Le Gouvernement révolutionnaire populaire de la GrenadeCultural interchange agreement between the Government of the United Mexican States and the People's Revolutionary Government of Grenada, 24 septembre 1981, Recueil des traités, Organisation des Nations unies, page 30. La dénomination People's Revolutionary Government, sans la précision of Grenada, apparaît également dans des textes officiels, mais l'appellation complète est utilisée dans les traités internationaux. (en anglais, People's Revolutionary Government of Grenada, PRG ; nom également traduit en français par Gouvernement révolutionnaire du peuple de la Grenadedécret -1012 du 16 novembre 1984 portant publication de l'échange de lettres entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement révolutionnaire du peuple de la Grenade, legifrance.fr) était le régime politique en place à la Grenade, entre mars 1979 et octobre 1983.

En 1979, cinq ans après l'indépendance de la Grenade, passée du statut d'État associé du Royaume-Uni à celui de royaume du Commonwealth, le gouvernement d'Eric Gairy est renversé par le New Jewel Movement, parti d'orientation communiste. Maurice Bishop, dirigeant du NJM, devient le nouveau chef du gouvernement, son parti s'attribuant le monopole du pouvoir sans convoquer d'élections libres et orientant la Grenade vers la construction d'un État communiste. Les relations avec les États-Unis se tendent rapidement, tandis que Cuba devient le principal allié de l'île. En , un conflit entre Bishop et une faction plus radicale du NJM aboutit au renversement et à l'exécution du premier ministre grenadien, remplacé par un gouvernement militaire. Les États-Unis organisent alors le , avec l'aide de divers États caribéens, l'invasion de l'île, mettant un terme au gouvernement du New Jewel Movement.

Historique Contexte Indépendance de la Grenade et régime d'Eric Gairy La Grenade, État insulaire caribéen de situé dans les petites Antilles, acquiert son indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni au terme d'un long processus. En 1967, le pays reçoit le statut d'État associé, acquérant ainsi une très large autonomie dans la gestion de ses affaires intérieures. Eric Gairy, ancien dirigeant syndical et chef du Grenada United Labour Party (GULP), devient premier ministre, et dirige le gouvernement grenadien au cours du processus politique qui aboutit à l'indépendance totale du pays en 1974 : avant même cette date, cependant, le gouvernement de Gairy connaît une nette dérive autoritaire. Parallèlement, dans les années 1960, émerge à la Grenade une nouvelle génération d'intellectuels issus des classes moyennes, formés pour beaucoup dans les universités britanniques et américaines. Leur retour au pays coïncide avec la diffusion, aux Caraïbes, d'un fort mouvement Black Power inspiré de celui des États-Unis. L'avocat Maurice Bishop, l'un des représentants de cette génération, fait partie en 1970 des meneurs d'une manifestation de soutien à un mouvement de protestation qui a lieu au même moment à Trinité-et-Tobago : les opposants grenadiens tirent parti du contexte pour dénoncer la corruption du gouvernement de Gairy.

Quelques mois plus tard, un mouvement de soutien à une grève d'infirmières tourne à l'affrontement avec la police : Bishop contribue à la défense des accusés et à leur acquittement. Le principal parti d'opposition à Gairy est alors le Grenada National Party (GNP), de l'ancien premier ministre Herbert Blaize ; les groupes plus radicaux qui se forment alors sont quant à eux rattachés à l'aile radicale du Black Power, qui adopte à l'époque une ligne marxiste-léniniste et se rallie au mouvement communiste international. Maurice Bishop participe en 1972 à la fondation du Movement for Assemblies of the People (MAP, Mouvement pour les assemblées du peuple), formé par des intellectuels de la capitale et qui prône le remplacement du système parlementaire par des assemblées locales inspirées par les villages Ujamaa du régime socialiste africain de la Tanzanie ; parallèlement est formé le Joint Endeavour for Welfare, Education and Liberation (JEWEL, soit Effort commun pour le bien-être, l'éducation et la libération), animé par l'économiste Unison Whiteman. Le JEWEL, qui touche essentiellement les populations rurales, bénéficie d'une audience importante dans le pays du fait de sa participation à diverses revendications sociales, il n'est cependant pas à proprement parler un parti politique et n'a pas de vision globale ni de stratégie pour prendre le pouvoir ; à l'opposé, le MAP est un parti plus structuré intellectuellement, mais sans réelle implantation hors de la capitale. Aux élections de 1972, le Grenada National Party est sèchement battu et les radicaux concluent alors à la nécessité de s'unir pour bâtir une nouvelle force politique pour faire opposition à Gairy.

Le , le MAP de Maurice Bishop et Kenrick Radix fusionne avec le JEWEL de Unison Whiteman et Teddy Victor, pour donner naissance au New Jewel Movement (NJM), qui se présente comme une alternative au GULP et au GNP. Le manifeste du NJM, socialiste dans son esprit, appelle à préserver l'indépendance du pays face à l'Europe et aux États-Unis, et privilégie le rôle des communautés de base plutôt que l'autorité étatique : le texte ne revendique pas pour le parti une étiquette politique précise, mais rejette le système des partis politiques, appelant de manière idéaliste à une qui impliquerait . thumb|Territoire de la Grenade. Les plus grandes îles composant le pays sont l'île de la Grenade proprement dite, au sud, et Carriacou, au nord.

