vignette|La salle du Cycle Marie de Médicis au Louvre représentée par le peintre Louis Béroud en 1904.|250x250px vignette|Galerie Médicis, salle 801 du musée du Louvre, dédiée au Cycle de Marie de Médicis, en 2012.|250x250px Le Cycle de Marie de Médicis est une série de vingt-quatre tableaux de Pierre Paul Rubens commandés en 1621 par la reine Marie de Médicis, veuve d'Henri IV, pour le palais du Luxembourg à Paris. Rubens devait réaliser ces peintures en l'espace de de manière à les achever pour le mariage de la fille de Marie de Médicis, Henriette Marie. Vingt et un tableaux représentent les gloires et luttes de Marie, les trois peintures restantes étant des portraits d'elle et de ses parents. Depuis l'année 1816, ces tableaux sont exposés au Louvre à Paris (Aile Richelieu - - Salle 801 - Rubens : la Galerie Médicis). La commande Il existe beaucoup de spéculations sur les circonstances exactes ayant amené Marie de Médicis à faire appel à Rubens pour peindre « un tel projet grandiose, conçu dans des proportions vraiment héroïques »Saward, .. L'historien d'art John Coolidge suggère que ce projet devait rivaliser avec une série de douze tapisseries sur l'histoire de Constantin que Rubens réalisait dans son atelier à la même période. On suggéra également qu'à la demande de Louis XIII, fils de Marie de Médicis et successeur au trône, Rubens avait préparé un certain nombre d'esquisses à l'huile, ce qui aurait pu influencer le choix de la reine lorsqu'elle voulut faire réaliser cette série de tableaux à la fin de l'année 1621.
En fait, il semble que la raison la plus évidente du choix de Rubens par Marie de Médicis est qu'il lui fallait trouver un peintre capable d'immortaliser sa vie. Or, non seulement Rubens s'était déjà imposé comme un peintre exceptionnel mais il avait également des liens étroits avec plusieurs personnalités importantes de l'époque, dont la sœur de Marie de Médicis, Éléonore, épouse d'un des premiers clients importants de Rubens, le duc de Gonzague.
Marie de Médicis thumb|upright|Portait de Marie de Médicis, 1622, Rubens, Musée du Prado. Marie de Médicis est devenue la seconde épouse du roi Henri IV lors d'un mariage par procuration célébré le , sous l'autorité de son oncle le Grand Duc Ferdinand de ToscaneBelkin, . Lorsque Henri IV fut assassiné en 1610, son fils et successeur, Louis XIII, était seulement âgé de huit ans. C'est donc sa mère, Marie de Médicis qui devint régente conformément aux lois saliques jusqu'en 1617 alors que Louis avait dépassé les treize ans, âge auquel il aurait dû officiellement devenir roi. En 1617, à l'âge de quinze ans, Louis XIII décida finalement de prendre la direction du royaume et la reine fut exilée à Blois.
Louis et sa mère ne se réconcilièrent pas pendant six ans mais, finalement en 1621, Marie de Médicis fut autorisée à revenir à Paris. À son retour, Marie se consacra à la construction et la décoration du Palais du Luxembourg, une énorme entreprise dans laquelle Rubens joua un rôle cléBelkin, .. Rubens, qui était alors peintre à la Cour du Duché de Mantoue sous le règne de Vincent de Mantoue, duc de GonzagueBelkin, 42, avait rencontré Marie de Médicis pour la première fois lors de son mariage à Florence en 1600Smith, .. L'année suivante, celle-ci choisit Rubens pour peindre deux grandes séries de tableaux représentant sa vie et celle de son défunt mari, Henri IV, destinés à orner les deux ailes du premier étage du Palais du Luxembourg.
Alors que les 21 tableaux illustrant de manière très allégorique la vie de Marie de Médicis furent achevés en 1624, la série de peintures consacrée à la vie d'Henri IV ne fut jamais achevée, bien que certaines esquisses préliminaires aient survécuBelkin, . (Voir le cycle Henri IV, ci-dessous). L'inachèvement de la série de tableaux d'Henri IV est en partie lié à Marie de Médicis qui fut bannie définitivement de France par son fils en 1631 et qui se réfugia à Bruxelles avant de mourir en exil en 1642 dans la même maison que la famille de Rubens avait occupée cinquante ans auparavant.
