thumb|Sculptures liées à l'érosion dans le désert du Monte à Ischigualasto, en Argentine. thumb|Zones de végétation de l'Argentine : le Monte (jaune) Le désert du Monte (en espagnol : desierto del Monte) est un désert sud-américain situé en Argentine. Il se trouve au sud-est du désert d'Atacama au Chili, au nord de la Patagonie et à l'est des Andes. Dans la classification de Köppen, il appartient au climat désertique de la diagonale aride d'Amérique du Sud : c'est la région la plus sèche de l'Argentine. Il constitue une écorégion de l'écozone néotropique.

Géographie Le Monte se trouve dans l'intérieur de l'Argentine, au pied des Andes. Il s'étend de la province de Salta au nord, vers 24º35 de latitude sud, jusqu'à celle de Chubut, vers 44º20 de latitude sud, et couvre les régions subandines des provinces de Catamarca, La Rioja, San Juan, San Luis, Mendoza, la moitié ouest de la province de La Pampa et l'extrême nord de la province de Río Negro. Il confine au désert d'Atacama au nord-ouest, sur le versant chilien de la cordillère, et aux déserts et steppes de Patagonie au sud-est, sans qu'il y ait de limite nette entre ces espaces. Les écorégions voisines sont les forêts humides des yungas méridionales et la forêt sèche du Gran Chaco au nord, la pampa à l'est, la steppe patagonienne au sud, la steppe des Andes du Sud au sud-ouest, et la puna désertique des Andes centrales au nord-ouestWorld Wildlife Fund, Southern South America: Southern Argentina, stretching northward..

Le Monte est borné à l'ouest par la chaîne des Andes, à l'est par la Sierra de Córdoba ; il s'étend de m d'altitude jusqu'au niveau de la mer. Le climat est tempéré sec, avec des précipitations faibles (de 80 à 250 mm), tombant pendant l'été austral au nord et au centre ; au sud, le climat est plus froid avec des pluies réparties sur toute l'année. Le désert s'étend sur plus de du nord au sud, la limite entre ces deux régimes de pluie passant vers les 37° de latitude sudI. Prakash, P.K. Ghosh, Rodents in Desert Environments, Dr W. Junk ed., The Hague, 1975, p. 156-157.. Selon le relief, il peut y avoir d'importantes différences de pluviosité entre des localités distantes de moins de ; la couverture végétale dépend de l'humidité mais aussi d'autres facteurs comme la présence de dunes ou de cuvettes saléesI. Prakash, P.K. Ghosh, Rodents in Desert Environments, Dr W. Junk ed., The Hague, 1975, p. 161-162.. Les variations de température peuvent être importantes : à Andalgalá (province de Catamarca), en janvier, elles vont de 38 à le jour et de 10 à la nuit ; en juillet, de 26 à le jour et de -4 à la nuitI. Prakash, P.K. Ghosh, Rodents in Desert Environments, Dr W. Junk ed., The Hague, 1975, p. 163..

Au nord-ouest, les Andes de Tucuman, avec des sommets de plus de comme le Llullaillaco, s'ouvrent sur le plateau du Monte par des vallées d'érosion très encaissées (quebradas), donnant naissance à plusieurs rivières comme le Río Salado (Río Desaguadero) et le Río Bermejo qui, en phase humide, se jettent dans le Rio Paraná. À l'ouest, le massif de La Rioja, plus bas et plus morcelé, a cependant quelques sommets de plus de comme le Famatina (Cerro General Belgrano) ; l'eau reste enfermée dans des cuvettes (). La Sierra de Córdoba, moins haute ( m), arrosée par les vents sudestos venus de l'Atlantique, ne donne que des petites rivières désignées par des numéros, Rio Primo, Rio Secundo, Tercio, Cuarto, Quinto, qui, le plus souvent, se perdent dans les étendues arides du Monte, à l'exception du Rio Cuarto qui, sous le nom de Río Carcarañá, atteint un bras du Rio Paraná. Au sud-ouest, les Andes forment les plus hauts sommets du continent, Aconcagua ( m), Mercedario ( m), Tupungato ( m), mais leur climat sec ne donne naissance qu'à des rivières de débit variable, Río Mendoza, Río Atuel, qui vont se perdre dans la vallée asséchée du Río DesaguaderoPierre Deffontaines, Les oasis du piedmont argentin des Andes. In: Cahiers d'outre-mer. N° 17 - 5e année, Janvier-mars 1952. pp. 42-69..

