La bataille du détroit de Drøbak se déroula dans le fjord d'Oslo le pendant la campagne de Norvège de la Seconde Guerre mondiale.

Une flotte allemande, le Gruppe 5, commandée par le croiseur lourd Blücher a été déployée dans le fjord d'Oslo dans le cadre de l'opération Weserübung ayant pour but l'invasion allemande de la Norvège. Cette flotte avait pour mission de s'emparer de la capitale norvégienne et de capturer le roi Haakon VII et son gouvernement. Cependant, il fallait passer devant la forteresse d'Oscarsborg, une installation côtière vieillissante près de Drøbak. Cette forteresse servait à l'entraînement des soldats de l'artillerie côtière, ce qui a conduit les Allemands à ignorer sa valeur défensive. Cependant, inconnue des services de renseignements militaires allemands, l'arme la plus puissante de la forteresse était une batterie de torpilles, qui s'avéra toujours fonctionnelleHansvoll, Jan W. (15 September 2006). "Besøket på Oscarsborg festning lørdag 2 september.". Kongsberg Defence Association (in Norwegian). Archived from the original on 16 October 2007. Retrieved 17 January 2017.. Elle coula le Blücher et avec lui la plupart des troupes et des agents de la Gestapo destinés à occuper Oslo. Le retard ainsi pris, permit au roi Haakon VII et son gouvernement de fuir la capitale.

Avant la bataille gauche|vignette|Carte du fjord d'Oslo et de la position stratégique de la forteresse d'oscarsborg. |290x290px L'invasion de la Norvège est lancée par les Gruppen allemands le matin du . La situation politique est alors chaotique (les Français et les Britanniques ont également commencé leurs manœuvres pour occuper la Norvège) et le vieux colonel Birger Eriksen de , commandant la vieille forteresse d'Oscarsborg protégeant Oslo, n'a reçu aucun ordre précis ; il ignore également l'identité des navires de guerre qui s'approchent.

En dehors des officiers et des sous-officiers, presque tous les soldats servant à la forteresse sont des nouvelles recrues, n'ayant été enrôlés que sept jours plus tôt, le . En raison de l'afflux de 450 nouvelles recrues, les mines navales de la forteresse n'ont d'ailleurs pas été déployées le car la formation des soldats pour cette opération est prévue quelques jours plus tard.

La flotte allemande qui pénètre dans le fjord est composée de deux croiseurs lourds, d'un croiseur léger, d'un torpilleur et de deux dragueurs de mines. Son objectif est de s'emparer de la capitale norvégienne, Oslo, et de capturer le Roi Haakon VII ainsi que son gouvernement.

Batterie de torpilles Le commandant de la batterie de torpilles à la forteresse d'Oscarsborg est en congé maladie depuis . C'est pourquoi, après la retraite, le commandant Andreas Anderssen, qui habitait à Drøbak, est rappelé pour commander temporairement la batterie de torpilles. Dans la nuit du 8 au , tandis qu'une flotte non identifiée commence à se frayer un chemin au-delà des fortifications extérieures au sud du fjord d'Oslo, le colonel Eriksen appelle Anderssen et lui demande de rejoindre son poste à la forteresse. Le commandant Anderssen revêt son ancien uniforme et est transporté par bateau sur le fjord à la batterie de torpilles. Anderssen est un soldat compétent ; il a déjà commandé la batterie de torpilles de la forteresse de 1910 à 1916 et de 1919 à 1928Barth, Bj. K.: Norges militære embedsmenn 1929, Oslo, 1930. Il connait donc intimement ces armes vieillissantes. La batterie a trois tubes lance-torpilles qui peuvent tirer six torpilles chacun sans recharger et disposent d'un total de neuf torpilles stockées et prêtes à être utilisées.

Déroulement de la bataille vignette|gauche|Un des trois canons de Krupp de la forteresse d'Oscarsborg.