Alors que la réalisation de cette série de tableaux constituait la première grande commande de Rubens, elle était aussi un grand défi pour l'artiste qui devait réaliser vingt et une peintures d'une femme dont la vie se résumait à son mariage avec Henri IV et la naissance de six enfants, dont un mourut en bas âgeBelkin, . À cette époque, les femmes ne recevaient en général pas de tels hommages élogieux, même si Rubens était parfaitement fait pour l'emploi, compte tenu du grand respect qu'il avait pour « les vertus du sexe opposé », comme le démontrent les œuvres qu'il réalisa pour Isabelle d'Autriche. Qui plus est, contrairement à son époux, la vie de Marie de Médicis n'était pas ponctuée de victoires triomphantes, mais plutôt par son implication dans des scandales politiques qui interdisaient à Rubens de faire une représentation trop littérale des événements de la vie de la souveraine pour ne pas encourir la désapprobation du gouvernementBelkin, .
Loin de se décourager, Rubens démontra sa connaissance impressionnante de la littérature classique et des traditions artistiquesBelkin, ., en utilisant des représentations allégoriques destinées à glorifier les aspects banals de la vie de Marie de Médicis et à illustrer les événements les moins favorables de son existence. Au , l'utilisation de l'iconographie chrétienne, ainsi que celle du panthéon grec et romain, était en effet un dispositif couramment employé par les artistes. Ainsi, Rubens a peint des images extravagantes de la Reine Mère entouré de dieux antiques et parfois même divinisée, l'ambiguïté des personnages étant essentiellement utilisée pour présenter Marie de Médicis sous son meilleur jourBelkin, ..
Les réalisations de Rubens ont inspiré d'autres artistes, et notamment les peintres français Jean-Antoine Watteau (1684–1721) et François Boucher (1703–1770) qui firent des copies du cycle de Marie de MédicisBelkin, ..
Les tableaux du cycle vignette|500x500px|Les Parques filant le destin de Marie de Médicis, huile sur toile. Initialement les tableaux étaient accrochés dans le sens des aiguilles d'une montre par ordre chronologique sur les murs de la salle d'attente attenante aux appartements royaux de Marie de Médicis au palais du Luxembourg. Ils sont aujourd'hui disposés de la même manière au LouvreBelkin, .. Les tableaux qui reflètent la vie de Marie de Médicis sont divisés en trois chapitres : son enfance, sa vie de reine mariée et sa régence alors qu'elle était veuveCoolidge, 69.. Tous les tableaux ont la même hauteur, mais ils varient en largeur afin de s'adapter à la forme de la pièce dans laquelle ils étaient destinés à être exposés. Les seize peintures qui couvraient les longs murs de la galerie mesurent environ quatre mètres de haut sur trois mètres de large, les trois grands tableaux placés en bout de la pièce mesurent quatre mètres de haut sur sept mètres de large.
À l'origine le spectateur entrait dans la galerie par l'angle sud-est et les tableaux les plus visibles de ce point de vue étaient Le Couronnement de Saint-Denis et La Mort de Henri IV et la proclamation de la régenceCoolidge, 70.. Le cycle débutait sur le mur d'entrée avec la représentation des années d'enfance de Marie de Médicis et de son mariage avec Henri IV. Quatre tableaux sont consacrés au mariage, peut-être parce qu'il était rare à l'époque qu'une telle union soit célébrée avec une femme relativement âgée, Marie de Médicis ayant alors vingt-sept ans. La galerie se termine par une représentation du couronnement de Marie. Le mur face à l'entrée de la galerie illustre l'assassinat d'Henri IV et la proclamation de la régence de Marie la veuve. La seconde moitié du cycle de Rubens aborde les thèmes les plus controversés du règne de Marie, par exemple l'altercation et la réconciliation avec son fils Louis XIII.
