de la tangente à l'ellipse matérialisée ici par la droite (AC). En effet, la propriété de réflexivité de l'ellipse assure que la tangente est la bissectrice extérieure de l'angle F1MF2. Or la droite (AC), axe de symétrie du losange, est la bissectrice de l'angle BMF2 donc bissectrice extérieure de l'angle F1MF2.

Van Schooten montre comment cet instrument peut être utilisé pour le tracé des ellipses., mais aussi pour celui des hyperboles. et des paraboles..

Ellipsographe de Delaunay thumb|Ellipsographe de Delaunay - Principe L'ellipsographe de Delaunay, décrit par en 1895., utilise un système articulé permettant de construire l'image d'une figure par une affinité, ou bien, ce qui est équivalent, l'image d'une figure par projection d'un plan dans un autre plan.

Dans la figure ci-contre les points A et B coulissent sur la droite (d). Les bras MA et MB ont même longueur et CMDM' est un losange articulé. Le point M' est alors l'image du point M dans l'affinité orthogonale d'axe (d) et de rapport

En effet, la droite (MM') coupe l'axe (d) orthogonalement en H et la présence de triangles semblables permet d'établir l'égalité de rapports suivante :

Soit encore

L'ellipse de demi-axes a et b étant l'image d'un cercle de rayon a par une affinité de rapport b/a, elle peut être construite par l'ellipsographe à condition que : lorsque le point M parcourt le cercle de rayon a, son image M' parcourt l'ellipse recherchée.

Ellipsographe de Kopp thumb|Ellipsographe de Kopp (1993) - Principe Cet ellipsographe de facture récente, breveté par Franz Otto Kopp en 1993, n° de patente :4343633A1., permet de dessiner mais aussi découper des ellipsesJohannes Volmer, Gerhard Ehrlich, David Springett, Ovalturning, p.9.. Il est constitué de deux roues dentées de même rayon et d'un pantographe. Deux des points du pantographe (A et B) sont fixés sur les roues dentés, en des points légèrement excentrés. Le troisième point (M) dessine alors une ellipse quand une des roues dentées tourne, entraînant sa voisine.

La mise en évidence mathématique de cette propriété peut se faire aisément en utilisant la représentation paramétrique complexe de l'ellipse. Dans le repère de centre C et d'axe (d)=(CCb), les affixes des points A et B peuvent s'exprimer à l'aide de l'angle θ, des distances et , du rayon r des deux roues et du déphasage α entre les deux roues

Selon le principe du pantographe, il existe une constante k telle que AM=kAB, donc l'affixe de M est alors déterminée par

Si l'on se place maintenant dans le repère de centre O d'affixe (2k-1)r (c'est l'image du centre Cb dans l'homothétie de centre Ca et de rapport k) et d'axe (d') faisant avec (d) un angle α/2, le point M a pour affixe

qui est l'équation paramétrique de l'ellipse de centre O, d'axe (d') et de demi-axes

Pour tracer l'ellipse de demi-axes a et b il suffit de placer A et B tels queVoir E. W. Newton & J. Volmer, Elliptical Turning Association - An Ellipsograph, avec l=k - 1.

Ellipsographes multifonctionnels thumb|Ellipsographe de Darboux Breguet : AD=DP=a; PC=CE=ka; CB=a/k; AB=a/k-ka; AH=HE=a-k²a. Quand A et B sont fixés, P décrit un segment et M une ellipse. Quand D et P sont fixés, N décrit une portion de limaçon de Pascal Les mathématiciens ont également cherché des instruments permettant de tracer de nombreuses courbes en sus des ellipses. Ainsi, en 1818, le mécanicien Joseph Clement reçoit la médaille d'or de la Royal Society of Arts. pour la construction d'un appareil qui, non seulement construit des ellipses utilisant un mécanisme analogue à celui d' Archimède ou de Van Schooten., mais aussi des cercles, des parallèles, des spirales, et les découpe en sections régulières..

Dans le cas de polygones articulés, ils ont cherché à diminuer le nombre de branches tout en augmentant le nombre de fonctionnalités. On peut à ce sujet citer l'ellipsographe décrit en 1879 par Gaston Darboux et construit par Breguet., s'inspirant d'un traceur de droite de Harry Hart.. Il s'agit d'un pentagone articulé avec contrainte permettant de tracer des perpendiculaires, des ellipses et des limaçons de Pascal.

Ellipse passant par 5 points thumb|Construction d'une ellipse à partir de 5 points en utilisant le théorème de Pascal.