Les lagunes de Guanacache, Desaguadero et du Bebedero, reliées par le cours intermittent du Río Desaguadero, forment une ancienne zone humide de . Pratiquement à sec pendant une grande partie de l'année, elles sont classées depuis le parmi les espaces protégés par la convention de Ramsar (n°1012). Une partie de cette aire est comprise dans le parc national Sierra de las Quijadas. Elle abrite une biodiversité importante avec plus de 50 espèces d'oiseaux aquatiques. Les communautés locales de laguneros, estimées à personnes en 2007, bénéficient d'un programme de réhabilitationRamsar, Lagunas de Guanacache, Desaguadero y del Bebedero, janvier 2007..

Histoire De la préhistoire à la conquête thumb|Gravure rupestre dans la Sierra Catamarca. Pendant les glaciations du Pléistocène, la végétation de haute montagne descend beaucoup plus bas qu'aujourd'hui et la végétation typique du Monte se trouve resserrée à une bande étroite au sud et à l'est de son aire actuelle. Au contraire, pendant les périodes interglaciaires, il est arrivé que le désert du Monte s'étende beaucoup plus loin en Argentine et jusqu'au BrésilDavid W. Goodall, Evolution of Desert Biota, University of Texas, 1972..

Le peuplement agricole de la région s'est fait, dès l'époque précolombienne, par le massif andin : les Amérindiens de la région andine ont pour principal animal d'élevage le lama qui ne vit qu'à plus de m d'altitude, et leur agriculture est adaptée aux milieux de hautes vallées et de piedmont. Avant l'arrivée des colons espagnols, les plaines n'abritent qu'une population très réduite de chasseurs de vigognes et de cervidés. Cependant, le site archéologique des Hornillos Huarpes, aujourd'hui compris dans le parc national Sierra de las Quijadas, révèle une importante concentration de 25 fours de poterie vers l'an 1000 de notre èreWayne Bernhardson, Argentine, Les Guides de voyage National Geographic, juin 2012, p. 210..

Les Espagnols, empruntant les Chemins incas venus du Pérou, développent leurs premières villes dans les oasis : Tucumán, Córdoba, Santiago del Estero. L'oasis de Tucumán, aux , développe des cultures irriguées pour nourrir la nombreuse population autochtone condamnée au travail forcé dans les mines d'argent du Potosi, à plus au nord ; un peu plus haut en altitude, les berges de rivière autour de Santiago del Estero permettent une culture de blé en période de décrue. L'élevage des mulets, bêtes de somme indispensables et plus robustes que les lamas, connaît une grande extension de Córdoba à Entre Ríos. thumb|Fortin Paso de los Indios, province de Neuquén, v. 1880. La plaine aride située plus au sud, entre les Andes et la Sierra de Córdoba, est peuplée par les Huarpes, des nomades qui n'ont pas ou peu de relations avec les populations agricoles andines : une de leurs tribus, les Huanacaches, a laissé son nom à la lagune de GuanacachePaul Rivet, Eric Boman. Antiquités de la région andine de la République Argentine et du désert d'Atacama. In: Journal de la Société des Américanistes. Tome 7, 1910. pp. 280-284 . L'Empire inca domine pendant un demi-siècle les Huarpes de la région andine sans beaucoup s'étendre vers la plaine. Sous la colonisation espagnole, les Huarpes de la région andine, partagés entre les chefferies de Calingasta et Guanacache, sont rattachés à la capitainerie générale du Chili. Comme d'autres peuples autochtones, ils sont sédentarisés, évangélisés, soumis à la déportation et au travail forcé dans les mines ; en outre, ceux de la frontière méridionale subissent les razzias des nomades MapuchesAgustín Pieroni, Nosotros, los Indios, Dunken, Buenos Aires, 2015, p. 115-123..