Batterie principale de l'île de Søndre Kaholmen Le à , Eriksen ordonne aux canons de la batterie principale de tirer sur le vaisseau de tête de la flottille inconnue qui se dirige vers Oslo. En donnant ce commandement, Eriksen est interrogé par ses subordonnés sur le bien-fondé de cet ordre ; il répond , réponse restée célèbre. Deux des trois canons Krupp de (surnommé Moses et Aron) engagent le croiseur allemand Blücher à une distance de . Les deux canons norvégiens ont été chargés de munitions explosives de . Ces tirs directs constituent alors une violation des règles d'engagement norvégiennes d'avant-guerre qui dictent le déclenchement de tirs de semonce, comme cela a été le cas à la forteresse d'Oslofjord plus loin dans le fjordBjørnsen, Bjørn (30 March 2004). "Fra time til time". Aftenposten (in Norwegian). Archived from the original on 21 December 2007. Retrieved 16 January 2017.. Eriksen expliqua plus tard que les forces navales allemandes avaient déjà forcé leur passage devant les forts de la forteresse d'Oslofjord et avaient reçu à la fois des tirs de semonce et des tirs directs de ces fortifications côtières. Comme les vaisseaux avaient continué à remonter le fjord vers la capitale, Eriksen était d'avis qu'il avait le droit de les considérer comme des navires de guerre ennemis et de les engager en tant que tels.

Le premier obus de touche le Blücher juste devant le mât arrière et met le feu au mât avant. Peu de temps après, le second tir de frappe la base de la tourelle avant de , en jetant de grandes parties du navire dans le fjord et allumant des feux à bord.

La batterie principale de la forteresse d'Oscarsborg ne peut tirer que ces deux coups, en raison du temps de rechargement lent de ses canons, avec seulement non entraînées pour la manœuvre à ce moment-là. En fait, il n'y a pour manier les deux canons qu'une seule équipe de canonniers, qui, même augmentée de soldats non-combattants pour l'aider, ne peut mieux faire que tirer ces deux obus. Ainsi, le personnel mis au service des canons principaux comprend jusqu'à des cuisiniers réveillés pour l'occasion. Il n'y a donc pas de temps pour recharger ni même pour tirer du troisième canon de , surnommé Josva, qui est chargé mais n'a pas de servants.

Cependant, les deux tirs ont des effets significatifs sur le Blücher puisque le premier a pénétré le bordage du navire et a explosé dans un magasin contenant des bidons d'huile, des fumigènes, des bombes incendiaires, des bombes pour le Arado Ar 196 et des grenades sous-marines. Les cloisons sur ce pont ont été soufflées et l'huile brûlante s'est alors transformée en un brasier intense. Le second obus de a, quant à lui, détruit l'alimentation électrique des canons principaux du navire, le rendant ainsi incapable de riposter.

Batteries secondaires de Kopås et Husvik, sur la côte est du fjord gauche|vignette|302x302px|Position des quatre batteries de la forteresse d'Oscarsborg par rapport au parcours du Blücher Pendant que le feu fait rage à bord du Blücher, les batteries côtières norvégiennes secondaires lui tirent dessus avec leurs pièces allant des deux canons de à Husvik (au plus près du détroit de Drøbak) aux trois canons de de la batterie Kopås (en hauteur sur une colline), au nord de Drøbak. Les canons de grande taille font des ravages à bord du Blücher, tandis que les canons de se concentrent sur la superstructure du croiseur, les armes antiaériennes et réussissent partiellement à neutraliser le feu de son artillerie légère alors que le Blücher passe lentement devant la forteresse. La batterie de Husvik doit cependant être abandonnée lorsque le Blücher passe devant elle et riposte avec ses canons anti-aériens légers. Bien que le bâtiment principal de la batterie ait pris feu, les Norvégiens n'ont subi aucune victime. Au total, treize obus de et environ trente obus de ont frappé le croiseur allemand. Des fragments d'obus de ces tirs ont mis hors service le système de lutte contre les incendies du Blücher, rendant difficile le contrôle des incendies à bord du navire et le secours des nombreux blessés. En outre, l'un des tirs de de Kopås a endommagé le système de navigation du navire, l'équipage en est réduit à le diriger en modulant la puissance sur les trois hélices afin d'éviter l'échouage.

