Georges Papazoff, né George Papazov (), le à Yambol, en Bulgarie et mort le à Vence (Alpes-Maritimes), est un peintre surréaliste et un écrivain bulgare. Il vit à Paris où il est un des premiers à faire la connaissance des surréalistes Joan Miró, Max Ernst et Pablo Picasso.

Biographie Après avoir travaillé en Allemagne, Georges Papazoff s'installe à Paris en 1924.

Considéré comme un précurseur du «surréalisme abstrait», et comme André Masson, il réalise des «tableaux de sable»: succession de couches de colle et de sable sur de la toile, terminées par quelques traits au pinceau pour assurer le «surgissement figuralExpression d'André Masson. Biro, »

Bien qu'il soit ami avec Max Ernst, Georges Malkine et Joan Miró, sa défiance envers tout groupe structuré, l'empêche d'adhérer au surréalisme, même si son expression plastique «procède des mêmes curiosités et de la même générosité créatrice» depuis ses «métamorphoses successives» à ses «cristallisations sémaphoriques» proches des dernières œuvres d'Yves Tanguy.

Les années de jeunesse – Prague, Munich, Berlin George Papazov est né à Yambol, Bulgarie, le . Engagé volontaire pour une courte période dans la guerre balkanique, en 1913 il part à Prague. Il compte y poursuivre ses études dans un établissement qu'il désigne dans son autobiographie comme une Grande école. Il réalise des dessins de plantes et de bâtiments en plan et en perspective. Il crée des aquarelles de jardins imaginaires.

Sur le conseil de la peintre bulgare, étudiante à l'école de Hans Hofmann, il rejoint cet établissement. Papazoff évoque des souvenirs de cette période dans son autobiographie:

«En Allemagne, je me fixai à Munich, où les conditions pour peindre étaient favorables. Je m'inscrivis à une académie privée où j'allais dessiner, le soir, les corps des modèles vivants... C'est à partir des impressionnistes que sont nées toutes les tendances de la peinture moderne. L'influence de la peinture française, la plus séduisante de toutes, était dominante. L'expressionnisme allemand faisait preuve de bonne volonté. Les réalisations de Picasso, de Kandinsky, de Klee excitaient leur fantaise ete les menaient vers la peinture abstraite...».

En 1921 Georges Papazoff est déjà à Berlin. Pendant ces années difficiles Berlin attire peintres, écrivains, acteurs, musiciens, artistes de cabaret, qui mobilisent le public dans les galeries, les théâtres, les salles de concert et l’opéra. C’est aussi une période d’essor exceptionnel de l’architecture et du design.

Georges Papazoff a probablement été influencé par Hans Reichel, l’unique peintre allemand avec lequel il affirme entretenir des relations amicales. Reichel a joué un rôle important dans la vie de Papazoff, car il fut témoin de l’étape précoce de sa formation et l’encouragait.

L’exposition à la Grosse Berliner Kunstausstellung de 1923 d’un tableau de Papazoff, racheté par la suite, fut un facteur d’encouragement important - la toile Pferde (Chevaux).

Il s’agissait d’une exposition de grande envergure, présentant des artistes de divers courants – du réalisme au modernisme – constructivisme, suprématisme, futurisme, dadaïsme. Le catalogue nous permet de constater que Papazoff était exposé dans la même salle que certains représentants éminents de l’avant-garde: Max Burkhartz, Erich Buchholz, Max Dungert, Ivan Puni, Willi Baumeister, Herbert Behrens-Hangeler, Karl Peter Röhl, Arthur Segal, Max Hermann Maxy, entre autres. L’atmosphère berlinoise s’imprima considérablement sur l’évolution artistique de Papazoff et son choix personnel.

Pendant la période examinée le peintre subit des influences diverses, qui transparaissent nettement derrière un style assez indécis. Il peint des paysages réalistes, montrant parfois des maisons tchèques, témoignant pour certains de l’expérimentation de techniques impressionnistes. Il peint aussi des compositions figurales, le plus souvent des scènes de genre du quotidien, en appliquant les principes de composition dynamique propres à l’esthétique allemande de cette période, incluant des grotesques. Il présente une partie de ses œuvres à sa première exposition à Sofia, en 1919, et les critiques relèveront immédiatement son manque de maturité.

