Le MBT-70 (en anglais : Main Battle Tank 70, char principal de bataille 70), (en allemand : KPz 70 : Kampfpanzer 70, char de combat 70) est un prototype de char de combat développé conjointement par l'Allemagne de l'Ouest et les États-Unis au milieu des années 1960. Utilisant des technologies avant-gardistes pour son époque, le développement du MBT-70 s'avère trop complexe et trop coûteux, le programme prit fin en , deux années après le retrait de l'Allemagne de l'Ouest du programme.
Origine du projet vignette|gauche|325px|Vue d'artiste du MBT-70
À la fin de l'année 1962 des négociations furent ouvertes entre les États-Unis d'Amérique et la République fédérale d'Allemagne, ces pourparlers devaient aboutir à la conclusion d'un accord concernant l'adoption d'un programme commun pour le développement d'un nouveau char de combat bénéficiant des dernières avancées technologiques en la matière et devant entrer en service dans les deux pays dès 1970. L'accord fut signé le par le secrétaire à la Défense des États-Unis, Robert McNamara et par le ministre fédéral de la Défense, Kai-Uwe von Hassel.
En 1963, une liste commune des spécifications et des exigences auxquelles devait répondre le nouveau char fut établie par les deux pays. Le développement, quant à lui, était supervisé par deux bureaux d'études : le JEA (Joint Engineering Agency) composé de représentants gouvernementaux ainsi que de militaires tandis que le JDT (Joint Design Team) comportait les représentants des industries des deux pays. General Motors était le principal maître d'œuvre du côté américain, l'équivalent ouest-allemand était la Deutsche Entwicklungsgesellschaft, récemment issue d'un consortium. La phase de conception, réalisée à Augsbourg s'étala de à . La construction des six prototypes américains se déroula à Détroit à partir de , deux mois avant la construction du premier des six prototypes ouest-allemands.
Principales caractéristiques
Fruit du développement américano-allemand, le MBT-70 était armé d'une version allongée du canon de calibre à faible effort de recul M81 monté précédemment sur le char léger M551 Sheridan et le char de combat M60A2. Sa pression en chambre supérieure l'autorisant par conséquent à tirer des obus-flèches en complément des obus à charge creuse, explosifs et de missiles antichars. En outre, le canon était approvisionné par un système de chargement automatique positionné dans la nuque de tourelle. L'installation d'un tel système était jugée essentielle afin de permettre le tir en marche et réduire l'équipage à trois hommes. En plus du système de guidage du missile Shillelagh, il y avait aussi une conduite de tir automatisée comprenant entre autres un télémètre laser et un calculateur balistique.
Les trois membres d'équipage étaient tous rassemblés dans la tourelle, ce regroupement facilitait le chauffage et la climatisation du compartiment de combat tout en assurant leur protection contre les menaces de type NRBC si le char venait à évoluer dans un environnement contaminé. L'absence de pilote dans le châssis permettait de diminuer la hauteur de la caisse et par conséquent de réduire la silhouette du char, en contrepartie, l'installation d'un poste de pilotage contrarotatif était nécessaire afin que le pilote fasse toujours face, vers l'avant. En plus de son encombrement, ce système a entraîné inévitablement une complexification des commandes et par conséquent, de la conduite.
Devant être extrêmement mobile, le MBT-70 devait posséder un rapport puissance/masse d'au moins 30 chevaux par tonne, un ratio nettement supérieur à tous les blindés d'une masse comparable conçus jusqu'alors. La masse en ordre de combat étant initialement fixée à , cela impliquait l'utilisation d'un moteur d'une puissance de . Une suspension oléopneumatique à garde au sol et assiette variables lui permettait d'atteindre une vitesse exceptionnelle en terrain accidenté. Certains composants du MBT-70 étaient innovants et par conséquent furent adoptés sur d'autres chars de combat développés au cours des décennies suivantes. D'autres étaient plus discutables, cela comprenait le regroupement de tout l'équipage dans la tourelle, le tourelleau rétractable, téléopéré, abritant le canon-mitrailleur et le moteur Diesel à taux de compression variable (dans le cas du MBT-70).