Les Indiens Pehuenches, restés indépendants après la guerre d'indépendance argentine, sont soumis par la république argentine lors de la campagne militaire de la Conquête du Désert (1869-1888)Sabine Kradolfer, « Les autochtones invisibles ou comment l’Argentine s’est « blanchie » », Amérique Latine Histoire et Mémoire. Les Cahiers ALHIM, 16 | 2008.. À la fin du siècle, les Huarpes sont supposés avoir disparu par acculturation forcée et métissage ; cependant, lors du recensement de 2001, habitants des provinces de San Juan et Mendoza se disent HuarpesAgustín Pieroni, Nosotros, los Indios, Dunken, Buenos Aires, 2015, p. 124-125..

Après la conquête Au siècle, les mines d'argent périclitent et cessent d'acheter leur ravitaillement au piedmont argentin. L'économie du pays se tourne vers l'Atlantique et les oasis du Monte se consacrent à la culture de la canne à sucre. Le chemin de fer de Buenos Aires atteint Córdoba en 1878. De hectares en 1880, la surface cultivée en canne passe à hectares vers 1910 : les plantations attirent une main-d'œuvre nombreuse et la population s'élève un demi-million d'habitants au début du siècle. Cependant, la déforestation, l'épuisement des sols et la vulnérabilité au gel entraînent l'abandon d'une partie des terres et le déplacement des cultures vers Jujuy et la frontière nord. thumb|Le barrage d'El Nuhuil en basses eaux, 2015. Aux , la population reste essentiellement concentrée dans les centres urbains et les oasis où l'agriculture irriguée est possible, de sorte que de vastes zones du Monte sont presque vides de présence humaine. Cependant, de grandes superficies ont été dégradées par le surpâturage, les coupes de bois, l'exploitation minière et pétrolière : le WWF estime que 58 millions d'hectares ont été dégradés au cours des 150 dernières années. L'élevage consiste en chèvres, moutons et bovins. La petite ville de Malargüe (province de Mendoza) a un festival de la chèvreWayne Bernhardson, Argentine, Les Guides de voyage National Geographic, juin 2012, p. 204..

Plusieurs cours d'eau sont coupés par des barrages hydroélectriques comme le Río Atuel et le Río Diamante. Les Termas de Río Hondo (province de Santiago del Estero) sont une station thermale renommée, proche d'un lac artificielWayne Bernhardson, Argentine, Les Guides de voyage National Geographic, juin 2012, p. 181-182..

Flore Le paysage végétal du désert du Monte est souvent similaire à celui des déserts de Sonora et de Chihuahua en Amérique du Nord. La végétation dominante est une fruticée (matorral) de buissons résineux à feuilles persistantes : zygophyllacées telles que Larrea (en espagnol, jarilla), Bulnesia (retamos), Plectocarpa (mancapotrillos). On rencontre aussi (mata sebo), (monte negro), Prosopis (algarrobo) et plusieurs espèces de cactus, broméliacées ainsi que d'acacias, Cassia et Geoffroea.

Le jarillal est la végétation la plus représentative du désert, il forme des touffes éparses dans les sols sableux ou rocheux-sableux. Des herbacées poussent rapidement après les pluies comme Portulaca grandiflora (flor de seda). Le mesquite forme des forêts galeries le long des rivières. Selon la nature du sol, les bois de mesquite abritent des communautés édaphiques de Baccharis salicifolia (chilca) et (pájaro bobo) dans les terrains humides, Atriplex en sol argileux, Suaeda divaricata et en sol salé.

Plusieurs plantes sont endémiques à cette région comme Romorinoa girolae (chica) et Gomprhena colosacana var andersonii, typiques du parc national Sierra de las Quijadas, ou très peu répandues en Argentine comme Halophytum ameghinoi (verdolaga).

Faune