Lucien François, né le à Chênée, est un juriste belge.
Biographie Entré en 1951 à l'université de Liège, il est devenu docteur en droit (1956) et docteur en sciences sociales (1963). Par la suite, il effectue des séjours d'études et de recherches à l'étranger aux facultés de droit de Paris, de Hambourg et de Florence.
Il enseigne à l'université de Liège (philosophie du droit, droit du travail, droit pénal) en qualité de chargé de cours associé (1967), de professeur ordinaire (1970), puis extraordinaire (1985-1999). Il a été membre temporaire de la Division des Normes internationales du travail du B.I.T. (Genève) (1964-1966).
Il est chef de cabinet-adjoint du Ministre de la Justice Jean Gol (1982-1985), conseiller d'État (1985-1989), juge à la Cour constitutionnelle de Belgique (1989-2004), membre du Comité des droits sociaux du Conseil de l'Europe (2003-2008).
Il écrit plusieurs ouvrages de droit du travail et de théorie du droit, dont le principal est Le Cap des Tempêtes. Essai de microscopie du droit ( : Bruxelles, Bruylant, Paris, LGDJ, 2012). Il est également le traducteur en français, avec Pierre Gothot, de L'Ordinamento Giuridico de Santi Romano (L'Ordre juridique, édition: Paris, Dalloz, 2002).
Bibliographie Livres « La distinction entre ouvriers et employés en droit allemand, belge, français et italien », Liège, Editions de la Faculté de droit de Liège et, La Haye, Martinus Nijhoff, 1963 « Introduction au droit social », Liège, Editions de la Faculté de droit de Liège, 1974 « Le problème de la définition du droit », Liège, Editions de la Faculté de droit de Liège, 1978 « Théorie des relations collectives du travail en droit belge », Bruxelles, Bruylant, 1980. « Le cap des Tempêtes, Essai de microscopie du droit », Paris, LGDJ, Bruxelles, Bruylant, 2001 ; éd., préface de Pierre Mayer, 2012 « Le problème de l'existence de Dieu et autres sources de conflits de valeurs. », Bruxelles, Académie Royale de Belgique, Coll. L'Académie en poche, Bruxelles, 2017 ; préface de Hervé Hasquin, 2017.
Principaux articles « La nature juridique du règlement d'atelier, Étude de droit allemand, belge et français », Annales de la Faculté de droit de Liège, 1961, à 663 ; « Essai critique sur la notion d'accident du travail », Annales de la Faculté de droit de Liège, 1963, à 254 ; « Transformation d'entreprise et cession annexe de personnel », Ann. Fac. dr. Liège, 1964, à 441 ; « L'adage Nul ne peut se faire justice à soi-même, en général et sous l'angle particulier du droit du travail », Ann. Fac. dr. Liège, 1967, à 133 ; « Les syndicats et la personnalité juridique », Revue critique de jurisprudence belge, 1968, à 65 ; « Remarques sur quelques questions de droit pénal social, particulièrement sur l'imputabilité », Revue de droit pénal et de criminologie, 1969, à 518 ; « La liberté du travail, en général et comme principe du droit belge », La liberté du travail, Les Congrès et colloques de l'Université de Liège, vol. 53,1969, 158 ; « L'accident du travail ou les vicissitudes d'une définition juridique », Journal des tribunaux du travail, 1972, et suiv. ; « Faut-il supprimer les examens universitaires, les perfectionner ou seulement les ritualiser ? », Revue universitaire de Liège, 1974-1975, 35 p. ; « L'égalité en droit social », Trav. du Centre de philosophie du droit de l'Université Libre de Bruxelles, vol. 5 L'égalité, et suiv. ; « Un système d'élections, pour régler sans arbitraire la participation des syndicats au pouvoir », A l'enseigne du droit social belge, 3e éd. augmentée, éd. Revue Université Bruxelles, 1982, et suiv. ; « Implications du delinquere sed non puniri potest, Mélanges Robert Legros, éd. Univ. Libre de Bruxelles, et suiv. ; « La révolution selon le droit », Le droit sans la Justice, actes d'une rencontre autour du Cap des Tempêtes publiés sous la direction de E. Delruelle et G. Brausch, Bruylant et LGDJ, 2004, p. III et suiv. ; « Le recours à une philosophie du droit dans la motivation de décisions juridictionnelles », Journal des Tribunaux, Bruxelles, 2005, et suiv.
Le cap des Tempêtes, Essai de microscopie du droit Résumé De quoi sont faits un État et un droit étatique ? Quelle place occupent-ils par rapport à la société où ils sont institués ? Pour le comprendre, il est utile de mettre au jour une parenté plus ou moins voilée par le discours officiel. A cette fin, l'auteur s'attache à dégager un élément commun : le jurème, matériau de base, particule élémentaire, dont il analyse minutieusement les diverses positions, transformations et combinaisons. L'originalité de l'ouvrage est dans cette manière analytique d'aborder des questions que la philosophie et la sociologie du droit traitent le plus souvent en partant d'une vision d'ensemble de réalités complexes.
La méthode suivie se caractérise aussi par la souci constant d'isoler et de mettre en évidence ce qui, dans l'expression du droit, tend presque inévitablement à son apologie, par le refus du préjugé selon lequel la notion de droit s'opposerait irréductiblement à la notion de fait et par une distinction radicale de l'être et du devoir-être, de la règle en vigueur et de la règle juste.
