René Sintès est un peintre français né le à Alger et porté disparu à El Biar le Enlevé par l'OAS..
Son œuvre est essentiellement non figurative et se situe entre 1950 et 1962, dans le contexte de la guerre d'Algérie.
Biographie René Georges Sintès naît de père français algérois, employé militaire d'origine espagnole (Minorque), et de mère algérienne, née à Molière dans l'Ouarsenis (aujourd'hui Bordj Bou Naama), élevée en tant qu'orpheline dans un couvent des Sœurs Blanches.
Après le lycée à Alger, René Sintès fait ses études d'instituteur à l’École normale d'instituteurs de Bouzareah (ENIB) à Alger dans la promotion 1949-1953. Il est élève de Jean-Aimé-Roger Durand, connu comme le « peintre philosophe » dans le cercle des artistes algéroisHommage à J.A.R. Durand (1914-2001) sur bouzarea.org.. Sauveur Galliéro - René Sintès, textes de Jacques Burel, Jean Sénac et Jean de Maisonseul, catalogue de l'exposition, Centre Culturel Français, Alger, 1967.. Dès ses premières années d'étudiant à cette école, il développe ses approches artistiques, prend part au théâtre du Centre régional d'art dramatique avec Henri Cordreaux, fréquente quelque temps le Cercle Lélian où il rencontre le poète Jean Sénac tout en affirmant sa vocation de peintre dès 1950, avec ses premières gouaches faites sur chevalet au port d'Alger et sur les rivages longeant la route de Tipasa.
Il rencontre l'éditeur et galeriste Edmond Charlot à la librairie Rivages en 1952, et plus tard le peintre et architecte Jean de Maisonseul et sa femme Mireille, couple phare dans le cercle d'artistes algérois qui, avec Edmond Charlot, révèlent les jeunes talents et animent la vie artistique à AlgerÉtudes Camussiennes http://www.etudes-camusiennes.fr/wordpress/wp-content/uploads/2010/02/BulletinOctobre2007.pdf etudes-camusiennes.fr ..
En 1952, il effectue son premier voyage en France métropolitaine pour un stage au Centre régional d'art dramatique à Paris où il séjourne l'été, prenant part à une tournée théâtrale, puis en où il exécute quelques toiles sur les bords de la SeinePréface de Jean de Maisonseul, catalogue de l'exposition, Alger, Centre Culturel Français, 1967.. Il entreprend d'autres voyages d'été dans le sud de la France en 1955 et 1958, où il peint les paysages de l'arrière-pays vençois et aixois. Démobilisé en 1955, il devient professeur de dessin pour enfants handicapés à l'Institut Joseph Anglade d'El Biar sur les hauteurs d'Alger. En , il épouse Evelyne Chauvin, originaire d'Antibes, attachée de presse au Centre culturel américain à Alger. De cette union naîtra leur fille en 1957.
vignette|redresse|Dédicace d'Albert Camus, 1956. En , Albert Camus tient sa dernière conférence à Alger où il prononce le discours de L'Appel pour une Trêve Civile. Le cercle des premiers libéraux d'Algérie lui apporte son soutien : l'écrivain Emmanuel Roblès, Edmond Charlot, Jean de Maisonseul, Charles Poncet, René Sintès et Évelyne Chauvin, assistante d'Albert Camus à AlgerOlivier Todd, Une vie, biographie d'Albert Camus, .. La conférence a lieu dans une atmosphère survoltée entre la foule de partisans libéraux et les opposants ultras maintenus à distance, après les menaces de mort proférées à l'encontre de Camus et du groupe des libéraux, Albert Camus, « Appel pour une trêve civile en Algérie », dans Essais, Bibliothèque de la Pléiade, 1967, .. La veille de son discours dont il a confié la mise en page à Évelyne Chauvin, Camus en dédicace le manuscritCamus, bibliothèque de l’Université Dokkyo, novembre 2010. , signant .
