L'église Notre-Dame est une église catholique située dans la commune de Lestiac-sur-Garonne, dans le département de la Gironde, en France, consulté le 30 août 2012..
Localisation L'église se trouve au cœur du village, dans le chemin de l'Église parallèle à la route départementale D10 (Langoiran et Bordeaux au nord-ouest, Cadillac au sud-est).
Historique L'église, construite sur un site gallo-roman, date du . L'édifice actuel se compose d'une nef en berceau et d'un chœur roman. La nef est encadrée de deux bas-côtés voûtés d'ogives. Celui du nord est élevé au , l'autre est construit en 1850 par l'architecte Coureau. Le clocher-porche est élevé aussi vers 1850, sur les plans de l'architecte Paul Abadie.
Les sculptures romanes du chevet et du sanctuaire sont d'une qualité exceptionnelle. Elles sont décrites en détail ci-dessous.
La nef
Les autels
Les vitraux de l'abside
Les vitraux de la nef
Les vitraux, du , sont l’œuvre du Maître-verrier bordelais Gustave Pierre Dagrant.
Le mobilier
Une croix monumentale se dresse devant l'église. Le croix en ferronnerie qui date de 1848, est décorée d'un Sacré-Cœur et des instruments de la Passion a un hauteur de . Auparavant, elle se trouvait dans l'ancien cimetière, mais quand celui-ci fut détruit, la croix fut déplacée.
Il y a également une croix de mission qui se trouve à l'emplacement de l'ancien cimetière. La ferveur religieuse a été mise à mal lors de la Révolution Française. Des croix de mission ont été plantées sur tout le territoire français au début du . Chacune d’elles manifeste le passage d’un de ces missionnaires diocésains que l’on charge à l’époque de mener une nouvelle évangélisation des campagnes. Ici, la croix, réalisée en 1848, est sur un socle qui porte la date de 1837. Le croix en ferronnerie est décorée d'un Sacré-Cœur et des instruments de la Passion.
25px L'église est inscrite au titre des monuments historiques depuis 1925 pour son abside et son chœur.
Iconographie romane Les sculptures datent du début du . Pour le programme principal : 14 chapiteaux au dedans (dont 7 historiés) et 16 chapiteaux à l'extérieur (dont 8 figurés). Le programme secondaire consiste d'une série de vingt-neuf modillons soutenant la corniche du chevet.
Comme pour les églises de Gabarnac et de Saint-Martin-de-Sescas, on ne trouve, parmi toutes les sculptures de l'église, aucune représentation symbolique, ni de la religion chrétienne, ni d'un récit biblique. Elles sont toutes profanes. Ici, les chapiteaux historiés du sanctuaire, réservé exclusivement au clergé, sont des mises en garde, symboliques ou explicites, contre l'incontinence sexuelle, comme à Beychac ou Saint-Sulpice.
L'extérieur Le chevet est divisé en huit pans séparés par huit grandes colonnes surmontées de chapiteaux à corbeille en taille basse. Il est probable qu'une neuvième colonne a été détruite lors de la construction de bas-côté nord au .
Dans chaque pan, on trouve, par alternance, soit une fenêtre, soit une fenêtre feinte. Les fenêtres feintes ne sont pas décorées. La corniche est également supportée par une série de modillons de qualité exceptionnelle.
Les chapiteaux de la corniche
Huit chapiteaux sculptés supportent la corniche du chevet. Les corbeilles de quatre d'entre eux ont reçu un décor végétal, les autres, un décor figuré.
On commence leur description à partir du bas-côté sud, en suivant la corniche jusqu'au bas-côté nord.
Les trois premiers chapiteaux du mur sud du chevet portent uniquement un décor végétal.
Chapiteau sud 4 : pignes de pin et oiseaux
Sept oiseaux s'agitent au-dessus de quatre feuilles d'acanthe. Six d'entre eux picorent des pommes de pin. Le septième, au centre de la face principale, a les ailes éployées avec ses deux pattes posés au sol sur l'astragale.