Analyse Si le dernier ouvrage de Lucien François, portant pour titre principal Le cap des Tempêtes (par allusion à un propos de Norberto Bobbio rapporté ci-après), semble à première vue d'un abord difficile pour le praticien pressé, il le doit beaucoup moins à son style, certes concis mais exempt d'obscurité, qu'au caractère insolite du projet et de la méthode annoncés par le sous-titre : Essai de microscopie du droit. C'est qu'il s'attaque à une difficulté redoutable, récurrente dans l'histoire de la philosophie du droit parce que l'esprit critique n'a jamais pu se satisfaire des arguments trop courts avancés pour la vaincre, moins encore des détours discrètement faits pour l'escamoter. Cette difficulté, aisément surmontable à première vue seulement, est celle de déterminer ce qui distingue la norme juridique du commandement émis par des brigands, en quoi l'exigence émise par un législateur diffère fondamentalement de l'injonction du type « La bourse ou la vie ! » émanant de bandits ou d'une organisation révolutionnaire en quête de moyens d'existence.
Un moyen simpliste d'éluder ce problème faussement simple est de décider que le droit, par nature, ne saurait s'écarter de la justice. Mais pour les penseurs qui reconnaissent que les règles en vigueur ne sont malheureusement pas justes partout et toujours, et qui renoncent par conséquent à définir le droit – celui qui est et non celui qui devrait être – comme visant nécessairement un objectif respectable tel que la justice, le problème, « véritable cap des Tempêtes » (Norberto Bobbio), résiste à tous les efforts tentés pour le résoudre ou pour l'étouffer.
L'auteur a jugé éclairant de reconsidérer cette difficulté en la plaçant, non plus à la périphérie, mais au centre de la théorie du droit, ce qui implique d'analyser en profondeur les traits essentiels du droit en général sous un angle nouveau. Cette analyse requiert en effet, selon lui, une méthode « microscopique », procédant du plus simple au plus complexe en prenant pour point de départ le plus petit élément spécifique du droit, une sorte de particule, qu'il décrit minutieusement d'abord pour montrer ensuite qu'elle entre, par une série de transformations et de combinaisons, dans la composition de tout phénomène juridique. Cette méthode est un exemple de la maxime, dite « rasoir d'Ockham » - entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem : ne multiplions pas les entités au-delà du nécessaire - qui, selon Bertrand Russell, inspire toute manière scientifique de philosopher. Autrement dit, de quelque sujet que vous traitiez, isolez les entités qui en font indubitablement partie, et établissez tout dans les termes de ces entitésBertrand Russell, Our Knowledge of the External World, as a Field for Scientific Method in Philosophy, Introduction J Slater, London, Routledge, 1993, . .
Présenté par l'organisateur d'un colloque universitaire consacré à cet ouvrage comme un « perceur de masque qui dissout les fictions, démonte les artifices, afin d'atteindre le sous-sol des rapports de force véritables » (Édouard DelruelleÉdouard Delruelle, « Le bon, la brute et le tyran », in Le droit sans la justice, Actes de la rencontre du 8 novembre 2002 autour du Cap des Tempêtes de Lucien François, Bruylant, LGDJ, Bruxelles-Paris, 2004, et s), l'auteur a longuement médité, dans les dernières années d'une longue carrière de juriste, un travail que la critique juge « profondément original » (F. GlansdorffF. Glansdorff, compte-rendu in Journal des Procès, Bruxelles, Bruylant, 2003, et s.), « d'une rare lucidité » (D. PiérardD. Pierard, compte-rendu in Quaderni, 62.Hiver 2006-2007, et s.), tendant à « nous fournir une grille d'analyse universelle des comportements d'autorité » (P. MartensP. Martens, compte-rendu in Actualités du Droit, Univ. Liège, 2001, et s.) ; texte « astringent », « d'une implacable rigueur » (J.-M. BelorgeyJ.-M. Belorgey, « Le droit mis à nu : Lucien François, parricide par clairvoyance », in Revue administrative, Paris, , et s.), « réflexion ample et exigeante, qui renoue avec l'ambition de formuler une approche explicative globale du phénomène juridique » dans une théorie du droit souvent trop accueillante aux fast thinkers (Nicolas ThirionN. Thirion, compte-rendu in Journal des Tribunaux, 2004, Bruxelles, Larcier, ), « exercice de démystification du droit par le droit », important « pour tout débat sur le droit et la justice, pour toute future appréciation de la norme et de sa légitimité » et utile « tant pour les professeurs de droit que pour les sociologues, anthropologues et historiens du droit, car c'est un instrument d'analyse rigoureux qui tout en posant des questions pertinentes, y répond de façon systématique » (S. Cacciaguidi-FahyS. Cacciaguidi-Fahy, « Le cap des Tempêtes : a Storm in a Tea Pot ? », in International Journal for the Semiotics of Law », Springer, 2006, vol 19 , et s.) ; « Le langage du droit n'était pas universel, celui du champ juridique redéfini le devient. Voici les sciences juridiques gratifiées d'un appareil conceptuel apte à l'analyse de toute société humaine » (R. JacobR. Jacob, « Le droit, l'anthropologue et le microscope, - Vers une nouvelle anthropologie juridique », in Le droit sans la justice, Actes de la rencontre… cit., ) ; « une œuvre d'une très grande qualité littéraire, où l'élégance du style, la rigueur de la pensée et un humour d'autant plus délectable qu'il ne se donne jamais pour tel se combinent heureusement », écrite avec « un redoutable pouvoir de persuasion » (P. MayerP. Mayer, Préface de la deuxième édition) ; « l'on sait gré à Lucien François de traverser les apparences » et son propos « enchante par la liberté d'imagination et de ton dont il fait preuve » (P. BrunetP. Brunet, « Compte rendu », Droit et Société, 85/2013, et s.).