Dans les cercles d'amis autour des libéraux d'Algérie, Sintès est proche du mouvement indépendantiste avec Amar Ouzegane, Mohamed Lebjaoui et Boualem Moussaoui. Il est lié de même aux peintres algériens Louis Bénisti, Hacène Benaboura et Mohamed Bouzid. Il est amené à connaître dans son travail d'enseignant l'écrivain pacifiste Mouloud Feraoun, lui-même enseignant et inspecteur aux centres sociaux de Château-Royal, dans la mission des Centres sociaux éducatifs (CSE) en Algérie, dirigée par Germaine Tillion.
Alors que sa peinture se fait l'expression de l'absurdité du contexte historique, les attentats contre les libéraux se multiplient. René Sintès disparaît en , deux mois avant l'indépendance de l'Algérie, enlevé à son domicile d'El Biar par un commando de l'OASMohammed Harbi, La Guerre d'Algérie sous la direction de Benjamin Stora, Éditions Hachette, 2005 (« La guerre d'Algérie et les arts plastiques », Malika Dorbani, ).Préface de Jean de Maisonseul, Catalogue exposition Centre culturel français, Alger, 1967..
Carrière artistique vignette|redresse|Les « Baous » de Vence dont la peinture non figurative de René Sintès s'inspire en 1958. René Sintès participe à plusieurs expositions de jeunes peintres entre 1952 et 1957. En , il obtient le prix Comte-Tinchant décerné aux peintres de moins de trente ans pour Jean Brua, « Lauréats de jeune peinture : Freddy Tiffou et René Sintès », Alger-Revue, , .Marion Vidal-Bué, Alger et ses peintres (1830-1960), Paris, Paris-Méditerranée, 2000, .. En avril de la même année, encouragé par Edmond Charlot, il présente 30 peintures à la galerie Comte-Tinchant pour sa première exposition personnelle à Alger. En , il y tient une deuxième exposition particulière de 26 peintures et 20 dessinsÉlisabeth Cazenave, Les artistes de l'Algérie. Dictionnaire des peintres, sculpteurs, graveurs, 1830-1962, Bernard Giovanangeli éditeur, Association Abd-el-Tif, 2001, .. Ses œuvres y sont de nouveau présentées en décembre avec celles de son professeur Jean-Aimé-Roger Durand et de Jean de Maisonseul.
En , Sintès expose à la galerie Romanet, intégrant le groupe des sept, formé avec Jean-Aimé-Roger Durand, Freddy Tiffou, Jacques Burel, André Cardona, Jean Simian et le sculpteur Henri Chouvet. C'est la dernière grande exposition avant l'indépendance illustrant la mue de l’École d'AlgerLouis-Eugène Angéli, Algeria, printemps 1961, .. Le vernissage ayant eu lieu la veille, l'exposition est ouverte au public le , le jour du putsch des générauxaurelia-myrtho.com.Jean-Pierre Bénisti, « Les Peintres de l’École d'Alger et la Méditerranée », in : Guy Dugas (dir.), La Méditerranée de Audisio à Roy, Alger, Mémoire de la Méditerranée ; Houilles, Éditions Manucius, 2008..
En , malgré l'atmosphère de chaos qui règne dans les rues d'Alger à six mois de l'indépendance, Sintès expose une dernière fois 14 peintures et six gouaches à la galerie RomanetLouis-Eugène Angeli, Algeria, printemps 1962, .. L'histoire voudra que les dates de ses expositions soient marquées par les évènements les plus complexes de la guerre d'Algérie, tels que les Barricades d'Alger en , les journées de , le putsch du Jean Sprecher, À contre-courant, Étudiants libéraux et progressistes à Alger 1954-1962, Éditions Bouchène, 2000, ..