Quels que soient les mérites ou les démérites de ces composants, ils étaient pour la plupart issus de technologies nouvelles n'ayant pas été mises à l'essai. Ce qui voulait dire que les intégrer toutes dans le MBT-70 allait, au mieux, rendre son développement complexe et coûteux. L'assemblage des premiers prototypes américains et allemands était prévu pour 1967. Le coût du développement étant bien plus élevé que prévu, le gouvernement allemand a décidé à la fin de 1969 de se retirer du programme. Sous la pression de l'US Army, le développement du MBT-70 a continué aux États-Unis sous la forme d'une version simplifiée, le XM803. Malgré les allégations selon lesquelles il devait être nettement moins coûteux que le MBT-70, le coût estimé de production du XM803 demeurait trois à quatre fois supérieur à celui d'un M60A1. Cela en était trop pour le Congrès américain qui remettait en question le besoin d'un char "Aussi complexe, sophistiqué et aussi cher que le MBT-70." et décida en 1971 de retenir les fonds pour tout autre développement subséquent. Par conséquent, le programme MBT-70/XM803 fût stoppé à la fin de 1971.
L'année suivante, motivé par son besoin urgent d'un nouveau char de combat, l'US Army prit part au développement d'un nouveau char de conception plus conventionnelle, moins coûteux, misant plus sur la survivabilité que la puissance de feu, le XM815 qui allait être renommé XM-1.
Armement Armement principal vignette|droite|200px|Le canon de XM150E5
Le MBT-70 est armé d'un canon XM150E5 de , il s'agit essentiellement d'une version allongée du canon à faible effort de recul M81 utilisé sur le char léger M551 Sheridan. Sa pression maximale admissible en chambre est de , ce qui lui permet de tirer des munitions flèches. Le canon a une masse de et a une longueur de (). Plus long de , il offre une allonge supérieure par rapport aux canons M81 et M162 utilisés sur le M551 Sheridan et plus tard, par le M60A2.
Le XM150E5 emploie la même gamme de munitions à douille combustible de calibre que celles du M551 Sheridan, deux nouvelles munitions sont spécialement développées pour le canon XM150E5.
vignette|gauche|220px|L'obus-flèche XM578E1 L'obus-flèche XM578E1 était constitué d'une flèche sous-calibrée de renfermant un barreau en alliage de tungstène en forme de goutte d'eau. Ce dernier est enveloppé dans une gaine en acier maraging. Sa pointe est en aluminium tandis que son empennage est constitué de quatre ailettes en acier. Le sabot enveloppant la flèche comporte quatre pétales faits d'acier et de plastique. Le diamètre de la flèche allant de 10 à pour un ratio d'allongement de 8:1. La flèche et son sabot ont ensemble une masse de et le projectile affiche une vitesse initiale de . La masse totale de la munition est de . L'obus-flèche XM578E1 était capable de perforer, à , une plaque d'acier à blindage de d'épaisseur sous une incidence de 60°, à une plaque d'acier à blindage de d'épaisseur sous une incidence cette fois de 75° et à une plaque d'acier à blindage de d'épaisseur sous une incidence de 60°.