L’intérêt de Papazoff est ravivé tant par les divers courants à la mode que par l’influence de Paul Klee. Papazoff traverse aussi une période d’admiration pour Van Gogh, auquel il emprunte les touches expressives qu’il transforme en centre visuel et sujet du tableau (Sans titre, vers 1925; Energie 1924/25, Musée du Petit Palais).

À cette étape le style de Papazoff n’est pas entièrement achevé. Son évolution et ses fluctuations se retrouvent chez beaucoup d’autres représentants de l’avant-garde artistique. Après quelques mois passés à Genève en 1923, attiré par l’art du grand Hodler et de Paul Klee qu’il connaît bien, le il arrive à Paris.

L’élaboration du style – Paris Georges Papazoff, aussitôt débarqué à Paris, put bénéficier de l’aide inappréciable d’un autre Bulgare, Jules Pascin, établi en France depuis 1905.Il lui fut reconnaissant de l’avoir introduit dans la communauté artistique parisienne.

L’établissement de Papazoff à Paris coïncidait avec une période extrêmement importante de la restructuration des avant-gardes artistiques. Le Premier manifeste du surréalisme fut publié par André Breton le . L’artiste et son œuvre sont généralement considérés comme appartenant au surréalisme, mais rarement cités et commentés dans les catalogues des grandes expositions et les encyclopédies consacrées à cette période de l’art. Papazoff n’était pas membre du groupe des surréalistes, bien qu’il créa et exposa en même temps qu’eux des œuvres représentatives de ce courant artistique.

Dans Anthologie du surréalisme, Jacques Baron accorde à Papazoff une place considérable, soulignant en conclusion de son analyse que l’artiste est un esprit libre qui n’adhère à aucun groupe. Baron attire l’attention sur les liens de ce dernier avec Tristan Tzara, Robert Desnos, Paul Éluard et Max Ernst.

Le nom de Papazoff apparaît également dans le Dictionnaire général du surréalisme et de ses environs de 1982. L’article le concernant est écrit par Édouard Jaguer. On peut y lire: «Papazoff figure incontestablement parmi les précurseurs de ce qu’on appelle aujourd’hui «le surréalisme abstrait» du milieu des années 1920, aux côtés de Miró, Ernst, Malkin et Masson».

Dans l'''Encyclopédie du surréalisme, René Passeron rappelle que Papazoff, dès son arrivée à Paris, s’est retrouvé parmi les surréalistes et a exposé avec eux, mais son caractère indépendant l’empêchait d’intégrer le groupe. Jean-Pierre Delarge qualifie Papazoff de surréaliste, cubiste, fauviste, continuateur de Klee, praticien du frottage comme Ernst, dessinateur de figures sur fond monochrome comme Léger et porteur de réminiscences slaves comme Chagall. Andréi Nakov, dans le Dictionnaire de l’art moderne et contemporain, nous fournit une analyse plus détaillée et attire l’attention sur les sources d’inspiration de Papazoff - l’expressionnisme allemand et Klee - et l’influence qu’il subissait de la part des surréalistes français et de Miró.

Dans Montparnasse vivant, Jean-Paul Crespelle consacre à Papazoff un chapitre spécial intitulé Oncle Papazoff, Bulgare, conteur d’histoires d’amour et de sang, dans lequel il qualifie le peintre de «surréaliste avant le surréalisme». La participation active de Georges Papazoff à la vie artistique de la capitale débuta dès son arrivée à Paris. En 1925, il accrocha au Salon des indépendants deux toiles présentées par la galerie Vavin-Raspail. Il fut parmi les participants à l’exposition organisée par le vicomte de Beaumont au Salon des antiquaires. Quatre de ses toiles figuraient côte à côte de celles de Miró, Ernst et Arp, à l’exposition Art d’aujourd’hui, organisée par Poznanski. De cette période datent ses relations professionnelles avec la galerie Vavin-Raspail. En 1928, Papazoff figure parmi les participants à une exposition collective, avec Klee, Braque, Lurçat et autres artistes.

