Occupée par la Wehrmacht durant l'automne 1941, à l'exception de la ville de Sébastopol assiégée puis prise le , la péninsule de Crimée n'est pas incorporée au sein du Commissariat d'Ukraine. Elle est placée sous un régime direct d'administration militaire, qui subsiste jusqu'à la reprise de la péninsule par l'Armée rouge en , dans la foulée de la reconquête de l'Ukraine. Pendant l'occupation allemande, la péninsule fait l'objet d'une sévère épuration ethnique, visant les juifs, les communistes et les résistants ; après la reconquête soviétique, ce sont les Tatars de Crimée, les Allemands de la mer Noire survivants, les Pontiques et une partie des Ukrainiens qui sont accusés collectivement par le NKVD de collaboration avec les troupes d'occupation allemandes, et déportés vers le Goulag ou les steppes du Kazakhstan.
La Crimée dans les stratégies allemande et soviétique Le Reich en Crimée en 1918, un précédent
Durant la première Guerre mondiale, en 1918, en application du traité de Brest-Litovsk entre les puissances centrales et la Russie soviétique, la Crimée échoit aux militaires allemands qui l'occupent, l'exploitent et dressent cartes et statistiques précises. L'Empire ottoman ayant aussi des ambitions sur la péninsule (où subsistent des minorités musulmanes), les Allemands maintiennent l'incertitude sur le devenir de la région après la stabilisation des régions occidentales de l'ancien empire russe.
De son côté, Erich Ludendorff, inquiet de l'apparition d'un État russe d'inspiration bolchévique sur la mer Noire (qui se produit pendant la de Guerre civile russe en ) aspire à un strict contrôle allemand sur la Crimée, souhaitant que cette politique se traduise par la mise en place d'une colonie du Reich ou d'un État totalement contrôlé par le Reich, lieu de rassemblement des Allemands de la mer Noire et autres de Russie.
La Crimée, but de guerre du Troisième Reich
Durant la Seconde Guerre mondiale, pendant la préparation de l'offensive contre l'Union Soviétique, l'ensemble des projections pour la ligne à atteindre au cours des premières semaines de conflit inclut systématiquement la Crimée parmi les territoires à conquérir rapidement par les troupes allemandes.
Les plans opérationnels établis à partir de l'été 1940 fixent comme limite minimale la Volga. Durant l'automne 1940, les objectifs sont précisés et les planificateurs militaires du Reich assignent aux unités allemandes déployées face à l'Union soviétique la conquête de Rostov-sur-le-Don, à l'est de la mer d'Azov avant la fin de la onzième semaine de conflit : la conquête de la Crimée figure de ce fait parmi les objectifs à atteindre au cours de la première phase du conflit..
La Crimée, porte-avion soviétique pour sa politique balkanique
La Crimée, presqu'île dans une mer considérée comme « intérieure » par les responsables soviétiques, constitue un espace dont la défense et la sécurité sont garanties par la capacité russe puis soviétique à interdire la mer Noire aux flottes de guerre venues de l'extérieur.
La Russie soviétique ayant choisi une structure territoriale fédéraliste à base ethnique, la péninsule de Crimée connaît, à partir de 1921, une réorganisation politique dans un premier temps favorable aux Russes, aux Allemands et aux Tatars de Crimée, avec la mise en place d'une République socialiste soviétique autonome de Crimée, garantissant, pourvu qu'elles fussent communistes, l'accès au pouvoir des élites locales.
Par ailleurs, la région constitue une menace soviétique directe sur la Turquie et de ce fait, en 1941, les relations entre la Turquie et le Troisième Reich se tendent, car, craignant une riposte soviétique, les autorités turques répugnent à permettre le passage par les Détroits des navires allemands qui, sous couvert de commerce, ravitaillent les unités allemandes postées sur le Pruth en Roumanie en prévision de l'attaque allemande..
Conquête de la Crimée
Les Allemands, appuyés par la marine roumaine., conquièrent la Crimée entre et , la majeure partie du territoire étant sous leur contrôle dès .
Encerclement Rapidement encerclées, difficilement ravitaillées après la prise de Rostov-sur-le-Don le ., les unités soviétiques défendant la Crimée sont réduites en juin lors de la prise de Sébastopol.. Cette résistance, en dépit de son échec, est magnifiée par le cinéma soviétique produit durant le conflit..
Conquête
Au printemps 1942, au début de la multiplication des opérations offensives autour des zones encore contrôlées par l'Armée Rouge, les derniers points d'appui soviétiques sont conquis les uns après les autres à partir du , date du déclenchement de l'offensive de printemps allemande dans la région..
Occupation de la Crimée Régime d'occupation
Distincte du Commissariat d'Ukraine., placée sous administration militaire, la péninsule est gérée par les services administratifs de la ..
Collaboration
Comme dans l'ensemble des régions soviétiques occupées, les structures de la période antérieure (kolkhozes, administrations et entreprises d'État) restent en place, les cadres du pouvoir soviétique (militants, cadres du parti communiste et notamment les commissaires politiques et les membres du NKVD) étant simplement éliminés et remplacés par des collaborateurs encadrés par la SS et la Gestapo.
Cependant, dans le détail les situations sont diverses : certains cadres soviétiques offrent leurs services aux occupants et, parmi les responsables des minorités locales, les attitudes varient, y compris chez les Allemands dont certains se rallient au Reich tandis que d'autres rejoignent les Partisans. Par rapport aux Juifs et aux Roms de Crimée (dont les juifs turcophones karaïtes) que l'Einsatzgruppe D est chargé d'exterminer, les Tatars par exemple participent souvent à leur sauvegarde en les inscrivant comme Tatars sur les listes qui se mettent en place avec l'occupation..