Le XM617, un obus-ruche dérivé de l'obus d'artillerie de calibre M546 APERS-T dont le fonctionnement est similaire à l'obus Shrapnel.L'obus comporte en acier de chacune, groupées en six paquets expulsés séquentiellement par des charges pyrotechniques coordonnées par une fusée à retardement programmable XM599. Les obus-ruches ont une grande efficacité antipersonnel et sont plus efficaces que les obus de défense rapprochée telles que boîtes à mitraille. Il faut noter que le MBT-70 tire aussi la dernière version (MGM-51C) du missile guidé antichar tiré par canon Shillelagh capable de frapper une cible mobile à de distance, un avantage quand on sait que la portée utile de combat du Royal Ordnance L7 de calibre (armant la plupart des chars occidentaux de l'époque) était de . Le système de chargement automatique vignette|gauche|300px|Le convoyeur à chaîne comporte 26 alvéoles. Vingt-six projectiles de calibre (obus à douilles combustibles ou missiles) sont placés dans le chargement automatique occupant tout l'espace arrière de la tourelle. Ce système de chargement automatique des munitions a été conçu par la firme Rheinmetall. Il devait équiper théoriquement les prototypes des deux pays mais finalement, ce fut un chargeur automatique conçu par General Motors, similaire au modèle allemand qui équipa les prototypes américains.
Le système de chargement automatique comporte un convoyeur à chaine actionnée par un moteur électrique supportant vingt-six alvéoles abritant chacune un projectile de calibre (vingt-quatre alvéoles sur le MBT-70).Lorsque la munition désirée est sélectionnée par le tireur, la bande convoyeuse s'actionne et l'alvéole abritant l'obus vient s'aligner devant une trappe coulissante installée dans la cloison séparant le chargeur automatique du compartiment de combat. Pendant ce temps, le canon est découplé du système de stabilisation pour atteindre une hausse de 0°. Puis, un deuxième moteur électrique vient actionner l'ouverture de cette porte qui va elle-même mettre en mouvement une butée par l'intermédiaire d'une chaîne. Cette butée va pousser le projectile dans un tube télescopique rétractable jusque dans la chambre du canon, la culasse quant à elle, s'ouvre automatiquement. Normalement, le cycle de chargement d'un projectile dure dix secondes} après le tir du précédent, mais il est possible de réduire ce délai à six secondes avec le chargeur automatique Rheinmetall lorsque le char est à l'arrêt.
Le remplissage en munitions du système de chargement automatique se fait par l'intermédiaire d'une petite trappe sur l’arrière de la tourelle ou par une trappe interne dans la cloison, derrière le pilote. Il est aussi possible de recompléter le système de chargement automatique par le refouloir télescopique servant à charger les munitions dans la chambre en le faisant fonctionner dans le sens inverse.
Armement secondaire vignette|gauche|Le canon-mitrailleur Rh 202 pouvaut être rétracté dans sa capsule. L'armement secondaire consiste en un canon-mitrailleur de Rheinmetall MK 20 Rh 202 et une mitrailleuse coaxiale M73 de .
Le canon-mitrailleur Rh 202 de est installé dans une capsule blindée étanche, placée dans le flanc gauche de la tourelle, derrière le conducteur. Le pointage du canon s'effectue à l'aide de deux moteurs électriques. Lorsqu'il n'est pas utilisé, l'arme se rétracte dans sa capsule fermée par deux volets, seul le tube du canon en dépasse, il vient se placer le long du toit de la tourelle après rotation de la capsule, juste avant sa fermeture.
Le canon est télé-opéré, la visée et la commande de tir sont déportées et s'effectuent donc à distance, l'arme est asservie au viseur panoramique du chef de char lui permettant d'engager des cibles sur 360°, il est aussi possible d'utiliser le viseur du tireur. Le canon et les viseurs sont stabilisés, permettant le tir en marche. Le canon Rheinmetall Rh 202 à une cadence de tir nominale de par minute et possède une portée pratique de . Il est utilisé principalement contre les blindés légers, l'infanterie et aussi contre les hélicoptères volant à basse altitude.
Le fond de la capsule abrite des équipements électroniques composés de plusieurs synchros mais aussi deux bandes de chacune. La double alimentation du canon Rh 202 permet de sélectionner les munitions souhaitées en fonction de la menace, perforantes ou explosives à fragmentation. L'obus perforant-incendiaire DM43A1 est capable de percer d'acier à blindage à de distance.