Peu de temps après la disparition du peintre, Jean de MaisonseulConservateur du musée national des Beaux-Arts d'Alger de 1962 à 1970. acquiert deux œuvres de Sintès de 1960 pour le musée national des Beaux-Arts d'Alger : Soir, , et Calme, Respectivement et , Guide du musée national des Beaux-Arts d'Alger, Alger, ministère de l'Éducation nationale, 1970, .. Rassemblant l'ensemble des collections artistiques de l'Algérie, il assure la réouverture du musée en 1963. C'est dans ce cadre que la salle Ibn Khaldoun à Alger accueille pour les fêtes du l'exposition « Peintres algériens » où le tableau Soir de Sintès est présent en forme d'hommageCatalogue de l'exposition Peintres algériens, salle Ibn Khaldoun, -, . L'exposition réunit des peintures d'Mohamed Aksouh, Baya, Hacène Benaboura, Abdallah Benanteur, Mohamed Bouzid, Abdelkader Guermaz, M'hamed Issiakhem, Mohammed Khadda, Azouaou Mammeri, Choukri Mesli, Denis Martinez, Mohamed Racim, Bachir Yellès, Rezki Zérarti, Angel Diaz-Ojeda, Jean de Maisonseul, Louis Nallard et René Sintès, ainsi que des dessins d'enfants.. Cette première manifestation artistique post-indépendance est préfacée par le poète Jean SénacJean Sénac, Visages d'Algérie, Écrits sur l'art, textes rassemblés par Hamid Nacer-Khodja, Paris, Paris-Méditerranée / Alger, EDIF 2000, 2002, et témoignages ..
En , lors de l'exposition également intitulée « Peintres algériens » au musée des Arts décoratifs de Paris, les deux tableaux de Sintès du musée national des Beaux-Arts d'Alger ainsi que Petit Matin (1960) sont prêtés dans le cadre des premiers échanges culturels post-indépendance entre la France et l'Algérie, 52 et 53 du catalogue. L'exposition réunit 20 peintres et trois miniaturistes ou enlumineurs, parmi lesquels Louis Bénisti, Sauveur Galliéro, Jean de Maisonseul, Maria Manton, Louis Nallard et André Cardona sont invités (Guy Basset, « Jean de Maisonseul », dans )..
En mai et , le Centre culturel français d'Alger organise une importante rétrospective de René Sintès (35 œuvres dont 21 peintures) et de Sauveur Galliéro, mort en 1963. L'exposition est présentée par Jean de Maisonseul qui rédige la préface de Sintès dans le catalogueJean de Maisonseul, catalogue de l'exposition, Centre Culturel Français, Alger, 1967..
En , le Centre culturel algérien de Paris lui rend hommage dans une exposition rassemblant quarante-six de ses œuvres.
L'œuvre
Dans la brièveté de son itinéraire, l'évolution que manifeste René Sintès Jean de Maisonseul, catalogue de l'exposition, Centre Culturel Français, Alger, 1967. Le signe en forme d'obèle dont le peintre prolonge à partir de 1960 la dernière lettre de son prénom dans la signature de ses tableaux donne à supposer qu'il avait le pressentiment d'une fin proche., marque son œuvre d'une double originalité, par rapport au climat plastique de l'École d'Alger dans lequel elle se développe en ses débuts et dont elle se détache, puis par le paysagisme urbain original qui la caractérise au milieu des cheminements empruntés par les peintres de la non-figuration.
Dès 1950 Sintès peint Alger, son port, ses environs. Dans ses premières toiles, champs verdoyants d'une nature généreuse, arbres et haies sur l'horizon de l'étendue marine (La ferme du Nateau, 1952) un geste souple anime une matière richement colorée, dimension tactile de la peinture à laquelle Sintès demeurera constamment attentif. À distance des clichés pittoresques du premier orientalisme, il commence par s'inscrire dans le courant qui, à travers une nouvelle génération de peintres, anime l'École d'Alger, comme on l'a nommée en peinture comme en littérature. Fermement attachée à la représentation, intégrant les acquis du post-impressionnisme mais intimidée par les audaces du cubisme comme du surréalisme, elle s'était le plus souvent tenue en marge des mutations survenues depuis l'irruption de l'abstraction.