Exploitation économique
Comme tous les territoires conquis, la Crimée est soumise à un pillage économique rigoureux, pour lequel les cartes et statistiques dressées durant la première Guerre mondiale se révèlent utiles. Dès le mois de , les consignes données par les responsables de l'administration du Plan de Quatre Ans situent la Crimée dans la zone de Terres Noires, supposées excédentaires en matières premières alimentaires..
Placée sous un régime d'occupation militaire, la Crimée n'échappe pas aux appétits de l'administration mise en place par Hermann Göring.. Ce pillage est permis par l'introduction d'une nouvelle monnaie en Ukraine, le Karbonnez, permettant au Reich de récupérer les roubles en circulation pour les utiliser dans la zone rouble sous occupation allemande, dont la Crimée fait partie.
De plus, comme dans l'ensemble des territoires conquis par le Reich, une partie significative de la population en âge de travailler est envoyée au travail obligatoire dans le Reich. Ces travailleurs forcés sont rémunérés fictivement, comme l'ensemble des travailleurs soviétiques employés dans le Reich, via la succursale de la banque centrale d'Ukraine, mise en place en 1942. Ils reçoivent en effet chacun une carte d'épargne pour les travailleurs de l'Est, mais sont seulement nourris et logés en baraques collectives, et, à la fin de la guerre, ceux d'entre eux qui auraient souhaité échapper au Goulag stalinien (auquel ils étaient promis comme « traîtres » pour avoir « accepté » de travailler pour les nazis) furent livrés à l'URSS par les Alliés occidentaux et ne revinrent pas en CriméeGeorges Coudry, Les camps soviétiques en France, Albin Michel 1997.
Sort des civils
En Crimée comme dans l'ensemble des territoires soviétiques occupés, la répression des partisans par l'occupant déchaîne une spirale de violence et de répression contre les civils, à laquelle participe l'ensemble des forces d'occupation, de répression et d'extermination allemandes sur place.
En 1942, les autorités allemandes utilisent des camions asphyxiants (par dérivation de l'échappement vers la plate-forme bâchée, ou par bouteilles de gaz asphyxiant comprimé) pour gazer, plutôt que fusiller ou pendre, les partisans, les agents de renseignement soviétiques et les civils raflés dans le cadre des opérations de représailles collectives..
En outre, les projets coloniaux dans l'Est du continent doivent entraîner de vastes déplacements vers l'Est de population slaves et tatares, tandis que seraient installés à leur place des colons germaniques. Les concepteurs de ces vastes projets ne se soucient nullement des conséquences humaines et sanitaires de ces déplacements, en Crimée comme ailleurs..
l'Extermination des Juifs et des Roms en Crimée Les Juifs en Crimée En 1939, environ vivent en Crimée, soit 6 % de la population totale. Au moment de la conquête allemande, sont sous les drapeaux, autres parviennent à s'échapper, et environ se font piéger en Crimée occupée. Très peu ont pu en réchapper.
En effet, les projets coloniaux nazis, en particulier ceux de Himmler (la création de villages SS de paysans soldats) incitent les dirigeants nazis à anéantir les populations juives de Crimée, perçues comme le groupe le plus hostile à la réalisation de ces projets..
Placé sous le commandement d'Otto Ohlendorf., l'einsatzgruppe D, aussi pour la Crimée., utilise la ville de Simferopol comme quartier général temporaire en R.J.Evans, 2009, .. Les Juifs de Crimée connaissent le même sort que les Juifs des autres régions occupées de l'URSS. d'entre eux sont assassinés par l'Einsatzgruppe D entre le milieu du mois de novembre et le milieu du mois de décembre 1941., parfois avec les Roms, comme à Simferopol., autres durant les six premiers mois de l'année 1942 : à cette occasion, certains sont assassinés à la grenade. Dans un premier temps, entre le , les Juifs, les Tsiguanes et les Krymtchaks de Simferopol sont exterminés au nord de la ville, à la demande expresse de l'état-major d'Erich von Manstein, afin de permettre le logement des unités allemandes engagées dans la région.
Des camions à gaz sont utilisés. : basé à Simferopol, un camion asphyxiant est utilisé au printemps 1942, sous la responsabilité des hommes de l'Einsatzgruppe D. Parmi les juifs, seuls les Karaïtes de langue turque, qui ont bénéficié de la solidarité de la population tatare, ont été épargnés.
À partir de , les responsables de l'extermination des Juifs de Crimée tentent de détruire de façon systématique les dépouilles des Juifs, sommairement enterrées ; cependant, l'avance soviétique voue cette politique de destruction des traces des massacres à l'échec..
Les Juifs ne sont pas les seuls victimes de l'extension à la Crimée des pratiques génocidaires nazies. En effet, les Roms de la région sont exterminés à partir de la l'automne 1941.
Les Roms de Crimée
Ainsi, à partir de l'automne 1941, les Roms de la péninsule commencent à être victimes d'une politique d'extermination systématique..
En effet, préalablement recensés par les collaborateurs locaux, les Roms sont exterminés à partir du , date de la première action spécifiquement dirigée contre eux à SimféropolEn dépit des protestations de la communauté tatare, les roms de la cité sont rapidement exterminés..
La Crimée dans les projets nazis de restructuration de l'Est de l'Europe
Reprenant certains projets échafaudés durant le printemps et l'été 1918, les planificateurs nazis élaborent d'importants projets coloniaux en Crimée.
Objectifs nazis en Crimée
Dès le mois de , les projets nazis de restructuration de l'Union soviétique englobent la Crimée parmi les régions de colonisation, Hitler ayant remis en cause les premières moutures aussi parce que la Crimée n'était pas intégrée dans les réflexions des planificateurs nazis..