Durant les mois qui suivent la formation du New Jewel Movement, la tension politique s'accroît sur l'île. En mai 1973, le Royaume-Uni annonce l'indépendance totale de la Grenade pour février 1974 : l'opposition se mobilise alors, craignant qu'Eric Gairy n'impose une dictature au pays. Les organisations politiques, dont le NJM, et les églises se réunissent au sein du pour organiser la contestation contre Gairy. Le , le NJM rassemble 8000 personnes au cours d'une manifestation baptisée : une résolution est publiée qui déclare Gairy coupable de nombreux délits, parmi lesquels des brutalités policières et des détournements de fonds publics. Le Premier ministre réagit vivement : les partisans du NJM sont bientôt menacés, à la fois par la police et par un groupe d'hommes de main de Gairy, connu sous le nom de (Mongoose Gang). Le New Jewel Movement, fort du succès de son , décide alors d'organiser une grève générale le : le jour prévu pour le déclenchement de la grève, les dirigeants du parti, dont Maurice Bishop, sont arrêtés, puis passés à tabac dans leurs cellules. Devant l'attitude du premier ministre, le Comité des 22, soutenu par le NJM, déclenche une grève générale, qui débute le . Quelques semaines avant l'indépendance du pays, la situation demeure particulièrement tendue et le pays continue de connaître des violences.

Le , le père de Bishop est assassiné ; plusieurs partisans du NJM sont également tués. L'économie du pays est paralysée et le gouvernement de Gairy bénéficie d'une aide financière du Royaume-Uni, de Trinité-et-Tobago et du Guyana pour payer les fonctionnaires et continuer de faire fonctionner l'État jusqu'au jour de l'indépendance. Le , la Grenade accède comme prévu à l'indépendance tandis que les dirigeants du New Jewel Movement sont toujours en prison. Le mouvement de grève dure jusqu'à fin mars. Libérés, les dirigeants du NJM doivent prendre acte de l'échec de leur action et décident de mener un travail militant plus méthodique pour accéder au pouvoir.

Montée en puissance du New Jewel Movement Dans les années suivantes, le New Jewel Movement travaille son implantation au sein de la population. Son hebdomadaire, le New Jewel, devient le plus lu de l'île. Des sont mis en place dans la plupart des villages ; la pénétration dans les campagnes est cependant plus difficile qu'en milieu urbain, car l'influence du GULP et du principal syndicat GMMWU demeure forte parmi les paysans et les ouvriers agricoles. Si le NJM réussit à élargir sa base militante, il lui manque encore une cohérence idéologique : les choses changent avec le retour à la Grenade de l'universitaire Bernard Coard, ami d'enfance de Bishop. Durant ses études en Angleterre, Coard a tissé des liens avec le Parti communiste britannique ; enseignant à Trinidad, il est également très proche des communistes jamaïcains. Avant même son retour définitif, Coard organise durant ses séjours au pays des cours d'initiation au marxisme : de nouveau installé à la Grenade en septembre 1976, Coard joue un rôle important dans l'évolution du NJM. Si la direction du parti oppose d'abord un refus à la demande de sa branche lycéenne qui souhaitait l'adoption officielle du marxisme-léninisme, il évolue ensuite sensiblement vers le socialisme et le marxisme. Le NJM n'a cependant pas encore adopté un discours principalement anticapitaliste, sa principale préoccupation étant de combattre le gouvernement d'Eric Gairy. Ce dernier, considéré par ses partisans comme le symbole de l'homme noir qui a réussi, conserve encore, malgré la corruption ambiante, une réelle popularité dans une partie de l'opinion grenadienne. Lors des élections législatives de 1976, le New Jewel Movement forme une coalition, la Popular Alliance, avec le Grenada National Party de l'ancien premier ministre Herbert Blaize. Lors du scrutin, le NJM, qui a réussi à obtenir une place prépondérante dans la coalition, obtient trois sièges, contre deux pour son allié le GNP. Si le parti d'Eric Gairy conserve la majorité absolue au parlement, Maurice Bishop fait désormais figure de chef de l'opposition. En 1977, alors que leur parti est en pleine évolution vers le marxisme-léninisme, Maurice Bishop et Unison Whiteman visitent Cuba et en reviennent vivement impressionnés. Le gouvernement de Fidel Castro semble avoir prodigué aux cadres du New Jewel Movement des conseils et des encouragements ; le NJM entretient apparemment dès cette époque des liens avec le Parti communiste de Cuba.

La révolution de 1979 Face à la montée en puissance du New Jewel Movement, Eric Gairy envisage au début de 1979 de passer à l'action et de faire arrêter les membres de la direction du parti. La tension politique est encore aggravée quand la police découvre des barils de graisse destinés à convoyer à la Grenade, au profit du NJM, des armes en provenance des États-Unis. Le NJM forme en outre un petit groupe armé clandestin, placé sous la direction de l'ancien gardien de prison et policier Hudson Austin, l'un des seuls cadres du parti à avoir une formation militaire. Les dirigeants du NJM, prévenus des projets du premier ministre à leur encontre, réussissent à échapper à l'arrestation et vivent durant plusieurs jours dans la clandestinité. Le NJM profite d'un déplacement à New York d'Eric Gairy - qui se rend à l'ONU pour plaider en faveur d'une institution chargée d'étudier les phénomènes extraterrestresJacques Adélaïde-Merlande, Histoire Contemporaine de la Caraïbe et des Guyanes : De 1945 à nos jours, Karthala, 2003, page 155 - pour organiser un coup de force. Le , peu avant minuit, Maurice Bishop, Bernard Coard, Unison Whiteman et d'autres cadres du parti réunissent leurs militants pour exposer un plan d'action consistant à prendre d'assaut la caserne où résident les quelque 200 hommes de l'armée de la Grenade, puis à investir la station de radio, pour prendre le contrôle du pays. thumb|Maurice Bishop en 1982.