vignette|Portait de 1808 réalisé par Michel-Martin Drolling, Musée de la Chartreuse. Marceline Desbordes-Valmore, née le à Douai et morte le à Paris, est une poétesse française.

Admirée par Balzac, Verlaine ou encore Baudelaire, elle est considérée comme une pionnière du romantisme dans la poésie française.

Biographie Enfance Marceline Desbordes est la fille de Catherine Lucas et de Félix Desbordes, un peintre en armoiries, devenu cabaretier à Douai, en France, après avoir été ruiné par la Révolution. Fin 1801, après un séjour à Rochefort et un autre à Bordeaux, la jeune fille de quinze ans et sa mère embarquent pour la Guadeloupe afin de chercher une aide financière chez un cousin aisé installé là-bas.

Le voyage entrepris, qui devait être un nouveau départ, devient un calvaire : d'une part, la traversée en bateau, qui dure vingt-cinq jours, est plus longue que prévue et affaiblit les deux femmes ; d'autre part, une épidémie de fièvre jaune se déclare en Guadeloupe et emporte, en , la mère de Marceline Desbordes ; enfin, des troubles politiques agitent l'île et la situation financière du cousin se révèle moins bonne qu'attendu : l'aide qu'il apporte est donc bien maigre. Marceline part rejoindre son père après le décès de sa mère.

Carrière théâtrale De retour en métropole près de son père à Douai, Marceline Desbordes devient comédienne dès l'âge de seize ans. Elle joue au théâtre à l'italienne de Douai, à Lille, à Rouen (grâce à sa rencontre avec le compositeur Grétry) et à Paris. Comédienne, chanteuse et cantatrice, elle se produit non seulement au théâtre de l'Odéon et à l'Opéra-Comique à Paris, mais aussi au théâtre de la Monnaie à Bruxelles, où elle incarne en 1815 Rosine dans Le Barbier de Séville de Beaumarchais.

Au cours de sa carrière théâtrale, elle joue souvent des rôles d'ingénue. Elle crée plusieurs pièces de Pigault-Lebrun, rencontre Talma, qu'elle admire, Marie Dorval et surtout Mademoiselle Mars, qui sera son amie jusqu'à la fin de ses jours.

Poétesse vignette|Le docteur Jean-Louis Alibert prélève le sérum du bébé d'une domestique pour vacciner l'enfant de , assise. Huile sur toile de Constant Joseph Desbordes, oncle de cette dernière, 1822. Entre 1808 et 1812, Desbordes arrête temporairement le théâtre, durant sa liaison avec Eugène Debonne, issu d'une famille de la bonne société rouennaise. Un fils, Marie-Eugène, naît de leur liaison. Mais la famille Debonne refusant une union avec une ancienne comédienne, Marceline Desbordes quitte définitivement son amant et reprend le chemin du théâtre, à l'Odéon puis à la Monnaie à Bruxelles. C'est là, en 1816, que s'éteint le petit Marie-Eugène, avant même ses six ans.

En 1817, Marceline Desbordes se marie avec un acteur, Prosper Lanchantin, dit Valmore, rencontré alors qu'elle jouait à Bruxelles. Elle aura quatre enfants de lui : Junie (née en 1818) meurt en bas âge ; Hippolyte (1820-1892), qui sera le seul à survivre à sa mère ; Hyacinthe (1821-1853), dite Ondine, compose des poèmes et des contes avant de mourir à l'âge de trente et un ans (elle était vraisemblablement la fille de l'amant de Marceline Debordes-Valmore, Henri de Latouche, dont le souvenir passionné hantera toute son œuvre) ; Inès (1825-1846), qui meurt à l'âge de vingt et un ans.

vignette|redresse|Marceline Desbordes-Valmore en 1833. Lithographie de Baugé. En 1819, Marceline Desbordes-Valmore publie à 1100 exemplaires son premier recueil de poèmes, Élégies et Romances, qui attire l'attention et lui ouvre les pages de différents journaux, comme le Journal des dames et des modes, L'Observateur des modes et La Muse française. En 1820 paraissent les Poésies de -Valmore.

Le couple s'installe ensuite à Lyon. Marceline Desbordes-Valmore continue à voir Henri de Latouche et entretient avec lui une relation épistolaire soutenue.