L'identité des intrus devient connue Au moment où le Blücher paralysé passe devant les canons de la forteresse, une brusque explosion de voix provenant du croiseur en feu peut être entendue au-dessus des bruits de bataille. Selon des sources norvégiennes, l'équipage a commencé à chanter Deutschland, Deutschland über allesTamelander, Michael & Zetterling, Niklas: 9. april Nazitysklands invasjon av Norge, Spartacus Forlag AS, Oslo 2001 (in Norwegian) . C'est seulement à ce moment-là que la nationalité des ennemis devient une évidence pour les troupes norvégiennesGrimnes, Ole Kristian: Oscarsborg festning - 9. april 1940, Forsvarets Krigshistoriske Avdeling, 1990 (in Norwegian) . Plus tard, à , le colonel Eriksen reçoit un message du dragueur de mines norvégien HNoMS Otra confirmant que les navires intrus sont allemands. Le message est envoyé à la base navale de Horten à , mais les énormes problèmes de communication qui entraveront sérieusement les efforts de l'armée norvégienne tout au long de la campagne de Norvège l'empêchent d'atteindre Oscarsborg à temps.

Les répliques du Blücher sont inefficaces, l'artillerie légère étant généralement trop haute et les canons de incapables de tirer en raison des dommages causés par le deuxième tir de de la batterie principale d'Oscarsborg. Le bombardement n'a duré que cinq à sept minutes. Lorsque les armes des deux côtés se taisent, avec tous les « passagers » toujours sous le pont, « il y avait un silence de mort à bord du navire, aucun mouvement n'a été identifié».

Le commandant Anderssen lance ses torpilles Après avoir passé la ligne de tir des batteries de la forteresse, le croiseur est gravement endommagé et en feu, mais son capitaine espère toujours sauver son navire. Cependant, à ce moment-là, le Blücher passe devant la batterie de torpilles, à seulement de distance. Les torpilles que l'officier à la retraite dirige vers le croiseur sont des armes de fabrication austro-hongroise, vieilles de . Ces torpilles ont été utilisées bien plus de auparavant, mais personne n'est certain qu'elles puissent fonctionner à cet instant. Néanmoins, lorsque le commandant Anderssen tire ses torpilles, vers , les tubes s'avèrent fonctionner parfaitement. Comme Anderssen a légèrement surestimé la vitesse de sa cible, la première torpille frappe près de la tourelle avant (surnommée « Anton ») du Blücher, ne causant que des dégâts sans conséquence. Avec le lancement de la deuxième torpille, la vitesse de la cible est corrigée et la torpille frappe le Blücher en son milieu, atteignant la même zone générale que le premier obus de . Cela cause des dommages catastrophiques au croiseur et ouvre un grand nombre de cloisons, permettant à l'eau d'inonder ses ponts, pendant que le navire brûle furieusement. Le troisième lanceur de torpilles est gardé chargé au cas où d'autres navires suivent de près derrière le Blücher. Après le tir, les deux premiers tubes sont rechargés et préparés pour une éventuelle prochaine cible.

Les derniers instants du Blücher vignette|330x330px|Soldats allemands au premier plan avec le Blücher en train de couler en fond gauche|vignette|569x569px|Le parcours du Blücher dans le fjord de Oslo Avec tous les moteurs endommagés par la deuxième torpille, le croiseur jette l'ancre près des îlotd d'Askholmene, hors de la portée des canons de la forteresse pour essayer de combattre les terribles incendies qui ravagent le navire. Les torpilles du Blücher ont été tirées contre la terre afin qu'elles n'explosent pas dans les feux incontrôlables du bord. La lutte de l'équipage prend fin, quand, à , les feux atteignent au milieu du navire un magasin de munitions pour les canons antiaériens de . Il y a alors une terrible explosion qui ouvre un grand trou sur le côté du navire. L'explosion du magasin rompt les cloisons entre les salles des chaudières et déchire les soutes à combustible du croiseur, tout en allumant de nouveaux feux. À ce moment, le Blücher est condamné.