Il serait erroné de tenter des interprétations lapidaires, telles que : sept oiseaux = sept péchés capitaux ou oiseaux becquetant une pomme de pin = symbole de l'Eucharistie, comme certains guides ont fait. En effet, il n'y aucun symbole roman associé avec les péchés capitaux sur la corbeille et le symbole aviaire de l'Eucharistie était deux oiseaux buvant dans le même calice.
Chapiteau nord 4 : homme entre deux fauves
Au centre, un homme est assis sur une chaise. Il est encadré par deux fauves (probablement des lions). L'homme, impassible, regarde droit devant et étend ses bras pour saisir, à mains nues, les langues qui pendent des gueules des bêtes. Il est bien coiffé, vêtu d'une tunique à plis horizontaux et d'une cape agrafée sous le menton qu'il a rejetée en arrière. À gauche de son fauteuil, on voit un quatre-feuilles.
Cette scène est une parodie de « Daniel dans la fosse aux lions » et s'appuie sur le dicton populaire de l'époque : « On n'attrape pas le loup par la langue », et s'adresse aux fidèles ou pèlerins de passage pour leur rappeler que le lion/loup n'est autre que Satan cherchant à dévorer celui qui tente le diable.
Chapiteau nord 3 : décor végétal et chapiteau nord 2 : Les musiciens
Seule la face principale est animée, les petits côtés sont couverts par une végétation stylisée. Aux angles de la corbeille, se trouvent deux musiciens se faisant face. Celui de gauche a la jambe droite posée au sol et il se tient accoudé sur son genou gauche pour souffler dans son olifant. Sa main droite tient un objet souple et recourbé (un serpent ?). L'autre musicien est un percussionniste. Son genou droit est au sol et, avec l'index de sa main droite, il désigne l'olifant de son compagnon. Sa main gauche agite une grosse baguette de forme phallique, une mailloche, au-dessus d'un instrument strié qui est probablement un tympanon. À l'aplomb du dé central, au niveau de l'astragale, on voit une tête humaine.
Les musiciens, acrobates et historiens étaient des professions maudites par le clergé roman. La musique populaire était associée à la danse, à la promiscuité d'hommes et de femmes, à la consommation de l'alcool et à l'incitation au péché de la luxure.
Chapiteau nord 1 : couple nu dans la verdure
La totalité de ce chapiteau est tapissée de des lianes émanant de trois plants distincts (un par face), à l'exception des angles où sont agenouillés deux personnages tous nus, une femme à gauche et un homme à droite.
Le couple réunit toutes les caractéristiques des êtres condamnables : l'état de nudité, la posture humiliante d'être à genou, la préhension des tiges (le jeu de mots latins caulis = tige, mais aussi caulis = pénis était fréquent dans les écrits de l'époque). Il serait erroné d'interpréter, comme certains guides, la scène comme étant la chute d'Adam et Ève car il manque les symboles, tels que le serpent, le fruit de l'Arbre de vie (une pigne de pin) et le Malum, fruit de l'Arbre de la connaissance du bien et du mal, qui sont habituellement associés à ce récit.
Les chapiteaux des fenêtres du chevet
Trois des quatre fenêtres du chevet ont des chapiteaux décorés. La quatrième fenêtre n'est pas romane et date probablement du . Ce qui étonnant est que les trois fenêtres romanes ont une représentation d'un être bi-corporé. Le bi-corporé à tête unique est une chimère de la mythologie des intellectuels des . Parmi ces créatures, le tératologue de l'ère romane a proposé des lions, des dragons et l'homme lui-même. Ici, c'est un lion et deux dragons bi-corporés qui sont présentés.
Fenêtre nord :
Cette fenêtre n'est pas d'origine romane. Il est probable qu'elle soit une reconstruction faite au moment de la mise en place du bas-côté nord de l'église au .
Fenêtre nord-est :
La corbeille occidentale est décorée avec des feuilles d'acanthe et la corbeille orientale avec un dragon bi-corporé. Une grosse tête poilue à crinière, aux yeux globuleux et à la gueule béante, réunit deux corps dont les ailes sont repliées vers le haut. Deux longues queues s'entrelacent dans l'axe ou elles dessinent une pince.