Dans les années 1930, Georges Papazoff débuta la série Chiens de cirque qu’il développa jusqu’à la fin des années 1960. Dans les années 1940, la gamme chromatique devient plus classique et les compositions plus maîtrisées. Dans les années 1950 il réalisa aussi la série Gladiateurs, des compositions figuratives abstraites qui frappent par la perfection du dessin, la vivacité du coloris, la stylisation et la combinaison de surfaces hétérogènes. Aux années 1960 se rapportent des œuvres qui se rattachent de nouveau à la mer, bien qu’évoquant par leurs titres des sujets différents. Tels sont le Paysage sous-marin, vers 1960, Poisson lune, 1968, Monstres sur fond bleu, vers 1960, Composition surréaliste, vers 1960, Dragons sur fond bleu et vert, vers 1960.

Les analystes bulgares de l’œuvre de Papazoff, comme Krastev et Nakov, qui connaissent bien la tradition populaire de son pays d’origine, relèvent souvent que celle-ci a influencé dans une certaine mesure l’œuvre de l’artiste. C’est ce qui apparaît dans le choix du coloris et l’utilisation de certains éléments décoratifs, comme dans Le tablier, 1927, Incendie, 1925/26, Composition, vers 1925.

Katherine Dreier En 1920 Katherine Dreier, connue aujourd’hui pour son patronage de l’art moderne son ambition était pédagogique. Elle fonda une Société Anonyme, avec Marcel Duchamp et Man Ray. Elle commence à travailler sur une grande exposition internationale à présenter au Brooklyn Museum (1926-27), à laquelle participe également Georges Papazoff. Au sujet de la participation de Georges Papazoff, Ruth Bohan écrit: «Les surréalistes font leur début américain à l’exposition de Brooklyn. Hans Arp, Max Ernst, Juan Miró, ainsi que le peintre bulgare moins connu Georges Papazoff, présentent le mouvement surréaliste à sa phase biomorphe et abstraite». Papazoff participe avec 6 œuvres au total. Ce sont les huiles Blue Mist (Brume bleue, 106 X 94, The Idol (L’Idole), 60 x 74, et les aquarelles Sans titre (Paysage avec des vaches), Sans titre (Paysage bleu), Sans titre (Procession funéraire), Sans titre (Quatre pêcheurs), toutes datées 1924-1926, . La notice biographique est écrite par Dreier, dans un style personnel et émotionnel.: «Né en Bulgarie dans un milieu de paysans montagnards dont il représente la vie avec un charme exceptionnel. Il traduit sa sensibilité pour la nature et l’atmosphère de son pays de manière très individuelle. Il fit des études d’architecte, mais se consacre davantage à la peinture après son arrivée à Paris. » La page est illustrée de 3 œuvres: L’enterrement, Printemps et Enfants qui jouent (qui ne figurent pas dans l’exposition).

Le , la collection de la Société anonyme, fut cédée par donation à la Galerie de l’Université de Yale. Six œuvres de Papazoff faisant partie de la collection.

Henri-Pierre Roché, Rolf de Maré et Oscar Ghez Henri-Pierre Roché est un écrivain français qui était proche de certaines des plus marquantes personnalités artistiques de . La plupart de ses protégés étaient des étrangers. Il choisit des dessins, des aquarelles et une huile sur toile. Il commandera à Papazov 25 eaux-fortes. Sur son invitation, en 1930 et 1931 le peintre passera quelques semaines dans sa maison à Saint-Robert, en Corrèze. En 1931 Roché proposa d’organiser une exposition de Papazoff dans la galerie parisienne Renaissance avec 48 toiles. Au cours des années suivantes il continua à promouvoir l’art de Papazoff. En il organisa une exposition de Papazoff à l’Arts Club de Chicago, avec 23 tableaux. Henri-Pierre Roché profitera de toutes ses relations américaines pour tirer un résultat maximal de la présentation de l’art de Papazoff. En 1937 il organisa une exposition de Papazoff à la galerie Jeanne Castel et, en 1950, à la galerie Renou & Poyet, Paris.