Le prix du Cycle de Marie de Médicis était d'environ florins pour les carrés, soit environ (ou ) par mètre carré.
Les Parques filant le destin de Marie de Médicis Le premier tableau du cycle, dénommé Les Parques filant le destin de Marie de Médicis (ou parfois seulement Le destin de Marie de Médicis), est une composition des Parques sur des nuages sous les figures célestes de Junon et Jupiter.
Les Parques sont représentées comme des déesses belles et nues, filant la destinée de Marie de Médicis. Leur présence au pied de Marie symbolise sa prospérité et ses succès qui sont dépeints dans les tableaux suivants du Cycle. Dans la mythologie grecque et romaine, l'une des Parques tisse le fil du destin, une autre mesure sa longueur et la troisième coupe le fil. En revanche, dans la représentation de Rubens, les ciseaux sont absents comme pour insister sur le caractère privilégié et immortel de la vie de la reineJacques Thuillier, Rubens : Life of Marie de' Medici, New York, Harry N. Abrams, 1967.
Les premières interprétations du tableau expliquaient la présence de Junon dans la scène en tant que déesse de l'accouchement mais, ultérieurement, on estima que Rubens avait peint ce personnage mythique pour représenter l'alter ego de Marie de Médicis. Jupiter est quant à lui une allégorie d'Henri IV, le mari aux mœurs légèresMillen & Wolf, .
La Naissance de la reine thumb|left|La Naissance de la reine à Florence le 26 avril 1573, huile sur toile. Le second tableau du Cycle, La Naissance de la reine, représente la naissance de Marie de Médicis le .
Les symboles et allégories apparaissent sur la toile. Sur la gauche, deux putti jouent avec un bouclier sur lequel figurent le symbole de la ville de Florence, un lys rouge (nommé Giglio Rosso en italien), suggérant que le Ciel aurait favorisé la jeune Médicis dès le moment de sa naissance. Le dieu des rivières dans le coin inférieur droit est probablement une allusion au fleuve Arno qui traverse Florence, ville de naissance de Marie. La corne d'abondance au-dessus de la tête du bébé peut être interprétée comme un signe avant-coureur de la gloire future et de la fortune de Marie de Médicis, le lion symbolisant quant à lui la puissance et la forceMatilde Battistini, Symbole und Allegorien.
L'auréole éclatante au-dessus de la tête de l'infante ne doit pas être considérée comme une référence à l'imagerie chrétienne, mais plutôt comme une représentation de l'iconographie impériale qui utilise l'auréole comme symbole de la nature divine de la reine et de son futur règneSaward, . Alors que Marie de Médicis est née sous le signe du Taureau, c'est un Sagittaire qui apparaît sur la toile, représentant le gardien du pouvoir impérialSaward, . Cependant, il pourrait se faire que ce soit son signe Ascendant qui est représenté par le SagittaireMarie de Médicis sur astrotheme.fr..
L'Instruction de la Reine thumb|right|L'Instruction de la reine, huile sur toile. L'Instruction de la reine, dit aussi L'Éducation de la reine, réalisé entre 1622 et 1625, montre Marie de Medicis étudiant.
Son éducation lui est donnée par la Grâce divine en présence de trois dieux, Apollon dieu associé à l'art, Athéna déesse de la sagesse et Hermès, le dieu messagerVandergriff, The Life of Marie de' Medici. Certains auteurs estiment que les instructeurs de Marie de Médicis seraient en fait Minerve, déesse des Arts et des Sciences, avec l'aide de Mercure, dieu de l'Éloquence descendu du ciel, et d'Orphée, poète et musicien, symbole d'une bonne pédagogie morale utile à la future souveraineVoir une brève description. .
Hermès se précipite de façon spectaculaire sur la scène et apporte littéralement un cadeau des dieux, le caducée. Il est généralement admis qu'Hermès apporte à la princesse le don de l'éloquence, pour aller avec le cadeau divin de la beauté. Toutefois, le caducée, que l'on voit dans six autres toiles du Cycle, est également associé à la paix et l'harmonie. Il semble donc annoncer le règne paisible de Marie de MédicisMillen, ..