Fenêtre est :
Un autre dragon bi-corporé est représenté sur la corbeille occidentale. C'est une tête lisse et glabre, aux yeux peu saillants qui réunit les deux corps ; les ailes du premier plan s'élèvent et celles du fond s'abaissent pour se rejoindre au sol. Les deux queues s'enroulent chacune autour d'une patte.
Le chapiteau oriental est parvenu intact, avec son tailloir d'origine, orné d'entrelacs. Le sujet principal est un homme, au torse bombé, qui remplit presque tout l'espace. Il est agenouillé, les jambes écartées et pose ses mains sur ses cuisses. L'homme est habillé avec affectation et de façon asymétrique au niveau des cuisses. Deux fortes lianes lui entravent les deux coudes et deux autres lianes lui pressent les hanches. La figure de ce demi-acrobate entortillé dans les sarments est un stéréotype de la symbolique culpabilisante et nécessitant pénitence.
Fenêtre sud-est :
La corbeille occidentale porte un décor végétal.
Sur le corbeille orientale, deux corps de lion énamourés sont étroitement enlacés dans l'axe du chapiteau. Quelques feuillages remplissent l'arrière-plan. Les deux têtes des lions sont réunies en une seule. La bête est un être bi-corporé, ou un seul esprit dirige les deux corps. s Les bêtes sont assis sur leur croupes. Les deux crinières qui couvrent les deux encolures indique que ce sont deux mâles. Leurs pattes ont été allongées de manière à approprier une étreinte qui est plus propre au genre humain qu'à la gent léonine. Les deux queues passent à l'intérieur des cuisses pour finir sur les côtés.
Les modillons
On trouve vingt-neuf modillons autour du chevet. La sérié complète, dans l'ordre commençant au bas-côté nord et terminant au bas-côté sud, est illustrée ci-dessous. Il y a le mélange habituel de figures géométriques, de dessins abstraits, de figures humains et de symboles maléfiques.
Notons ici que les modillons 19 et 21, dans la série dénonçant la luxure, sont des remplacements du . Par comparaison avec des séries semblables sur d'autres églises de l'Entre-deux-Mers on peut supposer que les originaux étaient un homme ithyphallique et une femme exhibant son sexe.
L'intérieur Il y a quatorze chapiteaux romans sculptés à l'intérieur de l'église, sept au nord et sept au sud. Ils seront décrits par paire, en commençant à l'arc triomphal et en allant vers le sanctuaire. La qualité des sculptures est supérieure à celle des sculptures extérieures et les tailloirs sont systématiquement ouvragés avec festons, entrelacs et palmettes. Les dessins ci-dessous sont de Léo DrouynFonds Léo Drouyn des Archives Municipales de Bordeaux, tome 46, .
Les chapiteaux historiés sont tous des mises en garde, pour le clergé, de la tentation charnelle.
Les deux derniers chapiteaux de la série illustrent les deux volets principaux de l'incontinence sexuelle du clergé : le désir entre des hommes et le désir pour des femmes. Ce type d'illustration servait officiellement à dénoncer le nicolaïsme, que la Réforme grégorienne pourchassait sans relâche.
Arc triomphal
L'arc triomphal annonce et délimite l'enceinte du presbytérium : d'abord une travée de chœur, éclairée par deux baies latérales, puis le sanctuaire dont l'arcature souligne les trois fenêtres de l'abside.
Chapiteau nord 1 : Une grosse corbeille à décor végétal : des entrelacs d'ogives circonscrivant des feuilles d'acanthe
Chapiteau sud 1 : Une grosse corbeille à décor végétal très stylisé et des fruits sphériques.
Le chœur
Chapiteau nord 2, deux lions en miroir : corbeille d'angle à deux faces sculptées, un lion par face, affronté à son congénère. L'angle de symétrie correspond à l'angle de la corbeille. Chaque bête est assise, la croupe à même le sol et le corps vertical. Chaque lion a une patte arrière relevée de telle sorte qu'il peut mordiller la patte. Les deux queues ont fusionné pour dessiner une spirale.