Après 1823, Marceline Desbordes-Valmore quitte définitivement le théâtre pour se consacrer à l'écriture. Ses ouvrages les plus importants sont les Élégies et poésies nouvelles (1824), les Pleurs (1833), Pauvres fleurs (1839) et Bouquets et Prières (1843). Ses œuvres, dont le lyrisme et la hardiesse de versification sont remarqués, lui valent une pension royale sous Louis-Philippe et plusieurs distinctions académiques*Rapport sur les concours de l’année 1850 par M. Villemain : « Une femme dont la jeunesse fut inspirée du talent poétique, et qui a fait des vers qu’on n’oubliera pas, -Valmore, a publié, sous le titre des Anges de la famille, quelques touchants récits où se retrouve un heureux naturel de langage. » La jeunesse de -Valmore, par Arthur Pougin Gallica À l'incitation de Victor Cousin, madame Desbordes-Valmore avait présenté à l'Académie française un volume intitulé les anges de la famille, et l'Académie avait attribué à cet ouvrage un des prix dont elle est la dispensatrice, le prix La Roche-Lambert. Il est au moins singulier que la seule distinction que l'illustre compagnie ait jamais accordée à ce grand poète l'ait été justement pour un volume de prose. Quoi qu'il en soit, Victor Cousin, qui, on le sait, n'était pas l'amabilité en personne, adressait à ce sujet, à madame Desbordes-Valmore, le très gracieux billet que voici : -- « Vendredi. Chère Madame, je ne veux pas différer de vous dire combien j'ai été heureux d'apprendre de vous que l'Académie m'avait tenu parole. Il m'est fort doux d'avoir pu concourir à vous donner un moment de joie. Mais ne me parlez pas de votre reconnaissance. Je prétends à d'autres sentiments, en consultant ceux que j'ai pour vous. Votre bien dévoué. V. Cousin.

1898 : Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon : « Dans la séance du 1er décembre suivant, le titre de membre associé fut décerné à M™ Desbordes-Valmore » 1835 .. Elle écrit aussi des nouvelles et compose des Contes pour enfants, en prose et en vers. En 1833, elle publie un roman autobiographique, L’Atelier d'un peintre, dans lequel elle met en évidence la difficulté pour une femme d'être pleinement reconnue comme artiste.

Louise Crombach lui présentera Marie Pape-Carpantier. Desbordes-Valmore intervient dans le procès le de Crombach accusée d'avoir laissé échapper une captive. Elle s'exclame:

Mort et hommages Marceline Desbordes-Valmore meurt à Paris, le , dans sa dernière demeure du 59, rue de Rivoli. Elle fut surnommée en référence aux nombreux drames qui jalonnèrent sa vie. Elle est inhumée à Paris dans la du cimetière de Montmartre.

À la séance du , l’Académie française lui décerne le prix Lambert à titre posthume.

Critiques de ses contemporains et portée L'instruction limitée de Marceline Desbordes-Valmore est compensée par son grand travail d'autodidacte. Honoré de Balzac admirait son talent et la spontanéité de ses vers, qu'il associait à des . En , parlant d'elle, il écrivait : Cité par Roger Pierrot dans Honoré de Balzac : La Comédie humaine, La Pléiade, t. X, Introduction et notes à La Recherche de l'absolu.Marceline Desbordes-Valmore avait aidé Balzac à élaborer le cadre de son roman La Recherche de l'absolu qui se situe à Douai, ville que l'auteur de la Comédie humaine connaissait mal. Samuel S. de Sacy, Notes sur Jésus-Christ en Flandre, Folio Classique, 1980, p. 298. » vignette|redresse|Marceline Desbordes-Valmore photographiée par Nadar en 1854. Paul Verlaine considère, à son tour, Marceline Desbordes-Valmore comme une poète qui a joué un rôle majeur dans l'évolution de l'écriture. Le poète maudit déclare à son sujet : . Verlaine lui sait gré d'avoir introduit des formes nouvelles : .

Son personnage romantique d'autodidacte, dont la vie malheureuse aurait nourri une sensibilité singulière, n'est pas non plus étranger à ce succès. Dans un article de 1861, Baudelaire présente Desbordes-Valmore comme  « une âme d’élite […] qui est et sera toujours un grand poète ». Certes, on pourra déceler dans son œuvre de la « négligence », un « parti pris de paresse » mais également « une beauté soudaine, inattendue, non égalable […] et vous voilà enlevé irrésistiblement au fond du ciel poétique.. » Toutefois, peut-être s’intéresse-t-il plus à la personne qu'aux vers, quand il affirme : , suivi en cela par toute une tradition au . Sainte Beuve dit à son propos : .. Il définit sa poésie comme « si passionnée, si tendre, et véritablement unique en notre tempsSainte-Beuve, Notice dans Marceline Desbordes-Valmore, Poésies de madame Marceline Desbordes-Valmore, Paris, Charpentier, 1842, p. I. ».

Une poésie d'avant-garde Pionnière du romantisme, une des plus grandes poètes depuis Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore, en dépit d'une prolixité intermittente, est un précurseur inattendu des maîtres de la poésie française moderne : RimbaudCette parenté est soulignée par Yves Bonnefoy dans la préface du volume Poésies, Paris, Gallimard (poésie/gallimard), 1983, p. 31-34. et surtout Verlaine. On lui doit l'invention de plus d'un rythme : celui des onze syllabes et la genèse de Romances sans parolesYves-Gérard Le Dantec, Dictionnaire des auteurs Laffont-Bompiani, p. 803.. Cette femme prétendument ignorante était une savante méconnue. Au surplus, elle fut la marraine indiscutable de « muses » de la fin du siècle : Anna de Noailles, Gérard d'Houville, Renée Vivien, Cécile Sauvage, Marie Noël. Louis Aragon, qui l'admirait, a fait référence à elle à plusieurs reprises, ainsi dans son recueil Elsa (« Valmore qui pleure à minuit », dans « Je suis venu vers toi comme va le fleuve à la mer ») ou dans Les Poètes (« Le Voyage d'Italie »).

La poésie de Desbordes-Valmore est une poésie du dialogue, au sein d'une communauté. Dans ce dialogue l'écoute vient en premier. Cette communauté est la plupart du temps celle de l'enfance, fût-elle imaginaire, mais certains événements d'ordre social ou politique, vécus au cours de sa vie, comme la Révolte des canuts, la posent en actrice du monde. La présence de l'auteure vient dans le jeu des voix, dans la fidélité à l'enfance, particulièrement dans une relation mère-enfant, fondatrice de toute relation humaine, mais où quelque chose rappelle toujours la communauté élargie. Par exemple, dans le poème La Maison de ma mère, le puits, le pauvre, la laveuse.

Ce puits large et dormeur au cristal enfermé, Où ma mère baignait son enfant bien-aimé : Lorsqu’elle berçait l’air avec sa voix rêveuse Qu’elle était calme et blanche et paisible le soir, Désaltérant le pauvre assis, comme on croit voir Aux ruisseaux de la bible une fraîche laveuse…alt=Maison natale de Marceline Desbordes-Valmore à Douai|vignette|Maison natale de Marceline Desbordes-Valmore à Douai.|207x207pxMais un retour à l'enfance est impossible, et il faut élaborer, au cours d'une sorte de démarche initiatique, l'expérience de la liberté. Ainsi dans le poème La Vallée de la Scarpe. Contemporaine de la Révolution française, Marceline Desbordes-Valmore embrasse la liberté dans une multitude de voix, dans une multitude de « je », dans l'affirmation de son identité de femme et des femmes, dans le dialogue avec les siens. Elle se distingue par là des conceptions de Victor Hugo, également son contemporain, qui défend dans ses poésies l'apparition de la personne pleine et entière lorsqu'elle se sépare de son environnement pour devenir elle-même.

Elle a par ailleurs écrit en picard. En 1896, un imprimeur de Douai rassemble cette œuvre dans un volume appelé Poésies en patois..

Œuvres

, 2 tomes illustrés par Dupréel; réédition : présentation d'Aimée Boutin, L'Harmattan, collection « Autrement mêmes », 2006 , Paris, Théophile Grandin, 1822 , Paris, Ladvocat, 1825 , Boulland, 1830 Poésies, Paris, Boulland, 1830 : et , Paris, Charpentier, 1833 et Bruxelles, E. Laurent, 1833 ; ; réédition : Bruxelles, Éditions E. Laurent, 1837

, Paris, Charpentier et Dumont, 1833; réédition : texte établi par Georges Dottin, postface de Marc Bertrand, Miroirs Éditions, 1992

, Paris, Dumont, 1839